Goldorak – La BD événement qui se révèle une triste coquille vide

Goldorak

Après le Albator de Jérôme Alquié en 3 tomes, Kana récidive dans reappropriation d’une figure importante du manga, avec cette fois Goldorak. Le projet a été annoncé annoncé grande pompe et à fait saliver fans de tous bord, et à l’arrivée, l’éditeur nous propose un très bel objet, qui cache malheureusement un récit un peu vain.

En fin de volume, nous pouvons lire la notre d’intention que Xavier Dorison à envoyé à Go Nagai, l’auteur du manga originel, afin d’avoir sa validation pour ce projet. Une note d’intention pleine de nostalgie et de volonté de bien faire, dans laquelle les idées narratives directrices et la grille de lecture du récit sont explicitées. Mais surtout, il rappelle que la passion est une condition nécessaire mais pas suffisante pour rendre ce projet intéressant. Une remarque qui illustre on ne peut mieux mon ressenti face à cette BD, qui transpire la passion et le travail de tous les côtés, notamment dans son esthétique particulièrement bluffant, mais dont la déférence ne suffit pas à cacher la grande faiblesse dans l’écriture générale.


Un grand merci à Kana pour l’envoi de cette BD.


Un projet de fan

Goldorak est une œuvre majeure dans le domaine du manga et de l’animation, certainement davantage de l’animation chez nous d’ailleurs. Le genre de titre que me citait mon père quand je lui demandais s’il regardait des dessins animés enfant (en l’occurrence, l’anime ayant débarqué en 1978 en France, il n’était plus enfant le bougre). Une œuvre qui a su créer des vocations, à n’en point douter, au point où certains ont surement du, au fil des années, vouloir se réapproprier cet univers.

Et c’est en 2016 que vraisemblablement, Xavier Dorison et des responsables de chez Kana, ont discuté de la possibilité de transposer au format franco-belge l’univers de Go Nagai. C’est ainsi que le projet a rapidement vu le jour, nécessitant quand même du temps pour que tout soit totalement validé du côté japonais.

Mais Dorison y croyait fort, et avait à cœur de respecter l’essence de Goldorak, comme il l’explique dans sa note d’intention dont j’ai parlé précédemment. Il y détaille son idée de proposer une véritable suite à l’histoire d’origine, qui tienne compte du temps passé, afin de s’inscrire dans des problématiques plus contemporaines tout en restant en phase avec la tonalité du manga. Une bien belle volonté, qui a nécessité cinq ans à l’auteur ainsi qu’à ses camarades Barjam, Cossu, Sentenac et Guillo pour accoucher des plus de 120 pages de l’ouvrage.

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Un fort beau bébé, dans un très grand format, en couleurs, classique de la bande dessinée qu’on connait bien chez nous, mais qui dénote fort en comparaison aux mangas en noir et blanc et petit format. En tant qu’objet, c’est donc magnifique, Kana n’ayant pas fait de compromis sur la qualité, justifiant sans souci les 25€ qu’il coûte dans son édition standard (car un collector à 50€ a été annoncé). Il faut dire que l’éditeur a mis les petits plats dans les grands avec un tirage initial annoncé à 175 000 exemplaires.

Ainsi, tout semble en œuvre pour mettre des étoiles dans les yeux des fans, qui semblent ronger leur frein comme jamais dans l’attente de ce volume (et les premiers retours de ceux qui ont déjà pu le lire semblent enthousiastes). Mais, vous l’aurez compris, si visuellement, le titre m’a enchanté, je ne peux clairement pas en dire autant de l’écriture…

Mon avis sur la BD

Tout d’abord, il convient de commencer en précisant que je ne suis pas franchement ce qu’on peut appeler un fan de Goldorak. Si j’apprécie les œuvres de gros robots et que j’ai eu quelques contacts avec l’anime dans mes jeunes années, je ne peux pas dire que cela a beaucoup irrigué mon imaginaire. Je garde surtout énormément de sympathie pour le thème français chanté par Noam, que je considère comme une véritable réussite. Mais en dehors de ça, c’est surtout un univers dont je connais les traits marquants et les grandes lignes, sans franchement y être particulièrement intéressé.

Par contre, les projets déférents vis-à-vis des œuvres importantes comme l’est à fortiori Goldorak m’intéressent beaucoup. La façon de se réapproprier une figure bien connue, et de la mettre en perspective me semble riche de promesse, quel que soit le personnage et l’univers. FulguropoingDe ce fait, j’étais extrêmement curieux vis-à-vis de ce projet, et il faut dire que le premier visuel, icônique à souhait, faisait son petit effet, avec ce fulguropoing à moitié immergé dans l’eau, qui m’évoquait beaucoup de chose.

Si j’ai évoqué la note d’intention de Dorison à l’adresse de Nagai, cette seule illustration me semblait également une note d’intention, mais visant les lecteurs et lectrices potentiels. En montrant le fulguropoing, soit un des éléments les plus identifiables de Goldorak, sans montrer le colosse, dans une mauvaise posture, l’imaginaire travaille et promet une belle mise en perspective de la figure, qui pourrait être écornée.

De ce fait, je partais confiant, et enthousiaste, mais cela aura malheureusement été de courte durée.

L’empire de Véga vient de réduire en cendre la lointaine planète d’Euphor. Actarus, son prince, assiste impuissant à la mort des siens. Il parvient néanmoins à échapper au massacre en s’emparant de Goldorak, le plus puissant des robots de combat.

Le récit nous présente doucement Alcor et Vénusia, deux des personnages principaux de la licence, retardant l’arrivée des iconiques Actarus et Goldorak, et très vite, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Des années ayant passé depuis la fin de l’histoire d’origine, les auteurs ont imaginé comment les personnages évoluent, et d’emblée, les deux semblent sombrer dans des clichés à la fois peu intéressants, mais très maladroitement écrits. Dans leur caractérisation d’une part, mais aussi et surtout dans leurs dialogues, qui semblent terriblement creux, et ce dès les premiers chapitres (vous pouvez d’ailleurs lire les premières pages sur le site de Kana via ce lien, où les premiers problèmes d’écriture me sont déjà apparus).

Venusia

Cependant, certaines qualités transparaissent d’emblée, en particulier dans le dessin somptueux et dans le travail d’ambiance qui s’en accompagne. Mais malheureusement, les dialogues alourdissent le tout, du fait d’échanges qui sonnent très souvent faux. Et surtout, très rapidement, on a le sentiment de se retrouver dans un film catastrophe américain très caricatural. Pour tout dire, j’ai souvent eu l’impression d’un erzats d’Independance Day qui manquerait même de l’efficacité narrative propre à Roland Emmerich.

Ce qui devient vite problématique et rageant, au point où avant même la moitié de l’album, j’étais déjà un peu lassé par les lourdeurs dans l’écriture et le ton qui n’allait pas. Certains personnages soulèvent d’ailleurs parfois des situations qui s’apparentent à des clichés hollywoodiens, comme une façon de dire que l’on a conscience de l’aspect très téléphoné du récit. Sauf que le reconnaitre n’annule pas le souci, bien au contraire.

Actarus

Reste que l’intrigue a quand même de bonnes idées, notamment la mise en perspective de la figure héroïque d’Actarus, ainsi que la thématique sur l’immigration qu’il charrie ainsi que son fort message d’ouverture et de pacifisme. Mais il y a d’un côté les belles idées, et de l’autre, la façon de les mettre en scène. Si Actarus et les antagonistes sont ceux qui s’en sortent le mieux, et de loin, en terme de densité, il reste malgré tout un sentiment de trop peu les concernant, et de belles idées trop maladroitement exploitées.

Et si j’imagine bien qu’on peut arguer qu’un certain côté désuet dans l’écriture collerait avec la nature du projet, la volonté de moderniser l’univers me laisse à penser que c’est plus des maladresses involontaires que je pointe. Jusque dans des références explicites on ne peut plus hors de propos (notamment à Docteur Folamour de Kubrick) qui alourdissent encore un peu l’ensemble.

Vous l’aurez donc compris, si toutes les belles intentions transparaissent de façon évidente à chaque page, je n’ai vraiment pas réussi à entrer dans ce récit qui me semblait bien trop maladroitement écrit. Et c’est d’autant plus rageant que d’un point de vue esthétique, on est au contraire dans un sans faute total. La mise en scène sait mettre en valeur les différentes ambiances, magnifier Goldorak à chacune de ses apparitions et épouser la complexité du personnage d’Actarus, jusque dans quelques compositions étonnantes particulièrement bien senties.

Sur ce point donc, c’est une réussite totale, qui pourrait contribuer à faire passer la pilule d’un récit qui malheureusement se fait trop timoré dans son approche de cette figure iconique, mais surtout, trop caricaturale dans ses dialogues qui desservent totalement l’ensemble.

En conclusion

Ainsi, Goldorak s’impose comme une véritable déception me concernant. Une déception d’autant plus forte que l’on sent l’implication et la passion dans ce projet. Il est évident que les auteurs ont donné le meilleur d’eux pour offrir un hommage fort et puissant à Goldorak, sans s’aliéner un public néophyte.

Cependant, l’écriture est beaucoup trop lourde me concernant, enchainant les répliques qui sonnent très faux, les développements qui ne vont pas au bout de leurs idées, ainsi que quelques personnages qui m’ont sérieusement tapé sur les nerfs (Alcor et Vénusia). Ainsi, on en revient à ce que je signalais en introduction, la passion, condition nécessaire, était bien là, mais elle n’a clairement pas été suffisante me concernant.

19 commentaires

  1. Merci pour cet avis honnête et argumenté.
    J’avoue que le projet me tentait bien sur le papier. Du coup, ton retour m’a surprise. Mais je suis allée lire l’extrait et je comprends un peu mieux ce que tu veux dire. Pour ma part, je n’ai pas été emballée en plus par le design des personnages… Alors je crains que les faiblesses que tu soulèves ne soient rédhibitoire pour moi et comme il faut faire des choix en cette fin d’année chargée, je vais l’exclure de ma liste d’achat. Tant pis.

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    • Si tu as l’occasion de le feuilleter en librairie, tu pourras sans doute t’en faire une idée plus précise.
      Me concernant, comme j’ai dit, les soucis de dialogues me sont apparus dès le début et ne m’ont pas quitté.
      Du coup compliqué de vraiment être dedans quand souvent dès répliques ou des situations me faisaient faire les gros yeux.

      J’en suis d’autant plus navré que je l’attendais quand même pas mal, et que ça sent vraiment l’envie de bien faire.

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      • Pour ce qui est des débuts, il y à un côté proche des codes du cinéma catastrophe je trouve, ou les enjeux et les persos se développent en même temps que l’événement catastrophe. Donc ça augmente en intensité et densité après quelques chapitres. Mais comme je l’ai dit, même là-dessus, je trouve Indépendance Day bien plus convaincant (mais moi c’est un film que j’aime beaucoup, j’avoue 😆)

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  2. Voilà un avis qui détonne avec les premiers retours.
    Avant toute chose je veux saluer tes excellents goûts musicaux, car oui le générique de noam était très bon !
    Pour ce qui est de la bd, je la trouve comme tu l’as souligné esthétiquement c’est vraiment beau et je dois avouer de mon côté que même si le reste semble vide de ton ressenti, je me laisserai malgré tout tenter par la bd. En tout cas un avis honnête de ta part comme d’habitude !

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      • en fait, je me suis emmelée les pinceaux. après réflexion, c’est le manga dispo chez Black Box Editions qui me tentait. un volume double. cette BD a l’air un peu trop « américanisée »… merci pour tout et bon vendredi à toi!

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  3. Ce que tu dis ne m’étonne absolument pas. les planches que j’avais vu dans l’expo de la MCJp m’avait déjà un peu refroidie, de même que l’extrait mis en ligne par Kana. De plus, je ne suis pas fan de ce format mélangeant les codes graphiques de la BD et du conics. REste que je ne vais pas me priver de le feuilleter en librairie 🙂 .

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    • Je pense qu’un feuilletage pour se faire son opinion reste la meilleure chose à faire de toute façon.
      Sur les influences esthétiques, ça a franchement bien marché sur moi. Mais c’est vraiment l’écriture qui est totalement passée à côté à mes yeux, comme tu l’auras compris.

      Mais dans le même temps, je vois déjà sur les réseaux les « BD de l’année » et autres dithyrambes qui affluent, donc je me dis que c’est peut être moi qui suit bizarre 😅

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  4. Bonjour.
    Je me considère comme un fan de Goldorak. (qui a un peu vieilli !) Et j’ai acheté cette BD sitot que j’ai eu connaissance de son existence.

    Je suis globalement asser d’accord avec ta chronique. Je lis beaucoup d’avis laudatif sur cet ouvrage, et je me demande si ce n’est pas du fayotage !

    La BD est bonne, la nostalgie coule à plein, pourtant, comme dirait le Lieutenant Columbo, il y a un « petit détail » qui…
    Et des petits détails, il y en a beaucoup ! Je n’ai rien contre le fan service, un petit détail discret laissé là l’air de rien, histoire de se reconnaitre en gens du même monde, ça fait plaisir.

    Par contre quand c’est trop appuyé, c’est potentiellement désagréable. Pour situer mon propos, je ne dirais qu’une chose : 45 tours.

    Je ne pense pas que les auteurs soient partis avec de mauvaises intentions. L’histoire principale est particulièrement bouleversante et puissante. Il est regrettable que l’auteur/fan de 40 ans se soit laissé égarer par le gamin qu’il a été.

    Il faut espérer que maintenant que la porte de Mr Go Naigai a été enfoncé, d’autres doujinshi avec des moyens verront le jour, et qu’on prendra le temps d’écrire des histoires de Goldorak qui parlerons à la fois aux quadra nostalogiques :p mais aussi à leurs enfants.

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    • Bonjour bonjour,

      Je pense que le projet bénéficie d’une forte tolérance que n’auraient pas d’autres de par l’aspect assez exceptionnel d’une adaptation en BD française d’un classique du manga et de l’animation japonaise. De ce fait, le côté culte et la nostalgie doivent jouer dans l’appréciation.
      Après, ce serait un procès d’intention de viser des personnes en particulier, et n’étant pas dans la tête des gens, je ne m’aventurerai pas là-dedans.

      Mais je pense très sincèrement que le contexte a toujours un impact majeur sur notre façon de recevoir les œuvres, et dans ce cas de figure, le contexte est très important et doit peser pas mal parfois.

      Le coup du 45 tours m’a en effet fait faire un bond. C’est pour moi le symbole de la volonté de se faire plaisir, de faire un clin d’oeil amusant, mais qui fait totalement sortir du récit. Comme un coup de coude adressé aux fans, pour montrer qu’on connait ses classiques, une marque « d’écriture » pure qui se fait au détriment du récit à mes yeux.

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