Beck Perfect Edition T.1 – L’occasion de (re)découvrir la série culte d’Harold Sakuishi

Beck

J’ai déjà eu l’occasion de croiser Beck de Harold Sakuishi durant mon parcours, notamment lors de l’arrivée du titre en numérique sur Izneo, qui en proposait les trois premiers tomes gratuitement pour l’occasion, il y a environ deux ans. J’ai donc pu les lire à cette occasion, et être d’emblée conquis par le titre. Mais les soucis de disponibilité de la série au format papier ont fait que j’ai repoussé l’achat, jusqu’à l’annonce providentielle d’une « Perfect Edition », qui, si elle est loin d’être perfect, est l’occasion d’enfin acquérir le titre.

Revenons donc ensemble sur le premier volume double de cette nouvelle édition, afin de voir en quoi il serait dommage de ne pas en profiter pour se lancer.

Resituons la série et son auteur

Beck est un manga tranche de vie adolescente et musical de Harold Sakuishi, prépublié dans le Monthly Shonen Magazine entre 1999 et 2008. Le manga a été compilé en 34 volumes, et est édité par Delcourt Tonkam depuis 2004. Mais comme je l’ai dit, la série connait depuis un moment des soucis de disponibilité au format papier, si bien que cette nouvelle édition arrive à point nommé.

Nous sommes en réalité face à une simple édition double, au format exactement identique à celle d’origine si ce n’est le regroupement de deux tomes à chaque fois (ainsi, on aura 17 tomes au total). La maquette de la jaquette a été revue et modernisée, même si elle est assez critiquée du fait du fond monochrome assez criard, qui personnellement ne me déplait pas. Ce qui m’embête, c’est plutôt l’appellation « Perfect » pour de bêtes volumes doubles. Mais au moins, le papier est de bien meilleure qualité que celui de Maison Ikkoku, c’est déjà ça ! Dernier petit grief, le prix de 15 €. Delcourt aurait pu faire un petit effort quand la plupart de ses concurrents font des volumes double à 12 ou 13 euros… Qu’à cela ne tienne, faisons contre mauvaise fortune bon cœur et réjouissons nous de la remise en avant de cette série.

Parlons maintenant rapidement de son auteur, Harold Sakuishi, pour qui j’ai beaucoup de sympathie. Il se fait trop rare par chez nous car Beck est sa première série à nous être arrivée en 2004, suivie de 7 Shakespeares chez Kazé à partir de 2010, actuellement en arrêt de commercialisation. Enfin, depuis 2012, RiN, très proche dans l’esprit sur de nombreux points de Beck, est publié également par Delcourt… qui ne semble pas pressé de nous proposer les deux derniers volumes de la série.

Mais Beck n’était pas le premier titre de l’auteur, puisqu’il a commencé sa carrière en 1995 avec Bakaichi, série humoristique en 4 tomes, enchainant ensuite avec Stopper Busujima, série sportive en 12 volumes. Enfin, en parallèle de 7 Shakespeares, il écrivait et dessinait Gorillaman, série d’action en 19 tomes. Une œuvre donc assez conséquente, sur plus de 25 ans de carrière, dont nous n’avons vu que la moitié en France. 

Mais dans tout cela, Beck est clairement son titre le plus culte en plus d’être le plus long, ayant eu droit à une adaptation animée et live, gagnant le prix du Manga Kodansha en 2002. Et surtout, il a acquis une aura certaine au fil des années, selon moi du fait de sa qualité tout d’abord, de son sujet ensuite (la musique), et de son traitement très bien senti des questionnements de l’adolescence. En tout cas, dès ce premier volume double, les qualités du titre sont déjà évidentes, via son écriture au top et son ambiance particulièrement hypnotique (en plus d’une esthétique pas encore au top, mais déjà affirmée). Voyons donc tout cela en détails.

Mon avis sur ce premier volume

Yukio, jeune loser et véritable risée de sa classe à cause de sa maladresse, n’a pas de véritable but dans la vie, jusqu’au jour où il fait la rencontre de Ryusuke, un guitariste hors pair… Va alors commencer une épopée musicale incroyable et fascinante qui mènera le jeune garçon et son groupe de rock au sommet de la gloire !

Le résumé charge un peu la mule concernant Yukio, même si le jeune homme fait effectivement un peu gringalet pas très populaire sur les bords, le genre de personnage qu’on aime bien car on peut facilement se projeter dedans. Car plus que loser, c’est surtout un ado normal, d’une triste banalité donc. Il aime bien faire un peu le con avec son meilleur copain, qui lui fait bien plus loser dans l’âme, un peu obsédé par les filles sur les bords, au point de trainer Yukio avec lui pour mater les filles du collège en cours de natation. Cours de natation auquel participe Izumi Ishiguro, ancienne amie de Yukio qui est devenue une fille très populaire.

Fille populaire qui n’a pas oublié son ancien ami pour autant, et avec qui des liens se renouent en début de tome. De quoi rendre Yukio tout fou, même s’il sait raison garder et ne se fait pas trop de film, quand bien même beaucoup de personnes extérieures semblent voir une certaine alchimie entre les deux. Mais surtout, elle va inciter Yukio à sortir un peu, contribuant à lui faire rencontrer Ryusuke, ainsi que le monde du rock par son biais. En effet, cet ado un peu plus âgé a vécu aux Etats-Unis, et est un musicien dans l’âme, qui se produit avec son groupe.

De quoi mettre le pied à l’étrier à Yukio, qui va avoir un véritable coup de foudre pour le rock (représenté de façon quasiment littérale, et très intelligemment, dans la mise en scène). Ainsi, Beck rejoint la longue liste des œuvres traitant de la naissance d’une passion, afin de nous la transmettre par le biais de la fiction. On a déjà droit ici à quelques moments musicaux, où l’on voit comment Sakuishi met en scène par le langage visuel (et dépourvu de son) l’aspect musical de son œuvre. En se focalisant sur le point de vue de Yukio, il arrive à retranscrire les émotions ressenties par le personnages dans sa découverte du rock, ce qui fonctionne particulièrement bien.

Mais en plus de la musique, qui arrive petit à petit dans l’histoire, il y a surtout un portrait de l’adolescence qui fonctionne particulièrement bien, chose qui est également valable pour RiN, l’autre série très similaire de l’auteur chez Delcourt Tonkam. Encore une fois, en nous faisant partager le point de vue d’un adolescent normal qui a de fortes chances de ressembler au lectorat (ou à ce qu’il a été si on a comme moi plus du double de l’âge du personnage), il arrive à facilement nous transporter dans son ambiance adolescente, faite de remise en question, de maladresse et d’envie d’être reconnu. Ainsi, Yukio est d’emblée un personnage très attachant et authentique, tout comme les personnages qui gravitent autour de lui par ailleurs, même si la plupart son assez hauts en couleurs.

De plus, le cadre général et l’ambiance du titre sont particulièrement travaillés, réussissant à se faire vraiment immersif dans cette ambiance souvent nocturne. En y adjoignant quelques éléments qui détonnent, en particulier Beck, le chien qui ressemble au Black Jack de Tezuka, Sakuishi rend son récit encore plus hypnotique et fascinant, amenant un peu d’étrange dans un cadre pourtant réaliste et quotidien.

Et bien entendu, il y a la question de la musique, que j’ai déjà évoquée. Si dans ce premier volume, on n’entre pas dans la profondeur des choses, nul doute que la série va développer ses références musicales et surtout sa façon de mettre en scène tout cela, puisqu’on tient quand même la promesse de voir un groupe de rock se monter et évoluer. Et sur 34 tomes, Sakuishi aura très largement le temps d’aller vraiment en profondeur.

Quoi qu’il en soit, sur ces quelques 400 premières pages, Beck s’impose d’emblée par son écriture, son esthétique (pas encore parfaite mais vraiment remarquable) et son ambiance globale. Comme je l’ai dit précédemment, je trouve le travail de Sakuishi hypnotique, que ce soit dans cette série ou dans RiN, qui a été mon premier contact avec l’auteur. Il se dégage vraiment quelque chose de fort dans son travail, et j’espère que cette réédition de son titre culte sera donc l’occasion pour lui de toucher un nouveau public. Ce qui est certain, c’est que l’on a pas fini d’en parler, car après Eden chez Panini, on a encore la preuve que les valeurs sures valent souvent mieux que les dernières nouveautés, puisqu’en l’état, c’est clairement une de mes meilleures lectures de l’année.

8 commentaires

  1. Je me rappelle que j’aimais beaucoup les musiques de l’animé mais je n’ai quasiment pas de souvenirs de l’histoire en elle même. Toutefois j’avoue que l’éditeur ne m’inspire pas plus confiance que ça donc je ne sais pas encore si je vais me lancer ou pas. Je comptais passer à côté mais ta chronique me met le doute !

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    • Le souci justement, c’est qu’avec Delcourt, il vaut mieux se décider vite, au risque de ne plus retrouver la série en neuf ensuite.
      J’ose quand même espérer que l’aura du titre suffira à lui assurer un succès suffisant.
      De mon côté, il faut d’ailleurs que je continue les Hikaru no Go chez eux avant que ça devienne galère.

      Aimé par 1 personne

  2. Beck, ce n’est pas tout récent comme titre. Je connais le manga de nom seulement et aussi sa thématique, mais ça s’arrête là. J’ai jamais été tenté par l’animé et j’ai jamais fait attention au format papier je dois t’avouer, je ne savais même pas que c’était édité par Delcourt/Tonkam.

    Sachant qu’ils ont relancé une « perfect édition », qui n’en a que le nom visiblement, je me lancerai peut être bien, tout en sachant que c’est Delcourt/Tonkam. Comme d’habitue tu réussis à bien vendre le titre, je vais essayer de lire le premier tome, pour pouvoir émettre un avis constructif et « véritable ». Je n’ai encore aucun manga traitant de la musique, mais avec le temps, je m’ouvre à différent style et que ce soit du rock me dérange vraiment pas.

    Je pense me laisser tenter, en fonction des finances, mais comme d’habitude, très bon article 😀

    Aimé par 1 personne

  3. Une série pour laquelle je n’en avais jamais entendu parler, et pourtant depuis l’annonce de la perfect j’ai croisé plusieurs personnes en parler comme si c’était un incontournable.
    Tu vend assez bien le titre et je t’avoue que tu piques ma curiosité, mais avec toutes ses sorties que j’essaye de suivre chaque mois je ne sais pas encore si je vais me lancer.

    Aimé par 1 personne

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