Mon avis sur… A Journey Beyond Heaven T.7 de Masakazu Ishiguro

A Journey Beyond Heaven tome 7

Si vous avez l’habitude de me lire, il ne vous a certainement pas échappé que je tiens la série A Journey Beyond Heaven en très haute estime. Si vous n’avez pas l’habitude de me lire, je vous l’apprend donc, et dans les deux cas, je vous somme d’acheter cette série si brillante qui ne performe pas comme elle le devrait ! Et puisque la série ne fonctionne malheureusement pas des masses chez nous, cet article, comme chaque article sur cette série, est pensé pour être lu même sans rien connaitre du titre, dans l’espoir de convertir quelques personnes. Car je ne perds pas espoir, et me dit qu’avec le temps et un peu d’acharnement, on peut réussir à faire monter les compteurs, pour que ce titre qui le mérite vraiment trouve un peu plus son public.


Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce volume.


Mon avis sur les tomes précédents : Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4Tome 5Tome 6


On connait tous des œuvres, quel que soit le support, dont on n’arrive pas à comprendre le manque d’intérêt. On voit qu’on fait partie d’une petite fanbase, qui devrait (à nos yeux) être bien plus grande tant l’objet de notre passion nous semble plus méritant, ou tout du moins, tant on trouve qu’il se démarque, qu’il a quelque chose de particulier. Et si on peut par snobbisme se dire qu’on est trop cool de comprendre avant le reste du monde la toute puissance de l’œuvre, c’est aussi un peu triste de se dire qu’elle n’a pas l’aura qu’elle mérite.

C’est clairement le cas avec A Journey Beyond Heaven, puisqu’à chaque nouveau tome qui sort, j’ai le sentiment que c’est la même rengaine : les mêmes personnes disent systématiquement à quel point ils trouvent ce manga à part, brillant, formidable, riche et précieux, et cela semble ne trouver écho nulle part. Ou presque, car je constate quand même de temps en temps que quelques personnes poussent la curiosité, et si tout le monde ne semble pas aussi enthousiaste, je n’ai pas encore eu de retour me témoignant une déception réelle. Cependant, cela semble toujours insuffisant, puisqu’aux dernières nouvelles, la série compte moins de mille lecteurs en France. C’est bien peu, vous en conviendrez.

Dans ces cas-là, on se demande toujours à qui la faute, on peut avoir tendance à vilipender l’éditeur en se disant qu’il ne pousse pas assez le titre, ou à s’en prendre aux lecteurs et lectrices dans leur ensemble, qui ne seraient pas assez curieux. Mais ni l’une ni l’autre explication ne me convient. D’une part, le monde du manga est composé d’une part non négligeable de lecteurs et lectrices « experts », qui connaissent très bien l’actualité du milieu, et qui n’a pas forcément besoin qu’on mette chaque semaine en avant un titre pour susciter l’intérêt. La corollaire de ceci est que les éditeurs ne sont donc pas seuls responsables du succès ou de l’échec d’un titre (sinon, ils feraient à mon avis en sorte que tous leurs titres soient des cartons, tant qu’à faire). D’autant plus qu’ici, je trouve que Pika rappelle quand même assez régulièrement l’existence de la série sur les réseaux.

Je pense que tout ceci est multifactoriel, et que malheureusement, il y a des séries qui, malgré leurs qualités, n’ont pas suffisamment d’éléments qui parlent de prime abord au lectorat. Et on se retrouve ainsi facilement noyé au milieu des nouveautés, aussi injuste que cela puisse être.

Et dans tout cela, je n’ai absolument pas la prétention de pouvoir renverser la vapeur et transformer un échec ou semi échec en succès, mais j’ai quand même envie de mettre en avant ce titre encore et toujours, car il le mérite, en espérant que ça permette de pousser la curiosité (et si vous n’êtes pas rassasiés, je vous invite aussi à lire les mangas de Rensuke Oshikiri, parce que c’est génial, et parce que j’ai envie que d’autres soient édités en France !).

Dernière précision avant de parler plus en détails du manga, il a enfin été annoncé qu’une adaptation animée débarquerait en 2023. Si pour ma part je préfère presque toujours les mangas à leurs adaptations, je connais aussi l’importance de la chose en terme de visibilité pour les mangas, et je suis donc ravi de cette annonce, en espérant que cela permette à la série de toucher un plus large public. Nous verrons bien ce qu’il en est avec le temps ma foi.

Tout ceci étant dit, on va enfin pouvoir parler un peu du manga en lui-même (j’espère quand même que ce qui a précédé vous a intéressé d’une façon ou d’une autre, car la contextualisation, c’est important !).

Le postapo est un genre qui a des codes très spécifiques, mais qui est finalement très libre en ce qui concerne la façon de les exploiter, si bien qu’on en retrouve à toutes les sauces, pour tous les publics et avec des univers aux inspirations et ambiances diverses. Une des vertus du genre est que sa malléabilité lui permet de s’ancrer dans l’air du temps, en fonction de l’époque à laquelle sont produites les œuvres. Et dans le même temps, une œuvre postapo véritablement de qualité me semble à même de résister au passage du temps, afin de s’adapter aux époques et aux problématiques différentes qu’elles soulèvent. C’est le cas de façon tout à fait évidente avec la saga Mad Max par exemple, et le fait que George Miller y revienne à intervalle plus ou moins réguliers est d’ailleurs un signe de son universalité (c’est d’ailleurs une question qu’il travaille au corps a sein des films).

A Journey Beyond Heaven de son côté traite clairement de problématiques actuelles, en même temps que de choses plus universelles ainsi que de tropes classiques du genre. Le postapo interroge la nature humaine, notamment dans son rapport à la violence, face à l’effondrement de la civilisation, et ici, cette question est évoquée en partie par rapport à la façon de traiter les enfants. Si le duo principal n’est plus vraiment « enfant », l’autre intrigue est centrée au contraire sur des préados et ados, et un certain nombre de péripéties mettent en scène des enfants ainsi que la façon dont ils sont traités dans ce monde.

Ces divers éléments nourrissent l’univers de l’œuvre, tout en lui apportant une singularité liée à ces fameuses thématiques dans l’ère du temps. J’en parle dans chacun de mes articles, mais il y a une vraie réflexion au centre de l’histoire sur le genre et l’identité de genre. Également, l’enfance, l’adolescence et la puberté sont des thématiques centrales, développées en filigrane dans chaque tome. De plus, la question du « paradis » qui revient dans le titre du manga (y compris son titre anglais, Heavenly Delusion, qu’on peut traduire par « illusion paradisiaque ») me semble plus en lien avec un fantasme lié à l’enfance qu’à une réelle question religieuse.

Ce septième volume exploite encore cette question de l’enfance et de la façon dont on traite les enfants dans ce monde, puisque notre duo principal va rencontrer une jeune fille durant leur périple au passé très lourd, dont l’histoire est dramatiquement classique pour le genre. Mais, loin d’être une faiblesse, j’estime au contraire que la façon de composer avec des figures classiques du postapo et des éléments plus inattendus est une des grosses qualités du titre, lui conférant un sentiment de familiarité en même temps qu’une certaine étrangeté liée aux éléments plus singuliers. Et dans tous les cas, il n’y a aucun mal à emprunter des chemins déjà rebattus, tant qu’on le fait correctement (c’est bien évidemment le cas ici) et qu’on arrive au passage à y insuffler quelque chose de spécifique (encore une fois, c’est totalement le cas).

Ainsi, le périple de Maru et Kiruko a beau donner un sentiment de familiarité, de nombreuses aspérités donnent à la série un ton propre. L’autre pan de l’intrigue, centré sur des enfants dans un centre aseptisé coupé du monde, et qui avance à grands pas dans ce volume, posant encore davantage de questions qu’il apporte de réponse, transmet le même sentiment de familiarité, en même temps qu’il est nimbé de mystère, réussissant à faire ressentir la fameuse « inquiétante étrangeté » dont je parlais précédemment.

Mais malgré toutes ces qualités, malgré le fait que le récit soit toujours parfaitement mené, on ne trouve pas d’effets « dans ta face » qui permettent un enthousiasme facile et surtout une effervescence sur les réseaux. Le titre a beau être ultra accessible et dynamique dans sa narration, son esthétique peut paraitre simpliste ou impersonnelle (Masakazu Ishiguro nous ménage cependant de beaux moments de mise en scène régulièrement), faisant primer l’efficacité par rapport l’effet waouh. Et si je trouve personnellement les couvertures à la fois séduisantes et intrigantes, je peux comprendre qu’elles ne parlent pas.

Et pourtant, je pense qu’une fois poussé la curiosité, on se prend très rapidement au jeu d’un récit plein de mystères et avec également assez d’éléments familiers pour donner envie d’y revenir. C’est toujours compliqué de bien expliquer l’alchimie qui se produit avec ce titre, et qui saute finalement aux yeux d’une grande partie de son lectorat, malheureusement encore trop faible. Mais le fait est que A Journey Beyond Heaven a à mes yeux ce fameux truc, difficile à décrire, qui en fait un titre différent.  J’espère donc, encore une fois, que ce modeste article contribuera à susciter un peu d’intérêt pour cette série qui le mérite amplement. Car elle est à la fois accessible, efficace, s’ancrant dans des codes classiques du genre tout en y apportant quelque chose de plus, et singulière et ambitieuse. Et au final, elle est extrêmement valorisante pour le lectorat, faisant confiance en son intelligence. Et c’est quand même vachement agréable d’avoir de temps en temps des œuvres qui nous font cet effet.

8 commentaires

  1. Ce tome est sorti ce jour ! ! ! ! Je me le procure ce soir ! Je n’en peux plus d’attendre chacune de ses sorties. Et d’ici ce weekend je serais en pleurs car faudra attendre le tome 8 dans 3 mois.
    Je l’ai déjà dit aussi, mais c’ets une excellente série.
    Dès que j’ai lu le tome 7, je repasse ici pour y exprimer mon avis.

    Bonne journée.

    Aimé par 1 personne

    • Malheureusement il faudra désormais attendre davantage, on a rattrapé la parution japonaise et comme la série est publiée dans un mensuel, ça fait un tome tous les 6 mois.

      Dure attente, mais elle vaut le coup !

      Bonne journée à toi aussi.

      J’aime

      • Je viens de le lire, et quel tome ! Certes, le tome 6 avec Robin et son comportement violent m’avait retourné l’esprit, mais là, ce n’est pas forcément plus simple avec le cas de cette jeune fille dont je ne m’attendais surtout pas à ça.
        Effectivement, on retrouve pas mal d’aspects classiques du postapo (violence, viol, la place des enfants seuls dans ce monde etc…) mais c’est toujours bien traité et bien amené de manière à ce que l’on se pose pas mal de question.

        [SPOIL]
        Pour l’école, les questions s’accélèrent surtout après l’évènement qui a eu lieu, mais je trouve juste bizarre que les militaires mettent 2j pour intervenir après le bombardement.
        Et je me demande ce que sont devenus les hiruko envoyés en mission et quel était leur but.

        Aimé par 1 personne

  2. Je suis d’accord, le rapport aux enfants des adultes est super exploité dans ce tome. Sans trop spoiler, l’auteur met clairement mon cerveau dans tous les sens ! Les nouveaux éléments de ce tome, je m’y attendais pas ! Moi qui croyait qu’on avançait petit à petit dans ce qu’on connaissait déjà… Bah non, j’ai pas vu la suite arriver, clairement !

    Aimé par 1 personne

  3. Comme d’hab super article sur une série encore trop peu connu. Je pense d’ailleurs que l’un des points qui fait que les gens ne se lance pas forcément et qu’il est difficile de bien expliqué ce qu’il se passe sans trop spoil ou rentré dans le cliché de « c’est comme The promsised Neverland » (comme vous en avez parler dans le podcast), après malheureusement c’est aussi le cas d’autres œuvres de Ishiguro Masakazu, il à une façon bien particulière de construire ses histoires qui suivent plein de chemin mais en arrivant à rester cohérent.

    En tout cas whouaw, je ne m’attendais pas à ce qu’il aller se passer dans ce tome, ou en tout cas pas si vite. Beaucoup de choses qu’il était difficile de prévoir et d’autre qui pousse encore plus à la théorie sur la suite. En tout cas je suis content, quelques une de mes théories se sont validé, d’autre on à de nouveau éléments, et on à Plusieurs date qui permette de se situer dans le temps sur ce volume (et j’aime bien les dates)

    Aimé par 1 personne

    • J’ai vu ça que tu aimais bien les dates. En même temps ça aide vu qu’on ne nous donne pas beaucoup d’indications chronologiques ici.

      L’attente entre les tomes va devenir difficile, mais ce sera l’occasion d’une relecture comme on a pu en parler, car c’est nécessaire je pense à ce stade.

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