Mon avis sur Ex Nihilo de Shinji Mito

Ex Nihilo

Alors que nous avons pu découvrir Shinji Mito avec Alma, série de SF en 4 tomes parue chez Panini, c’est chez Pika que sa première série courte intitulée Ex Nihilo nous parvient. Toujours dans le registre de la SF, l’auteur nous propose une histoire en deux tomes (assez épais) aux forts relents d’Inception qui, comme dans le film de Christopher Nolan, se propose de concilier action et développement psychologique de personnages, pour nous offrir un titre enlevé et riche.


Merci à Pika pour l’envoi des deux volumes. Vous pouvez lire un extrait via CE LIEN.


Resituons l’auteur et la série

Comme précisé en introduction, Ex Nihilo est la première série de Shinji Mito, prépubliée dans le mensuel Afternoon (magazine de Vinland Saga et A Journey Beyond Heaven, entre autres) en 2017 et 2018. Avant cela, l’auteur avait remporté en 2015 le prix du jeune talent Quatre Saison, ce qui n’est pas tout à fait anodin ici. En effet, que ce soit dans ses mots d’auteur en début de volume, ou dans la postface, on ressent chez ce jeune auteur un certain égo, et une confiance en son talent. Il dit notamment avoir pendant un temps pensé à faire une seule série courte, pour frapper un grand coup et quitter le métier dans la foulée (chose qu’il n’a finalement pas fait, puisqu’il a produit Alma ensuite, et a une nouvelle série en cours au Japon).

Une confiance en soi qui est intéressante et qui questionne, puisqu’il convient souvent de faire preuve d’une certaine humilité publique dans les domaines artistiques, quand bien même il me semble qu’un minimum d’ego est nécessaire pour se dire que ce qu’on produit mérite d’être lu. Mais surtout, c’est ici le signe d’un auteur qui a une certaine confiance en lui, en même temps qu’une fougue et une envie de faire ses preuves surement liées à sa jeunesse, qui s’avèrent finalement bien en phase avec le propos de son manga.

De quoi parle Ex Nihilo ?

Car Ex Nihilo est clairement un titre qui questionne la jeunesse, ce à quoi on aspire à une époque de la vie où l’on doit décider quelle personne on souhaite devenir, ainsi que la volonté d’avoir un impact sur le monde (qui me semble être en lien avec l’acte de création artistique). Une forme de mise en abyme, qui est finalement inévitable dans le cas d’une histoire où les personnages évoluent dans un monde fabriqué de toute pièce, à l’instar de ce qui est présenté dans des films tels que Inception, Matrix ou encore Dark City.

Alors qu’il n’aspirait qu’à une vie tranquille et rangée, le quotidien de Yukari Kamono est mis sens dessus dessous le jour où une immense créature blanche le prend en chasse, détruisant la ville sur son passage. Une mystérieuse jeune fille du nom d’Anya surgit alors à ses côtés pour lui venir en aide et lui révèle qu’il est, comme elle, un « Créateur » : un être ayant la faculté de matérialiser tout ce qu’il imagine. Mais qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Et que veulent les gens qui se sont lancés à sa poursuite ? Si Kamono veut espérer survivre et obtenir des réponses à ses questions, il va devoir se battre.

Le résumé simplifie un peu l’intrigue globale du manga, car il passe sous silence le fait que les créateurs, non contents de pouvoir fabriquer par la pensée toutes sortes d’objets (dont des armes et des véhicules en quantité !), peuvent aussi fabriquer des mondes de toute pièce, ou en tout cas des villes avec leurs bâtiments et habitants. De là découle le côté Inception, puisqu’il était déjà question de créer des architectures au sein des rêves dans le film de Nolan.

Ainsi, Yukari se retrouve pris en chasse par d’autres créateurs, pour une raison qu’il ignore, et va apprendre à maitriser ses capacités (puisqu’il ignorait jusque là sa nature), et tentera de regagner la réalité.

Comme je l’ai dit, la question de la création d’univers alternatifs est très fertile dans la fiction, proposant un support privilégié à la mise en abyme du processus de création. Cet aspect me semble évident ici, notamment à la lumière des mots et de la postface de l’auteur, comme je l’ai dit. Le manga pose explicitement la question du pouvoir divin de la personne qui crée un monde secondaire, dressant un parallèle évident avec le geste créatif du mangaka.

Mais cet aspect est de l’ordre de l’implicite, la thématique centrale étant plutôt selon moi la construction identitaire à l’adolescence et la façon dont on se situe par rapport au monde dans lequel on vit. Dans le manga, les créateurs sont tous des jeunes d’environ 18 ans, et si on ne connait pas la vie de chacun, il semble qu’il y a pour la plupart quelque chose de compliqué lié à l’enfance. Yukari en particulier est orphelin, et d’autres personnages verront leur passif et leurs traumatismes développés. Et la création de « mondes intérieurs » semble être un moyen de faire avec les blessures qu’ils portent en eux.

Anya

Également, le pouvoir des créateurs me semble un moyen de mettre en exergue la question de comment chacun perçoit son monde, lui donnant une singularité liée au regard spécifique qu’il y porte. Encore une fois, difficile de ne pas mettre cela en lien avec la question de la création artistique, où le regard qu’un ou une artiste porte sur le monde contribue à façonner sa fiction. Ainsi, au fil du récit, il apparait de plus en plus évident que le récit d’action et science-fiction très efficace est surtout le support à une vraie réflexion sur la façon dont chacun se positionne par rapport au monde, en particulier à l’adolescence où la perception dudit monde est très mouvante.

En conclusion

Ainsi, Ex Nihilo est une excellente surprise, une série courte d’environ 600 pages chargée de sens et d’action, qui transpire de la volonté de son auteur de faire ses preuves. Et c’est un pari tout à fait réussi pour le jeune Shinji Mito, dont on ressent le profond engagement, notamment dans ses thématiques très fertiles. Si il y a clairement une question d’ego là-dessous, il y a surtout un geste artistique assez fort, au service d’un récit d’action efficace qui apporte une vraie plus-value en terme de sens. En se positionnant dans la continuité de certains films majeurs du genre, Mito trace sa propre voie et accouche d’une première œuvre passionnante et attachante. Si je n’irai pas jusqu’à dire qu’il a frappé un grand coup comme il souhaitait le faire, je pense quand même que sa proposition est forte, et mérite qu’on y jette un oeil.

4 commentaires

  1. J’ai adoré Alma, avec ses thématiques fortes sur le fait d’être humain, le sens de la vie que chacun cherche ; une série courte en 4 tomes, mais graphiquement assez jolie, des décors très travaillés, et des persos assez complexes.

    Je vais donc fortement m’intéresser à cette nouvelle série.
    Je pense que cela sera un mangaka à suivre.

    Aimé par 1 personne

    • Je n’avais lu que le premier tome de Alma, mais c’était une bonne entrée en matière, il me semble qu’ils en ont fait un pack intégrale, ça peut être intéressant.

      Ex Nihilo est aussi un très bon titre, pas beaucoup plus court car la taille des volumes fait qu’on est sur l’équivalent de 3 tomes, c’est resserré et très carré. Une bonne surprise !

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