Decouverte des classiques : L’Homme qui marche de Jiro Taniguchi

L'homme qui marche

Cela faisait trop longtemps que je n’avais pas parlé de Jiro Taniguchi par ici. Et aussi longtemps que je n’avais pas replongé dans l’oeuvre d’un mangaka pourtant très important pour moi. Je l’avais déjà dit à plusieurs reprises, j’étais fan de Taniguchi avant de m’intéresser au manga. Il y a même quelques années, les seules BD (au sens très large) que j’achetais étaient des œuvres de Taniguchi. Revenant ici à mes premières amours, je vais aborder un titre majeur de l’auteur, aussi bien pour nous, français, que pour sa bibliographie dans son ensemble.


Je vous invite également si vous êtes intéressé.e à jeter un oeil à mon « portrait » du mangaka, disponible ICI, où j’aborde certains aspects qui caractérisent notamment L’Homme qui marche.


L’homme qui marche, premier manga de Taniguchi en France

Jiro Taniguchi a depuis ses premiers titres parus chez nous un rapport particulier au public français. Il est considéré dans l’Hexagone comme un artiste majeur, et est presque plus populaire ici qu’au Japon. 1ere éditionL’histoire d’amour entre l’auteur et le public français a débuté en 1995, lors de la première publication de L’Homme qui marche, chez Casterman. Au fil des ans, le titre a connu moult rééditions, comme tous les titres de l’auteur chez l’éditeur, afin de lui faire bénéficier d’une mise en avant constante, pour mon plus grand bonheur.

Commencer l’aventure éditoriale de Taniguchi en France avec ce titre me semble un choix particulièrement significatif. Alors que L’Homme qui marche est paru au Japon en 1992, il me semble être le premier de ses titres qui soit à la fois représentatif de son style global, intégralement écrit et dessiné par lui, et n’étant pas un recueil d’histoires courtes.

Ainsi, en découvrant ce premier titre en 1995, le public français a pu se familiariser avec le style si particulier de l’auteur, avec un récit très peu narratif, véritable ode à la flânerie qui invite à se poser et faire le point, préfigurant ainsi des titres comme Le Promeneur, Le Gourmet Solitaire, mais aussi ses chefs d’œuvres beaucoup plus narratifs que sont Le Journal de mon Père et Quartier Lointain.

Une ode à la flânerie

Un élément qui caractérise de nombreuses œuvres de Taniguchi selon moi, et qui est parfaitement représenté dans L’Homme qui marche, est cette capacité à nous envelopper dans ses ambiances. Le mangaka n’a pas peur de nous proposer des titres très peu narratifs, qui ne racontent finalement pas grand chose, comme c’est le cas ici. 

En effet, nous nous contentons de suivre le personnage principal, ce fameux homme qui marche, au gré de ses promenades. En se focalisant sur ces balades, sur ces petits riens et ces moments de flottement dans la vie, il nous invite à la contemplation, et à s’abandonner un peu. J’ai déjà eu l’occasion de le dire plusieurs fois, mais la plupart des titres de Taniguchi, et en particulier ceux centrés sur la flânerie, ont cette capacité à me faire oublier le stress de la vie de tous les jours, du travail et des obligations. En partageant ces moments de pause du ou des personnages qu’il nous invite à suivre, on partage leur tranquillité, avant de reprendre le cours de notre vie quotidienne.

Ainsi, en racontant peu de choses, l’auteur arrive à transmettre beaucoup. Que ce soit des sensations, par le biais d’un geste, d’un regard sur quelque chose en particulier, ou des idées, parfois assez fines, il arrive à nous happer.

Tout ceci passe évidemment par un travail esthétique très pointu, accentuant tous les éléments d’ambiance, toutes ces petites choses sur lesquelles on ne se focalise pas habituellement. Ce faisant, il arrive à nous faire ressentir cette lenteur, et nous permet de nous poser au mieux, d’être enveloppés.

Il se dégage ainsi de ses récits une poésie qui est typique de l’auteur, que je ne retrouve chez aucun autre personnellement. En nous invitant à prendre part aux flâneries de ses personnages, et ici de son homme qui marche, nous partageons avec eux un moment de détente, qui nous permet, le temps d’une lecture, d’oublier un peu nos tracas quotidiens. Ce faisant, les titres de Jiro Taniguchi deviennent des œuvres « refuge » dans lesquelles j’aime me plonger et me replonger, afin de me ressourcer. J’y trouve la même bouffée d’oxygène que ses personnages au gré du récit, et je les quitte toujours avec un sentiment d’apaisement qu’aucun autre auteur n’arrive à me procurer de la sorte.

En cela, L’Homme qui marche préfigurait déjà tout ce que Taniguchi allait apporter à ses lecteurs et lectrices. Et si le mangaka nous a malheureusement quittés en 2017, il nous a laissé une oeuvre extrêmement dense vers laquelle il est toujours bon de revenir, tant elle a cette capacité unique à l’introspection et l’apaisement.

10 commentaires

  1. Tu le sais, j’aime aussi beaucoup Taniguchi et j’y reviens régulièrement. Cette semaine j’ai relu Quartier lointain par exemple, un sommet pour moi avec Le journal de mon père et Le sommet des dieux.
    Mais j’aime aussi ses titres moins mis en avant comme celui que tu présentes. Ce ne sont pas les plus faciles d’accès pour ceux ne connaissant pas l’auteur, justement parce qu’il pousse la non narration un peu à l’extrême, mais perso j’adore.
    Et il me reste encore heureusement quelques jolis titres de l’auteur à découvrir ☺️

    Aimé par 2 personnes

  2. Qu’est-ce que je peux aimer Taniguchi !! A part le Sommet des dieux que je n’ai pas encore lu, j’adore tout ce qu’il a fait. De Séton en passant par celui-ci ou le Gourmet Solitaire ou Quartier Lointain. Je m’évade à chaque fois.

    Aimé par 1 personne

  3. Tanigushi a la faculté à travers ses œuvres de nous pousser à l’introspection. On réfléchit sur le sens de nos vies, le rapport à nos souvenirs, les regrets, la famille… tout cela avec un fil de nostalgie. J’ai l’impression de retrouver Guy Gavriel Kay dans une certaine mesure.

    Aimé par 1 personne

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