Evangelion Perfect Edition T.1 – Une réédition à la hauteur de l’œuvre ?

Evangelion Perfect

Annoncée fin 2020, c’est finalement un an et demie après que la Perfect Edition d’Evangelion débarque en France chez Glénat, non sans avoir fait beaucoup de bruit. À voir cependant si, comme le disait Shakespeare, c’était beaucoup de bruit pour rien, ou si au contraire, la grogne qui a monté sur twitter suite à la diffusion par Glénat des premières photos du volume, se justifie. Car c’est finalement un des points principaux qu’on abordera ici, compte tenu du fait que la qualité du manga en lui-même et son contenu global ont été totalement éclipsés par la polémique du cartouche vert, le fameux #ImmondeVert. Cartouche qui ne m’a personnellement jamais dérangé sur les jaquettes de l’éditeur, même s’il est effectivement très voyant (cependant, je préfère prévenir, lorsque l’édition luxueuse de Berserk arrivera, car c’est évident que ça arrivera un jour, je ne veux aucun cartouche sur le dos, sinon conséquences !).

Retour donc sur une polémique récente qui aura secoué le manga game, en éclipsant une autre, qui me semblait bien plus légitime. Mais aussi, quand même, sur la qualité globale de l’objet au-delà du cartouche vert (car il faut le dire, c’est vraiment une belle édition !), et sur son contenu (car ça compte aussi un peu quand même). En faisant également un petit détour par l’anime de Hideaki Anno, tant qu’à faire.

Le #ImmondeVertGate

Petit retour en arrière. Le compte twitter de Glénat Manga poste le 10 mai quelques images assorties d’un récapitulatif des infos à connaitre sur cette nouvelle édition : le format, la présence de pages couleurs, le nombre de tomes, un ex-libris, le tarif, etc…

Cependant, l’élément qui attire l’attention est le petit cartouche vert habituel de la collection Shonen de Glénat. C’en est trop pour la twittosphère manga, qui voit rouge (code couleur des seinen), et le fait savoir à l’éditeur. Me concernant, à ce stade, je m’en goberge un peu tant ce cartouche ne me dérange pas. Mais c’est trop tard, l’éditeur a mis sans le vouloir le feu aux poudres, et fait un tweet le lendemain qui est pris comme une provocation.

Me concernant, une fois encore, je m’en goberge, je me dis que ce n’est pas bien méchant et que quelque part, c’est de bonne guerre. Même si je me dis que les remarques incessantes sur les cartouches de l’éditeur pourraient aussi l’inviter à tenter de changer un peu sa charte visuelle, compte tenu du fait qu’elle semble ne plaire à personne (au mieux, on s’en fout, comme c’est mon cas, vous l’aurez compris). Par la suite, l’éditeur s’en est excusé et a expliqué qu’il souhaitait surtout orienter la discussion sur le travail éditorial global (ça, je le comprends tout à fait car, encore une fois, en dehors du cartouche qui fait débat, c’est vraiment un bel objet).

La discussion a permis de faire remonter des choses intéressantes d’ailleurs, comme lorsque quelqu’un a montré l’exemple de la Perfect de Kenshin, dont le cartouche largement réduit est plus harmonieux avec le dos de l’ouvrage, ou encore une petite retouche photo effectuée pour montrer qu’en épousant le violet du volume, le cartouche devient bien plus harmonieux (chose que Glénat avait par ailleurs fait pour Mermaid Saga, dont le dos est doré pour respecter la couleur dominante de la jaquette).

Et, force et d’avouer que ces deux propositions me semblent assez pertinentes. Mais, si j’admets qu’il est un peu dommage que ce choix n’ait pas été fait par l’éditeur, je me dis aussi que tant pis, ce n’est pas si grave ce cartouche vert une fois le tome en mains. J’ai d’ailleurs soigneusement évité de prendre part au débat, car il y avait déjà suffisamment de personnes pour donner leur avis. Et surtout, dans ces cas-là, je me sens toujours solidaire des community managers qui sont pris à partie, parfois violemment.

Mais ça, c’était avant le #ImmondeVert !

En effet, mon camarade Sharkhayn (suivez-le, il est rigolo même si parfois chiant, surtout quand il a tort, chose qu’il n’admet jamais le bougre), membre émérite de « La Clique », petit groupe dont j’ai la chance de faire partie, facétieux qu’il est, a passé ses soirées à délaisser femme et enfants pour faire un magnifique détournement que voici :

Et, si La Clique était au courant qu’il préparait quelque chose, on ne savait pas vraiment quoi, et surtout, je ne savais pas qu’il m’avait donné le rôle de Star Lord, soit le beauf parmi les beaufs (très nombreux) que compte le MCU ! Je me sens bien plus Captain America dans l’âme, mais soit. Son idée restait franchement rigolote, et j’ai donc partagé le tweet avec grand plaisir. Quelle ne fut pas mon erreur car j’ai tout de suite été catalogué parmi les vilains, quand bien même aucune plainte n’avait été formulée envers cette édition de ma part… Édition que j’avais déjà précommandé par ailleurs.

Et si je dis tout ça, ce n’est pas juste pour faire ouin ouin, mais aussi parce que cela me questionne un peu sur le fait qu’on puisse accepter ou non que l’on ait quelque chose à redire dans le manga game. Comme s’il fallait absolument que l’on considère que tout est toujours formidable, quand bien même ce n’est pas le cas. Tous les titres qui sortent ne sont pas géniaux (loin s’en faut), et les éditeurs ne font pas toujours tout à la perfection, même si je continue de croire qu’ils font de leur mieux avec les contraintes qui s’imposent à eux. Ainsi, interdire la critique et la parole ne me semble pas la meilleure solution.

Surtout que (on y vient enfin !), je trouve que Glénat a fait un très bon travail sur cette édition ! Si on met de côté le cartouche vert, la jaquette est somptueuse, je trouve l’effet sur le papier (oui, je suis un peu naze en terme techniques) vraiment saisissant, à la fois agréable au toucher et au regard. L’ex-libris est un petit bonus sympathique (même si pour être honnête, je m’en fous un peu de ça, sauf si c’est Erza sur l’illustration). L’impression est de qualité, que ce soit sur le noir et blanc ou les pages couleurs, et le papier est de qualité, bien blanc et pas transparent (sauf rares pages où il y a un léger effet de transparence mais vraiment rien de grave).

On est très loin de ce qui est pour moi un vrai accident industriel incompréhensible, à savoir l’édition Hokage de Naruto. Alors que c’est la série la plus importante de Kana, ils ont réussi à faire gueuler avec une frise (que je trouve en effet pas top, mais je peux passer outre ce point), mais surtout, avec un papier beaucoup trop transparent. J’avais vu passer les photos sur Internet, et je suis donc aller feuilleter les tomes en magasin, et c’est vraiment ni fait ni à faire selon moi. Là pour le coup, je suis vraiment dans l’incompréhension et je pense que Kana va vraiment devoir se rattraper dès les prochains tomes, car en l’état, je pense vraiment qu’il faut éviter l’achat.

De même, j’apprécie le fait que la Perfect d’Evangelion soit vraiment ce que j’attends d’une Perfect, et pas un bête volume double au format poche avec un papier dégueulasse comme celle de Beck, qui me fait chialer à chaque volume quand je me dis que je dépense 15€ pour un objet si craignos (là où les autres éditeurs vendent de tels volumes 10€90 à 12€, un prix bien plus acceptable).

En résumé, je trouve personnellement que cette Perfect Edition n’usurpe pas ce qualificatif, et que même si on peut légitimement questionner le choix du cartouche, il ne faut pas pour autant mettre de côté le mérite de l’éditeur, qui propose un travail vraiment propre. Pour ma part, j’ai été agréablement surpris une fois le tome reçu. Tout ça pour ça me direz-vous… Ben ouais, c’est comme ça, je suis un être décevant !

Maintenant parlons un peu du manga quand même !

Une adaptation d’un anime majeur

Il semble évident qu’Evangelion est un anime qui a marqué le monde de l’animation japonaise. Son impact (lol) est régulièrement remis en avant, que ce soit au niveau de l’animation en général, de l’influence qu’il a exercé par la suite, ou simplement pour la façon dont il a touché un très large public au niveau intime. Personnellement, si j’ai longtemps fouiné sur Internet pour voir des interprétations et analyses de l’œuvre (car elle est d’une grande richesse et complexité), j’ai fini, notamment avec le dernier film sorti en 2021 chez nous, par simplement accepter de ne pas tout comprendre, et prendre l’œuvre de façon très personnelle, pour ce qu’elle me fait ressentir et comment je l’interprète de façon immédiate, sans chercher à vraiment savoir ce que les autres en pensent.

Mais, il n’empêche que Evangelion marque quand même une petite borne dans l’histoire de l’animation japonaise (et de l’animation japonaise en France), histoire que je connais par ailleurs fort mal.

Et son adaptation en manga est quasiment concomitante de la sortie de l’anime, puisqu’elle a débuté en décembre 1994 au Japon, pour s’achever en juin 2013 en 14 volumes. Une durée de parution particulièrement longue, encore plus longue chez nous où elle s’est étalée sur 16 ans. Ainsi, l’adaptation en manga a débuté durant la production de l’anime, ce qui a permit au premier volume d’être commercialisé un peu avant le début de la diffusion de l’anime (toutes ces infos viennent du wiki d’Evangelion).

L’auteur de cette adaptation est par ailleurs Yoshiyuki Sadamoto, le character designer de l’anime. Il propose une adaptation relativement fidèle, bien qu’il se permette quelques libertés et variations, notamment concernant la fin vraisemblablement. Fin qui avait déjà divisé dans l’anime, et qui semble, au vu des retours trouvés sur Internet, diviser aussi avec ce manga.

Ce qui est cependant intéressant selon moi, c’est ces variations, puisque Evangelion est une série très métadiscursive, dans le sens où elle finit par se questionner sur l’utilité réelle de conclure l’histoire. Ainsi, en proposant une variation de cette histoire, et notamment de sa fin, le manga s’inscrit dans l’idée en complémentarité de cette idée. Mais je ne peux pas encore juger vraiment de ce point, découvrant le manga avec cette réédition.

Mais déjà dans ce premier tome, on peut constater quelques changements, notamment chez Shinji, un peu hautain par rapport à l’anime. Mais surtout, on donne une origin story à Pen-Pen le pingouin (qui est surement un manchot en vrai, mais comme c’est un OGM, ça passe), et ça c’est cool ! En dehors de quelques aspects qui varient un peu, le titre est d’une fidélité assez sidérante à l’anime, dont certains plans me sont revenus en tête durant la lecture (sans parler de la musique qui tournait en boucle dans mon esprit, pour la peine je vous mets l’opening de l’anime).

(ça calme quand même hein ! Je suis vraiment pas du genre à écouter les openings d’anime, mais celui-ci, bon sang, il me fait quelque chose !)

Mais du coup, ça vaut le coup de l’acheter ?

Question on ne peut plus pertinente ! Car mine de rien, ça fait quand même 15 balles à dépenser 7 fois si on se lance. Et pour une adaptation d’un anime qu’on a tous et toutes déjà vu, et qui est en plus dispo sur Netflix pour un bingeage en règle. Et qui en plus a eu droit à 4 films proposant une relecture de son histoire par son génie de créateur d’origine. Du coup, le manga peut sembler un peu secondaire en comparaison. Et je pense en effet que c’est le cas.

Ainsi, je pense qu’il faut surtout se poser cette question : est-ce que mon affect vis-à-vis d’Evangelion justifie de prolonger l’expérience de cette façon ? Me concernant, la réponse est clairement oui. Ensuite, pour ce qui est de l’objet, vous l’aurez compris, il me semble vraiment de qualité et travaillé pour faire honneur à la licence, cartouche vert mis à part.

En l’état ce premier volume double est encourageant. C’est globalement une adaptation de qualité, même si elle souffre de la comparaison avec la virtuosité de l’anime. Mais on ressent déjà assez bien les névroses des personnages, avec ce Shinji qui a une vie de merde tellement merdique que personne n’en voudrait. Et c’est bien ça le principal : avoir sa dose de combats vénères de gros robots (même si la question des Eva en tant que robots est assez tendue, mais moi c’est pas mon domaine les robots… sauf dans le cinéma américain, là je connais !), et plein de raisons de trouver que la vie c’est de la merde entre deux combats !

Parce que oui, j’ai pas des masses parlé de ce que raconte Evangelion avec tout ça, mais je pars du principe que tout le monde sait à peu près de quoi ça parle. Et si ce n’est pas le cas, je vous invite à découvrir l’anime, et vous faire calmer comme ce fut mon cas il y a plus de 10 ans. Parce que découvrir Evangelion est vraiment une expérience en soi, et c’est bien là ce qui compte !

Toji


Et si vraiment vous vous questionnez encore sur l’intérêt d’Evangelion, j’ai écrit un article sans spoil ICI, et un autre où je spoile comme un goret (mais que je trouve vraiment pas mal, sans vanité) ICI.


En bonus, la vidéo que Little Big Dam a fait concernant l’affaire du cartouche vert, parce que si je le mets pas il va faire un caca nerveux le bougre !

20 commentaires

    • Je ne te cache pas que la petite retouche violette m’a fait me demander pourquoi ils n’ont pas fait ce choix (j’imagine parce que ça aurait contraint de changer de couleur sur chaque volume, mais why not ?).
      Du coup même si ça ne me dérange pas, j’accepte le #immondevert

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      • Wai c’est vraiment le vert le soucis…
        Le petit sondage que j’avais montrais clairement que ou les gens s’en foutent (comme toi) ou choisissent des cartouches adaptés…

        Après le tweet du CM de Glénat a jeté de l’huile sur le feu avec son meme et le ça fait 20 ans que c’est comme ça…

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      • Ouais, perso j’ai pas trouvé ça forcément bienvenu, mais pas non plus vraiment méchant. Reste que, comme je l’ai dit, si ça fait 20 ans que c’est comme ça et 20 ans qu’on s’en plaint, c’est peut être aussi qu’il faut songer à faire quelque chose.

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  1. Je ne reviendrait pas sur la cartouche vert, mais j’avoue que le tweet de Sharkhayn ma bien fait rire.
    Concernant le manga, je suis content que l’adaptation sois fidèle et de qualité, ça me motive à l’acheter pour ENFIN commencer la série

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  2. Concernant l’édition Hokage de « Naruto », il faut avant tout savoir que la Shūeisha n’a pas laissé carte blanche à Kana mais a imposé certaines conditions.

    Ce qui montre que ce genre d’opération aurait pu mieux se dérouler si la Shūeisha avait préalablement sorti une Perfect Edition japonaise de « Naruto » dont Kana aurait pu acheter les droits par la suite.

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  3. mais je pars du principe que tout le monde sait à peu près de quoi ça parle.
    ____
    Heu… comment dire… XD

    Honnêtement, le cartouche vert, je l’aime pas trop mais bon, pas au point de râler comme les abrutis sur Twitter. Mais quand j’ai vu le violet, je me suis dit « mais pourquoi pas faire ça ?! »

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    • Je me suis dit pareil en voyant le violet, ça passe tellement bien !
      Mon avis est que comme la couleur dominante change à chaque tome, il aurait fallu adapter le cartouche en conséquence, et ça aurait aussi déplu.

      Pour ce qui est de ce que raconte Evangelion, c’est compliqué à expliquer, c’est de la bagarre avec des gros robots et des extra terrestres sur fond de dépression et de potentielle fin du monde, avec plein d’autres trucs en plus 🤣

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  4. J’avoue ne pas avoir trop compris non plus l’ampleur qu’a pris cette polémique sur leur cartouche, dont je me contrefiche aussi personnellement, même si j’avoue que la version violette est bien plus belle ><
    Quant à l'oeuvre, j'ai la première édition chez moi que j'achetais à l'époque au fur et à mesure. Elle mériterait sûrement une relecture car je n'en garde pas un grand souvenir contrairement à l'anime. Je me souviens juste m'être sentie de plus en plus confuse au fil des tomes, encore plus que dans l'anime lol Du coup, je ne pense pas repasser à la caisse même si j'avoue que ton avis sur cette édition donne envie !

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  5. Je pense que je vais quand même franchir le cap ! Evangelion est un « classique » si je puis dire, que j’ai envie de découvrir. Je t’avoue avoir un peu la flemme de mater l’anime, je préfère toujours la version papier si j’ai le choix.

    Je vais passer outre le bandeau vert, car si la qualité du manga, niveau manufacture, est au top et l’histoire captivante, cet horrible vert passe au second plan ! Au pire je les range derrière d’autres titres pour cacher la couleur !

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  6. 🤣 l’image de fin jpp de toi sérieux !!
    J’ai acheté cette édition parce que… Je n’ai pas encore regardé l’anime donc j’entends parler du manga depuis mille ans sans rien en savoir. Je me suis dit que ce serait une bonne porte d’entrée donc voilà, je pourrais en dire plus quand j’aurais lu et probablement enchaîné avec l’anime.
    Au passage j’ai pas du tout compris le délire sur la cartouche. C’est Glénat, ils ont une charte graphique comme ça depuis toujours donc bon… Les gens sont dingues 🙄 bref j’ai bien aimé tout comprendre grâce à ton article 😁 merci !

    Aimé par 2 personnes

    • Si en tout cas l’image t’a amusé, je suis content !

      J’ai aussi trouvé les réactions excessives, et en plus j’ai été pris dans le flot de tout ça.

      Evangelion c’est trop bien, ça t’invite à vivre ta vie et à essayer d’être heureux.se tout en te disant que c’est pas possible !
      J’adore ce genre de chose perso.

      Aimé par 1 personne

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