Mon avis sur… Chiruran T.1 & 2 de Shinya Umemura et Eiji Hashimoto

Chiruran 1 et 2

Après Ao Ashi, Chiruran est le deuxième shonen au long cours à nous arriver chez Mangetsu. Deux titres qui vont sans doute avoir la lourde tâche d’être des piliers pour l’éditeur dans les années à venir. Et si Sullivan Rouaud s’est récemment fendu d’un tweet pour souligner le très bon lancement d’Ao Ashi, il est temps aujourd’hui d’accueillir comme il se doit Chiruran, manga de samouraï qui ne joue pas dans la même cour, mais qui devrait lui aussi trouver son public sans soucis, du fait de ses nombreuses qualités et de son accessibilité. On va faire le point sur tout ça ensemble !

Un grand merci à Mangetsu pour l’envoi de ces deux premiers tomes.

Resituons la série

Chiruran est donc un seinen écrit par Shinya Umemura (Valkyrie Apocalypse) et dessiné par Eiji Hashimoto (dont c’est le seul titre). La série est prépubliée depuis 2010 dans le mensuel Comic Zenon de Tokuma Shoten, et compte déjà 29 tomes au Japon. Une tomaison soutenue que l’on rattrapera d’ici quelques années, puisque 5 tomes sont déjà programmés pour 2021 en France, l’éditeur a d’ailleurs eu la bonne idée de sortir les deux premiers conjointement pour le 16 juin. Mangetsu a également choisi de le publier dans sa collection shonen, et au vu de ces deux premiers tomes, le ton est vraiment à cheval entre shonen et seinen, rappelant encore une fois la porosité de ces catégories éditoriales.

Edo, 1859. Le shogunat Tokugawa vit ses derniers instants.

Toshizô Hijikata, 24 ans, s’entête à défier tous les samouraïs qui croisent sa route. Son rêve ? Devenir le sabreur le plus puissant de la capitale. Des années plus tard, on le surnommera « le démon du Shinsen Gumi », une milice samouraï redoutable dont il prendra le vice-commandement… À quoi pensait-il ? Que cherchait-il ? Et surtout, quelles vérités Shinpachi Nagakura, l’un des rares survivants de cette époque tumultueuse, révélera-t-il au sujet de son ancien compagnon ?

C’est ici que débute la légende d’une bande de vauriens abonnée aux coups d’éclat !

Comme l’indique le résumé, nous sommes donc face à une série historique, relatant des événements réels (surement avec une certaine dose de libertés prises) et mettant en scène des personnages ayant véritablement existé. À ce titre, une brève contextualisation historique n’est pas de trop, afin de montrer en quoi ce cadre est intéressant en terme de fiction.

Contextualisation historique

Shinpachi NagakuraLe récit débute alors qu’une journaliste fait la rencontre de Shinpachi Nagakura, alors âgé, et lui demande une interview afin d’en connaitre plus sur son histoire. Il sera ainsi le narrateur du récit, l’encadrant via des retours réguliers. Une technique narrative classique qui peut être une simple coquetterie, mais qui pourrait aussi contribuer à densifier le récit, et proposer une mise en perspective de la teneur historique de celui-ci.

Car lorsqu’on aborde ce type de récit, si le cadre historique peut surtout faire office de prétexte à de l’action rondement menée avec des sabres et du tranchage à tout va, la simple décision de se situer dans ce contexte spécifique ne me semble pas anodine. De ce fait, la présence de personnages historiques et de précisions chronologiques m’a invité à faire quelques menues recherches sur le sujet.

Toshizo HijikataTout d’abord, les personnages évoqués dans ces deux premiers tomes, notamment le narrateur Shinpachi Nagakura et le personnage principal Toshizo Hijikata, ont réellement existé, tout comme la milice du Shinsen Gumi. Précisons d’ailleurs que le fait d’effectuer quelques recherches sur les différents personnages comporte un gros risque de spoil, vous vous en doutez. Allez-y donc à vos risques et périls !

Quoi qu’il en soit, l’histoire débute en 1859, alors que l’ère Edo touche à sa fin. Une période particulière de l’histoire japonaise puisqu’elle marque la fin de la politique isolationniste, faisant basculer le pays du système féodal à un système industriel moderne à l’occidentale. Je ne vais pas développer davantage car je n’en ai tout simplement pas les compétences, et aussi parce que l’on peut trouver des ressources en quantité sur Internet.

Ce qui est important de garder en tête, c’est que la série se déroule durant une période charnière de l’histoire du pays, qui voit de grands bouleversements. On trouve également cet aspect dans Sidooh de Tsutomu Takahashi par ailleurs. De mon côté, j’aime tout particulièrement les œuvres qui ont trait à la fin d’une époque et du passage d’une ère à une autre, quelles que soient les civilisations et les périodes historiques abordées. La raison en est que cela permet aux auteurs de proposer des résonnances fortes avec notre monde contemporain, qui est aussi en constante mutation. Il y a ainsi une forme d’universalité historique que je trouve très intéressante.

Et Chiruran va donc développer ce contexte historique particulier, en nous faisant suivre les pérégrinations du Shinsen Gumi, un groupe de samouraï, principalement des ronins, au service du Shogunat Tokugawa. Les deux premiers tomes voient le petit groupe proposer ses services, avec une sélection qui débute à la fin du second volume, afin de voir quels groupes de combattants pourront œuvrer pour le shogun.

Tout ceci sur fond de changements politiques importants, comme je l’ai signalé précédemment. Ainsi, on peut imaginer que la série va mêler les destins individuels à l’Histoire avec un grand H, d’où le fait que le récit soit encadré par le témoignage de Shinpachi Nagakura. De même, la longueur de la série se justifie par la potentielle densité historique, sachant que la période de trouble couverte s’étend sur une dizaine d’années (et traiter les conséquences du changement serait pertinent également). Ainsi, vous l’aurez compris, rien que par le cadre historique, il y a un fort potentiel narratif à explorer.

Enfin, n’hésitez pas à regarder la vidéo de présentation du manga par Sullivan Rouaud, qui resitue très bien le contexte historique du récit.

Mais si l’apport historique et culturel est évident, on lit aussi des mangas pour passer de bons moments ! Il est donc temps de passer à mon avis à proprement parler sur ces deux premiers volumes, afin de voir ce que la série a dans le ventre !

Mon avis sur ces deux premiers tomes

Après cette longue mise en contexte, nous pouvons enfin aborder ce qui nous intéresse, à savoir les deux premiers tomes de Chiruran ! Contextualisation qui a au moins pour intérêt de préciser un peu dans quel genre de récit nous sommes, la teneur historique me semblant essentielle ici.

Et dès les premières pages, les mangakas arrivent à nous immerger dans l’époque, à la fois grâce à l’idée du récit encadré par la narration de Shinpachi Nagakura, mais aussi par le biais d’une esthétique très travaillée, d’autant plus impressionnante qu’il s’agit du premier travail de son dessinateur. D’emblée, les décors sont des plus soignés, tout comme les tenues des personnages et tous les éléments qui contribuent à poser l’époque et l’ambiance spécifique du récit.

Le character design est d’ailleurs au diapason de l’écriture des personnages, aux forts relents de furyo. Si la période historique semble traitée avec soin, les auteurs se permettent quand même un aspect plus fun pour ce qui concerne les personnages, qui ont tous des gueules bien marquées, les rendant directement identifiables. Et c’est vrai autant pour les membres du Shinsen Gumi que pour les autres personnages secondaires.

Shinsen Gumi

De même, la mise en scène des affrontements (le titre est d’emblée assez généreux sur ce point) ne verse pas dans le réalisme total et propose une part mesurée d’excès qui les rend fluides et intenses. Le tout participant pleinement à la caractérisation des personnages dans l’action. Et surtout, cela appuie un travail d’écriture qui, de la même façon, semble viser une certaine forme d’excès propre au shonen nekketsu, qui justifie selon moi le choix du changement éditorial pour Mangetsu.

En effet, dès le début, le personnage principal, Toshizô Hijikata, est présenté comme un arnaqueur à la petite semaine, vendant des remèdes aux gens… après leur avoir pété la gueule ! Logique, tu démonte des gens, et ensuite tu leur vends de quoi se soigner des blessures que tu leur a infligé. Ainsi, il joint l’utile à l’agréable en se battant et en gagnant sa vie. Il clame d’ailleurs à qui veut l’entendre qu’il cherche à affronter les plus forts, pour mesurer sa propre puissance. Un côté tête brûlée qu’on retrouve donc fréquemment dans les shonen d’action.

Et ses camarades ont droit à un début de caractérisation également très marquée, avec une emphase mise sur le fait qu’ils sont tous une famille. Encore une fois, la frontière entre shonen et seinen est très poreuse tant on a le sentiment d’avoir des ingrédients dignes d’un nekketsu. Mais en plus de ça, il y a un côté furyo dans cet effet de groupe qui n’hésite pas à être dans les limites de la légalité et de la morale, tout en respectant certains codes assez chevaleresques.

Ainsi, la mise en place de l’intrigue est des plus efficaces. On comprend rapidement le cadre global du récit, sans souffrir de la moindre lourdeur, les éléments étant amenés au compte goutte. Et le fait de mettre la focale sur ce petit groupe de personnages aux trognes directement reconnaissables permet de très vite s’attacher à eux. Certains ont déjà eu un début de développement, et on ne doute pas du fait qu’ils auront tous droit à une caractérisation dense au fil du récit.

En résulte une entrée en matière à la fois dense et accessible, la fluidité du récit étant au service d’une caractérisation efficace (et classique) des personnages, pour une mise en place claire des premiers enjeux. Les auteurs arrivent déjà à nous faire apprécier ce petit groupe haut en couleurs, et surtout à nous intéressr au contexte historique très riche de la série. Ainsi, la perspective d’un petit tournoi des familles dans les prochains tomes, alliée à des enjeux sur le long terme liés à la grande Histoire font qu’on ne peut que ressortir très confiant pour le futur de la série. C’est donc à une nouvelle aventure sur le long cours que nous invite Mangetsu, et il serait difficile de ne pas céder tant les prémices sont séduisantes !

Kimono

41 commentaires

  1. Pourquoi pas, tu sais donner envie comme toujours !
    Par contre, quand je vois ton enthousiasme, j’ai envie de te conseiller de lire aussi l’Habitant de l’infini, ma référence en matière de titre de samouraï (avec Vagabond ><) 😀

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  2. Oh oui, le chainons manquant entre Samourai Deeper Kyo et Kenshin le vagabond?

    Oui, mais non, j’avais dit « je ne commence plus de nouvelles séries » puis là, tu me donnes envie avec un récit historique et d’action

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  3. On retrouve ce moment charnière dans Kenshin. D’ailleurs le Shinsen Gumi y est présent. J’aime beaucoup quand l’histoire d’un récit se mesure à l’Histoire. Cela donne une crédibilité à l’ensemble et cela permet surtout d’apprendre plein de choses en s’amusant 😉 . Du coup cela me pousse à reprendre le manga Kenshin !

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      • Faut faire abstraction. Kenshin est une oeuvre géniale. De surcroît, les faits qui sont reprochés à l’auteur ne se voient pas du tout dans Kenshin. C’est vraiment une oeuvre sensible et non sexualisée. Du coup ce fut pour moi un très grand choc d’apprendre ce qu’il avait fait. C’est un manga qu’il faut absolument lire. Ou bien si tu préfères, regarde les films. Moi je trépigne de pouvoir regarder les deux derniers sortis en mai et juin de cette année. L’une des rares adaptations manga absolument magnifique !

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      • Pour le coup comme tu parles de films, j’ai vu l’OAV dont j’ai oublié le nom où Kenshin a une femme et où tout ça finit dans les larmes et le sang.
        Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas chronologiquement le début de l’histoire.

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      • Il existe plusieurs OAV. Je crois que tu as dû voir la dernière qui est d’une extrême tristesse. Si c’est bien celle-là, ce n’est pas le début mais une fin alternative puisque le manga finit différemment.
        Il faudrait que je les revois ces OAV mais elles sont vraiment puissante niveau émotion.

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  4. Encore un article qui donne envie. Elle fait partie des séries que je me suis noté (chez Mangetsu mis à part la collection life que j’attends de voir sinon le reste ça va venir à la maison^^). Ton article me conforte dans cette idée et c’est toujours aussi bien écrit et plaisant à lire comme d’hab!

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    • Merci beaucoup à toi cher camarade daron !
      J’espère que ça te plaira autant qu’à moi. C’est tout bête mais la narration encadrée m’a donné envie de m’intéresser au cadre historique, chose que je n’ai pas fait par exemple pour Sidooh, et pourtant c’est passionnant. D’où le fait que j’en ai un peu parlé au début, sans pour autant rentrer dans les détails pour pas que ce soit chiant, mais aussi et surtout parce que je ne suis pas qualifié pour.
      Donc j’espère que tu y trouvera les mêmes vertues culturelles.

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  5. excellent article comme d’hab. Je ‘ai deja dit plein de fois mais chiruran est la sortie que j’attends le plus cette année j’ai vu quelques chapitres en scan pour me faire une idée( je n’ai pas pu me retenir mdr) et sur le peu que j’ai vu c’est sur que j’aurai un coup de coeur et le manga me fait grandement rappeller kingdom

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    • Perso, sur cette entrée en matière, je mets Chiruran largement au-dessus de Kingdom (je n’ai lu que 6 tomes de Kingdom par contre, mais j’ai bien aimé).
      Je trouve que ça pose bien mieux son cadre globalement, et c’est vraiment beaucoup plus beau à mes yeux.

      Je m’attendais à aimer, mais je dirai que c’est même mieux que ce que je pensais !

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      • apres kingdom le début est lent je te l’accorde plus les dessins si tu voyais le niveau que Hara a aujorud’hui en tout cas hate de voir la suite.
        J’étais surpris que sullivan parle des dessins de chiruran au début je pensais qu’ils étaient moyen mais des les premiers chaps ils sont tres beau

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  6. Décidément cette période du Japon est populaire en manga…
    je le lorgne celui là mais j’ai été tellement déçue par Sidooh que j’hésites, tu en pense quoi connaissant les deux ? est-ce que celui là est plus affirmé dans le monde samouraï ? les dessins ont l’air d’être mieux vu la tête des personnages mais est-ce que c’est moins « romantisé » que Sidooh ?

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    • Comme on est qu’au début des deux séries, c’est compliqué à dire. Surtout que me concernant, Sidooh m’a fait très forte impression.

      Mais concernant la narration et le côté historique, j’aurai peut-être tendance à privilégier Chiruran. Et le trait est aussi plus accessible je trouve.
      Mais je pense que ce sera à voir sur la durée pour départager les deux.

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