Elle et son Chat – Blue Period T.5 de Tsubasa Yamaguchi

Elle et son chatAprès The Voices of a Distant Star de Mizu Sahara, Pika nous propose une nouvelle adaptation manga en un volume d’un court métrage de Makoto Shinkai avec Elle et son Chat, de la brillante mangaka Tsubasa Yamaguchi, dont la série Blue Period est également au catalogue de l’éditeur (on abordera d’ailleurs son 5e tome plus loin dans cet article). L’occasion de mêler à nouveau deux singularités artistiques, pour un résultat particulièrement convaincant.

Un grand merci à Pika pour l’envoi !


Le court métrage de Shinkai

Avant d’aborder le manga en lui-même, il semble intéressant de resituer un peu le court métrage de Makoto Shinkai, qui est assez singulier. Il s’agit du premier travail connu du cinéaste, réalisé entièrement par ses soins sur son temps libre en 1999-2000. Cet aspect « amateur » se ressent sur plusieurs aspects : il est extrêmement court (moins de 5 minutes), intégralement en noir et blanc, avec une économie de mouvement et de moyens évidente puisque les images sont presque fixes dans l’ensemble. Cela confère une esthétique et une ambiance particulière au métrage qui lui va finalement très bien. Enfin, Shinkai a lui-même assuré le doublage du chat (dont on entend les pensées).

Dernière précision, ce court-métrage a son importance dans l’œuvre de Makoto Shinkai puisqu’il lui a valu le Grand Prix CG Animation Contest de DoGa, et a été sa première collaboration avec le studio Comix Wave, avec qui il a ensuite fait l’intégralité de ses longs métrages. Un coup d’essai décisif pour le cinéaste de ce fait, qui donnera l’impulsion à sa carrière, d’autant plus qu’on y trouve déjà une thématique proche de ses obsessions, à savoir la communication entre deux individus distants (ici, c’est l’espèce qui crée cette distance), et la façon dont l’un et l’autre s’apportent mutuellement. De même, l’idée d’individus qui ont du mal à se faire au monde en mouvement est également déjà présent en germe dans le court, même si elle sera davantage développée dans le manga.

L’adaptation en manga

Concernant l’adaptation de cette histoire en manga, elle est assez tardive et aura attendu que Makoto Shinkai devienne un cinéaste renommé, puisqu’elle a été prépubliée en 2016 dans les magazines Afternoon et Afternoon Season Zokan de Kodansha. Il s’agit de la première publication connue de Tsubasa Yamaguchi, peu de temps avant Blue Period. Sans doute un travail de commande donc, ce qui n’a pas empêché la mangaka d’imposer son style si reconnaissable dès ce premier essai.

Il faut dire que le court de Shinkai laisse une large possibilité à la réappropriation, et ce one shot est ainsi plus dense sur tous les points, si bien qu’il me semble réducteur de parler d’adaptation. Le court métrage offre plutôt un support de base à partir duquel Yamaguchi a pu broder toute une histoire, en restant quand même très fidèle aux éléments mis en place. Mais en prenant davantage de temps, elle en étoffe chaque aspect thématique pour rendre son manga plus riche et marquant.

D’une part, là où le court métrage ne quitte jamais le point de vue du chat, le manga se permet d’étoffer un peu celui de la jeune femme, développant ainsi sa caractérisation et ce qui rythme sa vie. Il est question de son travail et de la charge qui pèse sur elle vis-à-vis de celui-ci, de son rapport à une amie ou à ses collègues. Ces éléments permettent de mettre en exergue une forme de décalage par rapport à son entourage et à ce que la société semble attendre d’elle. Son travail a l’air de lui peser parfois, tout comme les relations sociales et l’injonction à trouver un homme dans sa vie.

Tout ceci l’amène à se remettre en question, et il semblerait que la dépression soit proche, voire même qu’elle se soit déjà installée. Cet aspect est tout juste survolé dans le court métrage, nous voyons juste la jeune femme pleurer après un appel, mais on ne saura jamais pourquoi. Dans le manga, tout est plus clair sur cet aspect, et cela permet de véritablement étoffer la portée émotionnelle et thématique du récit.

Et au centre de tout ceci, il y a toujours ce chat, trouvé dans un carton, qui partage la vie de la jeune femme. Le travail d’écriture sur le point de vue de l’animal, dont on partage les pensées, est vraiment réussi. Que ce soit dans le rapport qu’il a à cette jeune femme et à l’appartement dans lequel ils vivent tous les deux, ou dans ses incompréhensions de certains comportements humains, il est le cœur du récit et porte sans souci cette histoire, lui donnant une tonalité chaleureuse qui entre en phase avec ce qui semble être l’idée directrice de l’histoire : même si la vie est dure, elle peut être belle aussi.

Me concernant, j’y ai vraiment vu une histoire de dépression, et d’apaisement grâce à une présence, qui est ici cet animal. Une histoire d’ouverture à l’autre également, toujours via le chat, mais pas uniquement. Quoi qu’il en soit, sur un format si court, Tsubasa Yamaguchi a réussi à proposer une histoire simple, mais riche d’un point de vue émotionnel et thématique, vers laquelle on a envie de revenir pour en profiter encore davantage.


Blue PeriodOn passera plus rapidement sur ce cinquième tome de Blue Period, non pas que la qualité ne soit pas au rendez-vous, mais surtout parce que j’ai déjà chroniqué chacun des tomes parus jusque là, et mon avis n’a pas changé d’un iota.

La mangaka est toujours aussi douée pour étoffer le personnage de Yatora, et mettre en relation ses questionnements personnels et ceux liés à sa passion pour l’art. On comprend bien qu’il se cherche autant en tant que personne qu’en tant que futur artiste, et c’est une des grandes forces du récit. Que ce soit dans son rapport à sa passion ou ses remises en question d’adolescent/jeune adulte, tout sonne particulièrement juste dans l’écriture du personnage.

Et le reste du volume est à l’avenant également, entre l’esthétique de l’autrice toujours particulièrement marquée et en phase avec le sujet du manga, et le travail sur les personnages secondaires, on a toujours droit à des volumes très riches, qui se dévorent avec passion. Le personnage de Ayukawa, dont l’ambiguité sexuelle continue d’être mise en avant, étoffant encore les questionnements sur l’adolescence et notre propre identité.

Ainsi, inutile de passer par quatre chemins pour dire que ce nouveau volume est encore une belle réussite, confirmant une fois de plus mon amour pour ce titre qui reste, à trois mois de la fin de l’année, la meilleure nouveauté de 2021 à mes yeux !

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