Mon avis sur… Gloutons & Dragons T.1 à 6 de Ryôko Kui

Gloutons & dragons

Je suis assez fasciné par l’univers du jeu de rôle dans sa globalité depuis des années, mais j’avoue n’avoir jamais testé le jeu de rôle papier. Cependant, j’aime beaucoup les jeux vidéo de type RPG, japonais en particulier (même si The Witcher 3 a ravi la première place dans mon cœur). J’adore les univers dépeints et le fait que l’on fasse évoluer un groupe de personnages (ou un seul dans certains cas, mais je préfère quand c’est des groupes) qui vont devenir au fil de l’aventure de pures machines de guerre.

Par contre, j’ai un rapport plus complexe à la fantasy, dans le sens où même s’il s’agit d’un genre que j’apprécie, j’ai souvent tendance à mettre tout en comparaison avec Le Seigneur des Anneaux (livres et films), et forcément, l’avantage ira toujours pour moi à l’univers de Tolkien. De plus, j’ai l’impression que les japonais prennent le world-building de façon moins stricte que les européens, qui cherchent souvent une crédibilité maximale à l’univers, au point de faire preuve d’un soucis du détail maniaque. En tout cas c’est l’impression que j’ai quand je vois les univers des jeux vidéo de fantasy, qui bien souvent sont moins consistants et plus « ludiques » dans la façon d’être dépeints.

gloutons-dragons-annonce

Et dans le cas de Gloutons & Dragons, il est clair que les références principales sont le jeu de rôle papier (dont le fameux Donjons & Dragons auquel le titre français fait référence), mais aussi le dungeon RPG, un sous-genre centré sur l’exploration d’un donjon comme son nom l’indique. Mais au-delà de la fantasy, l’originalité principale du titre vient de la thématique culinaire au cœur du récit. Car l’intrigue de cette seinen de Ryôko Kui, qui compte aujourd’hui 6 tomes (le 7e doit sortir en France le 12 juin) repose sur l’exploration d’un donjon infesté de monstres.

Nous suivons une équipe hétérogène et complémentaire dans la grande tradition du genre composée de Laios, un tallman (un humain donc) en armure, plutôt spécialisé dans le combat, Marcyle, la magicienne elfe et Tylchak, le spécialiste des pièges halfelon (il me semble que c’est un équivalent aux hobbits de l’univers de Tolkien). Tous trois ont dû fuir à la hâte le donjon après une confrontation avec un dragon, qui a d’ailleurs avalé Farynn, la sœur de Laios. Nos trois héros décident donc de partir à son secours sans prendre le temps de se préparer car ils doivent retrouver le dragon avant qu’il ait digéré l’aventurière (dans le cas contraire, il sera impossible de la ressusciter). La seule solution pour survivre dans ces conditions et de s’enfoncer dans le donjon en mangeant les monstres et plantes sur lesquels ils tomberont. Fort heureusement pour eux, ils tombent rapidement sur le nain Senshi, spécialiste en gastronomie monstrueuse. Il va donc se joindre au groupe avec grand plaisir, son but principal étant d’étendre ses connaissances en gastronomie monstrueuse.

La team

C’est ainsi que l’auteur mêle de façon naturelle la composante gastronomique à son récit de fantasy sans que cela ne semble jamais de trop ou accessoire, puisque le fait de trouver de la nourriture et la cuisiner est au cœur de la survie du groupe, et donc de leur avancée dans le donjon. Donjon qui par ailleurs est sous le coup d’une malédiction, mettant  en avant un enjeu encore plus important que le sauvetage de Farynn : trouver et vaincre le sorcier fou pour lever la malédiction et devenir le nouveau souverain de ce royaume. De ce fait, chaque chapitre ou presque est l’occasion d’une rencontre avec une nouvelle créature qu’il faudra occire, et évidemment, cuisiner pour la manger. De ce point de vue, c’est un véritable délice (c’est le cas de le dire) de voir comment le bestiaire classique de la fantasy est mis en scène comme un maillon de la chaîne alimentaire. D’autant plus qu’il y a un vrai côté encyclopédique dans la façon d’appréhender les différentes créatures, car il faut trouver comment les vaincre, mais également comment les accommoder au mieux. On constate d’ailleurs que Laios est passionné par toutes ces bestioles et que les goûter est quelque chose qu’il attendait depuis longtemps. Si vous êtes un peu rôliste dans l’âme, vous devriez apprécier la présence de basilics, cocatrix, dryades, ondines et autres, d’autant plus que l’auteur arrive à apporter harmonieusement des informations sur la façon dont vivent les différentes créatures.

Car si j’avais la crainte que l’un ou l’autre des aspects du manga ne soit traité un peu par dessus de la jambe, force est de constater qu’il n’en est rien. Comme je l’ai dit, l’aspect culinaire n’est pas un gimmick mais bien un élément primordial dans la survie et l’avancée de notre groupe, mais de la même façon, la composante dungeon RPG de fantasy est également traitée avec beaucoup d’intelligence et de respect. Ainsi, l’écosystème du donjon est décrit avec suffisamment de détails pour qu’il soit parfaitement crédible (Senshi rappelant plusieurs fois qu’il ne faut pas buter les créatures à tout va car cela viendrait perturber le fragile équilibre de la vie dans le donjon), de même, toutes les problématiques liées à l’équipement, la fatigue, les éventuelles rencontres sont autant d’éléments qui enrichissent le récit. De ce fait, les éléments qui me font aimer les RPG se retrouvent ici, à commencer par la diversité du bestiaire (que j’ai évoqué précédemment) et de l’équipe que l’on suit.

Car un des plaisirs de ce type d’univers est que les personnages sont très différents ce qui permet des échanges parfois drôles, d’autres fois tendus, mais toujours très vivants au sein de l’équipe. De plus, le fait qu’ils soient tous si bien campés fait que chaque lecteur ou lectrice arrivera à se projeter dans un (ou plusieurs) d’entre eux. Pour ma part, Marcyle et Senshi sont clairement mes deux petits chouchous, mais je trouve tous les personnages très réussis dans leur genre. De plus, l’avancée dans le donjon sera évidemment l’occasion de rencontres plus ou moins importantes, avec des personnages également hauts en couleur permettant de renouveler l’intérêt du titre.

Car s’il y a un point qui peut éventuellement déplaire, c’est la construction du récit. Comme je l’ai dit, on enchaîne les péripéties à base de rencontres de monstres et de cuisine, ce qui est très plaisant pour quelqu’un qui aime la fantasy car on voit défiler beaucoup de monstres et créatures. Mais l’inconvénient évident est une certaine redondance narrative, où l’on a l’impression d’une succession de combats et d’une avancée difficilement palpable en raison d’un manque de repères clairs. Et c’est d’ailleurs à mes yeux un des défauts des dungeon RPG qui fait que ce n’est pas le genre qui me plait le plus. Je préfère les RPG dans des mondes plus vastes où l’on peut facilement apprécier notre avancée, et plus axés sur la narration. Mais dans le cas de Gloutons & Dragons, l’auteur trouve des moyens pour briser cette monotonie. Avec des rencontres nouvelles comme je l’ai dit, mais aussi en étoffant les personnages principaux et leurs relations, et en donnant à intervalles réguliers des éléments de compréhension de l’univers et du donjon. Ainsi, on découvre toujours de nouvelles choses qui permettent de sentir une évolution globale. De plus, le premier enjeu (ressusciter Farynn) va en amener un nouveau au fil du récit, que je ne vais pas évoquer car il arrive après plusieurs tomes.

Enfin, l’esthétique globale du titre et le travail d’ambiance (qui concerne également l’humour toujours présent de façon plus ou moins discrète) m’ont permis de ne jamai ressentir de lassitude. Les héros sont bien illustrés et leur design global, bien que classique, est parfaitement en accord avec leurs rôles. Mais c’est surtout les environnements et les créatures qui sont particulièrement réussis, renforçant la crédibilité globale de l’ensemble. Comme je l’ai dit plusieurs fois, le bestiaire est pour moi un élément fondamental de ce type de récit, et de ce point de vue, l’auteur fait un excellent travail. De même, les plats dessinés (évidemment impossibles à reproduire dans la réalité) sont fait avec un réel soucis du détail, et j’ai apprécié le fait que les ingrédients, la façon de les cuisiner, et les apports nutritionnels soient systématiquement précisés.

En résumé, Gloutons & Dragons est à mes yeux une véritable réussite tant cette série mêle avec intelligence fantasy et cuisine comme si les deux allaient naturellement de paire. De plus, il y a un réel travail d’écriture concernant l’univers du titre afin de le rendre crédible, un élément à mes yeux très important dans le genre. Avec en plus une galerie de personnages très attachants et des enjeux simples mais prenants, nous avons affaire à un manga d’excellente qualité que je recommande à toutes celles et ceux appréciant la fantasy, ou souhaitant simplement une belle aventure, bien écrite et illustrée avec un soupçon d’humour.

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10 commentaires

  1. bonjour, comment vas tu? de prime abord, je ne suis pas très fan de fantasy, je trouve cela toujours redondant en effet et difficile de soutenir la comparaison avec tolkien, comme tu le soulignes. ce titre a l’air malgré tout très original. si j’ai l’occasion de tomber dessus en médiathèque par exemple, j’y jeterai un oeil. passe un bon jeudi et à bientôt!

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  2. Merci pour ta chronique ! J’apprécie énormément l’univers de fantasy, et c’est vrai que c’est un manga qui m’attire, je n’ai pas osé me jeter à l’eau, mais il va falloir que je m’y mette 😉

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  3. Pas encore lu mais ma fille l’a lu quelques semaines avant… que son prof de français, geek et passionné de mangas, ne le conseille à sa classe. Elle a aimé mais n’a jamais été tentée par le tome2. Décrit ainsi dans ta fiche de lecture, je pense même que mon fils devrait aimer aussi. Hier il a lu son 1er manga (le sens de lecture est difficile pour lui) et il a aimé. C’est le bon moment pour qu’il lise celui ci lui qui aime les monstres et la cuisine 😆

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