Mon avis sur… Trèfle T.1 de CLAMP

Trèfle

Poursuivant leur politique de remise en avant des œuvres de CLAMP à travers de nouvelles éditions légèrement dépoussiérées, Pika s’attaque désormais à la série courte en deux tomes Trèfle, petit OVNI dans l’oeuvre du collectif, que je découvre à cette occasion. Un titre à la fois semblable et très différent de ce à quoi les CLAMP m’ont habitué, proposant une oeuvre particulièrement intéressante et originale, mais qui, de par le fait, risque de laisser du monde sur le carreau. Voyons de quoi il en retourne !

Un grand merci à Pika pour l’envoi de ce volume, je vous invite plus que jamais à jeter un œil à l’extrait proposé sur le site de l’éditeur, qui bien que court, vous donnera une idée très précise du parti-pris esthétique et narratif particulier de ce titre.


Les origines de la série

C’est début 1997, alors que Card Captor Sakura connait déjà un beau début de succès, que Kodansha demande à CLAMP de travailler sur une nouvelle série, pour un public plus adulte, dans le magazine Amie cette fois. Le magazine était un mensuel, qui n’aura finalement même pas tenu deux ans, contraignant les mangaka à interrompre la publication de la série. Ainsi, alors qu’elles l’avaient envisagé en six volumes reliés pour une histoire en quatre partie (correspondant aux quatre feuilles du trèfle), seulement quatre sont parus.

En France, Pika a publié les quatre volumes en 2001, proposant également un coffret intégral en décembre de cette même année, avant de publier une réédition en deux volumes en 2009, devenue introuvable depuis. C’est sur ces volumes doubles que ce base la présente réédition, modernisant au passage les jaquettes afin de coller à la charte éditoriale des œuvres de CLAMP chez l’éditeur (et le fameux « effet cadre » qui me plait tant).

Ceci contribue à maintenir une unité esthétique qui est, selon moi, très importante concernant les œuvres des CLAMP, tant leurs titres me semblent avant tout de purs objets visuels et de mise en scène. Trèfle étant sur ce point le titre le plus porté sur une narration dictée par l’image, ne cherchant jamais à prendre le lectorat par la main, comme nous allons le voir.

Mais de quoi ça parle ?

Plus que jamais, le résumé éditeur va m’être d’un grand secours ici, car un des éléments qui caractérise le titre est sa narration nébuleuse et l’économie d’explications et de détails importante, au point d’être un élément conceptuel concourant au fait que le titre soit un OVNI selon moi.

Kazuhiko, un ancien officier des services secrets, est chargé par le général Koo d’escorter une étrange jeune fille, Suh, jusqu’à un lieu secret. Mais l’armée de Azligt, un pays ennemi, convoite cette enfant qui semble détenir des secrets d’État primordiaux.

Les mangakas décidant de donner peu de descriptions, utilisant le dialogue plus dans un but poétique et d’ambiance qu’explicatif, j’aurais été bien en peine de donner ne serait-ce que ces quelques lignes de synopsis que le résumé éditeur dévoile. J’aurais personnellement résumé ce tome à : un mec et une fille étrange sont poursuivis, et du coup il y a un peu de bagarre, beaucoup de poésie et d’amour.

De la poésie au sens propre d’ailleurs, car quelques vers nous sont répétés à de nombreuses reprises, tel un leitmotiv qui vient rythmer la progression dramatique (plus que narrative) de l’ensemble. Le manga a d’ailleurs été adapté en court métrage d’animation par le studio Madhouse, son aspect peu narratif permettant de synthétiser un beau trip esthétique en seulement sept petites minutes.

C’est selon moi quelque chose qu’il faut vraiment avoir en tête pour éviter les déconvenues. Le titre cherche plus à nous mettre dans une ambiance, dans quelque chose qui avance vite, sans prendre le temps de nous expliquer vraiment ce qui se passe, et demande plus à s’imprégner du flot des événements que réellement raconter une histoire. C’est assez déstabilisant, mais me concernant, comme je trouve que les CLAMP sont avant tout des esthètes (quand bien même certaines de leurs séries sont particulièrement bien écrites, je pense notamment à Chobits).

Ainsi, sur ce premier volume, on sent surtout le conflit entre les personnages principaux et leurs poursuivants, et les sentiments qui se développent entre les différents personnages. C’est assez minimaliste mais cela suffit, puisque le tout est là pour soutenir la place à la démarche esthétique des CLAMP.

Précisons quand même que le titre dans son intégralité semble quand même porteur d’une vraie richesse narrative, ne se laissant pas percevoir facilement. Je vous invite à jeter un œil au dossier de Manga-News sur le titre qui donne un éclairage intéressant, et vous donne rendez-vous quand le second tome sera sorti pour faire le point sur tout ça.

Une esthétique très originale

Je l’ai déjà signalé et je le répète, un extrait est disponible sur le site de Pika afin de se faire une idée de l’esthétique particulière du titre, qui se distingue par sa grande économie de détails. Le blanc domine dans la grande majorité des pages, avec souvent beaucoup de petites cases, dont certaines ne contenant que des dialogues ou des gros plans, créant un fourmillement esthétique malgré le peu de décors mis en scène.

Décors qui ressortent d’autant plus qu’ils ne sont pas toujours présent, avec une emphase rarement mise sur eux dans le visuel et le découpage. La mise en scène est ainsi résolument porté sur les détails et les sensations, que ce soit la fumée qui s’échappe d’une tasse de thé chaude, des mains qui se touchent, ou des échanges de regards. Les doubles pages accentuant l’impact sensitif et émotionnel des scènes.

Trèfle pages (3)

Ainsi, si les 250 pages du tome peuvent se lire très vite, du fait que les dialogues soient minimalistes et que la mise en scènes est d’une grande fluidité, le titre nous invite à la relecture, et à scruter plus en détails les planches qui fourmillent d’informations au final. De ce fait, il est très difficile en une lecture de ce premier tome de développer un discours vraiment clair sur le titre selon moi.

En conclusion

De ce fait, le but de cet article était surtout de rendre compte de l’originalité du titre, tout en louant la qualité esthétique de celui-ci, habituelle chez les CLAMP, mais peut-être encore plus évidente compte tenu de leur parti pris narratif.

En l’état, c’est une lecture que j’ai trouvé passionnante, surtout d’un point de vue esthétique. Pour ce qui est de la teneur narrative, cela demandera une vue d’ensemble lorsque le second volume sera paru. Quoi qu’il en soit, je pense vraiment qu’il s’agit d’un titre qui ne sera pas facile d’accès pour tout le monde, mais qui devrait au moins intéresser un lectorat curieux de voir comment on peut penser la façon de mettre en scène un manga. De même, si on aime le travail des CLAMP, je pense que la question ne se pose pas et que la lecture s’impose d’elle-même, tant le titre est différent des autres que j’ai pu lire du collectif jusqu’à présent.

Ainsi, encore plus que d’habitude selon moi, c’est à chacun et chacune de voir en fonction de ce qu’il ou elle recherche, si la proposition des CLAMP peut les intéresser. Me concernant, la réponse est clairement oui.

16 commentaires

  1. Une ré-édition qui est dans ma liste d’achats potentiels. J’aime beaucoup ce que Pika a choisi comme visuel sur les couvertures afin de rester dans une unité d’ensemble. Et, en même temps, chaque série a sa petite patte : Trèfle met en scène une cage, pour Card Captor Sakura on dirait des cartes de Clow… J’ai relu l’an dernier XXX Holic dont j’apprécie l’ambiance, et avec ton article je me rends compte que dans Trèfle les autrices avaient déjà tenté ce découpage assez particulier qu’on retrouve dans XXX Holic avec un fond noir au lieu du blanc. C’est moins porté sur l’ambiance (quoique) mais il y a ces cases rectangulaires qui agissent comme des zooms, qui se chevauchent. Je me souviens plus si c’est une dynamique qu’on retrouve dans leurs autres titres.

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    • En tout cas je n’ai perçu ça dans aucun autre que j’ai lu, mais je ne suis vraiment pas spécialiste des CLAMP.

      Je rêve d’une réédition de XXX Holic. J’avais lu et beaucoup aimé le premier tome pendant le premier confinement.

      J’aime

      • Je t’avoue de CLAMP j’ai pas lu énormément non plus (alors que je m’abreuvais de mon épisode VF de Card Captor Sakura sur M6).

        Il y a moyen d’avoir une très belle réédition de XXX Holic. J’ai de la chance d’avoir été fidèle à la première édition qui est magnifique (pages couleurs, la tranche colorisée pour chaque tome…). Quand je vois les prix spéculateurs, j’ai mal pour ceux et celles qui veulent approcher la première édition. La série a tout un aspect ésotérique qui rappelle que CLAMP ne fait pas que dans le « mignon » (mon choc à l’époque avec X de Clamp quand tu as connu que l’anime Card Captor…)

        D’ailleurs je suivais à l’époque XXXHolic et Tsubasa Reservoir Chronicle. J’ai abandonné la seconde série que je trouvais trop alambiquée dans son évolution (alors que le concept de metaverse et donc de potentiels crossovers avec toutes les séries de CLAMP, il y avait de quoi faire quelque chose d’intéressant !)

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      • Pour le coup, je ne suis pas trop sur le côté mignon de CLAMP, en tout cas Sakura j’ai fini par lâcher à la moitié en manga. Kobato est mignon mais me touche davantage. Du coup, je ne suis pas étonné de l’approche de XxxHolic. Et j’apprécie d’ailleurs ce côté très touche à tout du collectif. J’ai l’impression qu’aucune de leurs séries ne se ressemble, et en même temps tu reconnais leur style au premier coup d’oeil !

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      • Il y a des petits traits ou des thématiques qui reviennent oui, comme les personnages tout en « longueur » (dans l’anime Code Geass ça ressort d’autant plus) et elles aiment bien se faire des clins d’oeil. XXX Holic en comporte plusieurs. Je crois me souvenir que dès le premier tome Yuko mentionne Clow justement, et au vu de l’existence de plusieurs mondes, ça sonne pas « j’appuie le clin d’œil pour le fan service » mais ça s’incruste naturellement à la scène.

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  2. Le tout premier éditeur a l’avoir sorti en France est Manga Player que Pika a racheté par la suite.
    La première édition est d’une grande beauté avec ses couvertures en papier transparent. L’édition japonaise est encore plus belle car en plus grand format.

    C’est certainement l’un de mes mangas préférés de Clamp. La poésie est la clé de la narration mais plus encore est l’utilisation absolument incroyable du vide.

    Clover ou le manga qui dit que le manga peut être aussi de l’Art…

    Pour moi, le sommet des Clamp visuellement parlant.

    NB : faudrait que je le relise, cela fait si longtemps.

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  3. Héhéhé, obligée de me pointer vu que c’est un de mes mangas préférés (d’ailleurs, un des trois seuls mangas que j’ai chroniqué sur mon blog à une époque lointaine).

    Je te rejoins sur le fait que ça ne parlera clairement pas à tout le monde, c’est quand même assez particulier… J’ai l’édition originale (en 4 tomes, oui), j’avais prêté les deux premiers à une « amie » qui n’a pas aimé et les a abîmés, j’ai pleuré des larmes de sang quand elle me les a rendus.

    Je suis contente que Pika réédite cette merveille !

    Aimé par 1 personne

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