Mon avis sur… Clover Cinderella de Hideyuki Akashi

J’ai beaucoup de sympathie pour l’éditeur Omake Manga, en grande partie car c’est grâce à lui que l’on a découvert Rensuke Oshikiri en France, puisque 3 des 4 séries de l’auteur disponibles chez nous sont sous leur bannière. De ce fait, je me suis mis dans l’idée de bien surveiller ce qui paraissait chez Omake, pour toujours essayer de mettre en avant les titres qui me parlent le plus. Si Girl Last Tour est toujours dans mes achats prévus, c’est sur leur dernière sortie, le one shot Clover Cinderella que j’ai jeté mon dévolu aujourd’hui.

Forcément, le titre avait quelques arguments pour attirer ma curiosité, au delà de son format court et de sa très belle jaquette. La perspective d’une romance adulte « pour public averti » comme le precise l’éditeur n’était pas pour me déplaire (et il n’a pas menti concernant le « pour public averti »). C’est d’ailleurs l’occasion de revenir sur un point qui m’a agacé lors de l’annonce de la sortie du titre. J’ai vu quelqu’un dire à l’éditeur « ah, vous tombez aussi dans ce genre de travers ». Comprendre par là, publier des mangas avec du sexe explicite. J’ai plusieurs fois remarqué une pudibonderie (fausse ou réelle ?) chez certains conduisant à un rejet de toute thématique sexuelle, comme si c’était forcément racoleur et de mauvais goût. Or, la question du sexe étant quand même assez importante dans nos vies, je trouve normal et même bienvenu que la fiction la traite, au même titre que tout autre sujet. Il y a juste l’art et la manière de le faire.

Ici, le mangaka Hideyuki Akashi nous raconte l’histoire de Tokichi Kinuta, la trentaine, se considérant comme le mec le plus poisseux du monde. Il végète dans une vie insipide, considérant que son manque de réussite soit toujours du fait de la malchance. Or, il va rencontrer une jeune femme qui semble faire enfin tourner la chance en sa faveur. Débute ainsi une histoire d’amour et de réussite pour celui qui va enfin réaliser son rêve de publier un manga.

De ce postulat découle une histoire au ton proche de la fable morale questionnant la notion de chance, se demandant si elle n’est pas surtout une excuse pour justifier un manque d’effort. Si je ne souscris pas à cette vision, elle peut malgré tout être fertile en terme de réflexion. Mais surtout, elle est mise en valeur par cette histoire où inspiration et amour se mêlent, permettant d’être les témoins d’un instant fugace dans la vie des personnages, qui va impacter tout particulièrement Tokichi.

Tellement fugace que c’est finalement un peu court, quand bien même l’histoire est tenue de bout en bout, et termine proprement. Mais l’amateur de romance que je suis aurait aimé suivre les personnages plus longtemps, tant certains moments d’osmose physique et émotionnelle m’ont plu. Car si le récit est court, il nous gratifie d’une bonne dose de sentiments… et de sexe. Sur ce point, j’ai trouvé que l’auteur s’en sortait vraiment bien, mettant en scène avec goût l’alchimie des corps, rendant les ébats vraiment beaux. Et s’il y en a une quantité tout à fait raisonnable, j’aurai aimé en avoir plus, sur une plus longue durée.

Autre élément frustrant, mais qui se justifie par un choix narratif que je préfère taire pour ne pas gâcher certaines surprises, le titre joue sur une certaine forme de frustration, notamment sur la question sexuelle. C’est réussi, puisque précisément, cela crée une frustration pour le lecteur. Mais on aura malgré tout profité du trait particulièrement appréciable du mangaka, notamment pour ce qui concerne les personnages féminins (à ce titre, il est évident que le manga s’adresse à un lectorat masculin, même si rien n’interdit aux femmes de le lire).

Ainsi, Clover Cinderella est un one shot vraiment intéressant, dans lequel on sent un vrai talent pour l’écriture et la mise en scène des choses de l’amour. Si une certaine frustration est malgré tout au rendez-vous chez moi, je pense qu’elle est surtout du fait de mon côté fleur bleue qui aurait aimé que la romance soit davantage au centre du récit, plutôt que comme le support à une fable morale. Il n’empêche que le titre réussit vraiment ce qu’il entreprend, à savoir croquer un instant de vie d’un jeune homme, durant lequel une rencontre va lui apporter ce dont il avait besoin pour avancer. Une belle histoire donc, qui donne envie de voir ce que l’auteur pourrait proposer sur un format plus long.

14 commentaires

  1. bonjour, comment vas tu? merci pour cette découverte. j’aime bien me laisser tenter par des onshot, même quand ce n’est pas mon style de prédilection (ce qui est le cas de la romance) je trouve juste dommage que ma librairie ne mette pas en avant ce genre de format et se contente de gros blockbusters. passe un bon vendredi et à bientôt!

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    • Ça dépend toujours de la taille des librairies et si elles sont spécialisées ou non.
      Dans la mienne je passe toujours commande car elle est petite et généraliste, donc en manga ils ont surtout ce qui se vend bien en rayon.

      Excellente journée à toi et merci pour ton passage !

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      • Oui je comprends, sauf que la dernière fois où j’ai passé commande, ils ont complètement foiré: déjà ils ne m’ont pas prévenu de l’arrivée de mon manga. j’y suis allée pour voir et je ‘lai vu en rayon. quand j’ai demandé à la vendeuse, elle m’a dit ne pas avoir ni ma commande ni le livre en stock… je sais que les erreurs peuvent arriver mais je me suis dit que pour une libraire, elle devrait etre un peu plus au parfum de ce qui se passe chez elle quand même… passe un bon week end et à bientôt!

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  2. Je ne comprend pas en quoi ça choque de publier des mangas avec du sexe explicite. Je trouve ça bien d’avoir de ce genre d’œuvre, ça évite de toujours minimiser la question de l’amour comme le fait d’autre manga. Et permet aussi à ceux qui découvre de découvrir comment on s’y prend. Mas je peu comprendre que ça perturbe certain qui n’attende peut-être pas forcément ça d’une œuvre.
    En tout cas merci pour ton avis, j’avais pas vue passé le titre mais je viens de l’ajouté dans ma liste de futur achat.
    Surtout que maintenant à cause de toi je commence aussi à suivre le catalogue d’Omake Manga xD

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    • Tu as bien raison de suivre Omake, et il me semble que tu as lu le plus important 😉

      Sur la question de la représentation du sexe, je pense vraiment que pour certaines personnes, il y a une forme d’hypocrisie liée à une incapacité à différencier ce qui est racoleur de ce qui cherche à traiter la question (bon, en toute honnêteté, ici le sexe est aussi là pour appâter le chaland, mais me semble en phase avec l’ambiance du récit). Et je pense du coup qu’on peut avoir tendance à un peu tout mélanger. Comme lorsqu’on utilise le terme « fanservice » pour évoquer une forme d’érotisme qui me semble ne pas avoir les mêmes enjeux.

      Quoi qu’il en soit, j’espère que ça te plaira et que tu ne regrettera pas l’investissement !

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      • Je suis de retour, non pas pour vous jouer un mauvais tour mais pour revenir sur mon précédent commentaire après avoir lu le manga.
        Et je reste sur ce que j’ai dit concernant les scènes de sexe explicite, mise à part la la première scène de sexe qui arrive assez rapidement et sans prévenir qu’on pourrais voir comme du fan service (et encore pas tellement car on vois que le gars est inexpérimenté à ce moment la et se confit à elle à propose de sa malchance), les autres scènes quand à elle apporte toute quelques choses de plus au récit.

        Tu dit dans ta critique que la morale du manga peu être de ce demander si le manque d’effort n’est pas liée à l’arrivé de cette malchance. En vrai c’est assez compliqué, on vois qu’il essaye de sens sortir (même avant sa rencontre avec la fille) en vivant de petit boulot pour devenir mangaka. Mais je pense que le fait de toujours voir les choses du mauvais côté et de se dire qu’il est malchanceux, attire justement cette malchance. Genre quand il doit rendre les planches de son manga, il pris pour pas les perdre, et pareil avec la fille qui lui dit qu’un moment de malchance peut également être un moment de chance en fonction de comment tu le vois.

        Et pour la fin je suis du même avis que toi, j’aurais aimer que le titre sois plus long

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  3. Il y a clairement une fausse pudibonderie sur la question du sexe. Même si c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas personnellement en général (faut jamais dire jamais xD), je n’ai rien contre le fait qu’on la traite dans des titres pourvu qu’on le fasse correctement ce qui semble être le cas ici 🤷 je trouve même ça important car autrement ça pourrait véhiculer une fausse idée comme quoi c’est « sale » ou que sais je, c’est comme ça qu’on créé bêtement des traumas 🙄

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    • Je suis tout à fait d’accord avec toi. Pour ce qui est de la question du traitement correct ici, c’est de mon point de vue à moi bien entendu, qui n’est pas forcement universel. Mais j’ai vu d’autres retours qui allaient dans ce sens. J’y ai trouvé une certaine forme de réalisme en tout cas.

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  4. Ah la représentation du sexe, c’est tout un débat ! Malgré ce que tu me dis du manga, vu ce que j’ai pu lire, je pense pas que j’accrocherais mais je salue l’éditeur d’apporter le titre et l’auteur de ne pas jeter un voile pudique sur un élément normal au sein d’une relation. C’est pour ça que j’apprécie Sans Expérience qui ose parler sexualité dans un jeune couple encore maladroit sur le domaine, et qui apprend que chacun avance à son rythme, malgré la pression sociale. Puis mince du sexe consenti et consentant, j’ai l’impression d’en voir trop peu alors qu’il y a rien de mal là dedans.

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    • Ouais, Sans expérience m’intrigue depuis que la série a commencé, mais je ne vois quasi aucun retour dessus, et comme Delcourt a la manie de pas trop mettre en avant ses séries, j’ai fini par oublier.

      Mais oui, la façon de représenter le sexe est vraiment un sujet intéressant je trouve !

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      • C’est le gros souci de beaucoup de maisons d’édition : elles communiquent surtout sur les gros titres au détriment de l’ensemble du catalogue (et si tu te fais pas un planning à côté, tu peux louper des sorties. ça sent le vécu ! xD)

        On avait fait une petite review sur les 3 premiers tomes avec mon conjoint. On peut reprocher au couple d’être vraiment trèèès naïf et innocent, mais c’est en même temps touchant. C’est un peu lecture feel good, comme on dit, emplie de bonnes intentions.

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