Rokudenashi Blues T.1 – Le retour d’un furyo culte chez Pika

Rokudenashi Blues

L’annonce de l’arrivée de Rokudenashi Blues, jusqu’ici connu sous le titre Racaille Blues, chez Pika a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Est-ce parce qu’une petite communauté très investie en parlait beaucoup, ou simplement car le lectorat manga en général l’attendait ? Je l’ignore, mais tel que je le vois dans ma bulle, une certaine effervescence est suscitée par cette sortie, qui rime avec un potentiel retour d’un genre qui a du mal à percer chez nous, le furyo. De ce fait, cette nouvelle édition, qui inaugure la collection « Pika Masterpiece » semble avoir au moins déjà pour vertu de mettre sur le devant de la scène un genre important au Japon, ce qui semble une petite victoire en soi.

Pour ma part, je dois bien admettre que je n’y connais presque rien au furyo, n’ayant lu que Young GTO et les premiers tomes de Tokyo Revengers, le carton récent du genre qui semble avoir ouvert une petite brèche chez nous. Cependant, le peu que j’en ai vu me donne quand même plutôt envie de m’y intéresser, avec dans le viseur Bakkuon Retto, souvent cité comme un incontournable du genre (parmi les quelques séries disponibles en France tout du moins).

Ainsi, cette nouvelle édition sonne comme une porte d’entrée vers le genre pour une grosse partie du lectorat, ainsi qu’une remise en avant avec possibilité de nouvelles choses qui arriveront par la suite pour les plus amateurs. On va faire le point sur tout ça.


Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce premier volume. Vous trouverez un extrait en ligne via CE LIEN.


Resituons rapidement la série et le genre

Pour ce qui est du furyo, je ne vais pas m’amuser à faire une grande présentation du genre, de son histoire, ses thèmes et autres, n’étant tout simplement pas qualifié pour ça. À la place, j’aime autant renvoyer vers des sources qui me semblent fiables, à savoir l’article de mon camarade Vagabond sur le genre (ICI), ou encore, l’émission Dans La Légende consacrée au genre, avec des intervenants qui semblent connaitre le sujet (au vu des retours de vrais spécialistes sur les réseaux).

Avec ces deux seules sources, on peut déjà dresser quelques contours du genre, notamment dans ses tropes et éléments esthétiques, qu’on retrouve dans Rokudenashi Blues. Des histoires centrées sur des personnages adolescents, avec amitié, délinquance et bagarres de bande. C’est en tout cas l’image que je m’en fais de par mes quelques lectures du genre, et qui transparait déjà pas mal dans ce premier volume comme on le verra par la suite.

Shonen Jump RokudenashiPour ce qui est de Rokudenashi Blues en particulier, la série de Masanori Morita a été publiée de 1988 à 1997 dans le Weekly Shonen Jump. Un manga qui commence donc à avoir de la bouteille, sans être pour autant aux fondements du genre. Il a rencontré un beau succès au Japon, puisque ses 42 tomes ont été tiré à plus de 60 millions d’exemplaires, et qu’il a eu droit à des adaptations animées et live.

En France, la série a déjà été intégralement publiée chez J’ai Lu entre 2002 et 2005, qui a eu une grosse présence éditoriale dans le secteur du manga à cette époque. Mais depuis, la série n’était plus trouvable en neuf, et son retour semblait demandé par beaucoup de lecteurs à en croire les demandes incessantes sur les réseaux sociaux, signe d’une fanbase très investie.

Autre signe d’une fanbase investie, l’accueil assez mitigé de l’objet en lui-même, lorsque Pika en a révélé le contenu, qui s’est confirmé quand les premiers acheteurs ont mis la main dessus. L’éditeur a annoncé un grand format (15x21cm), 25 tomes reprenant la tomaison de l’édition bunko, sur laquelle Pika s’est basé pour faire cette édition, avec nouvelle traduction et une page couleur par tome.

Ces quelques éléments ont déclenché une petite polémique quant au qualificatif d’édition « Masterpiece » et à son prix. Si on peut déplorer l’absence de pages couleurs (j’ai cru comprendre que dans l’achat d’une licence, la présence des pages couleurs ou non fait gonfler le prix), je dois avouer en toute honnêteté que je n’aurais pas pu me rendre compte d’éléments tels que le rognage des pages que certains ont mis en avant sur les réseaux, ou encore le changement de traduction, n’ayant jamais lu la série auparavant.

Concernant la traduction, si j’ai bien compris, le personnage principal a un accent prononcé lorsqu’il s’énerve, qui a été retranscrit avec un accent marseillais dans la première traduction. Ici, plus d’accent marseillais mais un bégaiement pour remplacer. Impossible pour moi de dire si le changement est heureux ou non, mais il convient de le signaler.

Plusieurs éléments mis bout à bout qui ont rendu l’accueil des plus gros fans assez tiède. Me concernant, je dois dire que si j’avais été vierge de toute information, je n’aurais rien remarqué, et je trouve cette édition dans la norme de ce qui se fait en « perfect », « deluxe » ou autre terme similaire. Le prix de 16€ a fait grogner également, me concernant, j’aurais tendance à dire que c’est toujours mieux si c’est moins cher, mais le rapport qualité/prix me semble aussi dans la norme, infiniment mieux que les « Perfect » de Delcourt Tonkam, mais en dessous de celles de Panini qui sont vraiment au top.

Me concernant, je trouve quand même que c’est une bonne édition, qui permet surtout de rendre enfin disponible un titre assez important. Si je comprends que les plus mordus exigent l’excellence, je suis pour ma part satisfait par l’objet en lui-même. Tout ceci étant dit, voyons un peu ce qu’il en est concernant le contenu.

Mon avis sur ce premier tome

Taison Maeda se réjouit de débarquer au lycée Teiken ! Mais la joie du garçon est de courte durée : dès la rentrée, il frappe un professeur “par mégarde” et se fait renvoyer quelques jours… À son retour, Maeda et ses deux acolytes, Katsuji et Yoneji, se retrouvent rapidement pris dans l’embrouille qui oppose le groupe des supporters et le club de boxe. Les nouveaux élèves vont vite se faire connaître, et surtout, tenter de se faire respecter. Une tâche bien compliquée, surtout lorsque Hatanaka, le capitaine du club de boxe qui avait été exclu, revient au bahut…

Je l’ai déjà précisé plusieurs fois, j’ai une expérience extrêmement faible du furyo, mais comme pour beaucoup de genres codifiés, je m’en suis fait une idée, de par les images que l’on en voit souvent ou le discours qu’il y a autour du genre. Et ce premier tome de Rokudenashi Blues coche à peu près toutes les cases de l’image que je me fais du genre, avec son personnage principal pas très finaud, adolescent bagarreur et stylé, qui se retrouve pris dans une gueguerre entre le club de boxe et celui des supporters.

RokudenashiUn menu qui semble classique pour le genre, et qui permet surtout, dès ce premier volume, de donner une bonne dose de bagarre (essentiellement mano à mano, mais aussi un tout petit peu en bande), de gueules bien croquées et d’amitié virile. Ainsi qu’une petite dose d’humour qui fonctionne plus ou moins sur moi (mention spéciale quand même au gag du papier toilette, particulièrement savoureux dans sa mise en scène).

Cela donne d’emblée un sentiment de familiarité, quand bien même on ne connait pas le genre. Il faut dire que certains titres non furyo ont pu partager des éléments avec cette entrée en matière, notamment Slam Dunk qui est arrivé quelques années plus tard dans le même magazine, où Sakuragi a aussi le sang chaud d’entrée de jeu.

MaedaDe là peut découler un petit aspect daté à l’écriture, donnant le sentiment d’un manque d’originalité, mais j’imagine que dans le contexte de l’époque, c’était déjà bien plus frais. Mais cela participe aussi à l’ambiance générale du titre. De la même façon, l’esthétique de Morita donne un petit sentiment de voyage dans le temps, car elle n’est plus forcément à la mode aujourd’hui. Mais elle est particulièrement percutante, notamment grâce à un travail particulièrement soigné sur les expressions des visages ou sur les mouvements dans l’action. Car on a déjà droit à notre lot de bagarre, notamment sur un ring. Car oui, en plus d’être un furyo, Rokudenashi Blues est aussi un manga qui parle de boxe, le menu étant donné dès la toute première page où des images d’un combat professionnel sont reproduites. Un bon point me concernant, appréciant particulièrement les fictions sur cette discipline.

Ainsi, dès ce premier volume, on se retrouve face à l’image que l’on pouvait se faire de ce manga, même si d’après les dires de certains fans, c’est vraiment après une dizaine de tomes que le tout prend de l’ampleur. Une bonne nouvelle quelque part, puisque cette entrée en matière est déjà franchement prenante, grâce à cet équilibre entre la bagarre, l’humour, la vie quotidienne de ces adolescents et les valeurs déjà fortes d’amitié et d’entraide qu’ils véhiculent (car les premières frictions se résolvent de belle manière).

En conclusion

Ainsi, en plus de pouvoir découvrir un manga qui dispose d’une assez forte aura, le retour de Rokudenashi Blues semble être un cheval de Troie pour permettre à un genre important de se faire un peu plus sa place chez nous. Et j’ai le sentiment que ces deux éléments ne peuvent pas vraiment être dissociés quand il s’agit d’aborder cette sortie.

Si elle est en demi-teinte pour certains, si on peut juger le prix trop élevé (ce serait malvenu de ma part, n’ayant pas payé, de redire là-dessus, surtout que je peste généralement contre les prix des mangas que j’aimerais voir plus bas dans un souci d’accessibilité), reste qu’on est face à une belle mise en avant du titre, qui fait pas mal parler depuis son annonce. Me concernant, je suis vraiment ravi de pouvoir découvrir cette série, qui semble tout à fait accessible au lectorat actuel, tout en ayant un petit aspect « historique », du fait de son âge (34 ans, dans le régime médiatique actuel, c’est quasiment l’antiquité). Si je comprends qu’on puisse trouver à redire, je pense cependant qu’il serait dommage de passer à côté.

18 commentaires

  1. Merci pour cet article 🙂

    De mon côté, même si rien n’est encore figé, je pense sérieusement passer mon tour. Le rapport qualité/prix ne me convainc pas du tout, et si je peux faire l’effort sur des séries contenant 5 à 10 volumes (c’est déjà chaud 10!), le faire sur une série qui en contiendra 25 me semble trop compliqué.

    16 euros pour 330 pages déjà… si ça avait été du double (comme c’est le cas pour une Sacré Mamie- qui n’est pas ouf on est d’accord- ou les Perfect d’habitude comme Eden, Monster qui font plus de 400 pages), j’aurais déjà eu moins à dire. 21 tomes à 15 euros (315 euros au total) et 25 à 16 (400 euros au total), la différence n’est au final absolument plus négligeable. Et si t’ajoutes à ça la quasi non présence de pages couleurs et les critiques formulées par les connaisseurs… ça fait beaucoup.

    A titre de comparaison, et même si je sais que t’as de gros griefs contre l’éditeur (que je respecte totalement), la nouvelle édition de Karakuri Circus (42 tomes aussi à la base) sera vendue à 13 euros chacun des 26 tomes ayant à peu près le même nombre de pages (mais dont 25 couleurs!), ce qui fait une économie de 80 euros au final… avec moins de défauts possiblement.

    Bref, désolé d’avoir été trop long, mais je tenais à exprimer ma grosse déception sur un prix que je trouve vraiment abusé. Chez le même éditeur dont je saluais l’excellent rapport qualité prix des colossales de SNK (c’est ça que je pige pas)…

    Aimé par 1 personne

    • Je peux comprendre, la question du rapport qualité/prix est vraiment propre à chaque personne, et en fonction des titres. Truc tout bête : j’ai aucun souci avec l’absence de page couleur sur ce titre, mais si Pika fait un jour une édition luxueuse de Fairy Tail, ça me ferait mal de pas avoir les belles colo de Mashima, car j’aime beaucoup ce qu’il fait dans ce domaine.

      Et la question est encore plus compliquée quand il s’agit d’estimer si ça vaut son prix quand on a reçu le manga gratuitement je trouve ^^’

      (mais oui, les éditions colossales c’est le top par rapport à leur prix !)

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      • Tkt, l’article était très honnête et t’as pris soin d’évoquer à peu près tous les points, permettant de peser le pour et le contre.

        Et la remarque sur l’appréciation variable en fonction du titre s’applique à moi aussi.
        Typiquement, si je salue ce qu’a fait Glénat avec Evangelion, je ne comprends pas ce qu’ils font avec un One Piece, qui est pourtant leur poule aux œufs d’or. Les colorspread d’Oda sont juste parmi les plus beaux et surtout généreux qui existent. Même des non fans du manga le reconnaissent. Et on a RIEN. Juste du rognage, un papier trop fin et des collector ultra minimalistes (alors que pour ce prix, glisser un ou deux posters et quelques pages couleurs n’auraient pas été de refus). Je ne comprends pas….

        Et je comprends que tu dises la même chose sur un titre comme Fairy Tail. Je sais pas si c’est la fantasy qui fait ça mais ce sont 2 œuvres (avec OP) pour lesquelles les pages couleurs sont fort appréciables.

        Et je pense qu’au vu du succès des titres de Mashima, une édition « luxueuse » devrait être envisagée un jour. D’autant plus qu’au vu de la qualité du dessin, ça ne serait que justice.

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  2. Merci pour cet article.

    Un peu comme toi et sûrement aussi une grande majorité des lecteurs, je connais très peu le monde du furyo (mise à part les classiques bien sûr comme GTO, Tokyo Revengers ou encore Gokusen). Mais grâce au livre « Jump – L’âge d’or du manga » j’ai connaissance de la longévité et l’importance de ce genre au Japon.

    C’est rassurant de savoir que le titre n’a pas trop vieilli et qu’il est encore possible de l’apprécier même des années après sa sortie. Pour les différents défauts j’ai rapidement suivi ça aussi mais comme je n’ai jamais lu la première édition je ne pourrais pas comparer (après je pense que l’édition de J’ai lu n’est pas sans reproche non plus). Mais tu parles d’un effet sur l’accent du personnage principal qui aurait été modifié, faut dire que c’est souvent compliqué à adapté (surtout sue papier).

    Après honnêtement ce n’est pas le titre qui m’attire le plus, je pense passer mon chemin pour cette fois surtout avec l’arrivé des éditions perfect de Karakuri Circus et Baki qui arrive et vont grignoter une bonne partie de mon budget.

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  3. Merci pour la mention

    J’vois que t’as kiffé ! Si t’as aimé ce premier tome la suite devrait te plaire…
    Car si la baston et tout ce qui y est lié est une composante essentielle du titre, a coté de ça, facilement la moitié du manga est centré sur la vie scolaire et la vie des différents personnages. C’est limite « tranche de vie » en un sens…

    L’edition de Pika, mouais, outre ce qui a été mentionné, et comme j’ai la J’ai Lu, je trouve la trad un peu molle et pas aussi crue qu’elle devrait l’etre. C’est quand même des racailles bordel !

    Et puis 16 balles !

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    • Je suis une Racaille mais je parle classe, donc ça me choque pas.

      16 balles de toute façon quelle que soit la qualité de l’objet et du titre c’est dur à sortir pour moi.
      Et dire que dans 3 semaines va falloir ressortir 12 balles (putain) pour un volume simple !

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  4. J’avoue avoir été contente lors de l’annonce, je pensais me laisser séduire mais je suis en pleine hésitation. Je trouve le papier pas top top et j’avoue que les comparaisons avec l’ancienne trad sont au détriment de la nouvelle en ce qui me concerne. J’aime assez le charme de celles de J’ai lu autrefois, alors j’hésite.

    Du coup, pour tenter de faire pencher la balance, j’ai une question : est-ce que la boxe est bien présente dès ce premier tome et occupera, tu crois, une belle place ou cela est/sera juste un accessoire ? Car ayant beaucoup aimé Ashita no Joe et Black-Box, ça pourrait me faire changer d’avis.

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    • Alors oui, dès ce premier tome la boxe est présente et c’est une des préoccupations principales du perso principal et d’un autre. Et de ce que j’ai cru comprendre, c’est un des enjeux de la série sur le long terme.

      Je t’avoue que pour ce qui est du papier en lui-meme, je n’ai vraiment aucun souci, je ne sais pas vraiment ce qui lui est reproché pour le coup.

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  5. Halalala toutes ces polémiques.
    Personnellement je passe mon tour parce que le furyo est un genre qui ne me convient plus surtout pour sa représentation des femmes. Mais je trouve que les prix sont corrects, les gens ne se rendent pas compte de l’augmentation des coûts de production et du fait que le papier va se payer de plus en plus cher 😅 il est temps de penser à la transition numérique… Mais bon ! En tout cas ton article est très sympa comme toujours et il permet d’en apprendre assez sur le titre pour se faire une bonne idée.

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    • Après pour la question du tarif, je trouve que les mangas sont vraiment chers. Je ne doute pas qu’il y a des raisons à ça, mais on invoque souvent leur petit prix mais dans les faits c’est ma pratique de loisir la plus coûteuse, étant donné que beaucoup de séries sont vraiment longues.
      Mais je suis plutôt dans l’idée que le juste prix est fonction du point de vue de chacun au final, selon l’affect qu’on a pour les titres.

      Ça rend les choses compliquées et je sais que moi j’ai aussi fait du tri pour ça. Plusieurs séries que j’appréciais ont été mises de côté au final.

      Ce qui n’est pas un mal en soi ma foi.

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