Découverte des classiques : Blue Hole de Yukinobu Hoshino

Blue Hole

Lors de l’annonce de la réédition de Blue Hole de Yukinobu Hoshino, j’ai été directement intrigué par la couverture qui sentait bon le récit pulp un peu désuet, avec deux éléments qui invitent clairement à la prise de recul devant ce que j’imaginais être un récit de genre pas forcément finaud. Il faut dire que je n’ai pas une culture encyclopédique du manga et des ouvrages majeurs de son histoire. Ainsi, je n’avais jamais entendu parler de Blue Hole, ni de son auteur Yukinobu Hoshino. Mais en me renseignant dessus, je me suis rendu compte que le titre était un petit classique dans son genre, et la lecture a grandement déjoué mes attentes, comme nous allons le voir !

Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce premier tome. Je vous invite à jeter un œil à la fiche du titre sur le site de l’éditeur pour consulter le premier chapitre.


Resituons la série

Blue Hole est une série qui a déjà de la bouteille, puisqu’elle a été prépubliée en 1991 dans le Mister Magazine de Kodansha. Le titre a été compilé en deux volumes, parus en France en 1996 chez Casterman, décidément un éditeur qui sait faire de bons choix. Le titre nous revient aujourd’hui dans la collection Pika Graphic, dans un grand format qui rend honneur à l’esthétique travaillée de la série.

Le second volume est prévu pour le 8 septembre chez nous, et la série a eu droit à une suite en trois tomes, intitulée Blue World, jusqu’ici inédite en France, et que Pika nous proposera en 2022. Petit point sur l’édition au passage, on est dans la qualité habituelle pour la collection Graphic. Pour 20€, nous avons donc 300 pages en grand format, avec un papier épais et une impression de qualité. On est donc totalement dans la norme de ce genre de format pour un prix similaire.

Pour ma part, la série est ma première rencontre avec un titre de Yukinobu Hoshino, et si j’avais fait mes recherches sur l’auteur, je n’aurai surement pas été surpris par la pertinence et la densité narrative du titre, que je serai tenté de comparer à L’École Emportée, dans le sens où les deux séries avaient déjà en leur temps une certaine acuité concernant des problématiques environnementales très actuelles. De quoi donner froid dans le dos en se disant que les soucis dont il est question aujourd’hui étaient déjà mis en avant il y a 30 ans (pour Blue Hole), et même 50 ans pour L’École Emportée.

Il faut savoir que Hoshino, mangaka prolifique depuis plus de 45 ans, mais assez rare chez nous, est plutôt spécialisé dans la science-fiction à forte authenticité scientifique. Se basant sur des théories réelles, il s’amuse à proposer des récits pulp qui, derrière un aspect désuet de prime abord, développent une réflexion de fond. C’est exactement le genre de démarche artistique qui me parle d’un point de vue personnel, et que Blue Hole incarne très bien.

Mon avis sur le premier tome

Au large des Comores, le spécimen d’un poisson disparu depuis 65 millions d’années est capturé… Une expédition scientifique se monte alors et part étudier le phénomène à l’origine de son apparition : un étrange “trou bleu” dont parlent les autochtones. Tout juste trouvée, cette faille dans l’océan aspire les chercheurs et les entraîne en pleine ère du Crétacé, lorsque la Terre regorgeait de reptiles terrestres et marins. Face aux dinosaures les plus hostiles, la survie devient la priorité, mais les objectifs de certains vont attirer le danger sur le groupe et l’écosystème de ce monde encore pur…

Comme je l’ai précisé auparavant, le pitch même de Blue Hole ainsi que la couverture du premier tome ont un côté récit pulp à l’ancienne très fort, avec deux éléments quasiment cliché du genre : une jeune femme à moitié nue, et des dinosaures. Une image d’Épinal qui me rappelle les premiers épisodes de Tomb Raider, où l’aspect pulp lié aux dinosaures et à l’aventurière sexy est également particulièrement présent. Je m’attendais donc à un récit d’aventure ludique et « bon enfant », sans me dire un instant qu’il pouvait être porteur d’un discours assez pertinent sur la science et le rapport à l’environnement.

D’emblée, l’auteur nous explique la théorie des trous bleus, afin de donner une vague assise scientifique à son manga, qu’il densifiera par la suite, notamment en nous rappelant régulièrement des notions scientifiquement viables sur les dinosaures présentés. Et dans le même temps, il nous présente l’héroïne de son histoire, Gaïa, en bikini. Un aspect sexy typique des récits pulp qui a un côté un peu désuet (encore que…) qui sera contrebalancé au fil de l’histoire, par la qualité d’écriture de la jeune femme. 

Et cette entrée en matière sera finalement à l’image de tout le volume, développant en parallèle un aspect simpliste un peu désuet, en même temps que quelque chose de vraiment pertinent et dense. En effet, une fois les personnages principaux transportés au crétacé, la caractérisation globale du groupe va se révéler dans tout son aspect caricatural. Entre le scientifique nerd et le scientifique aux desseins malintentionnés (ou en tout cas, qui abuse de son savoir et son pouvoir), le militaire beauf, le marin bourru, la journaliste sexy, tous sont esquissés à grands traits assez caricaturaux.

Blue HoleGaïa est celle qui se démarque, porteuse en elle de valeurs très fortes et positives. Elle semble avoir le souci de cette nature perdue dans laquelle ils se retrouvent, et est en phase avec ce nouvel environnement et n’attend pas des hommes qu’on la sauve. Une figure féminine vraiment très réussie donc, ce qui m’a vraiment surpris par rapport à ce que je m’imaginais, notamment compte tenu de la couverture.

Mais même le côté assez caricatural de certains personnages, dialogues ou péripéties, me semble assez assumé, et colle finalement très bien au récit. Car on est vraiment face à un manga très maîtrisé dans son déroulement, dont les 300 pages passent sans qu’on s’en rende compte, et sans que notre attention se relâche. Ce premier volume dispensant des questionnements déjà très intéressants sur notre rapport à notre environnement, notamment via le plan visant à remplacer l’atmosphère de notre époque par celle du crétacé, qui aurait pour conséquence de tuer les dinosaures, mais puisqu’ils sont de toute façon condamnés, est-ce vraiment grave ?

Un questionnement éthique très bienvenu, tout comme la densité narrative globale à laquelle je ne m’attendais pas. Ainsi, ce premier volume est très positivement surprenant, que ce soit dans la maniaquerie scientifique de l’auteur qui arrive à rendre tout son développement pourtant over the top crédible, à défaut d’être possible dans notre réalité ; mais aussi dans son esthétique de qualité.

Évidemment, le trait du mangaka porte la marque de son époque (on parle d’un titre qui a 30 ans), mais je trouve personnellement le visuel saisissant, et le grand format lui rend parfaitement honneur. Entre les doubles pages nombreuses mettant en valeur les dinosaures, les nombreuses séquences riches en action, et les paysages, on est face à un travail très immersif, mis en valeur par un découpage très efficace, contribuant au rythme et à l’efficacité du récit.

Ainsi, ce récit pulp a finalement un ton étonnamment sérieux, propose une vraie richesse au sein d’une aventure haletante très rythmée. De ce fait, je ne suis pas étonné d’apprendre que la série ainsi que l’auteur ont une aura importante, ce premier tome résistant fort bien au poids de ses 30 années d’existence. Une très belle découverte, qui je l’espère, sera confirmée avec sa deuxième partie en septembre.

 

16 commentaires

  1. J’adore les récits Pulp et les dinosaures alors je sens ce titre fait pour moi !
    J’avoue que je me rappelle très bien avoir feuilleté le tome 1 mais à l’époque, le dessin ne le plaisait pas, faut dire que j’avais une dizaine d’années et que j’étais fan de DB 😅
    Maintenant j’aime beaucoup la patte graphique et le côté assez cinématographique du découpage.
    Merci pour ce bel avis qui le redonne envie !

    Aimé par 3 personnes

    • De rien, merci à toi pour ton retour !

      De mon côté je ne connaissais pas du tout, l’aspect pulp à l’ancienne m’attirait bien, et j’ai été surpris de découvrir un ton finalement entre le sérieux et le pulp désuet qui fonctionne particulièrement bien !

      Aimé par 3 personnes

  2. Le prix me rebute un peu, quand bien même l’ouvrage soit de qualité. Cela dit, je pense que je pourrais beaucoup aimé ce manga alors je vais en faire la demande à la bibliothèque et, si ça me plaît vraiment, je pense que je l’achèterais ^^

    Aimé par 1 personne

  3. Pour avoir lu le manga dans sa première édition, la collection graphique semble bien rendre service au manga avec une excellente impression. La première édition date et même si elle est beaucoup moins cher que celle de pika, niveau qualité c’était très moyen et elle ne permettait pas de profiter pleinement des qualités graphiques du titre.
    J’ai trouvé ce manga sympathique mais très vite oubliable, peut être est ce du encore une fois à l’ancienne édition française. J’espère que comme pour toi, le titre va rencontrer son public pour pousser Pika à continuer avec l’auteur.
    Jolie avis qui me donne envie de relire Blue Hole (Trou bleu)

    Aimé par 1 personne

  4. Bel article! Le sujet peut être porteur et me parle bien mais j’ai été particulièrement déçu par Carthago qui après un début prometteur a connu un terrible effet « souflé »!
    J’attends donc ta conclusion après le second tome afin de valider qu’il doit passer dans mes priorités des semaines à venir 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup pour ce commentaire !
      Je ne pourrai pas comparer avec Carthago car je ne connais cette BD que de nom.
      Il faudra patienter jusqu’en septembre pour avoir mon avis sur le second tome, mais ce sera avec plaisir que j’en parlerai !

      J'aime

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