Kaguya-Sama : toujours aussi bon après 10 tomes ?

La durée des séries est une question assez importante dans le domaine du manga. Si toutes les longueurs existent, il y a pour les titres à succès une tendance à l’étirement malgré tout. Il n’est pas rare de voir des titres se développer sur plus de 20 tomes, voire beaucoup plus. Si cela permet de prolonger le plaisir et de densifier les intrigues, la question de la légitimité de cette longueur se pose souvent (les fameux « tomes de trop »). Dans le cas de Kaguya-Sama, le concept narratif fort et volontairement répétitif fait que la question est d’autant plus légitime. Et, alors qu’on arrive au dixième tome de la série en France, qui en comptera 28 au total, voyons si Aka Akasaka maîtrise la question de la durée (la réponse est évidemment « oui » !).

Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce volume.

J’aime beaucoup, avec les séries qui me tiennent particulièrement à cœur, faire un petit point lorsqu’on franchit certains paliers. La dizaine de tome me semble naturellement en faire partie, et de ce fait, il convient de prendre le temps de se poser un peu sur le cas Kaguya-Sama (la répétition était involontaire, mais on la garde !). Comme je l’ai dit en introduction, on est face à une série plutôt longue, puisqu’elle fera 28 tomes au total, et au concept volontairement répétitif. Pour rappel, nous suivons le BDE d’un établissement d’élite, dont le président Miyuki Shirogane et la vice présidente, Kaguya Shinomiya, sont amoureux l’un de l’autre mais refusent de se déclarer, considérant que cela reviendrait à se mettre dans une position de « dominé » par rapport à l’autre. Ainsi, entre acceptation difficile de ses propres sentiments et volonté de confondre l’autre, la série se structure autour de chapitres qui sont autant de situations propices à une guerre des nerfs larvée, entre humour et sentiments.

Et d’emblée, avec une structure narrative si volontairement répétitive, qui cultive quelques running gags (le fameux « comme c’est mignon » notamment), la question de la durée et d’une éventuelle redondance se pose forcément. Je dirai même que la vraie question serait : « est-il possible de ne pas se répéter très rapidement avec un tel concept ? ». Et si on ne peut pas faire d’affirmation concernant la tenue de la chose sur la totalité de la série, avec déjà 10 tomes au compteur, on peut quand même apporter un début de réponse à cette question.

Et force est de constater que Akasaka sait vraiment bien mener sa barque, et que sa structure contraignante en apparence contribue à la pertinence et la richesse du titre. Pour ce qui est des éléments les plus basiques et communs, on peut déjà souligner que cela lui permet de développer sur la durée des personnages et un environnement singulier, où chaque petite histoire est l’occasion d’étoffer un ensemble, et lui donner du corps. C’est assez basique et attendu mais ça fonctionne néanmoins très bien. Je pense par exemple au développement du personnage de Ishigami au fil des volumes, qui utilise des ficelles classiques (notamment des flash-back) pour lui donner de l’épaisseur et en faire un très très beau personnage.

Mais cette structure permet aussi des choses bien plus intéressantes. Car si c’est en apparence assez contraignant, Akasaka se permet au contraire pas mal de libertés avec son concept, pour partir régulièrement dans des directions inattendues qui ont pour effet de largement dépasser le simple cadre du récit d’origine, et proposer moults réflexions sur tout un tas de sujet.

Sur ce point, un des exemples les plus édifiants pour moi a lieu dans le tome 5, où Fujiwara va manger des ramen, et où un quadra l’observe et est très jugeant au départ, avant de se rendre compte qu’il est rongé par ses préjugés et une vision formatée des choses. Un chapitre à la fois hilarant et vraiment profond dans ce qu’il raconte, totalement déconnecté du reste de l’histoire, et pourtant marquant. Et il symbolise bien la profondeur et la richesse globale de la série, qui s’autorise régulièrement des petits hors sujet parfois marquants.

Également, Akasaka se met rapidement à proposer des péripéties plus conséquentes que celles se déroulant sur un chapitre, donnant davantage d’ampleur narrative à certains événements clé, qui participent au développement des personnages. En faisant cela, il accentue certains nœuds de tension narratifs et démontre une gestion des émotions vraiment impressionnante. Donner l’exemple precis que j’ai en tête serait une révélation trop importante, mais il se joue dans certaines sous-intrigues des moments clés dans la relation Shirogane/Kaguya, et il y a aussi un développement majeur du personnage de Ishigami qui est traité de la même façon, sur plusieurs chapitres. Et pour finir sur cette façon de segmenter le récit, précisions que l’auteur aime régulièrement mettre en place des petites intrigues qui reviennent ci et là, quand on ne les attend pas forcement, concourant encore une fois à créer une dynamique narrative qui mêle routine et rupture, afin de ne jamais lasser.

Et dans tout cela, sur déjà 10 tomes, force est de constater qu’il n’y a quasiment pas de déchet, dans le sens où chaque chapitre ou petit bout d’intrigue permet d’étoffer les personnages ou le récit, ou à minima, proposer un moment de rire et de plaisir. Je n’ai souvenir que d’un seul chapitre qui est tombé à côté pour moi, où Akasaka s’amuse à caricaturer les codes des shojos de romance. Ce chapitre ne m’a d’une part pas vraiment amusé, mais je trouve en plus que le ton donne plus le sentiment de vraiment se moquer du genre, plutôt que de rire avec bienveillance de certains de ses éléments.

Mais, vous en conviendrez, un seul chapitre raté sur plus d’une centaine désormais, cela fait un ratio de réussite vraiment impressionnant à mettre au crédit d’une serie qui sait constamment se renouveler, et est d’une précision impressionnante pour ce qui est de la gestion du récit, du rythme et de émotions. Ainsi, et c’était le but de cet article, après 10 tomes, je pense qu’on peut affirmer que cette série arrive à transcender son concept et sa structure narrative, pour en faire des outils au service du développement de ce qui s’apparente de plus en plus à un chef d’œuvre à mes yeux.

6 commentaires

  1. Déjà 10 tomes de Kaguya-Sama, whouaw le temps passe vite.
    La plus grosse force de la série pour moi jusqu’à là et qui fait que même après 10 tomes on ne ressent aucune lassitude, c’est des situations qui évolue et font écho à des événements déjà passé. Je pense par exemple au chapitre qui mette en œuvre le duo Shirogane et Chika, le schéma à beau être le même à chaque fois, c’est toujours de bons moment très drôle qui fait évoluer leur relation dans le bon sens.
    Pour info ce tome commence le début de la saison 3 qui a été diffusé récemment. Dire qu’on n’est même pas à la moitié de la série 😮

    Aimé par 1 personne

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