Mon avis sur… Jiro Taniguchi : Une Anthologie

Anthologie

Vous l’aurez compris, je suis un amoureux de Jiro Taniguchi et de son style. Et quand par bonheur il mêle cela à mon amour pour les animaux, le bonheur n’en est que décuplé. À ce titre, cette anthologie regroupant les deux recueils de nouvelles que sont Terre de rêves (publié initialement en 2005) et L’Homme de la Toundra (2006), auxquels sont ajoutées deux histoires inédites, ne peut que me ravir. Car comme l’indique l’éditeur Casterman,  le premier recueil est centré sur la vie quotidienne (mais traite en particulier des animaux domestiques), alors que le second est d’inspiration plus naturaliste, le tout permettant de découvrir des histoires mettant en avant le lien aux animaux et à la nature de l’auteur, un élément récurrent et puissant dans son œuvre.

Avant de parler plus en détails du contenu de cette anthologie, un petit mot sur la qualité de l’édition. Je l’ai déjà dit et je le répète, Casterman fait toujours un travail impeccable dans la collection Écritures, avec des volumes en plus grand format que les mangas classiques, permettant d’apprécier la beauté des illustrations, et avec une couverture rigide du plus bel effet. On a ainsi droit à un bon gros pavé qui pèse son poids, pour des heures de lecture en perspective le tout pour 30 euros. Me concernant, je trouve que l’objet les vaut, et ce qu’il y a à l’intérieur encore plus !

Je ne vais pas revenir sur chaque histoire en détails, car ce serait long. Mais je vais quand même évoquer celles qui m’ont le plus marqué, et je tenterai de vous retranscrire la tonalité globale des autres. Car comme je l’ai dit, les recueils compilés ne l’ont pas été au hasard, puisque l’on a une vraie cohérence thématique dans l’ensemble. Cohérence d’autant plus forte dans les quatre premières histoires puisqu’elles ne sont en réalité que les chapitres d’un même récit, centré sur un couple et leur relation à leur chien mourant (chapitre 1), l’adoption d’une chatte qui s’avère gestante (chapitre 2), la vie avec la chatte et les chatons (chapitre 3), et enfin, la visite de la nièce du personnage principal (chapitre 4). Ces quatre premiers chapitres sont très clairement ce que j’ai préféré dans cette anthologie, avec le dernier récit, Une Lignée centenaire, qui est par ailleurs une des deux histoires inédites présentes dans ce volume. Je pense d’ailleurs que c’est ces histoires que j’ai préféré car elles traitent tous du rapport aux animaux domestiques, et à ce qu’ils nous apportent à nous, humains. Un sujet qui me touche davantage que le rapport à la nature et aux animaux sauvages que l’on retrouve dans le reste de l’anthologie.

Ainsi, je vais m’attarder principalement sur ces quatre chapitre, qui dépeignent le quotidien avec le talent habituel de Taniguchi. Le premier chapitre, Avoir un chien, est inspiré de l’expérience personnelle de l’auteur concernant le deuil d’un animal. Nous suivons donc un couple dans les derniers moments de vie commune avec leur chien, voyant son état de santé se dégrader, l’incontinence qui arrive, les souffrances et la fatigue, et la tristesse du couple. Ayant moi-même un chien que j’aime plus que tout, le simple fait de penser au fait que je ferai aussi cette expérience me fait monter les larmes. Mais loin de sombrer dans le pathos, Taniguchi traite ce sujet de façon subtile, faisant monter les émotions naturellement sans en faire trop. On apprécie d’autant plus les moments de joie simple, où le chien prend plaisir à s’installer dans le jardin près de son papa humain, ou durant des promenades fatigantes mais agréables. Et si la fin de l’histoire est déchirante, elle n’en reste pas moins chargée de beauté grâce aux pensées apaisantes de l’homme, qui explique que la mort d’un chien et celle d’un humain sont finalement la même chose, que leur perte est bien plus importante que celle d’un simple animal, mais que ce qu’il leur a apporté est infiniment plus important. Sur ce point, cette histoire m’évoque Le Chien Gardien d’Étoiles, un manga absolument magnifique dont je vous parlerai un jour.

Les chapitres suivants commencent un an après la mort du chien et voit, comme son titre l’indique, le couple recueillir une chatte. Sauf que celle-ci est gestante et va avoir trois petits. Ce nouvel événement dans la vie du couple reste dans la même thématique, en montrant comment tout s’organise autour de ces nouveaux membres de la famille, et en quoi les chats apportent aux humains. C’est d’autant plus intéressant que la continuité entre les différents chapitres permet de mettre en avant l’importance des chats dans le travail de deuil du couple, et comment ils permettent de créer un nouveau rythme de vie et une nouvelle ambiance apaisante. Ainsi, le talent de Taniguchi pour dessiner les animaux et mettre en valeur le quotidien et les moments de battement de nos vies permet de créer une ambiance tout aussi apaisante pour les lecteurs/lectrices que pour les personnages, et nous rappelle à quel point nos animaux nous apportent paix et quiétude.

C’est en cela que tous ces chapitres sont magnifiques et me font ressentir des émotions très fortes tout en m’apaisant. Je l’ai dit concernant plusieurs récits de Taniguchi, et c’est encore le cas ici, cet auteur a un talent fou pour réussir à me mettre dans une posture de détente et de calme, et me permet de faire le point, chose vraiment précieuse avec les vies très remplies et stressantes que l’on a tous.

Concernant le reste du volume, comme je l’ai dit, il s’agit d’histoires plus centrées sur le rapport de l’homme à la nature sauvage. Souvent, il s’agit d’affrontement (réel ou métaphorique), que ce soit face aux éléments, aux montagnes, ou carrément à un ours (en mode The Revenant, mais en beaucoup moins violent). J’avoue que c’est quelque chose qui me parle moins, mais qui reste très intéressant d’autant plus que le rapport à la nature est quelque chose qui traverse pratiquement toutes les œuvres de l’auteur, c’est donc passionnant pour quelqu’un qui est fan de Taniguchi.

Mais c’est surtout la dernière histoire, Une Lignée centenaire, qui permet d’achever en beauté ce recueil. Si vous connaissez le film Cheval de Guerre de Spielberg (ou le livre de Michael Morpurgo dont il est adapté), dites-vous que c’est à peu près la même chose mais avec un chien et une petite fille. De la même façon que dans le film mentionné, l’animal est réquisitionné pour être envoyé au front, et l’enfant attendra le retour tant espéré. Je ne vous en dirai pas plus, sachez simplement que ce récit a pour moi une puissance émotionnelle énorme et m’a totalement achevé. Et il n’est pour le moment disponible que dans ce recueil. Je dis « pour le moment » car Casterman va sortir en septembre un recueil de Taniguchi intitulé Nos Compagnons, qui va contenir plusieurs histoires courtes de l’auteur centrées sur les animaux, comme son nom permet de le deviner. Je ne sais pas exactement quelles histoires il y aura dedans, mais le résumé permet d’imaginer sans peine que les premiers chapitres centrés sur la famille et leur chien mourant ainsi que leurs chats y seront présents, accompagnés sans doute d’autres histoires. Il n’est donc pas impossible que Une Lignée centenaire en fasse partie, mais je ne pourrai pas l’affirmer.

En résumé, vous l’aurez compris, cette anthologie de Taniguchi est à mes yeux un indispensable pour plusieurs raisons. Si l’on aime l’auteur, cela nous permet de découvrir plusieurs histoires courtes, toutes d’excellentes qualité, qui développent avec talent les thématiques chères à Taniguchi, et dans lesquelles on retrouve totalement son style narratif. Pour les amoureux et amoureuses des animaux, les histoires présentes ne peuvent que toucher tant elles captent avec une grande intelligence ce qui se joue dans nos relations à nos compagnons. Pour les gens qui comme moi se retrouvent dans ces deux catégories, c’est le bonheur ultime. Et pour les autres, ils pourront découvrir de très belles histoires qui ont le potentiel pour leur donner envie de connaitre davantage cet auteur majeur.

 

4 commentaires

    • Oui, j’ai beaucoup aimé cette lecture. J’ai surtout mis l’accent sur les récits qui parlent d’animaux domestiques parce que ça m’a davantage touché, mais ce n’est qu’une partie du volume, qui fait quand même plus de 500 pages (pour 30 euros, c’est un prix intéressant vu la taille).
      Mais comme j’ai dit, en septembre un recueil intitulé Nos compagnons va sortir, il fera un peu plus de 200 pages pour 19 euros, à voir ce qu’il y aura dedans mais ça peut être une alternative.

      Aimé par 1 personne

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