La fin de The Promised Neverland

TPN Fin

Quelques mois après sa sortie, j’ai enfin lu le dernier tome de The Promised Neverland, une série qui aura su maintenir un certain niveau d’excellence pendant la majorité de sa durée, jusqu’à totalement s’effondrer dans son sprint final. Nous allons donc passer en revue cette fin qui s’impose comme une déception totale me concernant. Comme toujours avec les articles sur les fins de série, on va spoiler à tous les niveaux, soyez prévenus.

Un dernier arc problématique

Alors que bien souvent avec les séries que j’aime, j’aborde la conclusion avec énormément d’attentes et d’envie, dans le cas de The Promised Neverland, le dernier arc (qui de mémoire doit représenter le dernier quart de la série) a réussi à me décevoir au point où j’attendais surtout la fin pour en finir pour de bon, et passer à autre chose. Et si ce n’est pas franchement le meilleur esprit pour aborder une conclusion, je restais néanmoins ouvert à la possibilité d’une belle surprise et d’une série qui se termine comme il se doit.

Pour résumer mes griefs avec le dernier arc, c’est tout simplement que l’on se retrouve dans un climax bourré d’action, qui ne semble pas être le fort du duo de mangakas (malgré de très belles fulgurances en terme de mise en scène) et une écriture qui semble trop se reposer sur les retournements de situation et les twist pour faire oublier une difficulté à mener son récit sur ce rush final. En résulte de grosses facilités dans l’écriture pour retomber sur ses pattes, cherchant à refermer tous les pans de l’intrigue d’une façon assez artificielle selon moi. Certains événements sont même à deux doigts du Deus ex Machina à mes yeux, sans parler de quelques péripéties qui mettent à mal la crédibilité de l’univers. Et tous ces défauts se retrouvent dans la conclusion selon moi, de façon exacerbée pour la plupart.

Une conclusion extrêmement maladroite

Faisons dans l’ordre. Tout d’abord, tous les événements vont extrêmement vite. La fin du clan Ratri est précipitée, tout comme le couronnement de Mujika et son acceptation par les démons, qui semble une formalité… au point que ça en devient finalement peu crédible. Hormis les combats de boss, tout semble tellement facile dans cette révolte qu’on a peiné à croire que le système en place ait pu fonctionner mille ans. Et c’est finalement le point qui me pose le moins problème.

Car à ce stade, on est dans la continuité des tomes précédents en terme de soucis, mais le dernier volume en ajoute une couche sur d’autres niveaux. Tout d’abord, une fois les enfants sauvés et réunis, la liesse générale et ce trop-plein de bons sentiments ont fait que les failles énormes d’écriture m’ont sauté aux yeux. Au moment des des retrouvailles, les auteurs en font tellement des tonnes qu’il était évident qu’il allait y avoir un dernier twist histoire de casser un peu ça. Bingo ! Un démon n’était pas trop d’accord avec la paix et s’en va fumer Emma… sauf que Maman, bien gentille, se sacrifie.

On l’avait évidemment vu venir à des kilomètres, le coup de la rédemption dans la mort. Et pourquoi pas, sauf que la mise en scène est tellement appuyée pour nous surprendre que ça a l’effet opposé, et si les adieux sont assez touchants, ça n’en reste pas moins un élément une fois de plus expédié, et quelque chose qui passe à côté de son potentiel.

Nous arrivons ensuite à la nouvelle promesse d’Emma. Car oui, elle a vu ce qui semble être la divinité de cet univers (on va éviter d’en parler, car en terme de Deus ex Machina, on pouvait difficilement faire pire), et à fait une nouvelle promesse. Une des questions des derniers tomes était donc : qu’est-ce qu’Elle a bien pu donner en échange de la sauvegarde de tout le monde ? Elle promet mordicus que le Dieu lui a dit que « t’inquiète c’est gratuit, vous avez assez galéré comme ça. », et tout le monde y croit même Norman et Ray avec leur 300 de QI chacun… c’est bien la peine pour être aussi crédule !

Donc le Dieu les téléporte tous dans le monde du dessus, notre monde a nous dans le futur en gros, mais OH ! SURPRISE ! Emma n’est pas là ! Elle les a bien eu la bougresse ! Qu’à cela ne tienne, puisque les gosses sont tous libres et heureux, ils sont libres de chercher Emma dans le monde entier. Ce qui nous amène à l’épilogue.

On quitte la bande pour suivre Emma, recueillie par un vieil homme seul dans une zone visiblement dévastée et inhospitalière. Elle a perdu toute forme de mémoire, et va finalement vivre avec cet homme. Là, j’avoue que les auteurs touchent à quelque chose d’intéressant, sauf que c’est une fois de plus expédié et clairement pas exploité.

RetrouvaillesEt finalement, au détour d’une sortie en ville pour faire quelques commissions, les enfants la retrouvent ! Quelle chance ! Dans un monde où Xavier Dupont de Ligonnes est toujours en liberté, c’est vraiment compliqué de totalement y croire. Mais faisons montre de bonne volonté et acceptons cela. Tout le monde pleure, dit à quel point Emma leur a manqué et qu’ils sont tellement heureux bien qu’elle ait tout oublié, en particulier Norman dont le caractère résolument borderline d’il y a quelques tomes semble avoir totalement disparu. Mais étonnamment, comme par une forme de mémoire du corps, elle se met à pleurer aussi, et nous quittons tous les personnages heureux, se promettant de vivre ensemble pour toujours…

Une fin beaucoup trop bateau, beaucoup trop naïve, et surtout beaucoup trop peu crédible compte tenu du contexte global de la série. Ici, les mangakas ont profité des zones d’ombre de leur univers pour forcer la fin heureuse, en invoquant des Deus ex Machina sortis de nulle part, et en réduisant à néant la suspension d’incrédulité. Si le dernier arc dans son ensemble ne me convainquait pas franchement, ça me semblait encore tenir à peu près debout. Mais cette conclusion n’a pour ainsi dire aucune crédibilité pour moi, et même les qualités de mise en scène qui subsistaient dans le dernier arc semblent ici tombées aux oubliettes, au profit d’effets grossiers qui donnent le sentiment d’être un peu pris pour des buses.

En conclusion, comment apprécier la série dans sa globalité avec une fin si ratée ?

C’est vraiment la question que je me pose arrivé en bout de parcours. Si les trois-quarts de la série m’ont particulièrement plu, le dernier quart rushé et bateau m’a perdu, culminant dans un final ni fait ni à faire selon moi, qui n’a pour lui qu’une fluidité dans la lecture toujours appréciable.

On est ici face à un cas d’école selon moi pour ce qui est de la question de l’importance de la fin dans l’appréciation globale d’une série. Aucun sentiment de satisfaction n’est présent me concernant avec cette conclusion, qui contribue pas mal à ternir le tableau. Et c’est d’autant plus rageant que, encore une fois, je trouve la série très bonne, voire excellente pendant une quinzaine de tomes sur les 20 qu’elle compte au final.

Ainsi, cette conclusion se révèle à mes yeux un crève-cœur, car elle met une énorme tache sur un tableau qui était au départ très beau. Et une tache d’autant plus importante qu’elle est ce qu’on voit finalement le plus, car elle donne la dernière impression concernant ce récit que l’on quitte. Pas avec le sentiment d’une histoire bouclée, mais plutôt d’une intrigue balancée aux oubliettes. Avec le temps, je pense que la série va tomber dans l’oubli me concernant, et j’en suis le premier déçu. La série avait un très beau potentiel, et se tenait très bien sur la majorité, mais ce dernier arc et cette fin totalement décevants font que je ne pense même pas la relire. On aurait pu avoir une petite pépite, mais les mangakas se sont pris les pieds dans le tapis de leur intrigue et leur univers, et se sont totalement viandés au final, au point de rendre la série finalement très anecdotique.

12 commentaires

  1. C’est difficile d’écrire une bonne fin, déjà que le principe même de « bonne fin » varie d’un individu à l’autre. Je pense que quand une série rencontre un tel succès, il y a peut être des pressions pour faire rentrer le manga dans des cases attendues et c’est très dommage parce que ça fait artificiel. Après je n’ai lu qu’un tome parce que je n’ai pas accroché donc je ne peux rien dire sur ce titre en particulier >< par contre j'angoisse toujours de lire un dernier tome..

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    • Je pense aussi que dans le cadre du manga, surtout du shonen Jump, il y a plein de forces qui gravitent autour des auteurs qui impactent énormément.

      La question d’une bonne fin est effectivement ouverte, et j’espère, à force d’en parler au fil des séries de proposer un peu de réflexion sur le sujet.
      Mais dans le cas de celle de TPN, c’est pour moi totalement insatisfaisant à tous les niveaux, mais en même temps très raccord avec le partage en cacahuète depuis plusieurs tomes je trouve.

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  2. J’attendais avec impatience ton avis sur ce dernier tome.
    Tu connais déjà mon avis sur la fin de la série, mais je ne trouve pas que la fin du côté des enfants est si mauvaise que ça. Il y a certes des passages qui mérite à débat (mon cas de maman ou Norman et Ray qui ont perdu quelques neurones sur la fin), mais la fin propose tout de même quelques surprises.
    Contrairement au côté démon ou la oui c’est devenu n’importe quoi, beaucoup de facilité scénaristique pour qu’ils est quand même une « fin heureuse » et qu’on comprenne qu’en fait « ils ne sont pas si méchant » (sérieux à la fin ta limite l’impression que si mujika dit au peuple de sauté d’un pont ils le ferait)

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    • Du côté des enfants je trouve surtout qu’il aurait fallu travailler ça bien plus, notamment sur la durée. L’épilogue est trop court et trop artificiel. Et on sent vraiment le côté obligation de ne pas tuer d’enfants (assez ironique alors que le premier chapitre se concluait sur un gosse qui meurt). On dirait parfois que les adultes sont là pour avoir notre dose de morts dramatiques.

      Et oui, il y a ce souci fréquent des personnages qui sont des génies et qui se révèlent parfois drôlement teubés quand même.

      Pour ce qui est des démons, oui, ila se sont foirés dans les grosses largeurs et je trouve que rien n’est crédible sur ce point.
      Comme je l’ai dit, on se demande comment ce système a pu tenir 1000 ans quand on voit comment il est rapidement aboli…

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  3. Vous voulez un véritable exemple de récit dont la fin ne conclue rien du tout *? Alors dans ce cas, lisez « I Am a Hero » de Kengo Hanazawa.

    * Et j’insiste sur le « véritable ».

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  4. Je partage le même sentiment que toi sur la finalité de l’oeuvre. Il y avait de bonnes idées mais tout est rushé, du coup ça ne permet pas à certaines scènes d’avoir l’impact qu’elles auraient mérité. Le sacrifice de Isabella je l’attendais et j’aurais voulu, je sais pas, plus que ces quelques cases. (En même temps c’est mon personnage préféré de la série même lorsqu’elle était perçue comme une antagoniste. ça a pu jouer sur mes attentes) L’idée qu’Emma doive sacrifier sa famille était bien trouvé : il y avait une réelle conséquence à cette ultime promesse. Mais là encore les retrouvailles donnent l’impression que c’est rapide, bien trop et j’aurais préféré que Emma ne ressente que de l’incompréhension face à ces inconnus qui la harcèlent. C’est vraiment dommage parce que je me suis surprise à accrocher la série dès les premiers tomes. Mais, comme tu le dis, le final gâche pas mal d’éléments.

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  5. J’avais gagné le T1 grâce à un concours de Vagabond et j’ai choisi cette série car ça avait sympa et je voulais savoir si ça en valait la peine avec toute la mise en avant de Kaze à l’époque.

    La lecture n’a jamais été transcendante de mon côté, ça se laissait lire et je n’arrivais pas a pleinement apprécier ma lecture, pourtant j’achetais chaque nouveau tome, car je voulais quand même savoir où allait aller la série.

    Mais j’ai toujours trouvé le titre trop « simplet ». Trop « gentillet », pourtant le pitch de base, avec les humains servant de bétails aux démons était pas mal. Sauf que j’aurais aimé une prise de risque des auteurs et faire mourir quelques enfants, parce que mine de rien, il vivait dans un monde peuplé de démons assoiffés de sang. Alors oui, ils servaient de bétails, mais j’aurais aimé que des personnages du groupe d’échappés, se fassent bouffer.

    Tout était trop téléphoné aussi, je voyais les choses arriver à des kilomètres, sans être surpris. Et cette fin rushée m’a déçu. Tellement vite expédiée, ou mille à de domination démoniaque partent en fumée après un beau discours. L’Happy end, un peu trop mielleux pour moi. J’aurais aimé qu’Emma ne soit jamais trouvée par le groupe et recommence une nouvelle vie, loin de sa famille et sans souvenirs.

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    • On est bien daccord sur la globalité. Encore que je trouvais le titre vraiment excellent durant une bonne partie, mais certains choix m’ont vraiment fait lever un sourcil, et je pense aussi que le fait de refuser de faire mourir des enfants pose problème, d’autant plus quand les adultes deviennent finalement ceux qui crèvent de façon systématique.
      D’ailleurs je crois que la mort de Yugo est un peu le moment de bascule pour moi, car ils ont sacrifié le personnage qui avait au final le plus d’intérêt je trouve.

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  6. J’hésite entre te trouver trop dur ou réaliste sur cet avis, mais n’ayant pas mis The Promised Neverland sur un piédestal je ne vais pas me prononcer (comment ça je suis lâche ? 😉 )
    Pour ma part, si j’ai effectivement trouvé la fin trop niaise, elle ne m’a pas empêché de découvrir très récemment la première partie de l’anime (qui court jusqu’à l’évasion de Grace Field House) et de l’apprécier 🙂

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      • D’une part, l’adaptation d’un livre en film ou en série implique forcément le fait de couper certaines parties de l’intrigue. D’autre part, « adapter » ne veut pas dire « faire exactement la même chose ».

        Il suffit de voir à quel point certaines des histoires adaptées par les studios Disney sont bien plus sombres que les films tirés de ces dernières.

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