Mon avis sur… Loin de moi, près de toi de Kyosuke Kuromaru

Loin de moi près de toi

Les adaptations en mangas courts de films d’animation sont assez frequentes et n’ont pas toujours bonne presse. Me concernant, je dois avouer que c’est un format qui me permet de découvrir des histoires que je n’aurai pas forcément expérimenté autrement. Cependant, de par leur nature de produit dérivés, il peut leur manquer quelque chose en terme de récit et d’ampleur. C’est en tout cas le sentiment que me laisse la lecture de Loin de moi, près de toi, série en trois tomes adaptant un film d’animation disponible sur Netflix (que je n’ai pas vu par ailleurs), qui pose la question de la hiérarchie des supports d’adaptation.


Un grand merci à nobi nobi pour l’envoi de la série. Vous trouverez un extrait de 70 pages du premier tome à CE LIEN.


Loin de moi, près de toi est donc l’adaptation en manga par Kyosuke Kuromaru du film du même nom réalisé par Jun’ichi Satō et Tomotaka Shibayama, écrit par Mari Okada et distribué par Netflix en juin 2020. Le manga est traduit par Raphaële Gippon et est classé dans la collection Shonen de nobi nobi. L’éditeur le recommande à partir de 14 ans, mais je pense qu’il est tout à fait possible de le lire plus jeune, même si on ne se projettera pas autant dans les problématiques des personnages.

Car c’est très clairement un récit orienté portrait de personnages et développement psychologique, même si cela peut apparaître simpliste à un lectorat adulte. C’est d’ailleurs une de mes réserves, dans le sens où c’était assez basique pour moi, vieux de 35 ans, mais je pense qu’en tant que récit à destination d’un lectorat adolescent, cet écueil doit être pondéré par le public cible, qui à mon avis y trouvera une résonance plus forte.

Muge, de son vrai nom Miyo, est une jeune fille fantasque et folle amoureuse de Kento, son camarade de classe qui ne voit en elle que désagrément. Elle a cependant un secret pour se rapprocher de lui : grâce à un étrange masque, elle peut se transformer en chat, et ainsi rendre visite à l’élu de son cœur. C’est aussi une occasion pour elle de fuir la réalité d’une famille en recomposition… Seulement, une telle magie lui serait-elle vraiment offerte sans contrepartie ?

Le résumé l’indique très bien, on est face à une histoire où une adolescente fuit sa vie et les problématiques sentimentales et relationnelles qui se posent à elle. Elle est amoureuse d’un garçon qui semble avoir du mal avec elle, et vit une situation familiale qui ne lui convient pas et la fait souffrir. Elle va donc accepter la possibilité qui lui est offerte de se transformer en chat pour s’octroyer des moments de pause dans cette vie compliquée. Moments de pause durant lesquels elle rendra visite à son amoureux, Kento, profitant de sa forme féline pour se rapprocher de lui et en apprendre davantage sur ses aspirations et ses tourments.

Un des éléments au cœur de la série est donc l’écoute de l’autre, accueillir ce qu’il est et apprendre à le connaître, pour l’aider à s’épanouir. Cet aspect est assez joliment mis en avant par ailleurs et fait le sel de l’histoire, où la façon dont chacun voit l’autre évolue au fil des tomes. Ici, la faible durée de la série n’est pas un souci en soi, d’une part car 3 tomes suffisent à adapter un film d’une heure 40. Mais aussi parce que l’évolution globale se fait de façon logique au final.

MAJ : Mon camarade Dr Chips me fait remarquer que la série fait passer un message important sur le mal-être qu’on peut ressentir, notamment à l’adolescence, et que l’on garde pour soi. En présentant deux personnages qui portent en eux des blessures qu’ils ne montrent pas, la question du fait de parler de ce qu’on ressent pour trouver de l’aide est mise en valeur intelligemment, et est un message vraiment important à faire passer aux jeunes. De ce fait, ce point mérite d’être valorisé.

Là où cependant j’ai davantage de réserves, c’est pour la tenue globale du récit en lui-même, comprendre par là cette histoire de transformation en chat. Miyo se voit obtenir cette aptitude après avoir rencontré un chat vendeur de masques, et on comprend assez vite qu’il y aura un prix à payer pour tout ça. Je pense qu’on devine assez rapidement que la possibilité de se retrouver coincé dans la peau du chat est un des nœuds de tension de l’histoire, et si tout ça fonctionne en soi, je trouve que cela manque vraiment de force émotionnelle en terme de développement. Et ce en particulier dans le dernier tome qui est sensé résoudre tous les conflits, qui finalement fonctionne mais sans réel éclat, demandant même un petit effort pour accepter quelques facilités scenaristiques un peu grossières à mes yeux.

À mes yeux d’adulte s’entend, car comme je l’ai déjà dit, il me semble qu’un lectorat adolescent voire préado n’aurait pas un regard aussi critique et se projetterai bien plus facilement dans les problématiques des deux personnages principaux. Ainsi, vous l’aurez compris, cette série courte est assez jolie en soi, mais manque de panache pour un lectorat adulte, d’autant plus si on connaît sa nature d’adaptation, qui me semble transparaître ici, tant la mise en image, au trait plutôt joli au demeurant, m’a semblé scolaire et manquant du supplément d’âme qui aurait pu donner une ampleur supplémentaire au récit. Un bon moment de lecture en soi, mais auquel il ne faut pas demander plus.

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5 commentaires

  1. J’avais vu passer les 2 premiers tomes en librairie vers septembre/octobre et j’attendais justement que le dernier tome sorte pour éventuellement les prendre.

    Vu le synopsis et comment tu le racontes, je pense que ça touche plus les gens qui sont mal dans leur peau et qui ont du mal à se confier aux autres alors le font avec leur animal de compagnie. Après montrer au personnage principal ainsi qu’au lecteur qu’il y a des gens qui souffrent, mais qui ne le disent pas et qu’on ne le remarque pas forcément est également un beau message pour les plus jeunes.

    Je ne sais pas si la romance est plus développée sur la fin ou si l’émotion est plus grande dans le film (possible sans doute)

    Aimé par 1 personne

    • Je me disais surtout par rapport au film que par exemple, le personnage du chat vendeur de masque doit passer mieux en animation, avec toute la gestuelle et tout, car ici, je trouvais qu’il y avait de l’idée mais pas le petit truc pour le rendre vraiment plus remarquable.

      Mais tu as tout à fait raison sur le message pour les jeunes concernant la question de parler de son mal-être, je vais peut-être le rajouter !

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  2. J’ai beaucoup aimé l’adaptation en mangas de Josée, le Tigre et les poissons où on retrouve bien l’ambiance et les problématiques du film mais je n’ai pas osé tenter l’expérience avec celui-là… déjà parce que je n’avais pas apprécié le film tant que ça mais aussi parce que les dessins semblaient moins bons quand j’ai feuilleté le premier tome 😅

    Ton avis semble confirmer ce que je craignais.

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