Mon avis sur… Versus Fighting Story T. 1 et 2 de Izu, Kalon et Madd

Versus Fighting Story

C’est la première fois que je vais aborder sur le blog ce que l’on appelle couramment le « global manga ». De ce que je pense avoir compris du terme, il s’agit d’un mot récent pour qualifier les mangas qui ne sont pas originaires du Japon, et le terme a en particulier un certain succès en France, où la production nationale grandit à un bon rythme. On trouve notamment des séries à la renommée grandissante telle que Radiant de Tony Valente (que personnellement je n’ai pas lu). Me concernant, c’est peut-être bête, mais j’ai du ma à m’intéresser au manga français, me disant que c’est un genre japonais avant tout. J’ai bien lu City Hall que j’ai trouvé très sympa, mais dans l’ensemble, je ne m’intéresse pas trop au genre. Et pourtant, je suis allé vers Versus Fighting Story, dont le pitch m’intriguait. Voyons donc ensemble de quoi il en retourne et en quoi ce manga français est pour moi une très belle surprise.

Max Volta, leader d’une équipe de joueurs professionnels, se lance à l’assaut du Capcom Pro Tour, l’une des plus grandes compétitions internationales sur Street Fighter V. Jugé favori et décidé à remporter le tournoi, il se pourrait pourtant que tout ne se passe pas comme prévu…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, resituons l’œuvre. Il s’agit d’un manga français de Izu, Kalon et Madd, trois artistes que je ne connaissais absolument pas, qui se déroule dans le milieu de l’esport, en particulier autour de la licence Street Fighter. Si vous ne connaissez pas le terme d’ « esport », il s’agit tout simplement du jeu vidéo en tant que discipline sportive professionnelle, et donc, lucrative. Or, mon rapport à l’esport est très simple : je ne m’y intéresse absolument pas, car le sport professionnel dans sa globalité de m’intéresse pas. Cependant, j’éprouve une certaine fascination pour ses acteurs, qui se dédient totalement à un jeu afin d’en être des experts. J’ai regardé quelques vidéos de matchs pro sur Super Smash Bros, et c’est impressionnant de voir à quel point on dirait qu’ils ne jouent pas au même jeu que moi, simple noob. Et non seulement l’esport ne m’intéresse pas, mais les jeux compétitifs qui deviennent des disciplines à part entière ne m’intéressent pas davantage. En effet, je suis plutôt un joueur de jeux solos et narratifs. Je pense que les seuls jeux auxquels je joue qui donnent lieu à des compétitions sont Mario Kart, Super Smash Bros et Splatoon. La dernière fois que j’ai touché à un Tekken, Soulcalibur ou Street Fighter doit remonter à plus de 10 ans.

Tout ça pour dire que je ne baigne vraiment pas dans ce milieu, dont je n’ai pas les codes. Et si j’ai pris le temps de le préciser, c’est tout simplement pour mettre en avant une des premières grosses qualités de ce manga : il semble faire preuve d’une véritable érudition sur le sujet (même si je ne suis pas bien placé pour en juger) mais réussi à rester clair afin que les néophytes puissent comprendre ce qui se passe, et y prennent plaisir. À ce titre, il est intéressant de voir que les préfaces sont signées de noms importants et connus du domaine, au point où même moi j’en connais certains (je pense à Kayane de Game One et Ken Bogard de jeuxvideo.com). Et les volumes s’achèvent avec des explications concernant les mécaniques de jeu de Street Fighter V, un lexique, et des interviews d’esportifs. Tout ceci permettant de se dire que les auteurs connaissent leur sujet et le traitent avec un réel sérieux.

Un autre point qui m’a particulièrement plu vient de l’osmose que les auteurs ont réussi à créer entre le fond et la forme. J’entends par là qu’ils ont fait un shonen sportif à tendance nekketsuesque ancré dans la culture française tout en rappelant l’importance de la culture japonaise qui est le berceau de Street Fighter et du manga, créant une mise en abîme vraiment intéressante (oui, cette phrase est longue, mais c’est pour mettre en valeur la richesse thématique du titre). Le fait de choisir le genre sportif est logique compte tenu de la thématique abordée, et se focaliser sur Street Fighter permet d’être vraiment dans le genre nekketsu avec des combats (avec je pense des images directement extraites du jeu), toujours commentés par les personnages (ce qui fait que même moi je comprenais ce qui se passait), dans lesquels les coups spéciaux et les stratégies, fruit des entrainements des joueurs, sont décisifs. Ainsi, les ingrédients du nekketsu sont tous présents à travers le jeu. Précisons d’ailleurs au passage que les auteurs ont fait appel à des joueurs chevronnés (pros ?) afin de reproduire les combats mis en scène dans le manga, encore une fois, afin d’obtenir le plus d’authenticité possible.

Et comme je l’ai dit, le fait qu’il s’agisse d’un manga français a vraiment son importance car les personnages principaux sont français et vivent en France, et l’objectif d’Eric Volta, propriétaire d’une équipe d’esport est de battre les japonais à leur propre jeu. Ce point me semble être une mise en abîme du fait que des français créent un manga, un genre de BD typiquement japonais. Cependant, je pense que les auteurs ne se voient pas comme Eric Volta, qui fait d’ailleurs figure d’antagoniste puisqu’il vire son neveu de son équipe en début d’histoire, et qu’il semble être attiré par le profit et un brin magouilleur sur les bords.

Et puisqu’on en est à parler des personnages, un petit mot les concernant. On se retrouve encore une fois dans les codes du shonen avec déjà pas mal de personnages importants mis en avant, tous très hauts en couleur, en particulier concernant ceux de la team Arkadia (l’équipe d’esport fondée par Eric Volta). Chaque personnage a un style de jeu et un look particulier, parfois assez extravagant, je pense notamment au personnage de JCL, qui cherche à entrer en osmose parfaite avec son personnage, Guile, en prenant comme modèle Jean-Claude Van Damme, qui a incarné ce fameux Guile dans l’adaptation cinéma de Street Fighter (un nanard de haute volée qui continue de rapporter une fortune à Capcom par ailleurs, tout comme la saga ciné Resident Evil). De plus, le fait que l’esport fonctionne par équipe permet de réunir des personnages secondaires autour de nos héros exactement de la même façon que dans n’importe quel nekketsu classique, autour d’un même objectif. Encore une fois, le travail sur l’adéquation entre le fond et la forme est vraiment de qualité !

Un autre élément thématique très intéressant qui m’a particulièrement plu est celui de la transmission. Car la passion du jeu de combat est dans ce manga une question de famille, que ce soit avec Max Volta, neveu d’Eric Volta, ou avec le deuxième personnage principal, Ines, fille du joueur légendaire TKO. Chacun représente une façon de transmettre sa passion pour la discipline, mais élargit même la thématique vers quelque chose de plus global concernant la filiation et ce qu’on transmet à nos enfants, et ça forcément, ça me parle d’autant plus que c’est très réussi ici !

Enfin, un petit mot sur l’esthétique globale du titre. Madd est le storyboardeur du manga et c’est sans doute à lui qu’on doit une partie du dynamisme de la mise en scène qui fonctionne parfaitement. Mais c’est surtout les illustrations de Kalon qui sont excellentes. Son travail de character design est très inspiré (le look des personnages étant décortiqué entre chaque chapitre) et donne à chacun un caractère propre. Et le travail sur les décors est également d’excellente facture. Il me semble qu’elle retouche des photos pour les décors, ce qui donne un côté très stylisé à l’ensemble, dans lequel les personnages s’intègrent parfaitement. Personnellement, j’aime vraiment beaucoup ce style, très dynamique qui met parfaitement en valeur la thématique du manga.

En résumé, Versus Fighting Story est vraiment une excellente surprise pour moi qui ne connait pas très bien le global manga, et encore moins l’esport. Ce que je retiens le plus, c’est la qualité d’écriture qui permet de créer une véritable osmose entre le fond et la forme, entre le genre abordé et les thématiques qui s’y intègrent. Tout ceci en restant abordable même pour un néophyte tel que moi. Une véritable réussite donc, qui selon moi a tous les atouts pour plaire à un large public et pas seulement aux fans de la discipline.


Si jamais vous hésitez encore à vous lancer, Glénat vous propose la lecture d’un extrait sur son site.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.