Dreamland Remaster T.1 – La série de Reno Lemaire fait peau neuve pour ses 15 ans

Dreamland Remaster 1

Cela fait de nombreuses années que le manga a inspiré des artistes français qui en ont épousé les codes pour proposer leurs visions du médium. Si de nombreux titres ont déjà vu le jour en France, deux séries me semblent se démarquer largement : Radiant de Tony Valente, et Dreamland de Reno Lemaire dont il est question ici. Les deux séries sont à la fois les plus longues et les plus populaires, mais elles sont en plus les deux seules (hors projets transmédia dans le style de ce que propose Ankama) à avoir droit aux honneurs d’une adaptation animée. Ici, c’est ADN qui chapeaute le projet, qui se déploie en parallèle d’une ambitieuse refonte du manga, qui débute avec l’édition « Remaster » du premier tome dont il sera question ici. Un retour de la série (qui n’était en réalité jamais partie) qui s’adresse aussi bien aux plus mordus qu’aux nouveaux venus, dont je fais partie.


Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce volume. Pour en savoir plus sur la série, son actu ainsi que le remaster, vous pouvez vous rendre à CE LIEN.


Dreamland c’est quoi ?

Dreamland est donc un manga français de Reno Lemaire, publié chez Pika depuis 2006, soit à l’époque de la première vague de créations originales françaises dans le domaine du manga, et est un des premiers à avoir rencontré un succès vraiment important sur la durée. La série compte à ce jour 21 tomes, rappelant que le rythme de publication français n’a rien à voir avec le japonais, pour des raisons qui semblent évidentes : les chiffres de ventes sont tout autres, et de ce fait, il est impossible d’y avoir le fonctionnement industriel que connait le manga au Japon, avec la batterie d’assistants qui travaillent d’arrache pied aux côtés d’auteurs également soumis à un rythme infernal pour produire du chapitre à la pelle.

Ce qui n’est pas plus mal en soi, car si l’on peut éviter le surtravail que connaissent les artistes japonais, c’est un mal pour un bien (encore que, j’imagine sans peine que les auteurs français ne comptent pas leurs heures non plus…). Toujours est-il qu’on ne peut pas s’attendre à un rythme aussi soutenu qu’au Japon, d’où le fait que Dreamland compte 21 tomes en 15 ans. Une longévité déjà impressionnante quoi qu’il en soit, témoignant du succès que rencontre la série.

Autre signe du succès, l’adaptation animée lancée par ADN en grande pompe, ainsi que le présent Remaster de la série. Mais de quoi parle donc cette série ?

Terrence est un jeune lycéen timide. Il veut séduire Lydia, la fille qu’il aime depuis toujours. Une nuit, sa vie bascule dans un cauchemar, il surpasse sa peur de toujours… Le feu. À partir de ce moment, il mène une double vie : lycéen banal le jour et “contrôleur du feu” la nuit dans Dreamland, le monde des rêves.

On est face à une histoire classique où un héros adolescent évolue entre deux mondes, notre monde à nous (en l’occurrence ici à Montpellier) et un monde de fantasy, qui se déploie lorsque rêve Terrence, le héros de l’histoire. Typiquement le genre de concept avec lequel j’ai habituellement du mal, tant le monde « réel » a tendance à alourdir le récit puisque c’est plus généralement le monde imaginaire qui m’intéresse. Or, sur la base de ce premier tome, je trouve justement que le monde réel offre un équilibre et de vrais enjeux, qui le rendent au final plus intéressant que le Dreamland (pour le moment).

C’est d’ailleurs possiblement un des marqueurs du côté français du titre, qui aborde frontalement la vie quotidienne d’adolescents normaux, avec le lycée qui rythme leur quotidien, et les relations amoureuses comme élément central. D’un point de vue strictement personnel, même si cela n’a pas grand chose à voir, j’ai par exemple pensé à Titeuf en lisant le manga (j’insiste bien sur le fait que ça n’ait rien à voir, mais que voulez-vous, l’esprit fait parfois certaines associations qu’on a du mal à comprendre).

Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut retenir ici, c’est que Dreamland arrive dès ce premier tome à proposer un équilibre entre certains codes graphiques propres au shonen d’action/aventure et un cadre français traité comme tel, avec une écriture qui met en exergue des points sensiblement différents de ce qu’on trouve avec les mangas japonais.

Mais du coup, qu’apporte le Remaster ?

Dans la postface de ce premier tome, Reno Lemaire explique les deux raisons principales de cette entreprise : il souhaite gommer les maladresses des débuts pour que la série puisse s’adresser plus facilement à un nouveau public, en présentant un premier volume plus « sexy », et d’un point de vue plus personnel pour lui, il explique vouloir regarder ce tome 1 avec davantage de fierté.

Une démarche qui s’entend sur les deux points selon moi, et qui ne me semble pas inédite en soi (repensons notamment à George Lucas qui retouche ses Star Wars), et qui permet en effet de rafraichir une histoire, lui offrant un nouveau potentiel commercial (d’autant plus que ce retour est fait à grand renfort de mise en avant, et avec un tarif préférentiel de 5 euros sur ce premier volume).

Concernant les modifications, elles sont apparemment conséquentes. Je dis « apparemment » car n’ayant jamais eu le tome d’origine sous la main, c’est compliqué d’en juger réellement. Mais la page dédiée sur le site de Pika (ICI) permet très clairement de constater un vrai gouffre entre les pages d’origine et les versions modifiées. Dessins retravaillés (et particulièrement aguicheurs selon moi), nouvelles pages couleur, mise en scène modifiée pour gagner en efficacité, dialogues également retravaillé (chose qu’on capte notamment via une référence à Tinder qui ne pouvait pas être là en 2006), j’aurai tendance à dire que c’est le jour et la nuit au vu des comparatifs proposés par l’éditeur (voir image ci-dessous).

Avant après

De quoi découvrir la série dans des conditions optimales, ou la redécouvrir sous son meilleur jour si on est fan de la première heure. Et le reste de la série va également être « remasterisé » en bénéficiant d’un soin proportionnel à l’âge des volumes, permettant, on peut l’imaginer, un lissage général qui créera sans doute à terme une cohérence esthétique globale.

Dreamland Remaster planning

Enfin, tout cela pose une question plus globale sur l’évolution des œuvres et de l’esthétique des auteurs. J’imagine d’ailleurs à ce titre que certains préfèreront les éditions d’origine, permettant de constater l’amélioration stylistique du mangaka. À ce titre se pose la question du remplacement ou non des anciennes éditions, car je ne sais pas du tout si les remaster et les volumes d’origine cohabiteront, ou si ces derniers sont destinés à disparaitre à terme. Quoi qu’il en soit, le travail sur ce premier tome est on ne peut plus sérieux, et promet d’être du même acabit sur les suivants, ce qui est une bonne chose en terme d’accessibilité pour un nouveau public.

Maintenant que l’on sait que le titre revient dans un plus bel écrin, il convient également de savoir s’il vaut le coup pour lui-même, car si la question est déjà répondue pour les fans de la première heure, les néophytes (tels que moi) accueillent ce titre comme une nouveauté à 100%, et se demandent donc de quoi il en retourne.

Mon avis sur ce premier tome

J’ai déjà apporté quelques éléments de réponse au fil des précédentes parties, notamment quand j’évoque la tension entre le monde réel de la diégèse et le Dreamland. Comme je l’ai dit, je trouve que pour le moment, la grande force du titre vient de la façon dont Reno Lemaire arrive à donner de vrais enjeux à chacun des deux mondes, mettant pour le moment la « vraie vie » de Terrence au premier plan. Grâce à une écriture qui trouve un ton propre, le mangaka rend le monde réel intéressant, et réussit à très bien pousser l’identification à son personnage via des moments de vie qui arrivent très facilement à nous parler. Que ce soit dans les devoirs en groupe, ou dans les prises de tête de Terrence quant aux sentiments qu’il ressent pour sa camarade Lydia, tout sonne terriblement juste.

De même, l’humour du titre n’est pas forcé et se permet même par moments de vraiment servir l’ambiance et la caractérisation des personnages. Je pense notamment à une scène de rêve où Terrence, nu, prend la pose pour être dessiné. Une scène très drôle et surtout vraiment bien vue dans ce qu’elle dit de l’adolescence.

Concernant le Dreamland, on est encore dans la présentation de ce monde de fantasy, qui semble répondre à des codes assez classiques. Ce n’est pas en un tome qu’on pourra en mesurer la profondeur, mais on peut d’ores et déjà apprécier la qualité de sa mise en image, qui crée une ambiance aventureuse tout à fait prenante. Sur ce point d’ailleurs, l’action est particulièrement efficace et enlevée, et on trouve de nombreuses planches particulièrement impactantes, qui ne devaient surement pas avoir le même panache dans le tome d’origine.

Enfin, on peut noter que ce tome est particulièrement chargé narrativement, notamment via ses dialogues assez nombreux. En résulte un tome plus touffu que la moyenne dans le genre, et bien plus long à lire. J’interprète cela comme quelque chose de possiblement volontaire et lié aux contraintes de la publication française, qui ne permettent pas de sortir 4 ou 5 volumes par an comme c’est le cas avec les mangas qui paraissent en hebdomadaire au Japon. Ainsi, avoir des tomes plus chargés d’un point de vue narratif tend à compenser la parution moins soutenue. C’est en tout cas comme ça que je le vois.

En conclusion

Ainsi, c’est une excellente surprise que ce premier tome de Dreamland Remaster, là où j’ai souvent un souci avec les mangas français, surtout quand ils singent le style des shonen d’action aventure. Je trouve que Reno Lemaire a réussi à s’approprier les codes du genre, notamment esthétiques (bien aidé ici j’imagine par l’expérience accumulée en 15 ans), tout en proposant une vraie identité à sa série, en particulier grâce à l’écriture de la partie vie quotidienne.

Ainsi, si l’objectif de ce remaster est de toucher un nouveau public, il est d’ores et déjà rempli de mon côté car je n’ai qu’une envie, poursuivre la découverte lorsque les prochains tomes remaster arriveront. Et je pense que je ne serai pas le seul dans cette situation, tant cette entrée en matière coche toutes les cases de ce qu’on attend d’un shonen d’aventure, avec en prime une vraie personnalité derrière.

9 commentaires

  1. Tu dis que le manga à un bon cadre français et que ça te fait penser à titeuf. Je pense que c’est bien ce qui différentie les manga Français des manga Japonais, la culture n’est pas la même et ça se ressent au travers des références qu’on y trouve.

    Niveau manga français j’ai vraiment mis du temps à m’y mettre, pour le moment j’ai lu que Radiant. Et même si j’étais déjà tenté par chronoctis express, je n’ai jamais sauté le pas.

    En-tout-cas merci de ton avis honnête, pourquoi pas tester en vrai vue que le tome est à 5€

    Aimé par 1 personne

    • Perso, j’ai acheté le tome 1 de Radiant à 2 euros pendant les 48h BD mais encore jamais lu, mais ce serait intéressant de comparer étant donné que c’est les deux gros succès français dans le domaine.

      Et en effet 5€ c’est aussi une assez bonne occasion de tenter le coup ma foi !

      J’aime

  2. Oh, je connais très bien ce manga, ayant les 20 premiers tomes. Je souhaite les vendre pour me faire de la place, et aussi parce que la réification des femmes et la virilisation, ça va bien deux minutes. C’est dommage car j’aime beaucoup le monde de Dreamland… C’est d’ailleurs pour ça que je suis allée aussi loin. Par contre, j’ai les anciens tomes et sûrement des dédicaces dans certains, faut que je voit lesquels… J’ai aussi le collector du tome 10 mais je vais pas abuser à vendre ça 200€ comme j’ai vu sur Vinted. Ca reste juste un coffret et une couverture différente, ce sera vendu à moins de 5€, comme les autres.

    Aimé par 1 personne

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