Saotome T.1 & 2 de Naoki Mizuguchi

Saotome 1 et 2

J’avais découvert l’existence du manga Saotome il y a déjà quelques temps, via une vidéo d’Angry Waifu qui évoquait notamment le rapport au corps féminin dans les mangas et animes. Il parlait brièvement de cette série mettant en scène une lycéenne prodige de la boxe, et fort logiquement, assez musclée de ce fait. Après quelques recherches, j’étais très intrigué par cette romance qui avait l’air d’avoir pas mal d’arguments pour me plaire, et j’ai donc été ravi lorsque Doki Doki a annoncé il y a quelques mois avoir acquis la licence. Et ayant reçu de la part de l’éditeur les deux premiers tomes en avance (je les en remercie au passage), je peux déjà vous en parler alors qu’ils viennent tout juste de sortir chez nous.

Saotome est donc un seinen de Naoki Mizuguchi, première série de l’auteur à arriver en France, mais son second manga. Elle a été pré-publiée à partir de 2016 dans le Big Comic Spirits de Shogakukan, et compte 10 tomes dans sa version reliée. Une durée tout à fait correcte qui permet de raconter sans problème une belle romance, sans longueurs superflues. Nous sommes en effet face à une histoire d’amour lycéenne assez classique, si ce n’est l’importance de la dimension sportive (avec la boxe) et le rapport au corps et à la féminité qui sont au centre du récit comme nous allons le voir.

Avant de commencer, je vous invite à jeter un œil sur la fiche du premier tome sur le site de l’éditeur, qui vous permettra également de lire un extrait de celui-ci.

Yae Saotome est une lycéenne au regard froid, une athlète au physique atypique, et une boxeuse qui porte les espoirs de tout un lycée. Mais en réalité, c’est surtout une jeune fille réservée, gauche et fleur bleue… Et cette force la nature est tombée amoureuse d’un garçon maigrichon et empoté ! Parviendront-ils à vivre leur amour malgré les contraintes et leurs différences ?

Le résumé met bien en avant le cœur du récit, et ce qui en fait sa principale force selon moi : la question du rapport au corps et à un physique dit « atypique ». Ici, Saotome est une fille grande et musclée, alors que Satoru, son petit ami est tout petit et maigrelet à côté. La question de cette spécificité physique aura donc une importance, Saotome se voyant comme une fille anormale du fait de sa musculature.

Elle est également la coqueluche du lycée, voire de la ville, et il serait de ce fait très mal vu qu’on sache qu’elle entretient une relation avec un garçon (oui, c’est une vision des choses un peu archaïque, que voulez-vous…). Ainsi, les deux tourtereaux doivent cacher le fait qu’ils sortent ensemble, occasionnant un ressort comique et narratif qui fonctionne très bien. D’autant plus qu’une camarade va rapidement griller tout ça, offrant une dynamique très intéressante à l’histoire, d’autant plus qu’elle va aider les choses à avancer, nos deux amoureux ayant de sérieuses barrières qui les empêchent de s’affirmer.

Sortir ensembleAinsi, en terme de romance pure, si on est en territoire connu, tout fonctionne parfaitement grâce à des personnages très bien écrits, une ambiance de qualité, des dessins qui, sans être virtuoses, fonctionnent très bien, et surtout, une structure narrative maîtrisée. Les chapitres sont courts (10 à 15 pages) et développent à chaque fois une petite péripétie qui s’intègre à une narration globale. De plus, le mélange entre la romance et l’aspect sportif fonctionnent parfaitement, notamment car le jeune amoureux de Saotome est intronisé entraîneur afin de pouvoir passer du temps avec elle sans éveiller les soupçons.

Vous l’aurez donc compris, cette romance a comme autre atout une vraie richesse dans le récit. Car si l’histoire d’amour reste centrale, on sent toute la vie autour de ces personnages et des problématiques qui viennent se greffer harmonieusement à leur histoire, pour notre plus grand plaisir. Mais surtout, la question du rapport au corps est un élément majeur du récit, et traité avec énormément d’intelligence et de soin.

J’apprécie tout particulièrement le fait que la beauté de Saotome soit soulignée, sans insister sur le fait qu’elle est belle « même si elle est musclée ». Non, les personnages la trouvent belle, tout simplement, et en principe, nous, lecteurs et lectrices, devrions partager ce point de vue, car elle est en effet très jolie. C’est plutôt dans son rapport à son propre corps que les choses sont plus compliquées. On le comprend au détour d’un geste ou d’un regard dans le miroir par exemple. Saotome ne se voit pas comme un fille normale, qu’elle est pourtant, et a de ce fait du mal à imaginer que Satoru puisse être attiré par elle.

L’auteur va de ce fait travailler le regard de l’autre afin de montrer le côté tout naturel de trouver séduisante une fille musclée. Certaines séquences mettront en exergue la possibilité pour elle de se faire plus féminine (encore une fois grâce à la camarade de classe qui va les chaperonner), et la mise en scène va très intelligemment traiter ce rapport au corps.

Sans aller jusqu’à parler d’érotisation du corps de Saotome, il va quand même prendre le temps de mettre en avant les parties considérées comment attirantes du corps féminin, tel que le ventre, qui a chaque fois révèle la musculature de la jeune fille. J’y vois une façon de rappeler qu’un corps musclé est aussi attirant qu’un corps qui le serait moins. Et je trouve que cela fonctionne très bien, en plus d’être très positif en terme de discours. Saotome bainLe mangaka va même jusqu’à inclure des séquences classiques du genre, comme une rencontre impromptue dans le bain, afin de titiller le lectorat visé (les jeunes adultes mâles) tout en rappelant que les corps musclés sont aussi attirants que les autres.

Ainsi, ce travail sur la représentation des corps arrive avec brio à tirer partie des spécificités du regard masculin très présent dans ce genre de romance, pour proposer une vraie mise en perspective du rapport au corps, évitant toute forme de fanservice, mettant la mise en scène et la représentation au service du message très positif de l’auteur. J’insiste sur ce point car il mérite vraiment d’être souligné !

En résulte, vous l’aurez compris, deux tomes particulièrement réussis sur tous les aspects. Que ce soit la dimension romance, sportive, ou celle du rapport au corps, tous ces aspects sont parfaitement soignés et écrits, et se marient totalement pour donner une histoire de qualité, traitée avec intelligence et bienveillance. De ce fait, alors que j’attendais énormément ces deux premiers tomes, je ne suis clairement pas déçu et je peux déjà dire que Saotome va être une des séries à suivre en 2021 !

14 commentaires

  1. Je vais être honnête, les couvertures ne m’attiraient pas du tout, mais après t’avoir lu j’ai envie de prendre le titre pour voir justement comment est traité cette question du rapport au corps et à un corps notamment qui ne rentre pas dans les normes.
    Merci pour ce hen avis éclairant !

    Aimé par 2 personnes

    • De rien. Franchement ça fait partie des rares titres dont j’avais entendu parler avant sa parution Fr (je ne m’intéresse pas du tout à cet aspect, pour la simple et bonne raison que je ne peux pas lire ces titres tant qu’ils ne sont pas effectivement licenciés chez nous), et le sujet m’a tout de suite fait envie.
      Les couvertures sont pas forcément dingues, encore que j’aime bien celle du premier tome, mais qui donne le sentiment d’une œuvre qui érotise un peu le corps féminin. On m’a dit sur Twitter que ça faisait limite penser à 50 nuances de gras, et c’est vrai finalement.

      Mais c’est vraiment une super surprise, u titre plutôt fin et intelligent et j’espère vraiment que la série trouvera son public car j’ai vraiment vraiment beaucoup aimé !

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  2. Ce n’est pas un manga que je vais lire car la romance ne m’intéresse pas mais c’est bien de voir davantage de représentation ! Ça soulage de voir que des mangakas cassent ce mythe de « perfection » du corps.

    J’aime

    • Je me doutais que tu dirai que ça ne t’intéresse pas. A chaque fois que je parle de romance (et tu as remarqué que j’en lis de plus en plus), j’avoue que je me dis « est-ce que cette fois ça va l’intéresser ? »
      Avec Saotome il y avait cet avantage de la thématique du rapport au corps, je me suis dit que ça pourrait peut-être marcher.

      J’écris avec grand mal un article sur mon rapport aux mangas de romance, j’espère que tu aura quand même envie de le lire même si le genre ne t’intéresse pas 😉

      Aimé par 1 personne

      • Tu remarqueras que le genre ne m’intéresse pas mais que ça ne m’empêche pas de lire tes articlesa chaque fois 😉 les seuls que je ne lis pas ce sont ceux pour mangetsu pour les raisons que tu sais.
        Donc oui je serais au rendez vous car ça m’intéresse de connaître la perception des autres sur un genre qui me laisse au mieux indifférente.

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      • J’avais effectivement remarqué, et j’en suis d’ailleurs ravi.

        Pour Mangetsu, je comprends tout à fait ta démarche, ne t’en fais pas.

        Je t’avoue que je suis quand même curieux et que je me demande pourquoi tu es si hermétique à la romance, vu que moi j’aime beaucoup ça.

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  3. ça a l’air chouette dans le message, je ne le lirai pas parce que ça a l’air d’être axé très romance mais c’est bien que certains mangaka osent casser les codes en proposant des messages de tolérance.
    Jéavoue cependant que j’aurai bien aimé que le message passe sans passer par la romance qui est, selon moi, une facilité scénaristique pour parler d’acceptation de soi…

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    • Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Étant assez fan de romance, je dois dire que je n’ai aucun souci avec cet aspect, mais c’est vrai que j’ai le sentiment que les mangas qui parlent de rapport au corps et d’acceptation de soi tendent souvent vers la romance (je pense à Ugly Princess par exemple).

      Ce que je trouve par contre presque embêtant, c’est surtout de parler d’acceptation de soi via des personnages très beaux même selon les canons en vigueur, dans le sens où Saotome est certes une fille très musclée, mais elle rentre dans la norme de ce qu’on trouve séduisant (fille svelte et grande notamment).
      Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est contre-productif, mais ça reste moins impactant que si on assume le choix d’un physique qui s’écarte vraiment des normes.
      Comme par exemple quand on met en avant des filles « rondes » qui finalement restent plutôt dans une moyenne basse en terme de morphologie (je pense là à 50 nuances de gras, où L’elfette sensée être grosse ne l’est pas spécialement à mes yeux).

      Aimé par 1 personne

      • Je ne connais pas les titres que tu évoques mais clairement il y a un biais dans la façon dont cette thématique est traitée… on la retrouve aussi dans les yaoi aussi, je me souviens aussi d’un shôjo en webtoon aussi qui parlait d’acception d’une morphologie plus ronde pour la faire maigrir pour son mariage ? WTF ???
        et puis comme tu dis l’acceptation devrait se faire de soi à soi, pas de soi aux autres… s’il y a du progrès dans les messages, il reste encore du chemin à faire…

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      • Si tu n’as pas vu la vidéo d’Angry Waifu sur le sujet, je te la recommande du coup vu ce que tu dis. Il aborde certains cas par rapport à ça justement, dans le rapport au corps aux yeux des autres ou pour soi-même (c’est très mal dit, mais j’espère que tu m’as compris).

        Aimé par 1 personne

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