Analyse de séquence #7 : Gon VS Neferupito et la fin de l’enfance (Hunter x Hunter)

Il y a des cas où une séquence seule arrive à marquer l’œuvre dans laquelle elle apparait, à tel point que dès qu’on pense au titre en question, elle nous vient en tête. Bien entendu, cet aspect est propre à chacun.e, mais je pense que tout le monde peut citer des scènes qui, à elles seules, redéfinissent notre rapport à l’œuvre. Et dans le cas de Hunter x Hunter, la séquence d’affrontement entre Gon et Neferupito durant l’arc des Kimera Ants est de celles-ci. Car si ce manga ne manque pas de moments forts qui m’ont profondément marqué, aucun n’arrive à la cheville de ce combat, qui n’en est pas vraiment un finalement, tant il a su me bouleverser profondément, faisant au passage de Gon une des figures de héros les plus chargés émotionnellement que j’ai pu voir dans un manga du genre.

Ainsi, cette scène est un sacré morceau pour moi en terme d’analyse/interprétation, et nous allons revenir en détails dessus, ce qui implique d’en spoiler l’intégralité.

Le contexte de la séquence

Resituer la séquence en elle-même n’est déjà pas une mince affaire, tant elle revêt une importance symbolique et narrative majeure dans la série et dans le cheminement de Gon en tant que personnage. Je serai même tenté de dire qu’il faut revenir aux origines de notre héros pour bien en saisir toute la portée.

Hunter x Hunter nous raconte basiquement la quête de Gon Freecs pour retrouver son père, Jin Freecs, Hunter de légende. Il va donc lui-même devenir Hunter, et suivre les indices laissés par son père pour le retrouver. Ainsi, la série a un côté quête de MacGuffin pendant plusieurs arcs, justifiant les changements de tons et d’ambiances drastiques, jusqu’à ce que, une fois terminé le jeu Greed Island (créé par Jin), Gon et Kirua, son meilleur ami, rencontrent Kaito.

Kaito est ce qui s’apparente le plus à une figure paternelle pour Gon, ayant sauvé notre jeune héros lorsqu’il était plus petit. Il va être accompagné du duo principal durant le début de l’arc des Kimera Ants, et se sacrifiera face à Neferupito pour sauver Gon. Suite à cela, notre jeune héros va retrouver Kaito, sous forme de marionnette contrôlée par le Nen de Pito, et se persuadera qu’il est possible de le sauver.

 

Précision importante, Togashi met plusieurs fois en avant dans l’histoire le rapport ambigu de Gon aux questions de bien et de mal. J’ai encore aujourd’hui du mal à voir ce rapport ambigu, mais l’idée est que notre jeune héros ne fait pas vraiment la distinction entre les deux, quand bien même il est montré comme plutôt vertueux et « bon » à de nombreuses reprises (il trouve facilement le pardon envers les méchants par exemple, qu’il ne tuera jamais).

Ceci étant, à partir du moment où Gon retrouve Kaito dans l’arc des Kimera Ants, son objectif sera de le ramener à la vie, et ce sera une idée fixe au point où il sera étonnamment passif pour un héros, devenant totalement déconnecté du cœur du récit et de la menace que représente Meruem. Il passera ainsi beaucoup de temps assis face à Pito, permettant à Togashi de dresser un parallèle évident entre lui et Meruem, assis dans une position strictement identique pendant une partie de l’arc (par ailleurs, de nombreux parallèles visuels sont établis entre les deux, aussi bien dans le manga que dans l’anime).

On peut déjà interpréter ceci de façon simple, en mettant cet élément en perspective par rapport à l’arc dans sa globalité, où Togashi opère un basculement entre d’un côté les fourmis chimères qui deviennent de plus en plus humaines, et l’humanité de l’autre qui peut se révéler la plus monstrueuse (Netero en tête). Ainsi, l’évolution de Gon et de Meruem en parallèle contribuent à ce discours.

Mais ça, c’est ce qui est évident, et je préfère d’emblée mettre en garde sur ce point : je suis d’avis qu’il existe des œuvres dont la richesse et la densité sont telles que, même après avoir approfondi longuement la question, restent difficiles à appréhender. J’entends par là qu’il y a des œuvres tellement intelligentes qu’elles nous dépassent, et nous invitent à faire preuve d’une certaine modestie à leur égard. Et selon moi, Hunter x Hunter et l’arc des Kimera Ants en particulier en font partie. De ce fait, dès que j’écris sur ce manga, et sur cet arc, je sais que ce que je peux dire sera toujours insuffisant, et ne pourra pas retranscrire totalement la portée réflexive (et émotionnelle) de ce que Togashi a accompli.

Si j’ai déjà abordé l’arc dans son ensemble, de façon extrêmement parcellaire, revenir sur certains de ses aspects me semble un bon moyen pour quand même tenter d’approfondir les choses au maximum. D’où le fait que je m’attaque à la séquence du combat entre Gon et Pito.

Pour finir sur le contexte, avant de passer à l’analyse à proprement parler, précisons qu’on va prendre la séquence à partir du moment où Gon découvre que Kaito est définitivement mort, et où sa transformation va commencer. Car tout le cheminement émotionnel du personnage (et du spectateur/lecteur) trouve son point culminant à partir de là.

Analyse linéaire de la séquence

Pito avait donc menti à Gon, lui faisant croire qu’il était possible de ramener Kaito à la vie, afin de gagner du temps pour soigner Komugi, à la demande de Meruem. Une fois la vie de la jeune fille hors de danger, Pito révèle la vérité à Gon, et soigne son bras dans un premier temps, afin de pouvoir tuer notre héros par la suite.

Mis devant cette vérité impossible à accepter, Gon est incapable d’accepter la réalité. Et on se retrouve avec un motif étonnamment récurrent dans la fiction en général, qui est le modèle d’Elizabeth Kübler-Ross concernant les étapes du deuil. Si ce modèle est très critiqué d’un point de vue scientifique, il représente une aubaine dans le domaine de la fiction tant il permet de structurer une évolution psychologique d’une façon qu’on intègre très facilement.

Pour faire simple, elle considère que le deuil passe par cinq étapes : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Et dans le cas de Gon, j’ai vraiment le sentiment qu’il passe au sein d’une même séquence par ces cinq étapes (même si pour le marchandage, c’est moins évident). Cela me permet en plus d’avoir un squelette tout fait pour structurer ma réflexion, ce qui est bien pratique. Même si, on le verra, les différentes étapes ont tendance à se mélanger par moments.

Le déni

Dans un premier temps, Gon ne comprends pas ce qui se passe car il n’arrive pas à croire que Kaito est bel et bien mort. Ainsi, il se demande pourquoi Pito soigne son bras plutôt que Kaito, et supplie dans sa tête de d’abord s’occuper de l’homme qu’il voit comme une figure paternelle. Mais finalement, l’étape du déni dure depuis qu’il a vu dans quel état était Kaito. La révélation du fait qu’il est bel et bien mort permet de conclure cette étape afin de faire passer Gon à la colère, qui l’amène à se transformer.

La colère et le marchandage

Le terme de « colère » me semble largement insuffisant pour qualifier l’état mental de Gon à ce stade. Faisant face à quelque chose qu’il n’est pas en mesure d’encaisser émotionnellement, il sombre totalement et se laisse ronger par sa colère et sa haine, déclenchant une transformation en version adulte bodybuildée de lui-même, du fait de son Nen du renforcement. 

Transformation Gon

Petit aparté qui n’est pas du domaine de l’analyse, mais un pur jugement personnel. Je trouve que ce passage est formidablement adapté dans l’anime, que ce soit par la mise en scène qui prend le temps de s’appesantir sur l’importance de la séquence, la musique somptueuse et le doublage (Français !) de Gon que je trouve formidable. Pour moi, c’est un véritable tour de force que d’avoir réussi à retranscrire l’intensité et le caractère majeur de la séquence.

Gon adulteQuoi qu’il en soit, la colère en elle-même est évidente, et le fait de se transformer via son Nen du renforcement, entamant ainsi sa vie et sa capacité à utiliser le Nen par la suite entre dans le domaine du marchandage. Comme si Gon demandait qu’on lui donne la force de tuer Pito.

Il dit lui-même qu’il est prêt à ce que tout s’arrête, tant qu’il peut tuer Pito. Ici, le fait de savoir que Kaito ne peut plus être ramené termine de briser le jeune héros, qui n’a plus rien auquel se raccrocher. La seule chose le maintenant envie est sa colère et son envie de tuer le responsable de sa souffrance. C’est quelque chose de particulièrement fort, d’autant plus dans le genre du nekketsu où je crois n’avoir jamais vu d’autre héros basculer de la sorte.

Pour rester sur le modèle de Kubler Ross, on pourrait déjà dire qu’ici, il est aussi arrivé à la dernière étape, la dépression et l’acceptation semblent en effet être bien là, dans le fait que Gon soit prêt à tout abandonner pour vaincre son ennemi. Cependant, le fait qu’il ait toujours l’objectif de détruire Pito (car on ne parle pas de simplement le tuer) fait qu’il n’est pas encore arrivé au bout de son cheminement.

La dépression

Plusieurs choses me frappent dans le combat entre Gon et Pito. Tout d’abord, le fait qu’il s’agisse plus d’une mise à mort ultra brutale qu’un combat à proprement parler. Pito a conscience que Gon a atteint un stade où il pourrait vaincre Meruem, et souhaite de ce fait le tuer au plus vite. Or, il n’est clairement plus de taille face au jeune héros suite à sa transformation, et ce dernier semble en avoir parfaitement conscience, étant dans une certaine forme de calme. Je pense que cela vient du fait qu’il n’y ait plus d’enjeu pour Gon, qui doit se dire à ce moment là « je vais tuer Pito, et mourir également et tout sera fini). Son calme apparent entre dans la catégorie de la dépression telle que décrite par Kubler Ross, avec l’idée qu’il ne se soucis pas ce qui peut lui arriver.

Ainsi, Gon va en seulement deux coups pulvériser Pito, mais continuera ensuite à s’acharner sur son visage jusqu’à le détruire totalement. C’est alors que Kirua arrive, et voit dans quel état est Gon, ainsi que Pito. Cette mise à mort pure et simple crée un basculement vis-à-vis du héros, qui n’est plus représenté comme un personnage vertueux. Est-ce suffisant pour le rendre négatif pour autant ? Clairement pas de mon point de vue, tant sa souffrance prend le pas sur toute forme d’approche morale.

L’acceptation

On arrive à la dernière étape, sous les yeux impuissants de Kirua qui se fait le véhicule émotionnel des lecteurs/spectateurs, ne pouvant qu’assister à la fin de son ami. Pito est toujours mobile malgré la mort, contrôlé par le Terpsychore (le marionnettiste de Nen qu’il peut créer), et va attaquer Gon, lui arrachant le bras.

C’est alors que le héros va dire à Kirua de ne pas s’inquiéter, qu’il ne cherche pas à jouer les durs, mais qu’il n’a pas mal. Au contraire, il est content d’être comme Kaito la dernière fois où il l’a vu en vie (Kaito s’est aussi fait arracher un bras par Pito en voulant protéger Gon). C’est une façon de montrer qu’il a accepté les choses, et attend sereinement la mort.

Gon pleure

Il va donc utiliser son bras couper pour empaler Pito, un geste que je trouve personnellement terrible d’un point de vue symbolique, utilisant un élément de son corps comme un simple objet totalement déconnecté de lui-même (et le rapprochant de Pito d’une certaine façon). Enfin, il termine en utilisant sa technique habituelle du Pierre-papier-pierre, avec son moignon, afin de créer une explosion démesurée (qui aura pour conséquence de ravager ce qui reste du corps de Gon, qui tombera dans le coma).

Ainsi, le héros a accepté la mort après avoir été totalement brisé par ce monde trop violent.

Tentative d’interprétation

Aller vers les étapes du deuil pour structurer une analyse linéaire de la séquence est déjà une forme d’interprétation en soi tant cet aspect est lourd de sens. Cependant, je vois une autre pistes d’interprétation intéressante pour la séquence, qui est celle de la fin de l’enfance (d’où le titre de l’article).

PierrePlusieurs éléments m’ont évoqué cette piste. Tout d’abord, le plus évident, il s’agit quand même ici d’une scène où on voit un enfant devenir adulte d’un seul coup. Mais aussi, le fait que l’attaque principale de Gon, qui vient clôturer la séquence, soit le Pierre-papier-ciseau, soit un jeu d’enfant, n’est pas anodin selon moi.

L’aspect le plus évident de l’interprétation qu’on peut en faire est que Gon perd toute son innocence d’enfant en faisant face à un choc trop violent pour être géré. Le fait de devenir adulte d’un coup montre cela. Et ce qui est intéressant ici est la mise en parallèle entre le fait de devenir adulte et la perte de quelque chose. Cette innocence d’enfant, mais aussi la possibilité d’être heureux et une perspective d’avenir. Non seulement Gon devient adulte, mais ce faisant, il abandonne toute envie de vivre. 

J’y vois là l’idée d’une incapacité à se confronter au monde tel qu’il est, faisant que Gon préfère mettre fin à tout comme il le dit lui-même. Et même si on sait bien qu’au final, il sera sauvé par Kirua et redeviendra l’enfant qu’il était, le fait qu’il ne puisse plus utiliser le Nen montre bien que quelque chose en lui s’est brisé. Et cette incapacité à utiliser le Nen me semble une représentation métaphorique de cette fin de l’innocence de l’enfance.

On dit d’ailleurs souvent que des enfants ayant vécu de forts traumatismes qu’ils n’auraient pas du vivre font qu’ils sont plus matures qu’ils devraient l’être, et j’ai le sentiment que c’est l’idée qui passe ici avec Gon. Et je pense que ceci contribue grandement à la force émotionnelle de la séquence, où l’on voit l’enfant que l’on a suivi depuis le début se faire briser et perdre toute forme d’innocence et de joie de vivre, souhaitant juste détruire celui qui est responsable de sa souffrance, et mourir ensuite.

Et ce genre de séquence a d’autant plus d’impact qu’on est ancré dans le shonen nekketsu, un genre globalement très codifié. Or Hunter x Hunter, depuis le début, semble vouloir dépasser beaucoup des codes du genre, notamment concernant la caractérisation du héros. Précisons tout d’abord qu’il ne faut pas faire de généralité absolue et qu’on trouve toujours des cas qui viennent faire mentir ces généralisations, mais globalement, le nekketsu, en tant que genre destiné aux ados, est fortement chargé en terme de repères moraux et cherche à mettre en avant des héros vertueux.

Que ce soit Sangoku, Izuku, Naruto, ou que sais-je, les auteurs évitent de mettre les héros dans des positions où leur nature de personnage « idéal » serait remise en cause. De ce fait, ils trouvent souvent en eux la force de pardonner leur adversaire, quand bien même ce qu’il a fait est horrible. Dans ce cas de figure, je pense souvent à Sangoku qui ne tue pas ses ennemis, et je pense notamment au cas particulier de Freezer, qui m’évoque celui de Gon. 

Freezer tue Krilin, qui est le meilleur ami de Sangoku depuis le début, et la colère du héros fait qu’il se transforme en super saiyen. Ce faisant, il devient tellement puissant que son adversaire ne peut clairement plus rivaliser. Or, malgré sa colère, Sangoku va décider de laisser Freezer en vie, et lui donnera par deux fois l’occasion de s’enfuir, avant de le finir (même si au final, il n’est toujours pas mort, et c’est Trunks qui lui donnera le coup de grâce bien plus tard).

On retrouve exactement la même configuration avec Gon et Pito, puisque la colère du héros face à la mort d’une des personnes les plus importantes pour lui l’amène également à se transformer, le rendant surpuissant par rapport à son ennemi. Sauf qu’ici, le pardon n’est à aucun moment envisagé, et contrairement à Sangoku qui sort grandi en tant que héros, Gon est détruit psychologiquement et à l’article de la mort.

Et pourquoi c’est important selon moi ? Tout simplement car cela revient à nous donner des repères moraux bien plus complexes et en phase avec la réalité. Si j’aime les héros de nekketsu pour tout ce qu’ils ont de vertueux, leur caractère « idéal » est une vraie limite, aussi bien dans l’écriture global que dans le discours qui en découle. Ainsi, en montrant un héros qui va finalement échouer dans sa fonction de héros, et à plus forte raison qu’il est un enfant, Togashi rend le parcours de Gon et ce moment de bascule encore plus impactant, aussi bien émotionnellement que dans ce que cela nous raconte.

En conclusion

Cet élément représente bien ce qu’est, à mes yeux tout du moins, Hunter x Hunter. C’est évidemment un shonen nekketsu, qui en reprend de nombreux tropes, mais qui cherche aussi beaucoup à s’en écarter. Pas par coquetterie, mais pour aller plus loin, proposer quelque chose de plus profond, et réussir enfin à dépasser le manichéisme chevillé au genre. 

Je pense que cet élément, mais aussi tous les autres que j’ai évoqué, fonctionnent ensemble dans cette séquence, que l’on arrive à comprendre de façon intuitive, pour finalement nous marquer. Et si on comprend intuitivement certaines choses, sans en avoir conscience, grâce à tout le travail de mise en place de Togashi et la grande force évocatrice de son trait, il reste un très gros travail d’exégèse et d’interprétation et analyse à opérer concernant son manga.

Personnellement, je peux clairement dire que Hunter x Hunter est devenu une obsession pour moi, dans le sens où la compréhension de ce titre me dépasse sur de très nombreux aspects. Et de ce fait, cela fait des mois que je relis certains passages, que je vais voir des analyses et interprétations de toute sorte, afin de dégager du sens de tous les points sur lesquels je m’interroge. Et au fil de mes recherches, je suis très très souvent tombé sur des mouvements de rejet, de la part de personnes considérant que Togashi est un petit malin qui en fait se moque de nous, d’autres disant que son manga est très bon mais loin d’être exceptionnel.

Bien souvent, en lisant ces commentaires, j’ai le sentiment – à tort ou à raison – que cela vient d’un mécanisme de défense qu’on retrouve parfois face à des œuvres trop complexes, qu’on préfère rejeter tel le renard face aux raisins inaccessibles dans la fable de la fontaine. De mon côté, je préfère y voir la confiance qu’un artiste place en nous et en notre intelligence, et une invitation à dépasser certaines choses qu’on considère comme acquises, pour nous permettre de nous élever.

C’est en tout cas comme cela que je vois Hunter x Hunter, et ce qui me donne envie de continuer à décortiquer ce manga si particulier, comme j’ai tenté de le faire avec cette séquence si importante du combat entre Gon et Neferupito.

19 commentaires

  1. Quelle belle analyse tellement juste.
    C’est pour moi aussi comme pour beaucoup le moment le plus marquant de la saga.
    Tu me donnes très envie de le relire avec ton éclairage en tête et bien sûr d’en voir l’adaptation animée 😁

    Aimé par 1 personne

    • Pour le coup, je trouve vraiment l’anime particulièrement réussi sur l’intégralité du titre. Et cette séquence ne déroge pas à la règle. J’aime particulièrement le fait que la mise en scène prend le temps de vraiment traiter de la séquence avec l’importance qu’elle mérite !

      Aimé par 1 personne

  2. « Précision importante, Togashi met plusieurs fois en avant dans l’histoire le rapport ambigu de Gon aux questions de bien et de mal. J’ai encore aujourd’hui du mal à voir ce rapport ambigu, mais l’idée est que notre jeune héros ne fait pas vraiment la distinction entre les deux, quand bien même il est montré comme plutôt vertueux et « bon » à de nombreuses reprises. »

    Ce que tu soulignes dans ce passage vient selon moi du fait que Gon a grandi au sein d’un petit village rural et convivial localisé sur un îlot isolé de tout. On pourrait facilement penser que notre héros a grandi dans un cocon, loin des villes et de la Société, et éduqué par une tante bonne et généreuse. De ce fait, il n’a donc pas fait beaucoup de fois (pour ne pas dire jamais) l’expérience du Mal au cours de son enfance, justifiant ainsi sa naïveté et le fait qu’il ne conçoive que l’existence du Bien. De plus, même s’il a été éduqué avec plein d’amour par sa tante, ce n’est à mes yeux loin de combler le bonheur d’avoir deux parents. Et malgré toute la bonne volonté de celle-ci, l’absence de figure véritablement paternel va conduire Gon à partir à la recherche de Jin (puis à trouver en Kaïdo la figure qu’il recherchait) mais cela peut aussi expliquer un certain manque de repère moral chez le héros à qui l’on n’a pas transmis une éducation complète. En tout cas merci pour cette très bonne analyse, je ne connaissais pas le modèle d’Elizabeth Kübler-Ross mais je trouve qu’il colle bien avec la séquence en question ! Et je pense que tu as visé juste en évoquant le symbolisme dans le passage de Gon à l’âge adulte qui s’effectue parallèlement avec la découverte du Mal par ce dernier. Ce n’est certainement pas anodin que Togashi ait choisit de vieillir son héros durant ce combat (contre Pito mais aussi face à lui-même et sur sa vision du monde finalement).

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    • Je n’avais pas du tout pensé à l’idée de revenir aux origines de Gon et au fait qu’il ait grandi sur une île un peu coupée du monde. En effet, cet élément me semble intéressant pour aborder son rapport « naïf » au bien et au mal.

      Pour ce qui est des étapes du deuil d’Elizabeth Kûbler-Ross, c’est quelque chose d’assez passionnant en terme de grille de lecture dans la fiction. Certaines œuvres s’y réfèrent parfois de façon explicite d’ailleurs (Dead Space 2 par exemple), là où d’autres peuvent être analysées de ce point de vue de façon également très pertinentes.

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      • Cela illustre d’ailleurs bien le fait que contrairement à ce que laisse croire la simplification sémantique de ce terme, la pensée du prophète Mani * ne se réduit pas à un schéma du style : « Il y a les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. »

        Cette dernière souligne simplement le fait qu’il existe un bon et un mauvais côté en tout individu. Et que certains développeront davantage un côté par rapport à un autre. De là, peuvent découler des conflits.

        * Dont vient le terme « manichéisme ».

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      • Je suis tout à fait d’accord. Par contre je trouve que les shonen nekketsu ont justement beaucoup de mal, malgré tous leurs efforts, à se départir du manichéisme. Et Hunter fait selon moi partie de ceux qui gèrent le mieux cet aspect.

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  3. Je suis pas un grand consommateur d’animé, mais ce passage est le seul à m’avoir donné autant de frissons ! D’ailleurs je regarde souvent la séquence en AMV sur YouTube tant elle était intense que ce soit émotionnellement ou réalisée.

    Hunter X Hunter est une de mes œuvres préférées, dommage qu’elle soit si souvent mise en pause. Je trouve qu’elle a tellement plus que certains nekketsu, notamment dans l’écriture de ses personnages et surtout de Gon.

    Pour moi Gon c’était la bonté incarnée, la gentillesse et un rayon de soleil, dans les moments sombres que pouvait apporter le manga. Cette métamorphose, cette tombée dans la haine et vengeance a un point de non retour, m’a fait encore plus aimé le personnage. Comme tu le soulignes, il veut tuer Pitou, quitte à mourir, car je pense que c’est la seul chose qu’il peut faire pour être en paix avec lui même. Je crois qu’il ne s’est jamais pardonné le fait d’avoir entraîné Kaito là dedans et intérieurement, il associe la mort de sa figure paternelle à sa propre faiblesse.

    Un moment qui m’a aussi impressionné et mis en garde (je l’ai remarqué qu’après avoir vu cette séquence) c’est lorsqu’il se bat contre Moreau et que si Kirua ne l’avait pas stoppé, qui sait jusqu’où il serait allé ?

    Et voir Kirua si impuissant face au « sacrifice » de son ami, m’a fait pleurer. La séquence en elle même aussi d’ailleurs.

    Merci pour ce superbe article, tu as un vrai don pour l’écriture et une superbe plume. Quel plaisir de pouvoir te lire

    Aimé par 1 personne

    • Hé bien merci beaucoup pour ton commentaire et pour ta remarque sur la fin qui me touche beaucoup.
      Comme je me remets beaucoup en question et qu’au moment de poster un article de ce genre je me dis toujours « mais est-ce que c’est réellement interrssant ce que je dis ? » , avoir ce genre de retour me fait très plaisir.

      Pour tout ce que tu dis sur la séquence, au-delà du rapport personnel que chacun a avec, il y a toute la symbolique autour de Gon que tu soulignes aussi qui montre qu’elle est vraiment riche de sens, car tu évoques des points auxquels je n’ai pas forcément pensé, notamment ce qui se passe avec Morau avant. On pourrait en discuter longtemps ma foi !

      Aimé par 2 personnes

  4. Je te rejoins totalement dans ton analyse d’autant que j’ai découvert l’anime peu de temps après avoir perdu ma mère. Ce qui m’a le plus marqué dans le traitement de cette séquence c’est l’appelle au secours de Gon, « au secours, aidez-moi, que quelqu’un m’aide » bein j’avoue ça c’était tellement moi sous le choque avec mon deuil à moi et dans les anime (pas seulement les shônen) on voit les étapes du deuil mais l’appelle au secours bein c’est quand même vachement plus rare… comme si c’était une étape un peu honteuse, plus honteuse que la douleur et les larmes…
    A noter que je prends, pour ma part, l’étape du marchandage dans la sollicitation de Pito à soigner Kaito parce que je trouve que les autres membres démontrent par leur attitude qu’ils n’y croient pas à cette guérison, ils laissent juste Gon faire son deuil à sa façon en allant jusqu’au bout de ce dernier espoir.

    Je te remercie pour le parallèle Gon/Meruem, je ne l’avais pas vu, j’y penserai à mon prochain visionnage ;-).

    En tout cas, cette séquence est un de mes moments préférés aussi et sa puissance émotionnelle est vraiment bouleversante. Ce manga c’est vraiment un diamant dont chaque facette est un trésor en soi…

    Aimé par 2 personnes

    • On est bien d’accord sur ta dernière remarque.

      J’avais pas pensé au passage où il demande à l’aide, mais rien qu’à y repenser là ça me donne des frissons.

      Et ce que tu dis sur ton deuil à toi me touche beaucoup également, et semble prouver que Togashi a bien fait les choses en écrivant ça.

      Même sans avoir vécu quelque chose de similaire, je trouve cette séquence d’une telle force… vraiment totalement marquante, aussi bien dans le manga que l’anime.

      Aimé par 2 personnes

      • Je pense aussi. Je trouve qu’on sent souvent chez les auteurs de shonen qu’ils sont directement passé de l’école au monde du manga, sans avoir vécu grand chose. Je ne saurai l’expliquer, mais c’est une vision du monde qu’on retrouve souvent, assez simpliste et basique.
        Et chez Togashi, on n’a pas du tout ça, et c’est un trait qu’on retrouve chez d’autres mangakas qui écrivent dans ce genre. Je pense à Hiromu Arakawa par exemple. Ça apporte une vraie densité à leurs œuvres.

        Aimé par 2 personnes

      • Je suis complètement d’accord ne serait-ce que dans le manichéisme ambiant de la majorité des Shônen ou la platitude des ambivalences présentées…
        Dans la vie un humain est complexe et se cogner à cette complexité donne l’expérience de la retranscrire… et puis il y a des émotions qu’il faut quand même avoir vécu pour en comprendre la profondeur…

        Aimé par 2 personnes

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