Mon avis sur… Une brève histoire du Robo-Sapiens de Toranosuke Shimada

Robo Sapiens coffret

La science-fiction robotique est un genre extrêmement riche, qui permet de développer énormément de réflexions et thématiques, proposant bien souvent des métaphores de l’humanité via ces fameux robots. Avec Une Brève Histoire du Robo-Sapiens, nous restons dans cette même idée, puisqu’il sera question de rapport au temps et d’évolution, via cette figure qui, par nature, n’est pas concernée comme l’homme par le temps qui passe.

Un grand merci à Noeve Grafx pour l’envoi du coffret intégral de la série.


Resituons la série

Une brève histoire du Robo-Sapiens est une série courte en deux volumes, prépubliée dans le Morning Two de Kodansha en 2018-2019. Son auteur, Toranosuke Shimada, a été lauréat du prix de la nouveauté au Prix Culturel Osamu Tezuka, et ce titre en particulier a remporté le Grand Prix du 23e Japan Media Arts Festival catégorie manga. Ce n’est pas forcément le plus important, mais compte tenu du caractère original et assez radical du titre, ce n’est pas forcément étonnant de le voir obtenir certains prix prestigieux.

Je pense d’ailleurs qu’on peut ranger ce choix dans la catégorie des coups de coeur éditoriaux pour Noeve, et, comme pour Veil, l’éditeur a opté pour un grand format ainsi qu’un coffret, afin de mettre en valeur cet ouvrage artistiquement très marqué. Précisons également que le titre est imprimé sur un papier glacé du plus bel effet, mettant parfaitement en valeur le travail sur le noir et blanc de l’auteur. Le tout pour un tarif de 12€90 par tome, qui n’est clairement pas volé compte tenu de la très belle qualité de l’objet, dans la tradition de ce que Noeve propose depuis le début.

Ainsi, nous sommes clairement face à un titre assez différent de ce que l’on voit d’habitude, tout en restant relativement accessible selon moi, notamment du fait d’un déroulé très fluide, et d’une patte artistique qui, si elle est très originale, n’en reste pas moins facile à appréhender.

Mais voyons plus en détails de quoi il est question.

Mon avis sur la série

Dans un avenir très lointain, hommes et robots cohabitent et interagissent étroitement. Pourtant, au fil du temps, le destin des uns et des autres semble se diriger vers une fin inéluctable… Une “récupératrice” de robots, un “robot libre”, des “timenautes”, androïdes à la vie quasi-éternelle… ces personnages vivent l’épopée commune du genre humain et de l’intelligence artificielle. Un futur romanesque au crépuscule de l’Histoire.

Une brève histoire du Robo-Sapiens peint une fresque ambitieuse et visionnaire, un essai d’anticipation sur la fin d’une ère, la nôtre. Ici, pas de guerre entre humains et intelligence artificielle, pas de robots tueurs ni d’apocalypse, le monde s’éteint lentement, presque naturellement. Il ne se dégage ni colère ni terreur de cette oeuvre unique, seulement une profonde mélancolie et une nostalgie qui invite à la contemplation.

Comme je l’ai dit en introduction, et comme ce résumé éditeur le rappelle fort bien, Robo-Sapiens utilise la figure bien connue du robot pour nous parler du passage du temps, et également de la fin d’un monde et d’une espèce : l’humanité. La série est structurée en chapitres qui semblent autonomes au début, mais qui finalement se répondent, d’autant plus qu’on peut distinguer trois intrigues principales, toutes centrées sur des robots. Seul le premier chapitre est totalement coupé du reste, mais fonctionne comme une note d’intention, parlant du lien particulier qui unissait un homme et un robot, tout en mettant en exergue la notion de temps qui passe, et les similitudes entre les deux espèces (bien que parler de robot comme d’une espèce semble impropre).

Ainsi, comme le titre l’indique déjà en filigrane, il est question ici de l’évolution des robots, d’où le nom Robo-Sapiens, qui semble devenir la nouvelle espèce dominante sur la planète, remplaçant l’homme qui a fait son temps, responsable de sa propre fin. Cette idée m’évoque très clairement le chef d’oeuvre A.I. de Spielberg, où la question de la survie des robots à la fin de l’humanité est évoquée au fil du récit. On ne me fera d’ailleurs pas croire que le mangaka n’a pas été au minimum influencé par le film. Mais loin d’être un défaut, explorer plus en profondeur cette idée me semble très pertinente, si bien que je vois les deux œuvres comme complémentaires. Et marcher avec talent dans les traces d’un film que je considère comme si formidable n’est pas une mince prouesse !

Gigolo Joe

Car là où A.I. était une relecture de Pinocchio et laissait pendant une grande partie du récit cette idée de côté, Robo-Sapiens semble prendre sa suite, et se baser sur l’assertion de Gigolo Joe qui disait que si les hommes détestent les robots, c’est parce qu’ils savent qu’à la fin, ce sont eux qui resteront. Ainsi, nous assistons dans le manga à ce moment de bascule, où l’humanité s’éteint, laissant place aux robots.

Robo SapiensEt dans la grande tradition des récits du genre, le mangaka utilise cette figure pour questionner notre espèce et nos civilisations, comment elles viennent au monde, se déploient et s’éteignent. J’aime tout particulièrement la façon dont les questions de famille et de solitude sont abordées, jusque dans un renvoi étonnant à la question du nucléaire (est-ce qu’au Japon, il existe aussi le terme de « famille nucléaire » sur lequel il serait possible de jouer ?). Ce faisant, le récit arrive à être très riche malgré sa faible durée, et capte quelque chose de la fragilité de l’homme, tout en prenant de la hauteur sur cette condition.

J’ai été en particulier saisi par la façon dont l’auteur arrive finalement à revenir sur des considérations spécifiques aux robots, liés à leur condition de machine qui ne vieillit pas et n’a pas le même rapport à la mort, à la solitude, ou à toute autre chose qui nous caractérise en tant qu’humains. Encore une fois, difficile de ne pas voir une continuité thématique avec A.I., où Spielberg postule que les robots finiront par se détacher de toute forme de ressemblance avec l’homme.

En résulte une oeuvre dense et profondément touchante dans son récit et son ambiance. Le trait de l’auteur, particulièrement rond et doux, venant appuyer la mélancolie qui s’en dégage. L’auteur mettant l’accent sur des gestes, des postures, et des designs à la fois simples et complexes, par un trait rond et fin.

Ainsi, en arrivant à travailler des thématiques universelles en même temps que des notions assez pointues, cette série courte a su se rendre marquante. Marchant dans les pas d’un chef d’oeuvre absolu, elle arrive à proposer une réflexion supplémentaire qui mérite clairement qu’on s’y attarde. Et le titre étant particulièrement fluide et finalement court à lire, on y revient avec d’autant plus de plaisir, afin de creuser davantage sous la surface, pour y déceler les pépites cachées qu’on aurait laissé de côté. Le signe d’un titre qui a réussi à marquer à sa façon.

13 commentaires

  1. Ça tombe bien, je l’ai trouvé lors de la réouverture de ma librairie. Il faut juste que je trouve à le caser et j’espère passer un aussi bon moment que toi vu que j’aime aussi beaucoup les histoires de robots ^^

    Aimé par 1 personne

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