La fin de Beastars de Paru Itagaki

Beastars

La conclusion de Beastars est pour moi un événement très important dans le monde du manga. Je l’ai dit à de nombreuses reprises, et je le répète encore ici, la série de Paru Itagaki est à mes yeux la nouveauté la plus brillante que j’ai pu lire depuis trois ans et demie que je me suis lancé dans le blogging. Une série qui m’accompagne depuis le début de cette aventure, lui donnant une saveur particulière. Une des rares séries à ne m’avoir jamais déçu, y compris dans sa conclusion, que j’attendais avec énormément de confiance tant la mangaka a su prouver à chaque volume une maitrise parfaite de son sujet.

Ainsi, je reviens ici sur cet ultime volume, qui ne signifie pas que j’arrêterai pour de bon de parler de Beastars. D’une part car j’espère bien que Beast Complex va se poursuivre chez nous, mais également car il reste encore beaucoup de choses à dire sur la série maintenant qu’elle est achevée. Ceci étant dit, nous allons aborder ici le dernier volume sans le moindre spoil. Pour tout dire, j’avais prévu de diviser l’article en deux phases, une avec et une sans spoil, mais au fil de l’écriture, j’ai réussi à dire tout ce que je souhaitais dire sans révéler ce qui se passe dans ce dernier volume, et c’est tant mieux. Cependant, si vous n’avez pas lu les tomes précédents, vous aurez quelques menus éléments contextuels qui seront déflorés, et il est surtout possible que vous ne compreniez pas toujours de quoi il est question. Soyez-en prévenu(e)s.

Alors qu’on avait laissé Legoshi en plein affrontement contre Melon, ce dernier tome à peine plus épais que les autres a la lourde tâche de clôturer tous les enjeux de l’intrigue, et d’offrir une sortie à la hauteur pour chacun de ses personnages principaux. Une tâche qui n’est jamais aisée, surtout pour une série de plus de vingt tomes qui a développé autant de portraits attachants et subtils.

Et c’est justement avec subtilité que Paru Itagaki gère la chose, d’une part en n’oubliant pas que cette histoire est avant tout celle de Legoshi, qui reste donc la star de ce bouquet final. Sans pour autant oublier les autres personnages qui auront gravité autour, leur offrant à tous une conclusion en fonction de leur importance dans le récit, mais sonnant toujours juste par rapport à leur caractérisation, comme toujours avec la mangaka. Car s’il y a une qualité que je mettrai au-dessus de toutes les autres chez Itagaki, c’est bien sa capacité à écrire des personnages denses, profonds, porteurs de thématiques fortes, sans jamais laisser de côté la cohérence globale de chacun.

Si elle prend surtout le temps de développer le trio principal (Legoshi/Haru/Louis), et ce avec sensibilité et intelligence, elle convoque également les personnages secondaires les plus marquants du récit, et permet de nous rappeler une dernière fois l’ampleur de cette histoire, si singulière et riche. C’est le genre d’élément qui est important me concernant lorsqu’il s’agit de conclure une histoire longue, qui s’est étendue dans le temps, et qui m’a marqué. J’ai envie de faire mes adieux aux personnages comme il se doit, car ils ont vécu et auront eu un impact important sur mon imaginaire le temps de la lecture, et même après.

Et sur ce point, Itagaki ne déçoit pas, et conclue comme il se doit son intrigue principale, l’histoire personnelle de Legoshi et des autres, avec un final émouvant et surtout riche de sens. Le tout reste ouvert, elle dit d’ailleurs dans sa posface dense et chargée en émotions qu’elle ne quitte pas définitivement cet univers (encore une fois, il y a Beast Complex qui lui laisse la possibilité d’y refaire des incursions le temps d’histoires courtes), et la fin très ouverte sur de nombreux aspects laisse le champ pour explorer de nombreux autres pans de ce monde, qui semble infini en terme de possibilités narratives et thématiques.

Ce qui est certainement une des grandes forces du titre depuis le début. Dès ses deux premiers tomes, découverts à leur sortie en janvier 2019, on sentait un titre qui avait beaucoup de choses à dire. Dès la scène d’agression de Haru par Legoshi dans le premier tome, moment fondamental pour les deux personnages, il m’est apparu de façon évidente que la thématique sexuelle aurait une place importante dans le récit. Mais très vite, Itagaki a su étoffer son répertoire, allant du plus évident (la métaphore raciale et la question du métissage) à des idées bien plus étonnantes et toujours passionnantes.

Ici, on clôture avec la question de la transmission, mise en avant depuis l’apparition de Gosha dans le récit (voire même avant). Une thématique qui est d’autant plus intéressante qu’elle est développée par une mangaka fille de mangaka (Keisuke Itagaki, le père de Paru, est l’auteur de Baki), qui doit se projeter au moins en partie dans le rapport compliqué des personnages à la question de l’héritage familial. En effet, devenir mangaka alors que son père est lui-même un mangaka, auteur d’une œuvre importante, doit poser des questionnements.

On le sent dans ce volume final, le poids de l’héritage familial est partout, en particulier chez les trois personnages au cœur de cette conclusion : Legoshi, Louis et Melon. Et Paru Itagaki traite la question avec la finesse qui la caractérise, évitant les lieux communs pour prendre de la hauteur et proposer quelque chose de plus complexe.

Melon

Ainsi, elle opère dans ce rush final des choix, mettant de côté certains éléments qui resteront emprunts d’un certain mystère, pour le meilleur selon moi. Je pense à tout ce qui concerne le monde marin, abordé au fil du récit, mais jamais vraiment explicité, ce qui donne une aura mystique à cet univers qui semble inaccessible aux créatures terrestres, porteur de valeurs et de philosophies bien différentes. Cela fonctionne fort bien d’un point de vue thématique et réflexif, en plus de donner du corps à ce monde que l’on ne peut pas percevoir totalement.

Et c’est enfin une conclusion très belle dans le parcours de Legoshi, personnage définitivement marquant, écrit de main de maitre par Paru Itagaki. On perçoit dès le début de la série quelque chose de fort chez le loup, mais c’est vraiment au fil de son développement, qui évite toujours de sombrer dans la facilité, que l’on prend conscience de la vraie portée du personnage. De même, on assiste au fil du récit à l’évolution d’un adolescent qui commence à devenir un homme, et dont la vision du monde évolue en conséquence. Il reste définitivement la plus grande force de Beastars à mes yeux.

Ainsi, le dernier tome de Beastars, à l’image de la série dans son ensemble, ne nous propose jamais moins que l’excellence. Et comme toutes les conclusions réussies d’histoires, c’est finalement une invitation à relire le tout à la lumière de notre connaissance des enjeux dans leur globalité. Mais aussi une invitation à poursuivre la mangaka, qui continue de construire son œuvre pas à pas. Comme je l’ai dit, elle a déjà publié quelques tomes de Beast Complex au Japon, mais a également d’autres titres qui ne sont pas liés à cet univers à son actif, notamment deux one shot et la série en cours Sanda, qui va bientôt avoir son 4e tome au Japon. À moins de 30 ans, c’est donc un début de carrière passionnant pour la jeune mangaka, et j’espère que Ki-oon continuera de la suivre, car elle est une artiste particulièrement précieuse. Et si la fin de Beastars peur marquer le début d’une nouvelle aventure pour le lectorat français, on aura alors tout gagné.

Legoshi et Haru

23 commentaires

  1. Quel bel article sur cette fin ! Je partage ton point de vue et j’avais pourtant des inquiétudes. Quelle belle aventure que celle ci et quelle mangaka talentueuse, je suis épatée. Comme toi j’espère que d’autres titres nous parviendront sans tarder.

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    • Oui, on a déjà eu l’occasion d’en parler un peu de cette fin, et je t’avoue, sans vouloir te mettre une quelconque pression, que j’ai hâte d’avoir ton retour sur la relecture intégrale de la série !

      Sinon, mon petit doigt me dit (à défaut d’avoir des infos d’insider) que Ki-oon ne va pas laisser Paru Itagaki filer comme ça. Selon moi, c’est une mangaka déjà importante, et je pense qu’ils en ont conscience. Beastars marche bien, et en terme de réputation, c’est surtout une série vraiment plébiscitée par son lectorat. Continuer Beast Complex, sortir ses deux one shot et enchainer ensuite avec sa nouvelle série me semble la suite logique.

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      • Je n’ai pas encore commencé cette relecture j’avoue ! Je suis un peu dans une « panne » pour le moment de lecture mais remarque, ça pourrait me débloquer donc à voir… Je pensais faire ça pendant l’été.

        Après Ki-oon n’a pas forcément toutes les cartes en main. D’autres éditeurs peuvent très bien acheter les droits des OS et de l’autre série s’ils proposent davantage… Peut-être qu’il y a des négociations en cours et que ça prend du temps. On peut tout imaginer !

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      • Certes, on peut tout imaginer. Après, j’ose espérer que si Ki-oon est sur le coup, ils se feront pas « voler » les contrats, ce serait rageant. Surtout que je ne suis pas sur que tous les éditeurs auraient autant porté la série.

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    • En fait je me suis dit que l’article faisait double emploi. Si j’avais du séparer en deux articles je pense que ça aurait fait pas mal doublon.
      Mais il y aura un article sur la série dans sa globalité. A voir simplement la forme que ça prendra car en ayant abordé tous les tomes au fil des sorties, il risque d’y avoir beaucoup de répétition.

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  2. Je ne peux que te rejoindre sur la cohérence de l’univers et la puissance évocatrice de l’autrice de bout en bout de sa série. Quelle maîtrise !
    J’espère juste, comme toi, que d’autres éléments un peu mis de côté faute de place seront développés dans Beast Complex. En plus, j’ai cru voir passer qu’elle ne serait pas contre la continuer avec un chapitre de temps en temps. Ce serait chouette, même sil faut déjà que les 2 autres arrivent jusqu’à nous ^^!
    En tout cas, Beastars est clairement l’une des séries qui m’a le plus marqué ces dernières années avec un coup de coeur quasiment à chaque tome 😀

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  3. Ah Beastars ! Quel titre ! Je suis totalement d’accord avec toi. C’est devenu une oeuvre majeure et très importante avec de très belles thématiques. Je me suis tellement attachée à Legoshi, que je n’avais vraiment pas envie de le quitter dans ce 22e tome.. Je dois être honnête, j’aurai peut être voulu une fin un peu plus marquée. Mais si la mangaka nous permet de les retrouver dans quelques chapitres de Beast Complex, je ne dis pas non , bien au contraire ! ♥ C’était une formidable lecture et il fait parti de mon top 10 que je garderai fièrement dans ma mangathèque pour le relire au fil des années ♥

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  4. J’ai reçu le tome 22 il y a peu, mais je compte relire toute la série d’une traite, je pense m’y mettre en juillet.
    J’ai commencé cette série en août 2021, mais j’ai tout de suite été conquis par l’histoire qui est si brillante et inventive.

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    • Ça me fait super plaisir les petits témoignages comme ça, on sent que la série a non seulement trouvé son public, mais en plus a vraiment réussi à marquer.

      Du coup je me dis que je ne suis pas fou aussi de trouver que c’est un pur chef d’œuvre.

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      • Un classique à mes yeux, après, j’ai du mal avec l’expression « classique instantané » parce que je pense que le temps doit faire son œuvre. Mais je me permets quand même de parier sur le fait que la série passera à la postérité.

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  5. Je n’ai pas encore lu Beastars car j’ai vite compris que c’est le genre d’œuvre complexe qu’il vaut mieux lire de manière rapprochée pour ne pas oublier certains détails. Maintenant que c’est fait il ne me reste plus qu’à prendre mon courage à deux mains. Mais j’ai quand même suivi en parallèle l’animé qui me fait comprendre ta satisfaction face à la maîtrise de l’auteure pour créer des personnages complexes qui vont bien au-delà de l’aspect sexuel qu’on trouverait au titre au premier abord.
    J’espère vraiment que Ki-oon continuera à proposer ses séries, et à les mettre un peu plus en avant.

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    • J’espère aussi tellement. Je ne peux pas croire qu’ils laisseront filer un tel talent ! Pour moi, soit ils continuent de l’éditer, soit ils se la font piquer par quelqu’un d’autre (ce qui serait triste), mais je ne peux pas imaginer que ma mangaka qui enterre Fujimoto (🤭) ne continue pas son bout de chemin chez nous.

      Sinon, une lecture rapprochée doit être l’idéal, en effet, mais même tome par tome, je garde une enorme satisfaction tout du long, sans la moindre lassitude ou decrochage ce qui est rare chez moi !

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  6. J’ai anticipé la lecture du dernier tome tout autant que j’étais pressée de l’avoir entre les mains. Finir une œuvre qui nous a touché et ému, c’est un peu comme dire au revoir à quelqu’un. On sait qu’on peut le revoir mais il y aura quelque chose de différent à la nouvelle lecture. L’autrice a su conclure le récit avec un petit moment pour chacun, une fin douce-amère pour certains personnages mais c’est ce qui s’accorde le mieux, à mon sens, à Beastars. Les derniers mots qu’elle laisse à ses personnages m’ont beaucoup touché. On sent qu’elle a adoré rédiger ce manga. Qui sait, dans Beast Complex, on aura droit à quelques scènes où on voit les personnages de Beastars ? Mais comme toi je vais suivre ses autres séries dès qu’elles arrivent en France. Ki-oon lâche rarement ses auteurs, donc je pense qu’ils continueront à l’éditer.

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  7. Et voilà, c’est terminé pour Beastars, je viens de conclure mon marathon de lire les 22 tomes, et quelle série magnifique.
    La conclusion est très belle, même si j’aurai bien aimé en savoir plus sur ce monde marin, mais aussi sur plein d’autres personnages secondaires, mais bon on ne peut pas tout avoir.

    Le scénario était brillant du début à la fin.
    J’ai hâte de lire Sanda.

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