Semaine du Shojo 2022 : Quel personnage de shojo t’inspire le plus ?

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Pour la troisième année consécutive, le site Club Shojo a eu la gentillesse de me proposer de participer à la Semaine du Shojo, dont le concept est tout simplement pour une liste de sites et blogs de proposer un article sur un thème défini, afin de mettre en valeur la richesse et la diversité du shojo. Vous trouverez donc en fin d’article des liens vers ce que les autres participants et participantes ont écrit, l’occasion de découvrir davantage de mangas, souvent bien moins connus que ceux dont je parle.

Cette année, le sujet est donc « Quel personnage de shojo t’inspire le plus ? », un thème qui me plait bien puisque j’aime tout particulièrement me questionner sur les personnages dans la fiction et en quoi ils sont des « modèles comportementaux ». Un thème taillé sur mesure pour moi donc. Mais, petit problème, si je trouve sans souci des personnages à aborder dans le shonen ou le seinen, c’est plus compliqué dans le shojo, ne serait-ce parce que j’en lis beaucoup moins.

Après en avoir discuté avec Nico du site Club Shojo, il a été convenu qu’un josei pouvait tout à fait convenir, ce qui m’arrange, car j’en lis un peu plus que des shojo, et globalement ceux que j’ai lu me parlent plus. Je sais qu’il y a souvent des conflits quant au fait de lier shojo et josei, mais je dois avouer que me concernant, je me sens loin de tous ces débats.

Le perce neigeQuoi qu’il en soit, j’ose espérer qu’on me pardonnera cette petite tricherie, d’autant plus qu’elle est suivie par une autre, qui est que je vais aborder un josei écrit par un homme, Le Perce Neige de Rensuke Oshikiri. Et dernière tricherie avec le sujet, pour parachever le tout, je ne vais pas tant parler d’un personnage en particulier que de la façon de gérer un « ensemble cast » dans un objectif d’écriture thématique en lien avec la question de l’enfance blessée.

Enfin, avant de se lancer dans le vif du sujet, je préfère prévenir que je vais spoiler très copieusement, car il me semble compliqué de développer sur le thème de l’article et du pourquoi du comment de ce choix sans dévoiler un certain nombre d’éléments du manga. Mais si vous voulez en savoir plus sur ce titre sans révélation importante, j’ai déjà écrit un article dessus ICI.

Résumé rapide du manga

Le Perce Neige est une série courte de Rensuke Oshikiri, disponible chez Omaké Manga en deux volumes d’un peu plus de 300 pages chacun, publié en 2008 au Japon et en 2019 en France. Comme je l’ai dit, le titre travaille au corps la thématique de l’enfance, centrale dans l’œuvre du mangaka (voir article ICI). J’insiste sur ce point car c’est de cet aspect que découlera tout mon développement, étant moi-même obsédé par ces questions à la fois en tant qu’adulte et parent, mais aussi qu’ancien enfant (jusqu’à preuve du contraire, tout le monde a été enfant dans sa vie par ailleurs). AgressionSes récits sont souvent violents, empreints d’une grande mélancolie, et parfois plus doux et nostalgiques. Ici, on est clairement dans le versant violent et dépressif de son œuvre, et c’est en partie ce qui en fait l’intérêt.

En partant d’une histoire de harcèlement scolaire qui pourrait être classique, le récit va petit à petit devenir un pamphlet contre les maltraitances et les défaillances des adultes, qui contribuent à entretenir un cercle de violence qui touche les enfants dès le plus jeune âge. Car le titre nous raconte l’histoire de la jeune Haruka Nozaki, harcelée dans sa nouvelle école suite à un déménagement, qui va subir des sévices de plus en plus importants, jusqu’à arriver à un point de non retour, qui déclenchera sa vengeance dans un cercle de violence dont personne ne sortira indemne.

Une écriture thématique portée par un ensemble de personnages

Ainsi, par le biais de ce récit jusqu’au-boutiste, Oshikiri arrive à proposer des portraits de personnages édifiants, où les modèles comportements positifs et négatifs se côtoient, que ce soit via des personnages adultes ou enfants, avec Kyoko Minamicomme figure centrale l’enseignante Kyoko Minami, coincée entre les deux âges, via sa position d’adulte qui tente de se faire accepter dans ce monde d’enfants, et qui a des problématiques importantes à résoudre quant à sa propre enfance.

L’idée directrice du manga étant de montrer en quoi les carences des adultes déteignent d’une façon ou d’une autre sur les enfants engendrant frustration et violence. Tous les personnages enfants importants de l’histoire seront ainsi caractérisés par rapport à leurs relations parentales, qui expliqueront au moins en partie leur comportement. Vous l’aurez donc compris, l’idée ici est de voir en quoi travailler en parallèles des figures d’enfants et d’adultes permet de développer ces thématiques de la parentalité et du rapport à l’enfance dans lesquelles je me projette énormément. Et comme je l’ai dit, ce n’est pas ici par le biais d’un seul et unique personnage que passe la chose, mais bien par la totalité des personnages importants, qui permettent de ce projeter dans des problématiques à mes yeux fondamentales.

Pour développer ceci, il convient de revenir sur l’ensemble des personnages importants ainsi que sur la façon dont Oshikiri construit son récit. Car l’auteur arrive au fil du manga à prendre de la hauteur par rapport à son sujet, déployant une richesse thématique que l’on ne soupçonne pas de prime abord. Si le début de l’histoire laisse à penser que l’on aura affaire à une « simple » affaire de vengeance suite à un harcèlement scolaire, on se rend vite compte que tout ceci n’est que la partie visible de l’iceberg, puisque le vrai cœur du récit est l’enfance brisée, présentée par les différents personnages du récit.

Pointer du doigt la responsabilité des adultes

Ainsi, les parents de Haruka vont tenter de raisonner le personnel de l’école, voyant bien que leur fille est victime de brimades bien qu’elle refuse d’en parler pour ne pas les inquiéter. Cela entrainera une escalade dans la violence des enfants, qui conduira à la mort des parents, brulés vifs dans leur maison par les camarades de Haruka. Seule sa petite sœur survivra, mais sera dans le coma tant son corps aura été brulé également. Au fil du récit, on apprend qu’elle n’a survit que grâce à sa mère, qui la serrait dans ses bras pour éviter qu’elle soit trop brulée.

ArbaletteSi j’insiste sur ce point, c’est parce que les parents de Haruka représentent au final les seules figures d’adultes positives du récit, aux côtés du grand-père de la jeune fille. En dehors d’eux, tous les autres adultes que présente le manga sont défaillants, et sont pointés du doigt pour leur responsabilité dans le comportement des enfants. Car, vous en conviendrez facilement je pense, il faut avoir de graves soucis psychologiques pour bruler une famille vive.

Ainsi, les figures de parents que le manga donne à voir sont très intéressantes dans les carences qu’elles portent. Que ce soit les parents de Taeko Oguro, qui sont responsables de son mal-être en n’ayant jamais cherché à comprendre ce à quoi la jeune fille aspiré, la mère de Rumi, qui en surprotégeant sa fille a fait d’elle une enfant renfermée et craintive, ou, surtout, le père du jeune Aiba, responsable de ses graves problèmes psychologiques puisqu’il battait sa mère, chaque adulte qu’on nous présente en dehors des membres de la famille de Haruka se caractérise par ses manquements en terme d’éducation, qui ont contribué à briser leurs enfants respectifs.

Kyoko Minami, le lien entre l’enfance et les adultes

Et au milieu de tous ces parents défaillants, on trouve l’enseignante Kyoko Minami, prise entre parents et enfants, comme je l’ai déjà dit. On apprend au fil du récit qu’elle a été victime de brimades dans sa jeunesse qui lui ont laissé de fortes séquelles, notamment des nausées provoquées par le stress. Elle tente de faire ami-ami avec Taeko, la leader de la classe, afin d’avoir la paix, mais cela ne fonctionne pas et la met dans une position particulière, n’étant pas prise au sérieux en tant qu’adulte et enseignante.

Et alors que les élèves commencent à disparaitre, des parents lui demandent de rendre des comptes et elle finit par exploser, et laisser toute sa haine pour les enfants resurgir. On comprend alors que ses traumatismes de jeunesse infusent encore en elle et contribuent à sa fragilité psychologique. Mais ce faisant, elle pointe du doigt l’instabilité de ces enfants et les failles dans l’éducation des parents, qui de leur côté rejettent la responsabilité sur l’institution, restant convaincus que leurs enfants n’ont pas un mauvais fond.

Tout cela permet de mettre en exergue la complexité de l’engrenage de la violence dans lequel cette classe de collège est rentrée, poussée par des frustrations et des souffrances qui prennent leurs racines dans le cadre familial. Le tout culminant avec les personnages de Rumi et Aida, les deux enfants les plus instables psychologiquement.

Rumi et Aida, des enfants brisés par leur environnement

Concernant Rumi, c’est à la fois les brimades dont elle est constamment victime en classe et les réactions inappropriées de sa mère qui ont contribué à son instabilité psychologique. Elle reprochera en effet à sa mère de l’avoir trop couvée et de ne pas avoir réussi à l’aider à s’affirmer, faisant d’elle la victime de tout le groupe. Ainsi, si la mère de Rumi n’est pas présentée à proprement parler comme une mauvaise mère, sa responsabilité est malgré tout pointée du doigt dans les troubles de sa fille.

Pour ce qui est de Aida, la charge contre les adultes est bien plus conséquente et évidente, puisque le jeune garçon est extrêmement violent sous ses dehors avenants et empathique. Les violences conjugales auxquelles il a assisté ont fait de lui un enfant fasciné par la violence et qui finit par passer également à l’acte. On apprend au fil du récit que sa mère refuse de le voir, d’où le fait qu’il vive avec sa grand-mère, et on finir par découvrir qu’il a fini par frapper sa mère également, reproduisant la violence de son père. Et cette tendance à la violence chez des enfants qui grandissent dans un foyer violent est d’ailleurs une triste réalité.

Ainsi, ces enfants représentent très bien les conséquences de la violence symbolique et réelle dans un foyer, ainsi que les manquements dans l’éducation de certains parents. En travaillant les troubles dont ils sont porteurs, Oshikiri réussit à dresser un constat subtil et édifiant débarrassé de toute forme de manichéisme. Mais surtout, il dépeint des portraits de personnages qui sont, pour la plupart, négatifs, permettant de questionner le rôle des figures parentales et leur responsabilité dans l’évolution des enfants. Et c’est en ça que ces personnages sont tous « inspirants » à leur façon pour moi.

En conclusion

Comme je l’ai dit précédemment, les modèles comportementaux dans la fiction peuvent aussi bien être positifs que négatifs. Ici, il est évident que Oshikiri a souhaité dépeindre des personnages aux failles énormes et aux souffrances profondes pour nous questionner frontalement sur certaines thématiques en lien avec l’enfance. Et c’est en cela que je trouve Le Perce Neige et son « ensemble cast » extrêmement inspirant en tant que parent, et que parent qui a en plus encore des choses à régler avec son enfance. Je n’ai quand même rien vécu de comparable avec ce qui est raconté dans le manga, faut pas déconner, mais je crois que l’enfance et l’adolescence ne sont faciles pour personne… Et l’âge adulte n’est pas plus facile non plus, hé hé hé !

Vous l’aurez donc compris, en proposant de nombreux personnages qui donnent chacun un éclairage spécifique sur la thématique centrale du manga, Oshikiri arrive à dresser un portrait global du rapport enfants/adultes et des troubles qui peuvent se développer en fonction des carences de chacun. Et étant particulièrement impliqué dans ces questions, que ce soit simplement en tant que parent ou par considération pour l’enfance en général, j’y trouve ici une très grande source de réflexion et de questionnement. D’où le côté « inspirant », quand bien même le manga montre surtout les choses à ne pas faire. Mais c’est selon moi tout aussi important que montrer des modèles positifs.

Pour terminer, si Le Perce Neige est pour moi un vrai petit chef d’œuvre qui traite avec talent de ses thématiques, chose que j’ai tenté de démontrer ici, par le biais de cette petite torsion du sujet de base, j’encourage également à la lecture de chaque titre de l’auteur, qui travaille toujours des thématiques en lien avec l’enfance, sans pour autant verser toujours dans une vision si dure des choses.


Les articles des autres participants à la semaine [Liste qui sera mise à jour au fil de la semaine] :

Angel Chronicles
Le Bazar de Djado
Les Blablas de Tachan
Bright Open World
Le Chapelier Fou
Chroniques d’un Vagabond
Don’t Forget 3 Oct
Esprit Otaku
La forêt des lectures
Les Lectures de Kitsune
Little Big Dam
Manga Suki
Nostroblog
Papa Lecteur
Le Passeur Lunaire
Shiawase
Swordy
Violette Scribbles

14 commentaires

  1. A titre personnel, cette œuvre m’a donné une légère nausée. Il s’agit quoi qu’on puisse en penser d’un manga marquant, ça me semble indéniable. Un titre court mais d’une rare violence parmi ceux qu’il m’ait été donné de lire. Et dont je ne regrette nullement la découverte tant il sonne comme singulier dans ma mangathèque.

    Tu décris fort justement les liens de causalité qui permettent d’entretenir, de manière volontaire ou non, cet appel quasi perpétuel à la haine, au ressentiment, et à la détresse psychologique. Et pour moi, c’est quand même un manga qui reste empreint des thèmes liés à une forme de psychopathie aigue. Et qui, s’il ne se dissocie pas d’un registre social, s’inscrit avant tout dans une tradition horrifique (tu seras peut être en désaccord). Dans un décor en vase clos, dans lequel on remplace les traditionnelles sectes (Litchi Hikari Club) ou groupes de personnages (partis en voyage) par les derniers habitants d’un village totalement paumé et vieillissant, voué à aucun avenir, qui va être le témoin d’actions toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

    Dans les mangas comme Life (shojo) de Keiko SUENOBU ou encore des titres plus Slice of Life comme A Silent Voice de Yoshitoki OHIMA, on opère comme un zoom sur l’individu et le harcèlement qu’il subit dans une société qui consent involontairement à sa pérennité. Dans Le Perce Neige, ça va tellement LOIN que je me demande si à défaut d’inscrire son récit dans des considérations modernes, il ne cherche pas à livrer une esquisse de la conséquence d’un tel laisser aller. Une sorte d’apocalypse dans lesquels les derniers personnages se livrent une dernière guerre interne ultra violente, presque empreinte de surréalisme par séquences, avant de retourner à la terre, ensevelis par les dernières neiges. Une sorte de fin du (d’un) monde qui ne signifie pas pour autant la fin des temps comme la dernière page (pleine d’amertume) nous le laisse suggérer avec le retour du printemps.

    Bref, un titre qui a de quoi dégoûter tant il livre un tableau noir, sans concession et surtout sans retour possible, des errements humains et familiaux. Une vraie expérience de lecture pour moi, même si elle a ici rimé avec un relatif écœurement une fois le titre achevé. En espérant que le reste de l’œuvre de cet auteur soit quand même moins violente pour le coup 😅

    Aimé par 1 personne

    • Je réponds que maintenant, j’avais pas le temps de vraiment me poser hier (là non plus mais quand même, on va essayer). Globalement ce que l’auteur a sorti en France est toujours assez triste je trouve, mais avec quand même plus de moments de joie dans Hi Score Girl et Bip Bip Boy. Et surtout, à part Sayuri qui est encore dans l’horreur (mais moins hard), on est plus dans la comédie teintée de mélancolie.

      Mais je pense en effet que dans ce titre, la violence sert le propos dans une vision jusqu’au boutiste des choses, qui m’a bien parlé même si ce n’est pas une lecture facile.

      Aimé par 1 personne

  2. Une très bonne analyse de l’œuvre bien que remplie de tricherie ahah.

    C’était quand même super intéressant et ça se voit que ce titre t’a bien inspiré !
    En tout cas même si ça nous a complètement spoil ça nous a bien donné envie de lire ce titre !

    De notre côté on avait lu que Sayuri du même auteur et on connaissait vite fait Hi Score Girl! C’est toujours intéressant de voir l’analyse des uns et des autres sur les œuvres d’Oshikiri !
    – L.

    La façon dont tu as traité ce sujet en prenant une vue d’ensemble est bien amenée! La vue d’ensemble est souvent importante pour présenter, comprendre et construire un personnage !
    – H.

    Aimé par 1 personne

    • Je pense que vous l’aurez compris, je suis très très fan de l’auteur et je recommande vraiment tous ses titres. Hi Score Girl reste mon préféré, je trouve fou tout ce qu’il a réussi à faire dans ce titre, et en plus il a eu droit à une adaptation animée excellente.

      Et merci beaucoup pour le commentaire, ça me fait super plaisir si j’ai réussi à faire ressortir les éléments qui m’ont parlé dans cette histoire.

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