Lupin The Third Anthology – Une bonne porte d’entrée si on y connait rien ?

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La sortie ce 17 septembre de l’anthologie de Lupin The Third chez Kana est un petit événement en soi chez les mangavores de tout poil. Une façon de rattraper un manque éditorial en France, puisque c’est à ma connaissance la première fois que l’on va pouvoir découvrir dans notre langue la version papier des aventures de celui que certains, comme moi, connaissent sous le nom de « Edgar de la cambriole ». C’est donc un petit morceau d’histoire du manga que Kana nous propose là, ainsi qu’un pari éditorial chargé de certains enjeux, comme nous allons le voir.


Avant de commencer, précisons que mon article se veut surtout l’approche d’un néophyte quasi-complet, afin de voir comment on peut percevoir cette anthologie quand on n’y connait pas grand chose de la licence.


Comme je l’ai dit, il y a certains enjeux derrière cette sortie, qui dépasse le cadre du « ce serait bien que ça se vende pour faire un peu de pognon », qui ne concerne que l’éditeur. Cette anthologie, sortie au Japon en 2019, est la première d’une série de recueils d’histoires du personnage (le second volume arrive en octobre). Ainsi, les ventes pourraient ou non encourager Kana à poursuivre dans cette voie. Mais pas uniquement pour ce qui est de publier les anthologies, car il semblerait que l’éditeur utilise surtout ce volume comme un test pour lancer ou non la série en France, en fonction de la demande. Ce qui n’est pas rien en soi. De ce fait, j’aurais tendance rien que pour ça à encourager l’achat de ce volume. De même, l’audace éditoriale est à saluer, et mériterait d’être suivie, d’autant plus qu’il s’agit quand même d’un ouvrage qui a un certain intérêt patrimonial pour les curieux.ses.

Lupin_III_Kessaku_shu-1-jpMais vous en conviendrez, tout ceci est un peu éloigné des considérations de plaisir de lecture et de qualité de l’ouvrage proposé. Avant de parler du fond, abordons un peu la forme. Kana nous livre un bel objet, dans la collection Sensei, avec un format un peu plus grand typique de la collection donc, une traduction pleine de charme et une impression de qualité, et à titre personnel une jaquette que je trouve bien plus belle que celle de l’édition japonaise.

Ceci étant dit, à quoi a-t-on droit dans cette anthologie ? Nous avons un recueil de 12 histoires de Lupin, toutes autoconclusives, réparties sur plus de 280 pages, sélectionnées par le dernier éditeur de Monkey Punch (car il s’agit d’un ouvrage posthume, l’auteur n’a donc pas pu choisir lui-même). Il explique en milieu de volume comment il a fonctionné pour choisir les différentes histoires, indiquant par exemple que la première met en scène tous les personnages principaux afin de rapidement nous les présenter. Il a souhaité mettre en lumière plusieurs personnages dans différentes intrigues, et mélanger les deux périodes du personnage si j’ai bien compris. L’idée directrice était dans tous les cas de proposer un ouvrage plaisant à lire à la fois pour les fans mais aussi les nouveaux venus, afin qu’ils ne soient pas perdus.

Et ça tombe bien, car ma connaissance de cet univers est quasi nulle. Je regardais de temps en temps Edgar de la Cambriole sur Game One quand j’étais ado, mais je dois avouer qu’en dehors du générique français (que je trouve toujours très sympa d’ailleurs), je n’en ai quasiment aucun souvenir.

Mais sur ce point, je dois dire que je suis quand même assez sceptique. J’entends par là que c’est quand même très compliqué de véritablement se sentir à l’aise dans cette anthologie d’un point de vue narratif si on ne connait pas déjà assez bien cet univers. Si on rencontre les personnages principaux dans la première histoire, ils sont tout juste esquissés, si bien qu’il est compliqué de connaitre la nature de leurs relations, ni le tempérament de chacun. Mais au moins, ils ont des looks très marqués qui transmettent déjà quelques informations.

Ainsi, ces histoires toutes décousues se suivent avec un certain plaisir, mais je me suis senti partiellement extérieur au délire en tant que profane. Ce qui n’empêche pas de trouver quand même plusieurs motifs de satisfaction. Le premier est très clairement esthétique. Car si le visuel est très marqué par une époque (rappelons que les histoires sélectionnées ont été publiées entre 1967 et 1977), il dégage un charme évident. je trouve même que de nombreuses planches impriment la rétine, que ce soit sur des plans d’exposition très larges (quand l’ouvrage commence sur la double page ci-dessous, ça impose clairement un certain style), ou des planches qui s’enchainent avec un découpage très clairement hérité du cinéma, donnant un sentiment de mouvement palpable.

Première page

Si par la suite, on a de temps en temps des pleines pages ou des doubles pages de ce calibre, c’est vraiment par le découpage et le character design que l’esthétique m’a parlé. Et sur ce point, vous m’excuserez une fois de plus de jouer les mâles primaires, mais les personnages féminins dégagent un charme évident. D’emblée, on rencontre Fujiko, la caution féminine de la bande, et Monkey Punch nous propose un peu de nudité. Une façon finalement bienvenue dans cette histoire de mettre en avant le fait que cet univers est adulte et sexué. Si cette première scène se veut traitée sur le monde comique, la question de la sexualisation sera traitée avec davantage de sérieux dans les autres histoires, et m’a vraiment étonné (surement une censure d’Edgar de la Cambriole à l’époque, ou mes souvenirs d’ado qui sont altérés, mais je pensais l’univers bon enfant et asexué). Si ce point peut sembler anecdotique, il me semble au contraire important à souligner car il contribue à charrier une ambiance héritée d’un certain cinéma (et d’une certaine littérature, on parle quand même de Lupin), un peu désuet aujourd’hui, mais qui ne manque encore une fois pas de charme à mes yeux.

Concernant l’esthétique également, d’une histoire à l’autre, le trait peut connaitre certains changements (tout comme la qualité de détail des planches, car la qualité du matériel qui était à la disposition de l’éditeur n’était pas homogène) liés au fait que l’on ait des histoires écrites sur 10 ans de temps. Et le ton des histoires épouse ces changements esthétiques, avec des intrigues globalement humoristiques, mais parfois plus sombres et violentes. Mais toujours avec un certain sens de la chute et du burlesque. De ce fait, même sans bien comprendre les tenants et aboutissants des relations entre personnages, il y a de vrais motifs de satisfaction pour les néophytes.

Cependant, il reste une certaine confusion liée au fait qu’on soit lâché dans cet univers sans vraiment le connaitre. Ce qui est selon moi le véritable point noir de l’entreprise. Mais en toute honnêteté, je ne vois vraiment pas comment il aurait été possible de totalement s’adresser aux nouveaux venus avec une anthologie. Je ne doute donc pas que les gros fans y trouvent leur compte et soient totalement ravis, me concernant, j’ai eu un bel aperçu d’un univers que j’ai envie de découvrir, mais pétri de frustration.

De ce fait, si j’estime que pour les néophytes tels que moi, l’ouvrage a ses limites, il n’en reste pas moins une belle invitation à découvrir une série importante et patrimoniale. Et c’est surement sur ce point qu’il est recommandable pour les néophytes, à condition de savoir d’avance à quoi s’en tenir.

12 commentaires

  1. Merci de soulager certaines de mes inquiétudes sur la qualité du dessin, des histoires, leur conclusion, etc. En revanche, je crains de me sentir un peu exclu comme toi, vu que je n’ai qu’un lointain souvenir de la série et un bon du film sorti récemment. Mais j’ai très très envie de tenter l’aventure et de récompenser l’éditeur pour cette expérience.

    Aimé par 2 personnes

    • Je ne vais pas te mentir, je pense que tu as ce gros risque d’être en partie extérieure à la chose.
      Certaines histoires fonctionnent vraiment bien quand même, mais dans l’ensemble, il y a une forme de confusion qui vient du fait de ne pas bien connaitre les personnages.
      Donc je pense que c’est à chacun et chacune de voir s’il/elle peut y trouver son compte en ayant conscience des limites de la chose.

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai pu feuilleter l’ouvrage. Je ne pourrais pas évoquer le fond n’ayant pas passé assez de temps dessus mais au niveau de la forme ça reste aléatoire de ce que j’ai pu voir. Il y a effectivement des changements de styles qui côtoient des planches vraiment travaillées. Là où j’ai tiqué, c’est que certaines planches ont un effet « pas fini » comme s’il y a avait eu un défaut d’impression. En gros le trait n’est pas marqué et les personnages sont parfois difficilement visible. Je ne sais pas si c’est vraiment un défaut technique ou dû au trait parfois brouillon de l’auteur. En tout les cas, la lisibilité de la planche/case dans ces cas là était parfois difficile :/

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    • J’ai effectivement eu le sentiment d’une qualité d’impression inégale sur certaines histoires, mais en regardant le PDF de l’éditeur, tout me semblait plus clean malgré certaines inégalités qui persistaient. Du coup je n’étais pas trop sur de moi, mais si tu me dis que tu as eu le même sentiment, je pense que ça ne doit pas venir de nulle part.

      Je suppose que le matériel fourni à Kana était aussi inégal en terme de qualité.

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  3. Content d’avoir te ressenti de néophyte sur le sujet l’étant moi même! Je vais malgré tout sauter le pas pour cette anthologie car j’ai très envie de découvrir l’univers de Lupin III. Au niveau des inquiétudes et de ce que tu en dis ça semble normal d’être un peu perdu sur une telle licence en débutant avec une anthologie. Pour ce qui est de la qualité qui diffère, dans son billet Vagabond explique que certaines planches originales ont été perdues et que donc pour certaines ils sont partis de scans, ceci explique cela donc. En tout cas chouette billet!

    Aimé par 3 personnes

  4. En lisant ton article, j’ai eu l’impression de me souvenir de la série, mais en fait tout me viens de l’anime « Le Château de Cagliostro » >.<
    Toujours est-il que si j'avais eu des sous j'aurais volontiers acheté ce titre pour ma bibliothèque puisque l'on organise actuellement une petite mise en valeur de notre fond spéciale "Sherlock, Lupin et Fantômas".

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