Oshi no Ko T.1&2 – Ou comment passer à côté de son sujet

Oshi no Ko

Je ne crois pas qu’on puisse accueillir une œuvre de façon tout à fait neutre. Tout un tas d’éléments contextuels créent certaines attentes, en bien comme en mal, envers les titres. Que ce soit pas son auteur ou autrice, son éditeur, son sujet, ou même la période à laquelle il sort et notre état d’esprit du moment, quantité de paramètres influencent la façon dont on s’apprête à recevoir une œuvre.

Dans le cas de Oshi no Ko, deux éléments importants ont guidé mon attente. D’une part, le thème du show biz, souvent traité dans la fiction et à peu près toujours de manière bien trop complaisante (feignant de mettre le doigt là où ça fait mal pour mieux conforter tout le monde en réalité) me faisait anticiper un titre tiède dans son traitement, et prompt à évacuer les problématiques réelles et universelles liées à ce milieu. Pour le dire plus simplement, une œuvre de posture plus qu’un vrai caillou dans une chaussure. Mais de l’autre côté, le scénariste du titre, Aka Akasaka, que j’ai découvert avec Kaguya-Sama, n’a cessé de me surprendre par la qualité de son écriture sur la série susmentionnée, au point d’être la seule et unique raison pour laquelle j’ai fini par céder à l’appel des deux premiers volumes d’Oshi no Ko.

Une raison comme une autre d’être curieux, mais clairement pas suffisante pour me rassurer. J’accueille donc avec énormément de méfiance cette nouvelle série, auréolée d’un certain succès au Japon. Voyons de quoi il en retourne, maintenant que j’ai eu l’occasion de confronter mes présupposés avec ce que ces deux volumes ont à proposé.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et pour couper court à tout suspense, je n’ai clairement pas du tout aimé, mais en plus, j’ai été énervé par ma lecture. D’où le fait que j’ai eu envie d’en parler dans un article. Bien entendu, et comme toujours chacun et chacune a le droit d’aimer la série et je n’ai clairement pas envie de casser le plaisir des gens et détruire le manga gratuitement. Mais plus encore que d’habitude, je l’aborde ici avec un point de vue ultra personnel et mes griefs sont essentiellement liés à mon rapport personnel au thème abordé dans le manga. Je vais essayer de développer ça de façon claire et étayée dans l’article, mais retenez simplement que c’est OK si vous aimez le manga, bien entendu.


Oshi no Ko

Le docteur Gorô est obstétricien dans un hôpital de campagne. Il est loin du monde de paillettes dans lequel évolue Ai Hoshino, une chanteuse au succès grandissant dont il est “un fan absolu”. Ces deux-là vont peut-être se rencontrer dans des circonstances peu favorables, mais cet évènement changera leur vie à jamais !

Le résumé situe très rapidement le début de l’intrigue, mais élude en réalité le cœur du récit, qui est que le fameux docteur Goro va se retrouver à faire le contrôle de santé de Ai Hoshino alors que celle-ci est enceinte de jumeaux. Et s’il est fan d’elle, c’est parce qu’une enfant mourante dont il s’occupait l’admirait et rêvait de devenir comme elle. Après la mort de la fillette, il a lui-même partagé cette passion. Or, le docteur va être assassiné par un fan fou le soir de l’accouchement de Ai, et se réincarnera en son fils, alors que, on l’apprend rapidement, la fillette morte s’est réincarnée en sa fille.

Ce faisant, ces deux bébés auront quelques prédispositions prodigieuses, du fait que chacun ait gardé sa mémoire et vraisemblablement ses compétences en se réincarnant. Déjà là, j’avoue que le pitch me fait un peu tiquer. Car si cela peut être un prétexte pour apporter un regard aiguisé sur le monde du spectacle, dans le premier tome, les réactions des bambins et le fait que les adultes autour ne voient aucun souci m’a vraiment fait faire les gros yeux (j’y reviendrai).

Précisons enfin, avant d’entrer plus en profondeur dans ces deux volumes, que le premier tome sert surtout d’introduction au récit en tant que tel, mettant en place les éléments principaux, notamment l’aspect enquête et vengeance de l’histoire (je n’en dirai pas plus).

Ai OshinoTrès rapidement, le premier volume confirme toutes mes craintes quant au discours vu et revu et très consensuel sur le monde du spectacle. On nous dit que tout n’est qu’apparences et mensonges, dans le but de déchaîner les passions des fans et les forcer à mettre la main au portefeuille. Merci de l’info, on l’ignorait vraiment ! Ainsi, le premier volume enchaîne les poncifs sur le monde du spectacle qui sont soit des enfonçages de porte ouverte, soit des éléments qui sonnent assez faux, si ce n’est une ou deux scènes centrées sur le rapport aux enfants qui surnagent dans un ensemble très convenu.

La présence d’un fan hardcore psychologiquement instable enfonçant un peu plus le clou d’un titre qui ne sort pas du tout des éléments attendus dans ce contexte narratif, ne proposant rien de réellement intéressant à se mettre sous la dent, en plus de détourner l’attention des vraies problématiques (ces comportements de fans sont créés par le système qui les instrumentalise afin de ponctionner leur fric au maximum).

Et le concept même du titre avec ces deux enfants réincarnés fait vraiment lever un sourcil au daron que je suis, tant il faut faire un énorme effort pour accepter le fait que personne ne se rende compte que quelque chose cloche avec ces deux gosses. Pour le dire simplement, dès leur un an, Aqua (le docteur réincarné) parle comme un adulte sans que ça ne semble choquer les gens plus que ça, si ce n’est un réalisateur qui voit la possibilité de faire de lui un acteur (sourcil levé très haut pour ma part, une fois de plus).

Une telle absence de subtilité et une crédibilité globale si brinquebalantes m’ont particulièrement surpris de la part de Aka Akasaka, tant il démontre un talent d’écriture impressionnant dans Kaguya-Sama, où tous les éléments contraignants de son concept deviennent des forces. Ici, au contraire, sur ces deux premiers volumes, il tombe à peu près dans tous les travers que je craignais. On se retrouve donc avec une entrée en matière pétrie de clichés et de poncifs dont on se passerait bien, un récit on ne peut plus timoré, et surtout, une écriture globale qui m’a laissé extérieur aux événements sur la grande majorité de son déroulement, pas toujours très fluide par ailleurs.

J’ai conscience d’être très dur dans mon jugement sur ces premiers tomes, mais cela vient des deux éléments évoqués dans l’introduction. D’une part, j’ai beaucoup d’admiration pour ce que Akasaka est en train de faire avec Kaguya-Sama qui m’impressionne à chacun des sept volumes déjà sortis, de ce fait, je place de grandes attentes dans cet auteur. Mais aussi, le cadre dans lequel il a choisi de se faire se dérouler cette nouvelle série est toujours un gros piège, et j’estime qu’il est totalement tombé dedans, en sombrant dans la facilité d’une dénonciation tiède de pratiques problématiques connues de tous, mais laissant de côté à peu près tout ce qui mériterait d’être creusé.

Certes, je ne peux juger que sur la base des deux premiers tomes, mais une entrée en matière qui a tous les problèmes que j’anticipais fait que je suis assez sévère, et que je n’ai, pour ma part, aucune envie de continuer cette série. De ce fait, il convient de conserver les réserves de rigueur, car il est possible que par la suite, le récit se fasse plus subtil, et creuse davantage les éléments qui le méritent pour proposer quelque chose de vraiment intéressant. Mais en l’état, je ressors non seulement déçu de ces deux premiers tomes, mais aussi et surtout, très énervé par cette volonté de nous maintenir dans une zone de confort bien pratique pour tout le monde.

Je comprend tout à fait qu’on puisse apprécier le titre, et qu’on ne lui demande pas forcément d’appuyer là où ça fait mal. Mais de mon côté, j’avais envie d’un récit qui mette les mains dans le cambouis et montre quels sont les problème du monde du divertissement, qui par ailleurs touchent aussi le monde du manga. Sur la base de ces deux premiers tomes, j’ai la forte impression que le titre ne souhaite pas me délivrer ceci, de ce fait, il n’est clairement pas pour moi. Me concernant, je préfère donc rester sur Kaguya-Sama qui, d’un concept plus léger en apparences, a des choses bien plus profondes et intéressantes à dire.

12 commentaires

  1. Et bien merci car tu m’evites un achat ! En lisant le résumé je m’étais dit pourquoi pas.. j’étais loin d’imaginer que le titre allait en réalité tourner sur la parentalité, la réincarnation… Eurk. Et wtf cette histoire de médecin ?! En plus de tomber dans les travers complisants que je craignais… Je passe largement parce que je vais surement m’énerver encore plus que toi 😅

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    • Après, la série va peut être partir dans une direction différente et vraiment pointer des choses intéressantes du doigt, mais sur la base de cette entrée en matière, j’y crois pas trop.
      Le truc de la réincarnation ne passe pas pour moi. Je ne l’ai pas précisé dans l’article, mais il y a une ellipse ensuite et les deux personnages sont lycéens, mais honnêtement, ça ne m’empêche pas de trouver que ça sonne un peu faux sur cet aspect.

      Et même si je pense que cet aspect est surtout là pour lancer l’histoire, j’ai peur que cela reste toujours un boulet que l’auteur se coltine.

      Mais c’est surtout ce traitement trop fade du milieu du spectacle le vrai problème. J’ai vraiment eu l’impression de voir une enfilade de tous les poncifs qu’on peut s’imaginer quand on parle d’une histoire qui se déroule dans le milieu du spectacle.

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      • Concrètement la réincarnation n’apporte absolument rien à l’histoire ni au développement des thématiques qu’on attend. Si elle n’a aucun intérêt, pourquoi s’emmerder et ne pas parler directement de deux enfants d’une ancienne idole ? Qui vont surement suivre ses pas ? Enfin bon de toute manière si en deux tomes ça ne démarre pas d’une façon satisfaisante il y a assez de bons titres dans lesquels investir que pour ne pas perdre temps et argent avec celui là 😅

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  2. Ta était rapide, les 2 tomes sont à peine sortis aujourd’hui (officiellement) et ta déjà sortie un article dessus 😮
    J’ai lu les 2 tomes en rentrant du boulot et un peu comme toi j’ai été pas mal refroidi par certains points.

    Déjà comme souvent avec les manga pas encore sortie en France je n’avais pas trop d’attente mise à part les quelques retours (assez élogieux) que j’ai vu passé sur Twitter, et le fait que ce sois un titre de Aka Akasaka. Malgré cela, j’essaye toujours de rester méfiant quand je commence un titre.

    Déjà, commençons par le positif, les couvertures et les dessins sont magnifiques, on reconnaît bien le style de Aka Akasaka, et je pense que même sans la hype derrière, c’est sûrement un titre qui m’aurait fait de l’œil un jour en librairie.

    Sans trop spoil pour ceux qui lirais mon commentaire sans avoir lu les livre, j’ai bien aimé la cassure qui est mise en place à la fin du volume 1 pour conclure l’arc d’introduction. C’est quelques choses qu’on voit rarement et qui sont aussi assez osées (après diverse élément nous prépare à ça dans le tome). Il y a aussi quelques bonnes idées dans le récit comme le fait qu’on nous dise tout de suite que tout le monde ment, mais ça reste assez mal exploiter au final :/

    Maintenant les points négatifs. Comme toi j’ai été surpris que ça chaque personne de voir des bébés de 1 an parler comme des adultes. Encore je comprends l’effet comique mise en place sur la première fois ou ça arrive, mais à peine 3 pages plus loin on les voit parler comme si de rien n’était et que c’était parfaitement normal (je me demande si les gens on pas un souci dans ce manga ou s’ils n’ont pas fumé la moquette). Tu l’as mentionné aussi, mais j’ai trouvé certains passages très prévisibles et j’ai ma petite idée sur « la personne » en lien avec la fin du tome 1.

    J’ai pas regardé si comme avec Undead Unluck, il faut attendre un futur tome avant que ça ne se lance vraiment ou si c’est le début du tome 2 qui lance la série, mais bien que je trouve que le titre à quelques qualités (les couvertures putain <3) je reste globalement assez déçu le début de cette série.

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    • Ah, il manque la fin du commentaire !

      Sinon, les 2 tomes sont en effet sortis aujourd’hui officiellement mais j’ai vu des gens qui l’avaient déjà eu vendredi ou samedi dernier. L’article était déjà écrit ce matin, j’ai juste fait quelques ajustements (mais on m’a fait remarquer plein de fautes d’inattention 😭).

      Sinon, j’ai eu du mal à profiter du positif, que je te concède quand même, car j’étais trop dans un mauvais mood, énervé et méfiant que j’étais.

      Très drôle d’expérience…

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      • Ah merde je sais plus ce que j’avais écrit à la fin 😦

        Ah ouais vendredi dernier carrément, j’avais réussi à le trouver hier en libraire et j’était déjà surpris, mais la 1 semaine avant ça fait beaucoup.

        L’état dans lequel on se trouve en lisant est aussi un facteur d’influence.

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  3. J’avais lu l’extrait proposé par l’éditeur en ligne et j’avais du mal avec la narration (le concept de réincarnation je trouvais ça ajouté en plus, sans réelle raison…) Et ce que tu en dis me conforte dans l’idée que la série ne s’adresse pas à moi. Dommage, encore une fois, qu’un titre survole le domaine des idols alors qu’il y a tant à dire. Rien que le fait que l’héroïne soit enceinte à 16 ans soulève d’innombrables questions sur l’identité du père : un jeune de son âge qu’elle a approché malgré les interdits entourant les idols, ou quelque chose de bien plus sordide ? Et j’aurais sûrement tiqué comme toi sur le comportement trop adulte des enfants et accueilli sans aucune remise en question. Dommage parce que le titre aurait pu s’orienter sur une réflexion et dénonciation du milieu, et pourquoi pas à travers les yeux des enfants cachés d’une idol.

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    • Après, il n’est pas impossible que ça évolue positivement, mais sur la base e ces deux tomes plein de poncifs, je préfère m’arrêter.
      C’est aussi la dure loi du manga, si dès les premiers tomes tu n’accroche pas, c’est compliqué de vouloir investir.

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      • Oh oui possible que ça s’améliore mais j’ai du mal avec les séries qui mettent longtemps pour se lancer (que ce soit manga, séries tvs ou autres formules). Parce que, comme tu le soulignes, il y a une production énorme et on a déjà pas le temps (ni forcément l’envie) de tout suivre, ni de s’investir (en temps et argent) au démarrage lent sans avoir la certitude, qu’à la fin, on soit tout de même satisfait de ce qu’on a découvert.

        Aimé par 1 personne

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