Mon avis sur… Android Type One T.1 de Yashima

Android Type One

Première nouveauté des éditions Omaké Manga de 2022, Android Type One me faisait de l’œil du fait de sa thématique robotique qui a le don de me parler. Les quelques illustrations dévoilées m’ont également beaucoup parlé, proposant une esthétique singulière qui a directement attiré mon œil. Enfin, la série étant terminée en trois tomes, l’investissement demandé ne sera pas conséquent, ce qui est toujours un élément appréciable. Voyons donc si ce premier volume est à la hauteur de mes attentes.

Tout d’abord, resituons un peu la série. Android Type One est le premier manga de l’auteur Yashima, ce qui confirme le côté « dénicheur de talents » de Omaké Manga, qui était notamment le premier à publier Rensuke Oshikiri en France (et, vous le savez peut-être, ce mangaka est un de mes chouchous, j’en ai parlé en détails ICI). La série a d’abord été prépubliée en ligne à partir de 2017 sur le site Manga Action Web de l’éditeur Futabasha, avant de migrer sur leur nouveau site Comic Action. Une première oeuvre donc, qui s’ancre totalement dans les codes d’un certain courant de la science fiction.

En effet, en développant une société futuriste dans laquelle les androïdes sont devenus monnaie courante, Yashima se pose dans la continuité d’Asimov sur la question de la robotique, citant même explicitement ses trois fameuses lois lors de la mise en route de l’androïde qu’on voit sur la couverture du tome. Et dans la grande tradition des récits du genre, cette figure de science-fiction est au service d’un discours sur l’humanité.

Mais avant d’aborder plus en détails cet aspect, voyons ce que raconte ce premier volume. Nous suivons le jeune Yugo, qui a gagné à un tirage au sort une période d’essai de 90 jours pour un nouveau modèle d’androïde Type One. Il va donc s’acclimater aux côtés agréables de la vie avec ce robot, qu’il nommera Yui, qui répond à ses demandes et l’aide dans toutes les tâches quotidiennes. Dans le même temps, il va bien entendu se questionner sur son rapport à cette vie artificielle. En parallèle, nous suivons deux personnes chargées de ramasser les carcasses de robots défectueux, qui enquêtent sur un androïde qui semble ne pas fonctionner exactement comme les autres. Évidemment, ces deux intrigues sont amenées à se croiser, chose qui arrivera en fin de volume, occasionnant un cliffhanger qui donne franchement envie de connaitre la suite.

Ainsi, avec ces deux trames qui se mêlent, on alterne entre une ambiance tranche de vie et un aspect polar qui fonctionnent tous les deux très bien. Un des intérêts de la chose étant de nous faire plonger dans cet univers, en nous dispensant par moments pas mal d’informations d’un coup, afin que l’on entre rapidement dans le vif du sujet.

Sur ce point, l’auteur gère plutôt bien sa mise en place puisqu’il arrive à rendre très crédible le fonctionnement de son monde, sans s’appesantir trop longtemps sur des détails. Je pense que le fait de se positionner dans la continuité des grandes œuvres du genre aide aussi, puisqu’on prend rapidement nos marques lorsque l’on connait les problématiques habituelles des récits robotiques.

Mais surtout, en se centrant sur le personnage de Yugo et ses questionnements, l’auteur déploie la richesse thématique et métaphorique de son récit (car je suis de ceux qui pensent que toutes les histoires de robots sont avant tout des métaphores… même Transformers !). Ici, le mangaka développe une idée que je trouve très intéressante, sans doute car elle résonne fort en moi, concernant le fait que dans cette société où les robots sont de plus en plus présents, on a effectué des tests avec des enfants afin de voir comment ils réagissent à ces derniers. Et on a constaté que certains enfants faisaient preuve d’une empathie exacerbée vis-à-vis des androïdes, les surnommant les « empathes ».

Vous l’aurez deviné, Yugo est considéré comme « empathe », et on voit déjà dans ce premier tome qu’il ne supporte pas la maltraitance infligée aux robots. Le questionnement autour de la légitimité ou non de cette empathie est donc au cœur du récit, créant selon moi un parallèle avec le rapport aux animaux. En effet, il est évoqué le fait que les robots ne ressentent pas d’émotion, et que de ce fait, ce n’est pas un souci de s’en prendre à eux. Et on entend encore aujourd’hui ce discours vis-à-vis des animaux, soit par méconnaissance, soit par omission volontaire car ça nous arrange de penser que des formes de vies massacrées et malmenées ne ressentent rien.

Et c’est clairement cet aspect qui m’a le plus parlé dans ce premier tome, même si tout l’aspect enquête tient en haleine comme il se doit. Mais comme il n’est pas encore central, il faudra voir comment l’auteur le développe sur les volumes suivants pour avoir un avis définitif sur la question.

Reste que ce premier tome (sur trois) est une belle réussite à mes yeux, par ses qualités d’écriture et ses thématiques qui me parlent beaucoup, mais aussi de par son esthétique qui fonctionne parfaitement. Il y a un aspect crayonné brut à son style qui me plait beaucoup, et qui permet de donner une grande clarté aux visuels, avec des découpages très intéressants par moments. Ainsi, c’est une belle trouvaille pour l’éditeur, et si les deux autres tomes tiennent leurs promesses, on aura là une nouvelle série courte de science-fiction de qualité. C’est tout ce que je souhaite !

18 commentaires

  1. Cela fait vraiment penser à Asimov 🙂 . De ce que tu en dis notamment sur la relation aux robots, moi je vois le parallèle de nos rapports aux peuples dit « indigènes » ou ‘sauvages », ceux que l’on a considéré comme inférieur à l’homme blanc donc étant dépourvu « d’humanité » pendant si longtemps.
    Ton parallèle avec les animaux est très intéressant parce que depuis peu nous avons les preuves que de très nombreuses espèces éprouvent des émotions comme nous. Du coup, comment peut-on considéré l’animal comme un produit, un être sans « humanité » ?
    J’ai toujours pensé que notre rapport à la robotique sera un écho supplémentaire à notre capacité à comprendre ce qui nous entoure et surtout à comprendre que nous faisons parti d’un tout. Est-ce qu’un robot ressent quelque chose ? Au-delà de l’aspect philosophique, je pense que c’est une réelle question et qu’Asimov avait parfaitement compris cela.

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    • Oui, le renvoi à Asimov est évident, d’autant plus que je le vois vraiment partout ou presque dans les œuvres de robots.

      Je n’avais pas du tout pensé à la question des « peuples indigènes », mais c’est vrai qu’on peut lire la chose ainsi. Je pense que le parallèle avec les animaux vient aussi de mon prisme personnel et mon rapport très fort à eux. On nourrit toujours les œuvres qu’on consomme au final.

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  2. Merci pour cet avis réclamé à corps et à cri !
    Comme je l’espérais, il me tente beaucoup. Fan d’Asimov, ce sont forcément des thématiques qui me parlent. J’aime l’idée du mélange polar / tranche de vie, ainsi que d’une série courte, peut-être ainsi condensant bien son propos sans s’éparpiller.
    Je pense très très probablement me laisser tenter s’il est en librairie demain !
    Merci pour la découverte 🙂

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    • Oui, le fait que ce soit court a joué dans ma décision de me lancer (pour le moment, Omaké ne propose que des séries courtes, je crois qu’ils ont encore rien sorti en plus de 10 tomes).

      J’espère que ça te plaira, car on retrouve des éléments classiques du genre, du coup j’espère que ça ne sera pas trop classique pour toi.

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  3. Intriguant comme titre ! J’ai l’impression que Asimov est devenu indissociable dès qu’il s’agit de parler de robotique, du rapport à l’humain avec et d’intelligence artificielle. Il faut dire qu’il a posé de nombreuses bases et pistes de réflexion rien qu’avec ses fameuses règles de la robotique. Je tâche de limiter ma lancée sur de nouveaux titres (histoire de vider ma pile de lectures en attente) mais je me note le titre quelque part. C’est le genre de récit qui peut totalement me plaire ! Merci pour la découverte !

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    • Et c’est en seulement 3 tomes !

      Je pense comme toi par rapport à Asimov, j’ai le sentiment que toutes les œuvres de robots portent son héritage.
      Genre dans Pluto, quand Gesicht dit « je ne peux pas blesser un humain », pour moi c’est un rappel de la première règle.

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  4. 3 tomes, pas cher et pas trop volumineux. Il est dans ma liste des œuvres à essayer !
    Je crois pas me souvenir d’avoir vu une œuvre traitant de robotique et d’IA sans qu’il n’y ait une référence à Asimov et ses règles. C’est devenu indissociable.

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    • Pour moi aussi, à moins vraiment de partir vers le film d’action américain genre Terminator, et encore, même là si ça se trouve il y a des choses que j’ai éludé (puis le fait que John Connor ordonne au T800 de ne pas tuer peut être vu comme une référence indirecte)

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      • Sans compter le fait que dans Terminator 2 le T800 se sacrifie pour sauver John Connor, a appris ce qu’on pourrait considérer être comme de l’empathie et aussi le fait qu’il obéisse aux injonctions de John même les plus idiotes. Si ça parle pas des lois, il y a cette réflexion sur ce qui fait l’humain. J’avais trouvé le traitement très intéressant dans l’Homme Bicentenaire, du moins l’adaptation en film que j’ai vu avec ce robot qui tend vers l’humanité, tandis que l’humanité, elle, tend vers le robot (avec les implants).

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      • Je t’avoue que je n’ai pas vu L’homme Bicentenaire, mais ça m’intéresse pas mal.
        Et puisqu’on en est à citer les films de robots, A.I. de Spielberg reste une de mes références. C’est un chef d’œuvre absolu à mes yeux.

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      • Je te conseille beaucoup L’Homme Bicentenaire. Il est inspiré d’une nouvelle d’Asimov, réalisé par Chris Columbus et le rôle principal est tenu par Robin Williams (l’acteur de mon enfance, il continue à me faire rire et m’émouvoir, c’est incroyable). Je suis tombée dessus par hasard à l’époque où je regardais encore la TV et ça a été une très belle découverte.
        A.I je l’ai toujours pas vu mais j’en ai eu que de bons échos !

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      • Oui, je vois tout à fait ce qu’est L’homme Bicentenaire, le cinéma est ma passion numéro 1 donc globalement, les films assez connus comme ça, je vois à peu près ce que c’est même si je les ai pas vus.
        A.I. c’est vraiment formidable, mais extrêmement dur. Une relecture de Pinocchio très portée sur les émotions et l’enfance, mais j’insiste encore sur sa dureté. Mais qu’elle merveille !

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