Mon avis sur… Ranking of Kings T.4 de Sosuke Toka

Ranking of Kings

L’année approche de sa fin, et Ranking of Kings voit son quatrième tome paraitre, asseyant encore un peu plus son statut de nouveauté incontournable de 2022 à mes yeux (parmi quelques autres). Il faut dire que l’épopée de Bojji semble totalement taillée sur mesure pour moi, proposant un univers de fantasy très codifié mais soigné, mettant en valeur un personnage principal enfant particulièrement attachant, porteur de thématiques fortes, notamment en lien avec la parentalité. Mais surtout, c’est un modèle d’écriture à chaque instant, Sosuke Toka faisant mouche dans tout ce qu’il entreprend.


Un grand merci à Ki-oon pour l’envoi de ce tome.


Mon avis sur les tomes précédents : Tome 1Tome 2Tome 3


Nous avions quitté le prince Bojji dans une situation somme toutes relativement conventionnelle du récit d’apprentissage, alors qu’il fait la rencontre de Despa, personnage haut en couleurs qui se propose de devenir son professeur afin de faire ressortir la vraie force de l’enfant. Situation classique, qui mène à une péripétie permettant à Bojji de mettre à l’épreuve sa nouvelle puissance, qui se manifeste d’une façon bien particulière. Car loin de devenir un foudre de guerre, le jeune prince reste l’enfant chétif qu’on connait, mais sait désormais capitaliser sur ses forces grâce à l’entrainement de Despa, qui se révèle aussi compétant qu’il est drôle.

Bespa

Ce personnage particulièrement savoureux est l’occasion de rappeler une des très grandes forces de la série, qui se confirme ici à plusieurs reprises, à savoir l’écriture de tous ses personnages. Chacun est particulièrement bien croqué, souvent archétypal, mais avec une vraie profondeur sous-jacente. Despa est totalement dans cette idée, mais Bebin, absent de ce tome l’est également (et est un de mes chouchous tant il est tout en nuances). Et chacun a droit à un traitement aussi travaillé, si bien que l’intrigue assez simple en apparence gagne considérablement en densité grâce à tous ces personnages qui vont et viennent dans le récit, le rendant plus tentaculaire (tout en restant très clair pour le moment, on est pas dans une intrigue qui part dans tous les sens et qui devient compliquée à suivre).

Et puisqu’on parle de l’intrigue, si elle reste assez simple dans l’idée, Toka met ici en place un élément plutôt inattendu, qui vient un peu redistribuer les cartes et rend très curieux concernant l’évolution du récit. Cet élément concerne le roi Daida, frère cadet de Bojji, mais je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler. Car encore une fois, j’espère que la série va voir son lectorat augmenter au fil des tomes, tant elle représente un moment de lecture rare et précieux.

Précieux car, comme je l’ai dit dans de précédents articles, elle s’ancre dans les codes de la littérature d’apprentissage pour la jeunesse (mais ne s’aliène pas le lectorat adulte, tant la série est profonde et de qualité), avec ce jeune prince qui doit grandir pour devenir digne du titre de roi, mais aussi et surtout, pour devenir la personne qu’il aspire à être. Si cette thématique parle facilement à un lectorat jeune en pleine construction, qui peut sans peine se projeter en Bojji, dont le mutisme est d’ailleurs très intéressant en terme d’identification, elle est doublée d’un rapport plus distancié au personnage, par les nombreux points de vue adultes qu’on partage également.

Bojji en gardeDans ce tome, c’est particulièrement évident dans la relation entre Bojji et Despa, où l’on sent un attachement presque paternel à cet enfant, en plus du lien professoral qui renvoie à la question de l’apprentissage et la transmission. Mais l’auteur travaille également la question via d’autres personnages, en particulier Domas, dont le rôle dans l’histoire aurait pu s’arrêter après les événements du tome 3 (je n’en dirai pas plus), mais qui finalement rebondit de façon passionnante ici.

J’avais déjà souligné cette idée avec le premier tome, supposant que Sosuke Toka a des enfants au vu de sa façon de mettre en avant la thématique de la parentalité, et je persiste dans cette idée. En tout cas, il a au minimum une vraie réflexion pertinente sur la question, et sait la mettre en scène avec intelligence.

Ainsi, si l’écriture ne saurait être prise en défaut selon moi, l’auteur a aussi déjà considérablement progressé esthétiquement. J’en avais parlé lorsque j’ai abordé le premier tome, dont le trait avait suscité des moqueries sur les réseaux tant on semblait loin de la qualité esthétique de l’anime, si Toka avait un trait simpliste, il était au service de son récit et de sa mise en scène, qui travaille avec intelligence la pantomime de Bojji. Or, ici, si le trait est toujours aussi simple, évitant la surenchère de détails afin de privilégier une grande lisibilité, et surtout, pour servir une ambiance spécifique, on sent déjà un vrai bond visuel chez l’auteur. Pour le dire simplement, le style reste le même, mais tout est plus assuré et plus beau, conférant à l’esthétique globale un charme encore plus important.

En conclusion, avec ce quatrième tome, Ranking of Kings confirme une fois de plus ses qualités évidentes, aussi bien dans son écriture d’une grande intelligence et d’une grande richesse, que dans son esthétique globale. En gérant parfaitement son casting, Sosuke Toka étoffe son univers et son récit, tout en restant profondément ancré dans des codes génériques qui ont fait leurs preuves. On est face à une perle très très rare, tout simplement. Mon conseil : si vous avez des enfants, achetez leur le manga, lisez-le aussi au passage et discutez-en avec eux, et si vous n’avez pas d’enfant, faites-en et achetez leur ensuite le manga (ou n’en faites pas si vous en voulez pas, et achetez le manga pour vous, ça marche aussi).

8 commentaires

  1. Super article, par contre attention petite erreur, le maitre de Bojji s’appelle « Despa » et non pas « Bespa » comme tu le répète dans l’article.
    Je vois que je ne suis pas fous d’avoir constaté une évolution graphique de la part de l’auteur, certaine planche du tome 3 m’avais déjà fait cette impression avec un niveau de détail plus détailler (genre certain vissage mais surtout des décors)

    Aimé par 2 personnes

    • Merde, j’avais vérifié son nom en plus et j’ai quand même réussi à me planter, quel talent !

      Je n’avais pas percuté tout de suite mais oui, au fil du tome, j’ai capté une évolution esthétique évidente, y compris dans les détails comme tu l’as dit.

      Aimé par 1 personne

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