Mitochon Armageddon de Gataro Man – Un manga pas assez barré pour me faire marrer

Mitochon Armageddon

En bon arpenteur de mondes fictifs, j’aime avoir occasionnellement des expériences originales et un peu « barrées ». Et quand dans une collection nommée What the Fuck, on me propose un récit qui va détourner quelques codes du récit d’aventure, avec en plus une préface où l’auteur te promet une histoire « accessible même aux plus demeurés d’entre vous », je me dis que c’est fait pour moi, étant un indécrottable débile quand je m’y mets. Et de crotte, il en est question dès le premier chapitre, avec un enchainement de doubles pages où une vieille grabataire chie en spray… Tout un programme pour quelqu’un qui « n’a pas dépassé le stade anal », dixit mes parents (l’expérience à démontrer que beaucoup d’individus mâles sont dans ce cas, ne soyez donc pas inquiet si c’est aussi votre cas, d’autant plus que c’est rigolo le caca, à défaut de sentir bon).

Or, il y a d’un côté les nobles attentions d’un auteur, et de l’autre ce qui en résulte ! Et, si vous avez lu le titre de l’article, vous vous doutez que je n’ai pas franchement été convaincu par ce titre qui, passé un premier chapitre qui introduit de façon un peu étrange mais néanmoins intéressante l’univers (consultable ICI pour les curieux et curieuses en herbe !), se révèle bien trop conventionnel, malgré un langage ordurier, de bonnes idées, et quelques petites débilités quand même bien senties.

Mais en nous introduisant à l’histoire par le biais d’une fontaine de caca en spray et un mangaka se faisant exploser par un camion, forcément, les attentes sont trop élevées par rapport au résultat final. C’est ce que nous allons voir, dans la joie, la bonne humeur, et la délectation. Avec en prime, une petite réflexion d’ordre plus général sur les récits vendus comme étant « barrés » mais qui en fait ne le sont pas !

Mais de quoi ça parle à part de caca ?

C’est en la date funeste du 10 juillet 310 du calendrier Mito que le sort de l’Humanité a basculé : une arche venue d’ailleurs a débarqué sur Terre, libérant des nués d’extraterrestres lubriques. Femmes violées, hommes dévorés, sans l’intervention de neuf valeureux héros, l’enfer se serait installé définitivement sur notre belle planète. Mais pourtant, si en apparence le monde semble avoir retrouvé la paix, d’étranges rumeurs subsistent… Au sein des éditions Coucougnettas, un éditeur reçoit un curieux projet de manga… Quarante ans plus tard, dans le château Mito, la princesse héritière a disparu. Oshiru, ninjette sans peur et sans reproche, va partir à sa recherche…

Ce résumé particulièrement bordélique resitue en réalité le bordel du premier chapitre, qui n’apporte pas grand chose à la semoule même s’il a le mérite d’être amusant (rappelez-vous, le caca en spray). Il est surtout un prétexte pour un petit délire de l’auteur qui se met lui-même en scène de façon assez gratuite, jusqu’au moment où il se fait exploser par un camion, chose somme toutes assez banale.

C’est après ceci qu’on entre enfin dans le récit, et il ne s’y passe finalement pas des masses de choses dans ce premier tome, et surtout, le côté décalé est pas franchement dingue. Certes, on a des motards qui semblent un peu inspirés de Mad Max dans cet univers de fantasy, certes, le personnage principal est amusant, et le fait qu’on parle de « ninjette » est rigolo, certes, le langage est volontiers ordurier tout en ayant parfois des tournures de phrases complexes qui créer un décalage comique, mais quand même, ça ne va pas bien loin dans la folie créative !

Car si j’ai jusque là beaucoup insisté sur le caca, c’est surtout parce que passé ces deux doubles pages (un plan large et un gros plan, tant qu’à faire), je ne trouve pas que le récit aille vraiment loin ensuite. timideJ’aurais même tendance à dire qu’on est dans une parodie timide, mais timide… Et que dans ce domaine, on ne peut pas se permettre de ne pas y aller à fond, si on prétend faire un récit « barré ». Et c’est clairement ça mon gros souci. Ce n’est pas franchement barré, ou alors, ça l’est si on est encore un adolescent pour qui il en faut peu pour être satisfait. Car en lisant ce tome, je me suis quand même dit que le moi ado, lycéen qui lisait plein de BD à la con à l’internat, aurait bien apprécié cet humour qui ne pousse pas assez loin.

Sur ce point, je trouve que ça va à peine plus loin que les délires de Mashima dans ses mangas, qui aime mettre des éléments un peu incongrus dans des récits d’aventure conventionnels (je pense au gang Grossfesses dans Rave, ou au magnifique, au formidable, à l’exceptionnel Ichiya dans Fairy Tail). Et si ça fonctionne si bien dans les mangas de Mashima à mes yeux, c’est parce que l’auteur intègre des touches de folie dans un récit conventionnel, sans jamais avoir la prétention de proposer quelque chose de barré. Là où Mitochon Armageddon se vend d’emblée comme un trip barré qu’il n’est finalement pas tant que ça, bien plus conventionnel qu’il ne se pense.

Et c’est vraiment le problème selon moi de beaucoup de mangas qui se veulent « barrés », et qui ne sont pas à la hauteur de cette noble ambition. Et Mitochon Armageddon est loin d’être le seul dans le domaine. Je pense notamment à la sortie récente Rooster Fighter, qui passé le petit « hihihi, c’est amusant ce One Punch Chicken à la sauce Attaque des Titans« , se révèle finalement trop timoré dans son développement pour assumer sa nature de trip.

Car ce n’est pas un problème qu’un récit soit conventionnel en soi, mais ça le devient quand le récit en question est vendu comme un gros délire qu’il n’est finalement pas. Et encore une fois, c’est d’autant plus dommageable que des histoires qui n’ont pas cette prétention arrivent mieux, par petites touches, à apporter ce côté WTF que j’aime bien voir de temps en temps.

Ainsi, la fontaine de caca en spray de Mitochon Armageddon me semble être l’arbre qui cache une forêt bien morne et triste, où les arbres n’ont pas eu assez d’eau pour s’épanouir et se révéler dans tout leur éclat.

En terme de récit barré qui a en plus le bon goût de vraiment mettre un point d’honneur à raconter quelque chose, je conseille bien plus vivement les titres de Q Hayashida. Les cinq tomes que j’ai pu lire de Dorohedoro m’ont particulièrement conquis, et Daï Dark part également sur les chapeaux de roues. Et on y trouve une façon de faire qui me plait bien, présentant un récit on ne peut plus conventionnel dans l’idée, mais dont les personnages singuliers, l’esthétique particulière et l’univers ainsi que le ton général arrivent à retranscrire une forme de folie qui n’empiète jamais sur le développement du récit (de ce que j’ai pu en constater pour le moment). Mais pour en profiter, il faudra accepter de débourser 12 balles (putain !) par tome… La vie est parfois bien facétieuse, mettant sous notre nez des mets délicats, mais qui ne sont pas accessibles financièrement à toutes les bourses… Bourses par ailleurs parfois à l’air sans raison dans Mitochon Armageddon, mais c’est aussi un trompe l’œil, pour cacher la vacuité de ce premier tome, qui a un certain charme au demeurant, mais qui n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Un récit qui se voulait barré mais pour lequel c’est mal barré au vu de ce premier tome. Crotte !

9 commentaires

  1. Bon sang je ne sais pas ce qui me désespère le plus entre le début, le milieu et la fin de ce billet ->
    Je vais aller me brûler les yeux à l’acide /pan/
    Tu remarques quand même que mon esprit s’est suffisamment entr’ouvert pour que je vienne te lire au sujet de ce titre ! J’espère que tu es fier de toi. (et de moi)

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    • J’ai du mal à ressentir de la fierté à mon encontre mais je suis fier de toi par contre !
      Dis toi que je t’ai épargne les images de la fameuse scène que je décris (j’ai quand meme mis le lien vers l’extrait si tu es curieuse).

      Mais au final, je ne le conseille pas, tu as bien compris je pense.

      Aimé par 1 personne

      • J’ai bien compris oui ! Après je trouve aussi que tu as raison, c’est une tendance qu’on avait aussi dans les romans. On parle de subversif pour tout et n’importe quoi du coup quand tu cherches vraiment à lire quelque chose du genre pour finalement tomber sur quelque chose de classique ou convenu bah.. tu te sens lésé. Même si moi je cherchais du subversif niveau au dessus du caca en spray 🤣 (aaaarhh je l’ai écrit 😭😭😭🤣)

        Aimé par 1 personne

      • C’est exactement ça, on te vends un truc différent, et finalement ça reste in peu trop dans les rails à quelques détails près.

        (Bravo pour avoir écrit « caca en spray », il faut appeler un chat un chat !)

        Aimé par 1 personne

  2. J’adore l’écriture de cet article ! Tu as trouvé les mots juste c’est ouf ! Bon en soi, les blagues autour de la crottes… j’en suis pas friande (ou à petite dose et encore) et en plus de ton avis sur ce manga, tu m’as évité dé dépenser 12 balles. Merci !

    Aimé par 1 personne

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