Seven Deadly Sins – La Saga des Chevaliers Sacrés

Seven Deadly Sins

L’actualité autour de Nakaba Suzuki et sa série phare m’ont donné envie non seulement d’en commencer la vraie fausse suite, Four Knights of the Apocalypse, mais aussi de me replonger dans son univers en commençant par le début, c’est à dire Seven Deadly Sins. J’avais commencé l’acquisition des tomes il y a quelques temps, et m’étais arrêté à 13 volumes, afin de pouvoir enchainer toute la première « saga », celle des Chevaliers Sacrés. Retour donc sur cette première partie de la série

Resituons la série et son découpage narratif

On ne va pas faire compliqué pour ce qui est de situer Seven Deadly Sins, je vais simplement ressortir ce que j’avais écrit à l’époque sur les premiers tomes de la série (voir mon article ICI) : Seven Deadly Sins est la seconde série de Nakaba Suzuki qui nous est arrivée en France. Il avait déjà 15 ans de carrière derrière lui avant de commencer son nekketsu phare, mais nous n’avons eu droit qu’à Kongoh Bancho auparavant. Depuis, face au succès de Seven Deadly Sins, son manga de patinage artistique Blizzard Axel nous est arrivé chez nobi nobi !.

C’est fin 2012 qu’il commence au Japon la prépublication de Seven Deadly Sins, dans les pages du Weekly Shonen Magazine de Kodansha, qui l’occupera pendant plus de 7 ans pour se terminer en mars 2020. L’auteur travaille actuellement sur Four Knights of the Apocalypse, la suite de la série dans les pages du même magazine au Japon, dont les premiers tomes sont sortis récemment chez Pika. En plus de tout ça, on a droit aux classiques spin off en tous genres, ainsi qu’à une adaptation animée et quelques films racontant des intrigues inédites. Un parcours tout à fait classique pour un shonen au long cours à succès.

fourknights

Ceci étant dit, il convient d’un peu expliquer comment est découpé le manga. Seven Deadly Sins contient vingt arcs narratifs assez courts globalement, répartis en trois grandes sagas : la Saga des Chevaliers Sacrés, dont il est question ici, la Saga des Dix Commandements et la Saga de la Guerre Sainte. La Saga des Chevaliers Sacrés contient sept arcs qui ont une vraie continuité narrative, d’où mon choix de tout aborder conjointement. En effet, seuls deux arcs de la saga dépassent les 10 chapitres, l’arc du Tournoi de Lutte de Vaizel (24 chapitres) et l’arc de l’infiltration du Royaume, qui clôture la saga, avec ses 41 chapitres pour un climax explosif.

Mais surtout, comme je l’ai dit, la continuité narrative des arcs fait qu’il me semble plus pertinent de les aborder conjointement. D’ailleurs, à la lecture de ces 13 premiers tomes, on a déjà le sentiment d’un certain nombre d’éléments mis en place sur la durée, qui seront sans nul doute exploités par la suite (que ce soit concernant des enjeux à plus ou moins long terme, des éléments de l’univers ou des développements de personnages). Tout ceci étant posé, voyons un peu de quoi il est question dans cette première saga.

Résumé de l’histoire

Si le présent article s’adresse plutôt à des gens qui ont déjà lu l’arc, il ne me semble pas inutile de rappeler rapidement ce qui s’y déroule. Nous sommes introduit à l’univers de Britannia par le biais du personnage d’Elizabeth Liones, le personnage féminin principal de l’histoire, poursuivie par des Chevaliers Sacrés, alors qu’elle recherche les Seven Deadly Sins. Elle fera la rencontre de Meliodas, le chef de cette bande, qui décidera de lui venir en aide. Elle a besoin d’eux suite à l’emprisonnement de son père par les Chevaliers Sacrés, qui semblent fomenter quelque chose de louche.

 

Meliodas et Elizabeth vont dans un premier temps partir à la recherche des autres Deadly Sins, afin de mettre fin ensemble à la tyrannie des Chevaliers Sacrés. Au fil de cette saga, on rencontrera donc six des Seven Deadly Sins, autour de Meliodas le Dragon de la Colère vont se joindre dans l’ordre Diane le Serpent de l’Envie, Ban le Renard de l’Avarice, King le Grizzli de la Paresse, Gowther le Bélier de la Luxure et Merlin le Sanglier de la Gourmandise. L’équipe est complétée par Elizabeth et Hawk, un cochon qui parle.

Face à eux se dresseront donc les Chevaliers Sacrés, dont on sent des dissensions dans leurs rangs, puisqu’une nouvelle génération de Chevaliers dont on ignore la nature des pouvoirs est en train de voir le jour. Il nous est régulièrement fait mention de la préparation d’une Guerre Sainte. On découvrira surtout qu’un complot est fomenté par un certain Hendrickson, l’antagoniste principal de cette saga, qui expérimente avec du sang de démon afin de dépasser les limites de l’être humain en terme de puissance.

Et évidemment, au cours des treize tomes de la saga, il y aura un certain nombre de révélations et d’éléments qui viendront étoffer cet univers. Car un des points principaux à relever est la construction assez exemplaire de cette partie, où Suzuki met en place progressivement ses éléments narratifs, accompagnant une montée constante en tension et en enjeux. Ainsi, en plus de nous présenter les bases de son univers, il développe déjà les différents personnages et leurs relations (car ils se connaissent tous depuis longtemps), à grand renfort de flashback et autres éléments classiques en terme d’écriture. Sur ce point, un des premiers éléments intéressants à aborder est le world building de la série, c’est à dire la façon dont l’auteur construit son univers.

Comment Suzuki donne vie à son monde

Le premier élément à signaler est que l’auteur ne part pas d’un postulat totalement neuf. En investissant la légende Arthurienne, il convoque un univers connu et codifié, auquel il prend plaisir à faire référence dès le début du manga (je pense notamment à la petite péripétie qui arrive très tôt, où Meliodas tire une épée plantée dans le sol, rappelant Excalibur). C’est un élément important à signaler, car cela lui permet de faire l’économie d’une lourde exposition, partant du principe que le lectorat connait au moins les bases de la légende. De plus, en investissant un univers de fantasy très codifié, avec des espèces assez classiques pour le genre (je pense aux fées et aux démons), avec des pouvoirs élémentaires faciles à appréhender, on peut entrer dans ce monde sans y avoir été réellement introduit.

Car, fait assez rare pour être signalé, Suzuki n’exploite pas la technique classique de nous présenter son monde par le biais d’un personnage qui ne le connait pas, faisant de celui-ci le lien entre le lecteur et l’univers (étonnamment, il le fait par contre dans la suite, Four Knights of the Apocalypse). Au contraire, les personnages ont tous déjà un lourd passif, ont des liens les uns avec les autres et une connaissance de ce monde qui précède l’aventure que l’on est en train de lire. L’avantage de ce choix est que cela donne du corps à l’histoire et l’univers, car on sent à chaque instant qu’il dépasse le cadre de l’aventure qui nous est racontée, que l’on est face à un monde qui a ses règles, ses coutumes et son Histoire avec un grand H, quand bien même on n’en découvre qu’un fragment ici.

CartePour nous donner encore plus ce sentiment, l’auteur use de techniques classiques. Dans un premier temps, il multiplie les environnements où ont lieu les différentes péripéties afin de donner un sentiment de diversité. Et il prend le temps au détour d’une page de cartographier les lieux visités, afin que l’on ait un sentiment de tout cohérent (la cartographie étant un élément important dans le cadre de la création d’un univers, la plupart des romans de fantasy proposant des cartes du monde dépeint).

Et d’un point de vue purement narratif, on ressent une alchimie entre cet univers et l’histoire qui est racontée. On convoque d’anciens conflits qui ont des conséquence sur ce qui se passe aujourd’hui, et on a véritablement le sentiment de ne découvrir qu’un petit fragment d’un monde plus grand, avec des souverains divers, des factions antagonistes et des jeux de pouvoirs. Cet aspect est d’ailleurs relativement simple, préférant mettre l’accent sur les personnages plutôt que sur la géopolitique, ce qui n’est pas plus mal me concernant.

TavernePour finir, l’esthétique de Suzuki n’est pas pour rien non plus dans le sentiment de crédibilité et d’immersion qui se dégage de cet univers. J’en avais parlé dans mon article sur Blizzard Axel, l’envie de s’attaquer à la fantasy ne date pas d’hier pour le mangaka, qui a profité de ses précédents titres pour s’exercer. Dans Blizzard Axel par exemple, on retrouve un aspect étonnamment médiéval dans les environnements pourtant urbains que l’on découvre, qui préfigure ce que l’on voit ici. On sent un souci du détail constant dans ses environnements très détaillés, et déjà plutôt variés. Et mine de rien, c’est quand même un élément fondamental dans un médium visuel tel que le manga. L’occasion de rendre une fois de plus hommage au trait de Suzuki, que je trouve particulièrement somptueux. Que ce soit dans son travail sur les décors, les character design (Elizabeth et Diane sont magnifiques, évidemment), et la mise en scène de l’action, on sent l’expérience de l’auteur, et il arrive à maximiser ses effets et nous impliquer au maximum dans l’intrigue.

Le tout s’appuyant sur une écriture du récit classique, que je qualifierai même de « à l’ancienne », mais particulièrement efficace.

Un shonen nekketsu à l’ancienne

En effet, que ce soit dans Seven Deadly Sins ou dans les premiers tomes de Four Knights of the Apocalypse, on sent l’influence notable de Dragon Ball dans le style de Suzuki. Si la seconde série en particulier semble reprendre le postulat de base du manga phare de Toriyama, avec son enfant un peu sauvage vivant seul au milieu de nulle part avec son grand-père, Seven Deadly Sins était déjà un titre qui mettait très en avant ses racines.

Rythme cardiaLe premier point qui frappe à ce sujet est son humour graveleux à base de tripotage et de petites culottes, qui concernent en particulier Meliodas et Elizabeth. Un humour désuet, qu’on pourrait qualifier de bon enfant ou de problématique selon le point de vue (qui pour ma part est juste un peu lourd, mais j’arrive sans peine à faire abstraction), qui semble cependant servir la relation entre les deux. Je me suis déjà spoilé sur ce point, que l’on abordera par la suite, mais j’ai le sentiment que ces gestes trouvent une justification à postériori, qui reste un peu vaseuse selon moi. J’ai davantage le sentiment que ce type d’humour hérité des débuts de Dragon Ball (et le fameux « paf paf ») plaisent à Suzuki, qui avait déjà mis en scène des mains aux nénés accidentelles dans Blizzard Axel.

Diane MatronaAutre élément qui fait énormément penser à Dragon Ball, le fait de mettre en scène un tournoi en arène assez rapidement (dans les tomes 4 à 7, pour l’Arc du tournoi de lutte de Vaizel), un moment particulièrement réjouissant puisque, dans la grande tradition des tournois de shonen nekketsu, c’est l’occasion de mettre en scène des affrontements qu’on fantasme (par exemple Meliodas VS Ban), le tout traité avec beaucoup d’humour, rappelant une fois de plus les débuts de Dragon Ball (je pense notamment au combat entre King et un vieillard, où la nullité du roi des fées en corps à corps est un ressort comique qui fonctionne très bien).

Et puisque j’aborde le tournoi, c’est l’occasion de parler un peu des scènes d’action. Si le tournoi de lutte se déroule sans armes, la magie est quand même autorisée, de quoi provoquer quelques effets pyrotechniques même si le bon pugilat à l’ancienne a sa place, notamment avec Diane. Et c’est quelque chose que j’apprécie tout particulièrement dans certains shonen de bagarre. Exactement de la même façon que dans Dragon Ball, Suzuki est dans cette première partie assez économe en grosse magie (bien qu’il en use sur la fin) et préfère mettre en valeur des chorégraphies martiales élaborées, faisant confiance à son talent de mise en scène pour procurer l’effet wahou.

C’est quelque chose hérité une fois de plus de Toriyama, qui n’allait pas très loin dans les pouvoirs, préférant proposer des postures et des compositions marquantes. Me concernant, c’est une façon de faire qui me parle bien plus que les systèmes de pouvoirs complexes, qui me donnent souvent le sentiment d’être une béquille pour palier à des carences en mise en scène. Suzuki, au contraire, fort de son expérience notamment sur des mangas sportifs, sait très bien travailler cet aspect et offre des compositions particulièrement soignées et efficaces dans les séquences de combat.

Un récit très bien construit

Si l’intrigue en soi est relativement simple et classique, avec un groupe de héros, un gouvernement fantoche dirigé en sous main par un chef militaire qui fomente un coup d’état en plus de faire des expériences louches, le récit est particulièrement bien construit. C’est même un des éléments qui m’a le plus étonné dans cette première saga, et qui justifie le fait que j’ai traité les 7 arcs de cette saga conjointement.

Car l’enjeu principal est de sauver le royaume de Liones de Hendrickson, qui en a pris le contrôle, mais autour gravitent plusieurs enjeux, qui ne sont pas tous résolus. Deux des plus évidents sont de réunir les Seven Deadly Sins (six sur sept sont réunis à la fin de l’arc), et retrouver les Trésors Sacrés, qui permettent aux Sins de déployer toute leur puissance. Car la plupart les ont perdu d’une façon ou d’une autre, et arrivé à la fin du tome 13, seuls King, Diane et Gowther ont leur arme (peut-être Merlin, ce n’est pas évoqué).

Le simple fait de ne pas avoir réuni tout le monde et toutes les armes donne des enjeux sur le plus long terme, bien qu’ils ne soient pas très chargés narrativement. Mais surtout, Suzuki met en place d’autres éléments sur le plus long terme, qui se retrouvent souvent liés à l’histoire des différents personnages, permettant une mise en place plus naturelle des choses. Je pense notamment à la question des démons, évoquée dans un premier temps dans le flash back sur l’histoire de Ban, où un démon détruit la Forêt du roi des fées et tue Ellaine, avant d’être vaincu par Ban. Et c’est le cadavre de ce même démon qui est récupéré par Hendrickson afin de faire ses expériences sur les Chevaliers Sacrés. C’est un exemple parmi d’autres, mais beaucoup d’éléments sont intégrés très naturellement dans l’histoire, donnant un vrai sentiment de continuité, et du corps au récit (car il est aussi précisé qu’il y a eu une Grande Guerre Antique entre les démons et les déesses).

De la même façon, plusieurs éléments importants concernant certains personnages sont mis en place, et on sent d’emblée que cela aura une grande importance pour la suite. Et c’est d’autant plus intéressant que deux sont liés à une de mes obsessions : le traitement des relations amoureuses dans le shonen (j’avais écrit un article à ce sujet ICI), et en particulier celle entre Ban et Ellaine et celle entre Meliodas et Elizabeth.

La relation Ban/Ellaine

On apprend au cours d’un très beau chapitre en fin de tome 4 comment Ban est devenu immortel, alors qu’il recherchait la Fontaine de Jouvence dans la Forêt du roi des fées. Cette quête fut l’occasion de rencontrer la fée Ellaine, sœur de King, veillant seule sur la fontaine et souffrant très clairement de cette solitude. Le chapitre nous fait rapidement comprendre l’évolution de la relation entre Ban et Ellaine, qui tombent amoureux au fil du temps qu’ils passent ensemble. Et cette relation est particulièrement belle dans son traitement, jusqu’à sa conclusion dramatique où le démon tue Ellaine, contraignant Ban à boire l’eau de Jouvence afin de survivre et vaincre le monstre.

Ban et Ellaine

Par ailleurs, la scène où Ban affronte le monstre après la mort d’Ellaine est particulièrement réussie, très forte et intense, car Suzuki a très bien retranscrit la rage et la tristesse du personnage. Globalement, ce chapitre est vraiment parmi les moments les plus marquants de cette première partie du récit.

Mais, car il y a un mais, cette relation fait énormément débat, à juste titre. En effet, Suzuki représente les fées avec une apparence d’enfant, Ellaine et King compris, bien qu’ils aient plusieurs centaines d’années. Ainsi, si le personnage est bien adulte dans la fiction, son apparence d’enfant crée un certain malaise, notamment dans les moments intimes où elle embrasse Ban. Car on a souvent le sentiment de voir un adulte avec une enfant au final, d’autant plus qu’elle a une certaine candeur qui lui vient du fait qu’elle vive dans cette forêt coupée du monde.

D’un point de vue personnel, j’arrive à faire abstraction de cet aspect, mais je conçois qu’il soit quand même très critiqué. Il faudra voir aussi comment la relation entre les deux évolue par la suite, car le fait qu’il existe une possibilité de ramener Ellaine à la vie est déjà clairement évoquée, et sera, j’imagine, un des moteurs de Ban pour la suite de l’aventure.

La relation Meliodas/Elizabeth

Meliodas et Elizabeth sont clairement les deux personnages principaux de l’histoire, et leur relation est un des éléments les plus mis en avant. J’ai déjà parlé du fait que Meliodas tripote constamment Elizabeth, dans un but humoristique un peu graveleux, mais fort heureusement, il y a bien plus à dire.

On comprend assez vite qu’il y a quelque chose de plus entre eux, et c’est d’autant plus évident lorsqu’on apprend que la compagne décédée de Meliodas s’appelait Liz, pour Elizabeth. Le lien est également confirmé lorsqu’un personnage constate qu’Elizabeth a exactement la même apparence que Liz. Je suppose que cet aspect justifie déjà la nature protectrice de Meliodas vis-à-vis d’Elizabeth.

Mais ce qu’on voit surtout dans cette première partie, c’est que Meliodas, qui a quelque chose de sombre en lui (il serait peut-être un démon) peut être calmé par Elizabeth, soulignant un lien particulier. De plus, on comprend assez rapidement que la princesse de Liones ressent quelque chose de particulier pour Meliodas, chose qui sera confirmée en cours de récit.

Et, concernant Elizabeth plus spécifiquement, le dernier arc de cette partie révèle qu’elle dispose du pouvoir des déesses (qu’elle semblait ignorer), qui de prime abord me donne l’impression d’un aspect miroir par rapport à Meliodas, puisqu’elle dégage une aura ailée lui donnant un air d’ange, là où le héros semble démoniaque lorsqu’il perd son calme.

Elizabeth pouvoir des déesses

Et, bien évidemment, je ne peux pas imaginer que ces aspects ne seront pas centraux pour la suite du récit également. Mais on aura l’occasion de revenir dessus au fil de l’évolution de l’intrigue et de la relation entre Meliodas et Elizabeth, car il va y avoir beaucoup de révélations sur ce point.

En conclusion – Et les Chevaliers Sacrés dans tout ça ?

C’est quand même eux qui donnent leur nom à cette saga, donc il convient de les aborder. D’autant plus que, alors que j’avais l’impression qu’ils seraient de simples antagonistes de base dans ce cycle, j’ai eu la bonne surprise de voir que nombre d’entre eux étaient développés avec un soin certain. Je pense évidemment à HowserGilthunder, le premier Chevalier important que l’on rencontre, mais aussi à Guila, Jericho, Griamore, Dreyfus, et mon préféré Howser. Ils apportent encore du corps au récit, une assise émotionnelle à ce groupe plus nuancé que de simples antagonistes, et enrichissent avantageusement les enjeux narratifs et spectaculaires.

Ils ont tous un minimum de profondeur, et sont finalement ceux qui portent l’ambiguïté morale de ce cycle, cher au genre du nekketsu (on ne va pas non plus aller jusqu’à dire qu’il y a une profondeur extrême sur ce point, ce n’est pas le cas, ni le but de Suzuki à mon avis). Et ils sont surtout à l’image de toute cette première partie : si le mangaka ne réinvente rien dans leur caractérisation, leur développement et la façon dont ils interviennent dans le récit, ils sont traités avec soin et intelligence. Ce sont des personnages classiques, tout comme l’histoire dans laquelle ils interviennent, mais qui dégagent un très grand charme, venant essentiellement de la sincérité et du souci du travail bien fait du mangaka.

Ainsi, ce premier cycle dans la grande histoire qu’est Seven Deadly Sins profite de l’expérience de son auteur et du temps qu’il a mis à profit pour construire un univers et des personnages séduisants, dont les interactions sont pour le moment très bien travaillées. C’est certainement le point le plus remarquable de cette Saga des Chevaliers Sacrés : Suzuki raconte une histoire classique, dans un style à l’ancienne qui est une de ses marques de fabrique, avec un amour sincère et communicatif pour ses personnages. En ouvrant de nombreuses portes pour la suite de son récit, ce premier tiers suscite clairement l’enthousiasme.

 

 

12 commentaires

  1. Super article bien complet.
    J’ai regarder la première saison de l’animé il y a quelques années et de mémoire ça correspond jusqu’à la fin de cette saga.
    Globalement j’avais le même ressenti que toi, on sens clairement l’inspiration de Toriyama et pourtant le titre arrive à proposer de très bon moment bien amener. Comme toi j’ai était surpris de voir qu’à la fin de la première partie, on n’avais pas encore vue le vissage du dernier seven deadly sins et qu’il galérer vraiment à trouver leur propres armes. On sens que l’auteur avais prévu de voir dans la durée les différentes intrigues de son récit, et ça permet aussi de montrer que tout n’est pas toujours simple et que les choses ne tombe pas instantanément dans la main de nos héros.

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    • Merci beaucoup à toi !

      C’est clairement un manga où je me dis que ça n’invente rien, mais je trouve que le talent et l’application sont tels que je suis vraiment à fond dedans. Et même sans être original, le titre a vraiment une identité bien à lui qui me plait particulièrement !
      J’ai acheté deux tomes encore, j’ai hâte de me replonger dedans (même si apparemment, ça part en cacahuète ^^’).

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  2. Waw quel travail sur cet article ! Bravo, ça me donne presque envie de regarder la suite de l’animé 😁 mais j’ai été lassée par cet humour graveleux et la relation entre Bran et Ellaine, il manquerait une réflexion là dessus par l’auteur en fait que Bran se dise que c’est bizarre par exemple pour le conscientiser chez le lectorat…

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    • Je me demande même si les mangakas en ont conscience eux-mêmes… C’est vraiment une question que je me pose parce que c’est tellement fréquent ces personnages féminins adultes qui ressemblent à des gamines, et qui ont des attirances et/ou histoires d’amour avec des mecs adultes.
      Je pense notamment à Schierke de Berserk, qui a clairement l’air d’une enfant, mais qui ressent un attrait qui semble être d’ordre sexuel pour Guts. Je viens de faire une recherche, elle aurait en réalité 23 ans, et des gens sur des forums disent que c’est OK, mais je trouve ça quand même profondément chelou…
      Tout comme ça me perturbe en tant que mec de 34 ans quand je lis des romances que des adolescentes se retrouvent souvent à poil ou à moitié à poil, point que je vais aborder dans mon article sur Sexy Cosplay Doll (teasing !).

      Merci en tout cas pour ton petit mot, j’ai passé pas mal de temps sur cet article pour essayer d’un peu organiser tout ça, j’ai remarqué à la relecture que je suis pas entré dans le détail sur un certain nombre de choses, mais je trouvais l’article déjà bien long, et j’aurais l’occasion d’étoffer au fil de mes retours sur la série (je ne sais pas encore quand, puisque j’achète les tomes assez lentement).

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      • C’est une bonne question et je pense que culturellement il n’y a pas la même sensibilisation au Japon que chez nous, ceci explique cela. Comme eux s’ils lisaient certains de nos romans ou bd seraient choqués par ce qui nous paraît être la norme. Je suis capable de prendre du recul mais ce n’est pas pour autant que j’ai envie de lire ce type d’oeuvre. J’ai conscience qu’il y a un travail d’éducation à faire !

        Je lis toujours ce que tu écris avec plaisir et curiosité donc je ferais de même pour la suite 😊

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      • Figure toi qu’après quelques recherches (notamment sur les fantasmes sur les lycéennes) je suis tombé des nues sur certaines choses.
        Comme je m’y attendais, visiblement c’est pas un souci pour eux tant que ça reste de la fiction, et de ce fait la pédopornographie en fiction ça passe. Il y avait eu une polémique car Noeve Grafx avait annoncé qu’ils allaient éditer Tsugumomo, un manga dont je n’avais jamais entendu parler mais qui est une série d’aventure contenant de la pédopornographie. Depuis, Noeve a finalement décidé de ne pas publier le titre.

        Du coup, je pense que mettre des lycéennes à moitié à poil ou faire des fées de 700 ans qui ressemblent à des gosses, ça doit pas trop les déranger, même si je trouve ça assez malaisant.

        Mais en plus, j’ai découvert que ça ne faisait que depuis 2015 que la détention de fichiers pédopornographiques réels (donc vrais enfants, tu as bien compris) était interdite au Japon… Là pour le coup les bras m’en tombent totalement.

        J’ai vu des ressources qui ont l’air intéressantes sur l’imaginaire érotique des japonais, ce sera à creuser (mais les bouquins coutent toujours au moins 30 balles !!!).

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      • Ah ouais c’est… Choquant et en même temps ça ne me surprend pas plus que ça 😅 c’est en effet un sujet intéressant même s’il faut avoir envie de le traiter et disposer du recul nécessaire pour cela. Et de la capacité réflexive qui va avec bien sûr.

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  3. ça fait toujours plaisir de voir un avis sur une série qui sait aussi noter les points qui peuvent gêner et les défauts, tout en appréciant l’œuvre. Parce que j’ai toujours l’impression qu’il faut tout adorer ou tout détester, sans user de demi mesure. Autant j’en apprécie l’univers heroic-fantasy que j’ai du mal avec les deux couples principaux à cause du comportement de Meliodas d’un côté (et comme c’est très trouble sur le fait que Elizabeth accepte ça ou non, ça me gêne) et l’apparence enfantine de Elaine. D’ailleurs King a droit à une forme « humaine adulte » mais pas Elaine (ce qui aurait permis de supprimer une certaine gêne lors des baisers avec Ban). Parce que sinon, vraiment Ban et Elaine ont une formidable relation.

    Je rebondis sur les commentaires concernant la pédopornographie au Japon, ils sont très laxistes dessus. Il y a eu l’auteur de Kenshin le vagabond qui avait été condamné (et lourde peine) parce qu’apparemment niveau contenu du genre, ça allait très loin (et il y en avait beaucoup). Tu as aussi tout le domaine des idols avec les fameuses photos de gamines prépubères en maillot de bain et autres tenues du genre. Du coup je pense que ça imprègne les auteurs qui ne voient pas le souci tant c’est banalisé, sans compter les multiples fictions jouant là-dessus.

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    • Merci de ton commentaire. Pour ma part, je trouve intéressant même quand on aime de souligner les points de tension, ça permet d’en parler.

      Pour ce qui est de la pedocriminalité, j’ai fait des recherches depuis et je suis tombé des nues quand j’ai vu que la détention se fichiers pedopornographiques était interdite que depuis 2015 au Japon.
      Et ils sont visiblement à l’aise avec le fantasme sur les persos de fiction mineurs car ils ne sont pas réels. C’est un gros fossé culturel on va dire, perso je ne peux ni comprendre ni cautionner.

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  4. ça fait plaisir ta seconde phrase !

    Ah oui mais la pedocriminalité au Japon c’est vraiment très « libéré ». Et les réflexions sur les personnages fictifs, crois-moi ça a dépassé les frontières depuis longtemps. Au sein de la communauté manga, j’ai souvent entendu des gens fantasmer sur des persos mineurs (alors qu’ils sont majeurs) ou utiliser la fameuse excuse du « okey physiquement elle a telle âge mais mentalement… » Et tu ne sais jamais si cette réflexion va rester au stade du personnage fictif, ou non. C’est aussi à cause de ce type de réflexions que j’ai eu du mal avec les productions yaoi pendant des années qui reprenaient les codes de la romance « cliché » avec le soumis qui a l’air d’un enfant et le dominant qui est adulte. Sans compter les fantasmes sur le viol (brrr).

    Après ça a l’air de bouger un peu puisque l’auteur de Act-Age a été arrêté pour attouchements sur mineures. En plus Ki-oon venait d’amener le titre en France, et faire la promo, c’était la débandade, les pauvres.

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    • Ah, n’en parlons pas de Act Age, j’en peux plus des gens qui continuent de chouiner parce que leur série a été annulée sans penser aux victimes…
      J’en ai même vu pour le 8 mars citer la série dans les mangas à lire parce que la dessinatrice est une femme (mais bordel, comment on peut se dire que ça passe compte tenu de la symbolique de la journée).
      Il y a encore du chemin, et pas qu’au Japon malheureusement….

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