Analyse de séquence : Mad Max – Fury Road

Mad Max Fury Road

Mad Max – Fury Road
Réalisé et écrit par George Miller
Sorti le 14 mai 2015 en France

Avec : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne
Compositeur : Junkie XL

Box-office mondial : 375 millions de dollars

Mad Max – Fury Road est le genre de film que l’on ne voit qu’une fois par décennie, un chef d’œuvre absolu qui marque au fer rouge et dont chaque visionnage ne fait qu’amplifier la puissance évocatrice. Je l’ai vu à sa sortie en salle il y a cinq ans, et je ne m’en suis toujours pas remis. Il fait partie de mon panthéon cinématographique personnel depuis, et aucun film sorti ces cinq dernières années ne lui arrive à la cheville selon moi.

Mais au-delà de mon cas personnel, le film a calmé énormément de monde, et malgré ses chiffres corrects mais sans éclat au box office mondial, on a eu l’impression que le film était un carton. Impression fausse qui vient surtout du fait que les fans du film l’ont totalement investi et se sont beaucoup fait entendre. Cependant, il ne faut pas croire qu’il a fait l’unanimité, beaucoup y voyant un film d’action lambda (quand bien même je continue de ne pas comprendre comment de simples humains ont pu filmer quelque chose d’aussi virtuose) au scénario au ras des pâquerettes. Car le film a ce « problème » d’avoir totalement foi en la capacité du cinéma à raconter les choses visuellement, et ne se perd pas dans d’interminables dialogues pour caractériser et étoffer ses personnages, et c’est justement l’objet de la séquence que je me propose d’analyser ici. Je me souviens que dès le visionnage, j’avais intuitivement compris que quelque chose se passait dans cette séquence, et c’est en revisionnant plusieurs fois le film que j’ai compris comment Miller s’y était pris pour faire comprendre son idée sans en avoir l’air.

Contexte de la séquence

Je vais resituer au minimum pour ne pas être trop long. Ce film se déroule dans un univers post-apo bien connu, et si Max Rockatansky est plus ou moins toujours le même personnage, on trouve quelques variations qui laissent à penser que chaque film est autonome, de ce fait il peut être vu sans connaître la trilogie d’origine. Dans ce monde, chacun lutte pour survivre, dont Max, qui reste seul et taiseux depuis la mort de sa famille. Mais il va être capturé par les warboys d’Immortan Joe, un tyran qui règne sur une cité relativement prospère compte tenu de l’état de ce monde.

Il va croiser la route de l’Imperator Furiosa, une guerrière qui a trahi Joe pour sauver les jeunes filles qui allaient faire office de poules pondeuses. Furiosa et Max vont se retrouver contraints de coopérer pour survivre, bien qu’aucun des deux n’en ait envie. La séquence que je vais analyser est selon moi le moment de bascule du film, où les destins des deux vont finalement se lier jusqu’à l’accomplissement de chacun. Et pourtant, ce moment où les personnages vont finir par se comprendre et s’accorder est une séquence d’action, et c’est justement là son intérêt comme on va le voir.

Pour resituer un peu plus la séquence, Furiosa et Max sont poursuivis par Immortan Joe, mais aussi par des motards avec qui en veulent à Furiosa. Ils vont donc fuir, tout en se flinguant avec les motards pour survivre. La séquence est visible sur youtube ici, et je vous invite quand même à la regarder d’abord pour savoir de quoi on parle.

Analyse de la séquence

Les personnages sont dans le camion qu’ils ne quitteront pas vraiment du film (la quasi-totalité du film est une course poursuite, pourtant très dense et riche narrativement), et Max et Furiosa tirent sur leurs poursuivants de l’intérieur de l’habitacle. Au début de la séquence, chacun tire par la vitre situé de son côté, Max utilisant une arme de poing puisqu’il conduit en même temps. Il y a une forme de parallèle dans le comportement de chacun, mais ce n’est pas encore le plus pertinent.

Max et Furiosa
Je trouvais intéressant de montrer le parallèle entre les deux plans, dans le premier Max est seul alors que dans le second, on voit Max et une des vestales de Joe à l’arrière plan.

Les motards envoient des grenades sur l’avant du camion qui s’enflamme. Furiosa fait descendre un accessoire genre chasse neige (désolé pour mon absence de connaissance du vocabulaire automobile…) qui permet au sable de s’élever et je trouve l’enchaînement des plans très beaux. Le sable vient éteindre les flammes, mais on dirait surtout qu’il vient symboliquement nettoyer quelque chose, et Max a un petit mouvement de tête dans son habitacle, comme s’il était lui-même touché (en l’occurrence c’est le cas puisque les fenêtres sont ouvertes). Et les petites cheminées s’ouvrent laissant sortir l’air chaud, mais donnent l’impression d’une inspiration que l’on prend, comme pour symboliser une forme de renaissance.

Camion

Max et Furiosa

La suite de la séquence va exemplifier par la scénographie l’évolution des rapports entre Max et Furiosa. Elle va sortir par le toit ouvrant pour tirer, et bien que Max lui donne son arme, il reste neutre puisque chacun semble dans un univers différent. Max ne quitte pas le cadre de l’habitacle alors que Furiosa sort la moitié de son corps par ce toit ouvrant. Elle est ouverte au monde alors que lui, reste retranché et refuse d’aller plus loin dans son rapport aux autres. On voit d’ailleurs durant toute cette partie de la séquence que Max ne se retourne pas vers les jeunes femmes qui sont sur les sièges arrière, et qu’il regarde uniquement devant lui, dans le rétroviseur, et vers ses ennemis.

Le moment de bascule arrive finalement alors que Furiosa se retrouve face à un motard qui a réussi à grimper sur le camion. Elle est désarmée et il s’apprête à lui tirer dessus, la forçant à se retrancher dans l’habitacle.

Max et Furiosa

Et alors que les deux espaces (habitacle et extérieur) étaient bien dissociés, Max va finalement tirer dans la vitre arrière en se retournant pour la première fois de la séquence, afin de tuer le motard et sauver Furiosa.

Max et Furiosa

Par ce geste, Max brise le mur (symbolique) qu’il avait mis entre lui et les autres. Et ce n’est pas anodin si le coup de feu suivant (qui sera le dernier de la séquence) sera porté par Max et Furiosa en même temps et dans la même direction, symbolisant le fait qu’ils vont désormais dans la même direction, et on ne sera de ce fait pas étonné de voir Max suivre Furiosa jusqu’à la fin du film, quand bien même il aura la possibilité de reprendre sa route de son côté sans se soucier d’elle. Mais cette séquence l’a montré, il est changé et devient une nouvelle figure héroïque que celle qu’il était en début de film.

Max et Furiosa

Ainsi, alors qu’on a beaucoup reproché au film que Max soit trop passif au profit de Furiosa, cette séquence montre bien que le personnage et son changement sont bien le cœur du récit, George Miller mettant vraiment la focale sur l’aspect mythologique du personnage du début à la fin (songeons au fait qu’il soit de groupe sanguin O, soit donneur universel : il est littéralement celui qui peut redonner la vie).

Le film dans sa globalité mérite une analyse de fond poussée, qui demande par ailleurs une certaine érudition par moments. Si j’ai souhaité me focaliser sur cette séquence, c’est tout d’abord parce que c’est celle qui me fait le plus vibrer dans le film, mais aussi parce qu’elle représente bien selon moi comment Miller arrive à définir et faire évoluer ses personnages dans l’action.

Mais, j’insiste sur ce point, ce travail de mise en scène et symbolique est filé tout au long du film, dont la virtuosité aussi bien dans la mise en scène que dans l’écriture ne faiblit à aucun moment. Ainsi, j’espère que cette modeste analyse vous aura donné envie de voir le film si ce n’est pas encore fait, de le revoir sous un autre angle si vous n’avez pas spécialement adhéré, ou simplement, vous aura rappelé de bons souvenirs, si comme moi vous avez été marqué par le film.

 

30 commentaires

  1. Tant de souvenirs ce film.
    Mon père et le plus vieux de mes cousins en avaient parlé à Noël 2015.
    Mon cousin du même âge et moi-même nous sommes donnés rendez-vous pour aller le voir un mercredi aprèm après les cours.
    Premiere fois que j’organisais une sortie dans la grande ville autour de chez moi seul et que je prenais le train seul.
    Tout ça pour finir à 3 dans une salle et prendre une claque monstrueuse.

    Et après, j’ai essayé de regarder les précédents et j’ai bloqué sur Mad Max 1 🤷🏻‍♂️

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    • Pour les autres Mad Max, forcément il y a l’âge des films qui joue, mais surtout chacun d’entre eux a une tonalité super différente. Le premier est pas encore post apo mais en dehors de ça je trouve que bien que le perso soit le même, il est à chaque fois appréhendé d’une façon spécifique.

      Perso, Fury Road est mon préféré, ensuite le 1, le 2 et le 3.
      Le 3 est pas mal décrié car beaucoup plus lumineux que les autres, mais je le trouve aussi génial dans son style.

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      • Oui ce sont vraiment des films majeurs.
        En plus la saga, et surtout le 2, a vraiment eu un impact énorme. Hokuto no Ken et Fallout ont quasiment décalqué tout l’univers et l’esthétique par exemple.

        Et en effet, voir ce film enfant c’est chaud. Venant d’une famille assez cinéphile, j’ai vu certains films un peu trop tôt dont le premier Mad Max à moins de 10 ans, et la scène de la mort de la femme et du fils (tu le sais puisque tu as vu Fury Road) m’avait vraiment marqué à tel point qu’elle est vraiment gravée dans ma tête.

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      • Aucune œuvre que je connais vraiment, je ne suis vraiment pas spécialement post-apo faut croire ou je ne l’étais pas.

        Et je pense que je l’avais vu dans le film aussi mais je ne m’en souvenais pas. Mais de toute façon, les spoils ne me dérangent pas comme je vais l’écrire dans la troisième prochaine Komoreflexions.

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      • Ah, j’ai hâte de la lire car la question m’intéresse bien, me soulant volontairement très souvent (notamment les derniers Star Wars, d’ailleurs j’ai eu du mal à me spoiler le 8 car à la sortie, plein de gens inventaient de faux spoils donc je ne savais plus qui croire 😆).

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    • Mon Dieu, comment est-ce possible !?

      Ca me fait bizarre tant le film a été u gros choc pour moi.
      Mais je sais que beaucoup de gens n’ont pas accroché plus que ça.
      Ke me souviens quand mon grand frère m’a dit concernant Logan : « ouais bof, c’est un Road trip un peu chiant comme le dernier Mad Max » j’ai cru mourir 😊

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      • 🤣 Oui, bon, j’avoue au parfois je ne comprends pas trop que ce qui me marque ne fasse pas le même effet chez les autres. Mais faut remettre en contexte, pour moi, parce que mon homme lance des films (il ne le fait plus maintenant) et je me retrouve souvent à les avoir en bruit de fond parce que j’ai toujours des choses à faire. Donc, j’ai beaucoup de films comme ça que je sais que j’ai vu des morceaux mais pas en entier. Par contre, si j’accroche tout de suite, ben, je bloque dans l’écran. Alors, parfois, il me parle d’un film, me dit « mais si, rappelle-toi, on l’a vu… » mais non, lui l’a vu mais pas moi. 😂 Ceci dit, je me souviens de celui-ci (vaguement) parce que ça bougeait dans tous les sens et a éveillé ma curiosité mais pas suffisamment pour que je le regarde longuement. Mais surtout, je n’ai pas nécessairement compris les enjeux en le prenant en cours de route. Tout s’explique. Peut-être que je le verrai un jour. 😏

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  2. J’avais beaucoup aimé ce film au cinéma. D’ailleurs je me rappelle m’être dit : cela fait longtemps que je n’avais pas vu un film de cinéma comme celui-là.
    J’aime beaucoup ce film même si je trouve qu’il y a des longueurs notamment les scènes dans cette zone où rien ne pousse, n’existe. Pourtant ces scènes restent intéressantes.
    Moi ce que j’avais peur au départ c’est Max sans Mel Gibson. Je repense toujours au premier Mad Max et ce charisme incroyable de Gibson sur l’écran… Mais Hardy s’en sort très bien.
    Pour l’anecdote j’avais adoré les perches, c’est ce qui m’avait le plus marqué, soufflé même. Et bien peu de temps après j’avais été au concert de Madonna… et surprise ces perches étaient là ! J’en ai encore des frissons rien que d’y penser 😉 . Je te joins un lien pour que tu vois à quoi cela ressemble 🙂 : https://www.youtube.com/watch?v=D2zXzOaB2fg Avance jusqu’à 30secondes pour bien les voir. Un moment dont je me rappellerai toute ma vie !

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    • Avant de voir la vidéo, je me doutais de ce à quoi tu faisais référence en parlant des perches.

      Moi aussi j’avais peur du changement d’acteur par rapport à Mel Gibson qui était parfait dans le rôle, mais je crois qu’au final je préfère Tom Hardy maintenant, sa façon particulière de parler et son visage collant vraiment bien.

      En principe Miller doit commencer le suivant l’année prochaine, là il peaufine un petit film.

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      • Hardy est bien parce que le personnage évolue. Le Max de 1979 n’est pas celui de 2015. Mais Gibson donnait une profondeur, une noirceur que Hardy ne rend pas vraiment, c’est ce petit truc qui me dérange un peu. Bon j’avoue aussi est une fan de Gibson 😉

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      • Je pense que c’est voulu dans le personnage aussi. Il retrouve une certaine forme de santé mentale en aidant Furiosa et finit par s’ouvrir. D’où le fait qu’il lui dise s’appeler Max à la fin du film.
        Et en même temps, il est cette figure mythologique qui les accompagne et les sauve, mais ne fait pas partie de leur groupe et s’en va anonymement à la fin. J’ai trouvé tout le développement du personnage parfait personnellement.

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  3. @L’Apprenti Otaku
    « Imposer le spoil, là je suis contre. »

    Moi aussi. Le pire, c’est que ceux qui font ça ne pensent as aux autres effets négatifs de cette action :
    1. Cela parasite l’immersion dans l’intrigue en brisant la surprise du fait de la création d’attentes pouvant amener le spectateur à une déception lui donnant envie de se dire « Tout ça pour ça ? ».
    2. C’est un manque de respect envers le travail des créateurs.
    3. Cela ruine l’investissement temporel et émotionnel du public.

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    • Exactement, et surtout tu as l’impression que ceux qui font ça le font vraiment pour le plaisir de pourrir la lecture/visionnage des autres.
      Ca m’est arrivé une ou deux fois en parlant de quelque chose sur twitter qu’on commente juste pour me spoil, avec un petit « bonne journée » à la fin pour montrer que la personne est fière d’elle…

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