Mon avis sur… Vinland Saga T.26 de Makoto Yukimura

Vinland Saga 26

Je mets un point d’honneur à aborder chaque tome de Vinland Saga qui parait, et ce pour plusieurs raisons. La plus importante est clairement le fait qu’il s’agisse d’un des mangas en cours que je préfère, un véritable chef d’œuvre qui mérite vraiment d’être lu. Car comme le dit Grégoire Hellot, directeur de collection de Kurokawa, le manga marche bien, mais pourrait marcher mieux. Je serai même tenté de dire qu’il devrait marcher mieux, tant il est à la fois accessible et profond, facile à lire et riche, édifiant et puissant. En bref, un manga formidable, rare, bouleversant et à même de questionner énormément de choses. Une œuvre d’ores et déjà marquante, qui touche à sa fin, même si la fin en question mettra encore un peu de temps avant de se présenter à nous, du fait de la parution mensuelle de la série au Japon. Un rythme nécessaire pour que Makoto Yukimura ait le temps de peaufiner son chef d’œuvre selon moi. Quoi qu’il en soit, voyons donc en quoi ce 26e tome est encore une fois une lecture à part.


Mon avis sur les tomes précédents : Tomes 1 à 8 – Tomes 9 à 11 – Tomes 12 à 14 – Tomes 15 à 17 – Tomes 18 à 21 – Tome 22 – Tome 23Tome 24Tome 25


Thorfinn et toute sa petite bande sont donc bien installés au Vinland, et ont eu l’occasion de rencontrer les natifs. Acceptés par ces derniers, les norrois doivent tenter d’apprendre à communiquer avec eux, et échanger afin de vivre en bonne intelligence. C’est Gros Yeux qui va jouer le rôle de diplomate, étant vraisemblablement le plus à même d’apprendre quelques mots du dialecte des natifs. Mais ce tome est surtout l’occasion d’atteindre un point culminant dans le parcours de Thorfinn et de certains personnages qui l’accompagnent.

Un élément qui m’est apparu au fil de la lecture de la série, qui est finalement évident quand on y pense, est qu’un des éléments au cœur du récit est de nous conter le « devenir père de famille » de Thorfinn. Si le personnage est présenté enfant, face à son père Thors qu’il ne comprend pas, son parcours de personnage l’amène à se rapprocher de ce qu’était son père, en embrassant notamment son rêve, et à devenir à son tour père de famille. C’est un élément sur lequel Yukimura insiste de plus en plus au fil des volumes, et pas que vis-à-vis de Thorfinn. En ayant fait revenir Sigurd à l’occasion d’une magnifique scène centrée sur la question de la parentalité et de la famille quelques tomes auparavant, l’auteur met cet aspect en exergue de façon brillante. De même, il accorde une grande importance à l’évolution de Karli, l’enfant que Thorfinn et Gudrid ont adopté, y compris dans ce vingt sixième tome qui est particulièrement éloquent quant à la vision qu’a Yukimura de l’enfance, puisque c’est ce petit bonhomme qui se révèle le catalyseur de l’évolution la plus importante dans le récit ici.

Ainsi, au-delà du récit historique et épique, à la forte ambiance aventureuse, c’est vraiment au niveau de l’intime que les choses les plus importantes se jouent selon moi. Car on peut presque résumer l’intrigue à l’histoire de la fondation d’un foyer, avec en périphérie des enjeux plus larges, mais pas plus importants pour ce qui est du récit en lui-même. Et cet aspect pose selon moi une vraie question sur l’importance du foyer en tant qu’élément central d’une civilisation. Car Yukimura n’oublie pas pour autant de prendre de la hauteur sur son histoire, notamment via une évocation sans ambiguïté de l’histoire de la civilisation Etats-unienne, comme l’histoire d’une barbarie constamment renouvelée car fondée sur le massacre des natifs américains, ceux-là même que Thorfinn a rencontré. Ainsi, malgré l’aspect résolument positif de son récit, Yukimura reste totalement honnête vis-à-vis de la réalité de l’Histoire, et du lien entre civilisation et barbarie cher à un courant de l’anthropologie, que le mangaka aborde de façon érudite depuis le début de sa série.

Thorfinn

Ainsi, Vinland Saga écrit un nouveau chapitre bouleversant, riche et puissant de sa grande histoire. À la fois grande aventure épique et traité philosophique et humaniste, le manga de Makoto Yukimura fait partie de ces titres rares qui dépassent largement le cadre de la simple histoire racontée, s’imposant comme un objet de réflexion important pour comprendre ce qui nous définit. Est-il possible de faire lecture plus essentielle ?

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