Fairy Tail Zero – Plus qu’un simple prequel

Fairy Tail Zero

En bon shonen à succès, Fairy Tail s’est vu au fil des ans étoffé via bon nombre d’histoires dérivées, spin-off, what if, histoires courtes et également un prequel, centré sur le personnage de Mavis et la création de la guilde : Fairy Tail Zero. Comme si 63 tomes (et une suite en cours) ne suffisaient pas à étancher la soif d’aventure des fans. Rien de bien original sous le soleil en soi, les grosses séries à succès du genre étant habituées à ce type d’extension d’univers, visant autant à répondre à une demande d’une communauté de fans très investie qu’à une envie de capitaliser sur un titre à succès.

De ce fait, on a eu droit à bon nombre de titres estampillés Fairy Tail, à la qualité variable, plus ou moins dispensables, parmi lesquels Fairy Tail Zero tient une place particulière, étant le seul qui s’intègre harmonieusement à l’histoire principale, au point où dans la version animér, il s’agit d’épisodes numérotés appartenant à l’intrigue globale. Et si ce prequel en un volume reste facultatif, il n’est pas inintéressant pour autant, comme nous allons le voir.

Resituons le titre

Tout d’abord, resituons un peu la place particulière de Fairy Tail Zero dans la « galaxie » Fairy Tail. Comme je l’ai dit en introduction, la série a donné lieu à une palanquée de titres dérivés, et il n’est pas impossible que l’on n’en soit pas encore arrivé au bout. Des what if du genre Fairy Tail – City Hero, aux spin off centrés sur des personnages secondaires, en passant par les histoires courtes, l’univers est exploité dans tous les sens, dans des titres plus ou moins intéressants et plus ou moins anecdotiques.

Si pour ma part, en bonne victime en bon fan j’ai toujours plaisir à approfondir ma découverte de l’univers, il est clair que je fais une distinction nette entre les dérivés nés de la main de Mashima et les autres. D’une part pour des raisons purement esthétiques (même les meilleurs imitateurs n’arrivent pas à retranscrire toute la puissance du trait du maitre), mais aussi car l’auteur est quand même celui qui maitrise le mieux son univers et se permet les délires les plus intéressants à mes yeux. Signalons quand même qu’il garde l’œil sur tout ce qui se fait autour de Fairy Tail, et a des éditeurs avec qui il travaille main dans la main pour gérer tout ça.

UGekkan Fairy Tailn côté résolument stakhanoviste qui est une des marques de fabrique de Mashima, qui a toujours mille projets à la fois (ce qui ne l’empêche pas de platiner des JRPG plus vite que son ombre), et le cas de Fairy Tail Zero ne fait pas exception. Ce prequel centré sur Mavis, le premier maitre de la guilde Fairy Tail, étant pensé comme un fragment de l’intrigue principal (bien que facultatif), et a été publié en 13 chapitres dans le magazine mensuel Gekkan Fairy Tail qui, comme son nom l’indique, était dédié à la série de Mashima. Le tout, en parallèle à la publication hebdomadaire de la série principale. Il faut savoir que le mangaka est habitué à travailler sur plusieurs projets en parallèle, et avait récidivé en 2019 en publiant Mashima Hero’s, le crossover de ses trois séries principales, en parallèle à la publication d’Edens Zero. Un rythme soutenu qui force le respect, qui est en partie possible grâce au travail sur support numérique du mangaka, qui divise par deux le temps de travail selon lui.

Mais au-delà de ces fleurs que je lance au mangaka, ceci contribue surtout à faire de Fairy Tail Zero un titre bien différent des autres dérivés de la saga de Mashima puisqu’il est le seul qui soit écrit et illustré par le créateur de la série et qui est à la fois un vrai fragment de l’histoire (en effet, Mashima a aussi écrit et dessiné des histoires courtes qui sont soit totalement autonome, soit n’apportent rien à l’intrigue en elle-même).

De plus, comme nous allons le voir, ce one shot a un fort niveau d’autonomie puisqu’il raconte une belle histoire, astucieusement écrite, qui fonctionne très bien toute seule. Ainsi, avant même d’entrer dans le vif du sujet, je peux déjà affirmer que Fairy Tail Zero est selon moi le meilleur fragment dérivé de l’univers de la série.

Raconter les origines de la guilde

Si vous avez lu ou vu Fairy Tail dans son intégralité, vous savez que Mavis est le premier maitre de la guilde, et un personnage central de la seconde moitié de la série. Ainsi, le but de ce tome est de développer les origines du personnage et comment la guilde de Fairy Tail a vu le jour, afin d’enrichir son background et son assise émotionnelle dans la série principale. Un fragment complémentaire mais totalement facultatif, qui est également pensé pour être apprécié en toute autonomie si jamais on souhaiterait lire le titre sans connaitre la série d’origine.

Ainsi, en plus d’en apprendre davantage sur Mavis, on rencontre des versions jeunes des membres fondateurs de la guilde, plus ou moins connus dans la série principale, dont certains sont donc très vieux puisque ce one shot se déroule une centaine d’année avant le début de l’histoire que l’on connait. Une technique assez commode pour pouvoir raconter un peu ce que l’on veut, les connexions étant très lâches sur une temporalité si éloignée.

Cependant, la connexion avec la série principale est réelle, notamment avec le personnage de Zera, très important dans ce one-shot, que l’on rencontre pour la première fois dans le chapitre 490 de la série principale, intitulé Fairy Tail Zero, afin que le lien entre les deux soit évident. Je trouve d’ailleurs que la lecture de cette préquelle peut tout à fait se faire juste avant ce chapitre, tant la continuité entre les deux me semble évidente, avec un rappel net au détour d’une page.

Tout ceci est bien mignon, mais du coup ça raconte quoi précisément ?

Mavis 6 ansNous rencontrons la jeune Mavis Vermillion, orpheline qui vit comme une petite esclave pour la guilde de Red Lizard, maltraitée par son maitre. Jusqu’au jour où la guilde est attaquée, et entièrement décimée à l’exception de Mavis, qui réussit à fuir avec Zera, la fille du maitre. Elles vivront alors seules sur l’île de Tenro pendant 7 ans jusqu’à ce que trois chasseurs de trésor arrivent pour y voler le Jade de Tenro. Après un duel basé sur un jeu de déduction gagné face à Yuri Draer (futur père de Makarof), Mavis et Zera décident de quitter leur île à la fois pour récupérer le Jade de Tenro volé par d’autres chasseurs de trésor, et aussi rencontrer des fées, promesse que Yuri a fait à Mavis.

Ce résumé est quelque peu lapidaire et cryptique, vous en conviendrez. Et c’est encore plus compliqué d’exactement dire de quoi il en retourne car, comme à son habitude, Mashima profite du succès de sa série pour tester des choses d’un point de vue narratif. Ici, il tente un récit à twist. De ce fait, expliquer la teneur globale de l’histoire ne peut se faire qu’en dévoilant le pot aux roses, ce que je ne ferai pas. Sachez simplement qu’il utilise une petite astuce que je soupçonne héritée du jeu vidéo Bravely Default (de 2012, et qui parle… de fées !) qui fonctionne ici fort bien. Et récit à twist oblige, le titre invite à une relecture afin de voir les événements sous un nouvel angle à la lumière de cette nouvelle donne. Et pour le coup, Mashima a bien réussi son coup, car si le titre est déjà suffisamment bon pour donner envie de le relire, cet aspect l’enrichit encore un peu.

Ce qui est certain, c’est qu’en plus de cette idée narrative forte, Mashima profite de ce one shot pour s’écarter de l’ambiance action de la série principale, et propose un récit d’aventure proche du roman jeunesse. C’est d’autant plus flagrant quand on regarde plus en détails la façon dont Mavis est écrite. C’est une enfant de 13 ans particulièrement intelligente, versée dans la magie d’illusion, et disposant d’un sens de déduction peu commun, permettant de déjouer les embuches par l’esprit plutôt que la force pure. Ainsi, elle représente un archétype d’héroïne de littérature jeunesse particulièrement bien campée, très différente de ce qu’on trouve dans les autres titres du mangaka, et est sans doute la plus grosse qualité de ce one shot (mais pas la seule, loin de là).

Précisons également que dans l’interview qui clôture le récit, Mashima explique que son influence principale pour Zera n’est autre que… Éponine, la fille des Tenardier dans Les Misérables ! Une référence littéraire très intéressante et inattendue, qui rappelle que le mangaka dispose d’une assez grande culture dans laquelle il aime à puiser pour mieux charpenter ses récits.

En suivant donc l’histoire de Mavis et des chasseurs de trésor qui l’accompagnent, on aura l’occasion de connaitre un peu mieux le premier maitre de Fairy Tail, mais également Zeleph, l’antagoniste principal de la série. La séquence de la rencontre entre les deux est par ailleurs une très belle scène, qui est à l’image du tome dans sa globalité, puisqu’elle fonctionne parfaitement sans connaissance préalable de la série, mais est encore plus forte en sachant de quoi il va en retourner entre eux.

Ainsi, le volume trouve une totale autonomie de par l’intrigue racontée, qui reste assez simple, qui permet de développer Mavis comme un personnage « complet », héroïne d’une histoire autoconclusive, tout en étoffant comme il se doit la série principale. Un beau tour de force narratif, qui est rehaussé par le fameux côté récit à twist que j’ai évoqué plus tôt. Mais avant d’aborder cet aspect dans le prochain paragraphe (qui spoilera donc), j’insiste sur le côté autonome de ce one shot pour inviter les gens qui ne connaissent pas Fairy Tail à éventuellement s’y intéresser, car il propose une belle histoire qui vaut pour elle-même, expurgée des éléments qui posent parfois problème (je pense évidemment au fanservice).

Une histoire à twist

Attention, nous rentrons en zone spoiler ici, puisqu’il serait compliqué d’évoquer l’importance du twist de Mashima sans le révéler. Soyez en prévenu si vous souhaitez éviter de vous gâcher cette surprise.

En effet, une fois qu’on le sait, on en voit rapidement les indices, mais Mashima s’est bien moqué de nous durant toute l’histoire, et moi aussi, durant la rédaction de cet article. Car la Zera dont je parle à plusieurs reprises est en réalité une illusion que Mavis s’est créée sans en avoir conscience, la fillette étant morte au début de l’histoire. Yuri en prend rapidement conscience, et demande en fait à ses camarades de jouer le jeu, afin que Mavis ignore que son amie n’existe pas.

Tout ça, nous l’apprenons à la toute fin de l’histoire, dans l’avant dernier chapitre, bien que Mashima se soit amusé à disséminer des indices au fil de l’histoire. Il y a évidemment le fait qu’absolument personne en dehors de Mavis ne réponde à Zera, chose qui est mise sur le compte de son jeune âge, mais aussi un indice visuel dans les illustrations d’inter-chapitre, où le 0 de Fairy Tail Zero s’efface au fur et à mesure, pour finalement devenir un A de Zera dans le 12e chapitre.

Si Mashima dit que l’idée lui est venue comme ça, je me demande si ça ne vient pas, consciemment ou non, du jeu vidéo Bravely Default, sorti en 2012. En effet, ce jeu a aussi un twist, qui se dévoile au fur et à mesure par son sous titre. En fonction du pays, le sous titre du jeu est « Where the Fairy Flyes » ou « Flying Fairy », mais dans un cas comme dans l’autre, lorsque le twist commence à se révéler, des lettres du sous-titre s’effacent pour écrire une autre phrase, qui dévoile le pot aux roses (que je vais taire ici, au cas où vous auriez envie de faire ce jeu, qui m’a énormément déçu par ailleurs…).

Mais au fond, l’origine de cette petite idée typologique n’a pas vraiment d’importance car c’est un détail. Ce qui est intéressant, c’est la signification de ce twist. C’est Yuri qui décide de dévoiler le pot aux roses à Mavis (et aux lecteurs et lectrices) à la toute fin du récit, alors qu’elle lui a sauvé la vie en lançant un sort si puissant qu’elle est bloquée dans son corps d’adolescente. Il décide de lui révéler la vérité afin qu’elle puisse passer à autre chose et faire son deuil de Zera. Je trouve d’une part la scène très belle en elle-même, mais elle est surtout intéressante d’un point de vue thématique.

Mavis et Zera

Alors que la jeune fille se retrouve bloquée dans un corps qui ne vieillira plus, on l’invite à grandir en prenant compte de la réalité des choses, notamment concernant la mort de son amie. Ainsi, elle se retrouve dans une situation paradoxale où cette révélation l’aide à passer à l’âge adulte et voir le monde avec ce même regard d’adulte, abandonnant les illusions dans lesquelles elle s’est bercée, tout en conservant un corps d’enfant pour toujours.

Cela permet, comme tout le tome finalement, de véritablement étoffer le personnage de Mavis, qui a un parcours complet et satisfaisant au sein de ce one shot (on pourrait la quitter définitivement là sans avoir de frustration), tout en raccordant les wagons avec la série d’origine, expliquant pourquoi le personnage a cette apparence.

En conclusion

Un très beau tour de force narratif, d’autant plus appréciable que Mashima explique bien dans l’interview qui clôture le volume que l’écriture a été un casse tête, tant il était pris par le temps (encore une fois, il publiait un chapitre par mois en plus de la série d’origine qui était toujours en cours chaque semaine), et tant les impératifs narratifs à concilier étaient importants. Il s’excuse souvent de ses errances, chose fréquente chez le mangaka, alors même qu’il a proposé au contraire un ouvrage qui se tient parfaitement, arrivant à avoir une autonomie complète tout en enrichissant de façon sympathique l’histoire de la série principale.

Que ce soit du fait de sa nature de récit à twist, son ambiance aventureuse qui change un peu de ce qu’on connait, ou de son héroïne particulièrement bien écrite, Fairy Tail Zero s’impose comme un fragment passionnant de cette œuvre fleuve, rendu bien plus intéressant que les autres spin-off de par l’implication de Mashima dans celui-ci.

À l’occasion de la rédaction de cet article, j’ai relu le tome, permettant de constater encore mieux à quel point l’auteur a fait preuve d’un grand sérieux dans ce titre, dont la rigueur sur tous les points lui évite d’être un simple produit dérivé opportuniste. On peut évidemment s’en passer pour comprendre Fairy Tail, on n’y perdra pas grand chose, si ce n’est une aventure courte, mais marquante, qui rappelle que Hiro Mashima est avant tout un conteur d’histoires, qui travaille toujours ses structures de récit, afin de proposer de beaux moments de lecture.

Création de la guilde

9 commentaires

  1. Autant je vois bien en quoi « Fairy Tail Zero », « Fairy Tail » et « Fairy Tail: 100 Years Quest » sont liés, autant j’ai du mal à voir où les autres spin-offs de « Fairy Tail » peuvent s’imbriquer dans la continuité mise en place.

    (Quand il s’agit d’univers fictifs, je cherche toujours comment est officiellement établi la continuité afin de présenter le mieux possible le sujet aux néophytes.)

    J’aime

    • Je n’ai pas encore tout lu et ça dépend clairement des histoires.
      Les histoires courtes de Mashima, certaines se fondent dans la continuité mais la plupart sont des délires déconnectés du reste.
      Après, c’est au cas par cas pour les spin-off. Par exemple La Grande Aventure de Happy pourrait quasiment être considéré comme un isekai, et ce qui est certain c’est que ça ne rentre pas dans le canon.

      Aimé par 1 personne

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