Mon Cancer Couillon, manga autobiographique sur la maladie, mais pas que…

Cancer Couillon

Je dois avouer que je ne suis pas franchement adepte de la littérature « témoignage » où des gens, parfois connus, racontent un épisode de leur vie, que ce soit un deuil, la maladie ou autre. Je ne saurai vraiment expliquer pourquoi, mais ce n’est vraiment pas quelque chose qui m’attire, et ce que ce soit sous la forme témoignage ou romanesque. Et pourtant, lorsqu’il s’agit de manga, l’idée ne me dérange pas, quand bien même je ne crois pas avoir lu énormément d’œuvres qui appartiennent à ce domaine. Ainsi, je me demande si Mon Cancer Couillon, de Kazuyoshi Takeda n’est pas ma première lecture du genre.

Pour resituer l’œuvre, Mon Cancer Couillon est un seinen prépublié dans le magazine Evening en 2013, et est par ailleurs le premier manga de l’auteur, qui jusqu’alors était assistant (on le connaît aujourd’hui pour la série Peleliu, éditée par Vega). En France, l’œuvre est disponible chez Pika dans la collection Graphics sous la forme d’un One Shot très beau, dans la lignée de ce qui est fait dans cette collection, qui a d’ailleurs d’autres récits autobiographiques qui m’ont l’air intéressants, je pense en particulier à Solitude d’un autre genre que j’aimerai beaucoup lire.

Et donc, de quoi est-il question ? On le devine aisément au titre français très bien trouvé, il s’agit donc d’un manga dans lequel l’auteur, alors qu’il n’a que 35 ans, découvre qu’il a un cancer du testicule. Nous allons donc le suivre durant le parcours de soins, l’occasion de revenir sur toutes les difficultés liées à la situation, mais également de parler plus largement de manga, de chien, et d’amour…

Le fond et la forme

Il est important de signaler d’emblée que le récit, bien qu’il présente une évolution constante (et chronologique) dans l’évolution du parcours de soin de l’auteur, est structuré en courts chapitres qui eux-mêmes sont plutôt des petites pastilles sous forme de petites moments de vie et d’anecdotes. L’idée est que les chapitres font plus ou moins une dizaine de pages, et la plupart du temps, plusieurs scénettes sont mises en avant dans chaque chapitre.

Et l’ambiance globale du titre est plutôt positive, quand bien même on se situe dans un cadre anxiogène d’hôpital, dans lequel les patients subissent des traitements lourds. Mais ce qui n’est pas lourd, au contraire, c’est la façon dont l’auteur arrive à donner des explications sur la maladie et les traitements mis en place, afin que l’on comprenne un peu ce qui se passe, sans que l’on ne trouve ça trop compliqué et ennuyeux à lire. Ainsi, entre deux vomis liées au traitement, on partage de nombreux moments joyeux, parfois plus difficiles, mais avec toujours une forme de positivité qui fait du bien, et qui surtout ne semble pas forcée, mais au contraire, est amenée naturellement et est facilement acceptable pour le lecteur.

J’entends par là que les récits de vie ont parfois cette tendance, en tout cas dans l’idée que je m’en fais et dans le peu que j’ai pu lire, à nous dire que malgré tout la vie c’est beau, il faut rester positif, etc… Sauf que dans de nombreux cas, je ne vois pas comment c’est possible. Et dans Mon Cancer Couillon, l’auteur nous montre bien qu’on ne peut pas toujours rester positif, mais que le rapport aux autres, notamment à notre petit chien ou à notre femme, peut nous y aider énormément.

Un manga sur le manga

J’ai précisé que le manga parlait de la maladie, mais pas que. En effet, l’auteur étant mangaka, et cette histoire étant la première série qu’il a signé, cet élément est très important dans le développement du récit. Car on commence alors qu’il est toujours assistant à 35 ans (on comprends qu’il travaille sur Gantz), et cette convalescence forcée sera l’occasion pour lui de travailler sur SA série. Et c’est tout naturellement qu’il s’inspire de ce  qu’il vit pour ce premier manga.

Ainsi, le processus créatif est un élément que l’on retrouve durant la totalité de l’histoire, jusqu’à la conclusion qui confirme la sérialisation du manga. De ce fait, au gré des chapitres nous aurons l’occasion d’en apprendre un peu plus sur comment l’équipe va composer avec son absence, son retour au travail mais surtout comment la maladie va influer sur sa façon de travailler, qui est peut-être également en partie responsable de son style visuel si particulier.

Car si j’ai parlé de la forme précédemment, j’ai volontairement éludé l’esthétique du manga, qui est pourtant primordiale. Et ici, le trait de l’auteur est très arrondi, ne cherchant pas un visuel réaliste ou détaillé, qui donne un côté doux bienvenu, surtout quand il s’agit de traiter de choses plus difficiles ou pesantes. C’est en partie grâce à cela qu’on évite les ambiances trop lourdes par ailleurs. Et je ne vais pas vous expliquer de quoi il en retourne, mais la maladie va avoir un impact sur la façon de dessiner de l’auteur, et il est donc possible que son style ait été travaillé et adapté en fonction de cela.

Mais du coup, pourquoi ce récit de vie est bien ?

J’ai déjà signalé à plusieurs reprises que les récits de vie n’étaient pas mon truc, et vous aurez compris que malgré cela, ce manga m’a conquis. J’ai déjà en partie expliqué pourquoi dans les paragraphes qui précèdent, et je vais tenter d’approfondir ici. Tout d’abord je pense réellement que ce côté « regard d’artiste » que l’on trouve dans le manga me parle davantage qu’un roman écrit à la première personne qui parfois, donne l’impression d’avoir été écrit pour soi-même uniquement. Il est possible que le modèle éditorial du manga y soit pour quelque chose, puisqu’il y a des responsables au-dessus de l’auteur qui viennent donner des indications pour retravailler l’œuvre, donnant un aspect plus construit et artistique au récit. En tout cas, c’est une interprétation que je propose.

De plus, comme j’ai essayé de le montrer, Takeda ne se borne pas à raconter son parcours de malade, mais met tout ça en perspective avec son travail, sa vie de couple et également son chien. Ça peut paraître bête dit comme ça, mais ce sont ces éléments qui sont le cœur, en particulier émotionnel, de l’histoire et qui lui donnent une certaine forme d’universalité. Car si le cancer est malheureusement de plus en plus banal, cela reste quelque chose de très particulier. Par contre, avoir quelqu’un dans sa vie, ainsi qu’un animal de compagnie que l’on considère comme notre enfant, c’est beaucoup plus naturel.

Ainsi, au fil de son histoire, l’auteur égrène ça et là des petites moments de vie qui arrivent à toucher, que ce soit dans la relation à sa femme et cet amour très fort qui les unit et leur permet d’avancer ensemble, ou son rapport si touchant avec son petit chien, Big (oui, c’est sûrement dû au fait que je me sois beaucoup reconnu là-dedans, surtout que Big ressemble à mon chien). Ces moments, tout comme ceux concernant son travail de mangaka, sont au final ceux qui m’ont le plus touché et le plus marqué dans l’histoire.

En conclusion, Mon Cancer Couillon est vraiment une très belle surprise, dans une édition de très belle qualité qui plus est, qui m’a touché par le traitement de ses diverses thématiques et par la positivité qui s’en dégage. J’ai de ce fait le sentiment d’avoir finalement ressenti ce que ressentent les gens qui apprécient les récits de vie en général, mais c’est vraiment le fait qu’on ait droit à une vision d’artiste qui m’a permit de vraiment entrer dans ce récit, qui nous rappelle que c’est grâce à ceux qui nous entourent qu’on arrive à traverser les épreuves de la vie, que ce soit notre conjoint(e), notre animal de compagnie, ou encore nos enfants.

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4 commentaires

  1. Je suis comme toi, je n’aime pas trop lire des témoignages. Ça me provoque toujours un malaise, j’ai l’impression que c’est du voyeurisme. Je n’arrive pas à me positionner par rapport à ça mais ça me touche sur tous les supports, mangas inclus. Je me souviens d’un titre, les fleurs du mal, qui est aussi autobiographique bah j’ai lu le premier tome difficilement et j’ai été tellement gênée par son contenu que j’ai pas pu continuer. Y’a trop d’éléments que je ne pouvais pas cautionner en sachant que c’était des faits réels alors que si l’histoire avait été une fiction, ça serait bien passé. Enfin bref tout ça parce que j’avais envie de réagir justement sur ce point 😁 ce que tu dis de ce manga reste intéressant mais je sais qu’il ne me conviendra pas.

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  2. Comme toi, je ne suis pas très témoignage et j’évite en plus le thème de la maladie trop ancré dans le réel à mon goût… Mais sous forme de manga, ça passe beaucoup mieux d’autant que j’apprécie la rondeur des traits que tu soulignes et l’apport « œil d’artiste » intéressant. Je ne pense pas l’acheter, mais si ma médiathèque le propose (enfin quand elle sera de nouveau ouverte), je me laisserai tenter.

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