Mon avis sur… Asadora T.5 de Naoki Urasawa

AsadoraAu-delà de l’évidence que représente l’achat d’une nouvelle série d’Urasawa, Asadora continue encore et toujours de se révéler une série passionnante. La première de l’auteur que je suis en direct à chaque nouveau tome, et fatalement, la première que je ne lis pas d’une traite (la meilleure façon de lire du Urasawa selon moi). De ce fait, le plaisir de la lecture est amené à se renouveler, compte tenu du fait qu’il y aura fatalement relecture lorsque la série sera terminée.

Il faudra par ailleurs s’armer de patience pour en voir le bout, Urasawa travaillant désormais à son rythme, après avoir brûlé la chandelle par les deux bouts durant ses jeunes années. Ainsi, nous avons déjà rattrapé le Japon, où 5 tomes sont parus au format relié depuis 3 ans que la série a commencé. Qu’à cela ne tienne, Kana nous permet de patienter entre deux volumes avec la très belle édition de Yawara, qui continue de son côté à un rythme régulier.


Mon avis sur les tomes précédents : Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4


Mais quand même, cette nouvelle série, forte de toute l’expérience acquise par l’auteur (près de 40 ans de carrière au compteur), a une saveur particulière. Petit retour en arrière, nous suivons la jeune Asa Asada, que l’on a découverte toute jeune en 1959, alors qu’un kaiju a ravagé sa maison. Depuis le tome 3, nous avons passé quelques années, puisque les jeux olympiques de Tokyo en 1964 se préparent. Élément loin d’être anodin, puisque la série s’est ouverte sur une autre attaque de kaiju, aux JO de Tokyo, mais de 2020 cette fois.

Si je prends le temps de situer tout cela, c’est parce que la série nous promet une grande fresque, sur plusieurs années, comme Urasawa aime nous proposer. De la même façon, on est en terrain connu en terme de structure narrative, développant un dense réseau de personnages qui gravitent autour d’Asa. Ainsi, ce cinquième volume, de la même façon que le précédent, nous donne un fort sentiment d’urgence, alternant entre les points de vue des différents personnages, avec toujours en point d’accroche Asa, aux commandes d’un vieux coucou, qui affronte le Kaiju qui est sur le point d’attaquer Tokyo.

En parallèle, on suit ses deux amies (qui partagent la couverture avec elle) chacune de son côté, qui étoffent le récit, ayant chacune ses problématiques et des thématiques qu’elles charrient. De même, monsieur Kasuga, magnifique personnage, est encore et toujours aussi central à l’histoire, et la dynamique entre lui et Asa reste un des points les plus forts émotionnellement du récit.

Enfin, on y retrouve en terme de thématiques pures certaines obsessions du mangaka, qui permettent de tisser une fois de plus du lien dans les différents titres qui composent une bibliographie d’une rare cohérence. Ainsi, en plus du plaisir de lecture pour le titre en lui-même, il y a ce second plaisir qui vient du fait d’approfondir la connaissance d’un Auteur avec un grand A. Que ce soit dans le travail sur l’Histoire, sur les Jeux Olympiques, sur le rapport au cinéma et aux icônes, et surement d’autres points que je n’ai pas forcément noté, en plus des renvois visuels évidents (comment ne pas voir du 20th Century Boys et du Billy Bat dans certaines planches ?), tout transpire le Urasawa pur jus.

De ce fait, en tant que fan d’Urasawa, je suis dans mes petits chaussons face à cette intrigue rappelant sur certains points des éléments déjà connus dans d’autres mangas de l’auteur, dont la structure est typique du mangaka, d’une grande efficacité et d’une richesse rare. Car peu nombreux sont les mangakas dont les titres arrivent, avec une facilité si déconcertante, à ouvrir le champ des possibles au point où on ne sait pas sur quel pied danser, tout en se retrouvant finalement face à quelque chose de parfaitement cohérent.

Et après 5 tomes, la série conserve toujours autant de mystère, et en densifie même certains, notamment concernant son kaiju qui est quand même au centre de l’histoire. Si bien qu’on se retrouve comme souvent avec Urasawa, pendu aux pages avec comme seule envie d’en voir toujours plus. Ainsi, le plaisir de lecture est constamment renouvelé, et, comme je l’ai dit en introduction, si le seul nom de l’auteur fait que l’achat me semble évident, la qualité est également à la hauteur du mangaka, qui ouvre toujours plus le champ des possibles d’un récit véritablement passionnant.

11 commentaires

  1. Même si j’adore l’auteur et ses ambiances et univers, je ronge vraiment mon frein avec cette série qui a tout pour me plaire mais avance lentement.
    J’ai un peu de mal à faire le lien entre ce que vit Asa et ce que vivent ses amies. J’ai l’impression que c’est juste pour se faire le témoin d’une époque. Mais j’espère que l’auteur en fera autre chose.
    Ce sera donc une série à relire une fois terminée pour mieux ressentir l’ensemble de l’intrigue.

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    • Plus mature, je ne sais pas. Mais sur ses 10 premiers tomes, j’ai beau aimer, 20th est une petite déception tant je le trouve largement en dessous des autres titres majeurs d’Urasawa.
      Mais j’attends que toute la perfect soit sortie pour lire d’une traite, car ça reste la meilleure façon de lire Urasawa à mes yeux.

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      • Oh il avait déjà beaucoup de bouteille à l’époque de 20th. Il avait déjà fait Monster et Pluto entre autres.
        De mon point de vue qui n’engage que moi, je pense qu’il a été dans un délire un peu trop compliqué de temporalité dans 20th, et surtout je ne le suis pas sur certaines choses (toute la partie en réalité virtuelle en mode lavage de cerveau, c’est non pour moi au stade où j’en suis).

        Quand j’ai appris qu’il aimait bien partir en freestyle dans son récit, je pense qu’on voit totalement cet aspect dans 20th et je n’adhère pas toujours aux directions qu’il prend.

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      • Je pense aussi. Monster, Billy Bat, et pour le moment Asadora ont beau éclater les points de vue, et se dérouler sur une temporalité relativement étendue, gardent un fil rouge clair et un personnage en guise de point d’ancrage.
        20th, il y a bien l’identité d’Ami en point central (sur la première moitié tout du moins), mais en multipliant les points de vue et les ambiances en fonction des époques, ça devient parfois compliqué.
        Peut-être que quand j’aurai tout lu, ça s’éclairera remarque.

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      • A force de tourner en rond autour d’AMI ca pouvait difficilement se résoudre, surtout après la bascule majeure. Et surtout il tarde trop à rappeler Kenji, qui finit par faire flop. Je pense qu’à vouloir briser les cadres il a perdu les siens.

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  2. C’est dingue comme Urasawa peut happer à la lecture par ses personnages et son écriture. L’importance des JO n’est pas sans rappeler l’exposition universelle dans 20th Century Boys. D’ailleurs ça m’a fait bizarre de lire le tome 4 en pleine période des JO de Tokyo 2021. Je suis curieuse de voir l’évolution des amies de Asa et leur implication dans l’intrigue. Après j’ai l’impression qu’avec cette série, Urasawa cherche à mettre en avant des figurines féminines : Asa a du répondant face aux hommes se permettant des remarques sur elle, ses amies cherchent chacune leur voie, on a droit à du catch féminin… Tout le mystère du kaiju m’a aussi évoqué celui entourant le robot de 20th Century Boys. A voir ce qu’il nous prépare pour la suite mais je suis assez confiante.

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    • J’ai aussi noté les mêmes éléments communs avec 20Th CB.

      Pour ce qui est des personnages féminins, j’ai le sentiment que c’est une constante chez Urasawa, même si il est possible qu’il y ait ici un commentaire sur une époque et, pourquoi pas, en prenant les JO de Tokyo comme élément central, une volonté de faire un parallèle entre cette époque et aujourd’hui, 40 ans plus tard.

      Il faudra voir sur la durée, mais tout ce qui se passe avec la copine qui porte une robe de Marylin m’intrigue beaucoup personnellement.
      Après ce point est peut être aussi là pour proposer une réflexion sur les icônes comme Urasawa l’avait déjà fait dans Billy Bat et Mujirushi.

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