Mon avis sur… A Sign of affection T.1 de Suu Morishita

A Sign of affection

Dès son annonce et mise en avant des premiers visuels, A sign of affection de Suu Morishita m’a intrigué. D’autant plus que le titre nous arrive chez Akata, un éditeur en qui j’ai toute confiance pour ce qui est de choisir des shojo de qualité. Et c’est une fois de plus le cas ici, avec cette romance mettant en avant la surdité et le rapport à l’autre que ce handicap implique.


A sign of affection est un shojo qui jouit déjà d’une certaine popularité au Japon, dernière en date du duo d’autrices Suu Morishita. Prépubliée dans le magazine Dessert de Kodansha, elle dépasse déjà le million de ventes au Japon en 4 tomes (la série étant toujours en cours). Elle a également gagné le grand prix manga 2020 du magazine féminin Anan. Si toutes ces choses n’ont aucun intérêt à mes yeux, je le souligne malgré tout puisque cela peut être un argument de vente pour d’autres.

Ce qui m’intéresse personnellement, c’est surtout le sujet de cette romance, qui sur le papier rappelle A Silent Voice, sans doute la référence en la matière, de par le fait qu’elle est centrée sur un duo de personnages avec une jeune fille sourde et un garçon entendant. Cependant, la comparaison s’arrête là car dès ce premier volume, A sign of affection impose un ton et un développement radicalement différents, comme nous allons le voir.

Avant de commencer, je tiens également à mettre en avant la vidéo de présentation éditeur de la série par Luaya Otakette, en langue des signes française. Une initiative que je trouve très bonne personnellement ! Enfin, précisons que la série est également publiée en numérique au chapitre par Akata, mais restant assez attaché à l’objet papier, je vais la suivre dans ce format.


Yuki est une étudiante qui, comme beaucoup d’autres, construit son quotidien autour de ses amis, des réseaux sociaux et de ce qu’elle aime. Mais quand un jour, dans le train, elle croise un jeune homme qui voyage à travers le monde, son univers va être chamboulé : ce dernier, bien que trilingue, ne connaît pas la langue des signes. Pourtant, très vite, il manifestera pour elle un intérêt bien particulier… Comment réagira-t-elle face à ce camarade d’université entreprenant et communicatif ?

La première chose à dire sur ce manga est qu’il est visuellement de toute beauté. Dès la jaquette, somptueuse, on voit que l’on est face à un titre à l’esthétique travaillée. Un élément dont je parle systématiquement lorsqu’il est question de shojo est le découpage et la mise en scène globale. J’ai souvent du mal avec la surcharge d’effets, de bulles de dialogues et autres. Ici, rien de tout ça, le découpage est net, le trait est doux et la mise en scène parfaitement lisible, en plus d’être très intelligente.

Car il est question ici de communication par les gestes, langue des signes oblige – on va d’ailleurs nous expliquer la différence entre les deux langues des signes japonaises, puisque ce mode de communication n’est pas universel – de ce fait, la façon de mettre en scène les gestes et la langue des signes est primordiale. Et sur ce point, les mangakas ont particulièrement bien travaillé leur esthétique. L’emphase est mise sur les mains, à renfort de gros plans, mais aussi sur les regards et les visages, lecture sur les lèvres oblige. Et au-delà de cet aspect en lien avec le sujet du manga, c’est tout simplement très beau. Beaucoup de douceur se dégage des visuels, et je trouve que le travail d’ambiance arrive à rendre le sentiment de silence. Je ne saurai pas trop comment le définir, mais j’ai vraiment ressenti la chose ainsi à la lecture.

Car contrairement à A Silent Voice, on partage cette fois-ci le point de vue de la jeune fille sourde, permettant de traiter la thématique de façon plus dense. On ressent bien la barrière que la surdité crée pour Yuki, qui semble malgré tout très bien vivre sa situation. Mais en rencontrant Itsuomi, étudiant dans la même université, qui se son côté parle trois langues, son quotidien est un peu chamboulé.

Aïe confiance en toiNous assistons ici à l’amour naissant de la jeune fille pour son camarade, très avenant et protecteur vis-à-vis d’elle. On ressent déjà bien une certaine différence entre les deux, mais surtout une complémentarité, bien symbolisée par le fait qu’il parle plusieurs langues. Il y a malgré tout un point d’interrogation concernant ce que lui ressent pour elle à la fin de ce premier tome. Il a des gestes d’affection pour elle, c’est évident, mais on ne sait pas s’il ressent le même amour.

Les mangakas mettent aussi beaucoup en avant la différence d’expérience de la vie entre les deux personnages, Itsuomi ayant l’habitude de voyager dans des pays étrangers, alors que Yuki semble ne pas avoir connu énormément de choses en dehors de son cadre de vie habituel. L’importance de sa surdité sur cet aspect n’est jamais mis en avant, et on ne peut que gloser à ce sujet. D’ailleurs, j’ai eu le sentiment que Yuki était globalement une jeune femme avec une faible expérience de la vie et plutôt fleur bleue, s’emballant un peu sentimentalement de ce fait.

Cependant, elle ne devient pas gnangnan pour autant, et est très bien écrite et touchante je trouve, et est de ce fait la plus grande qualité du titre. Et cette relation naissante est tout aussi touchante, avec un Itsuomi très bienveillant. De ce fait, on peut clairement dire que la série ne manque pas de bons sentiments, ce qui est selon moi une qualité. Et il n’est de toute façon pas impossible que par la suite, les thématiques liées à la surdité soient approfondies pour toucher à des choses plus sensibles.

Quoi qu’il en soit, ce premier tome est une entrée en matière vraiment très belle, qui permet de rapidement s’attacher à ces deux personnages particulièrement touchants et bien écrits. Et l’esthétique mettant parfaitement en valeur l’ambiance et les qualités d’écriture du récit, la lecture en devient d’autant plus agréable. J’étais personnellement sur un petit nuage, et je n’ai qu’un regret, devoir attendre encore un mois la sortie du second tome. Un très beau premier tome pour une série qui fait beaucoup de bien.

26 commentaires

  1. Je pense que la langue des signes devrait être apprise dès le plus jeune âge par tout le monde au même titre que l’anglais par exemple. Cette langue permettrait notamment quand on vieillit de mieux communiquer.
    Et puis je me sens toujours extrêmement exclu quand je vois des gens la parler. Je me dis : je loupe quelque chose d’important.
    C’est bien que ce sujet soit mis en avant par des titres comme celui-là.
    Le langage, qu’importe sa forme est une chose essentielle dans nos vies.

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    • Je pense aussi qu’on gagnerait tous à l’apprendre. D’autant plus que c’est très bénéfique pour le développement des bébés.

      Et comme tu dis, la communication est quelque chose de fondamental pour tous, et le langage des signes en fait partie.

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  2. Un titre qui m’intéresse fortement et que je compte bien me procurer très rapidement !
    Très intéressant ce rapport au handicap c’est un sujet que j’apprécie particulièrement. On pratique un peu à la maison depuis que que notre petit et tout bébé pour qu’il puisse communiquer avec nous sans pour autent savoir parler et j’ai trouvé ça très enrichissant !

    Aimé par 1 personne

    • Nous on en a fait vraiment un tout petit peu avec notre fille mais à ma grande honte on a un peu lâché l’affaire…

      Mais oui la question de la surdité est très intéressante, comme toutes les questions liées au handicap. Ça ne m’étonnerait pas que Akata y ait un peu pensé comme une relève à Perfect World.

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  3. D’autant plus qu’il existe un système d’écriture adapté aux différentes langues des signes *. Et pour le coup, c’est dommage que cela ne soit pas évoqué dans « A Silent Voice » et « A Sign of Affection ».

    * Ce système, nommé SignWriting, fut imaginé par la danseuse et pédagogue américaine Valerie Sutton en 1974.

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    • Je ne connais pas du tout je dois t’avouer. Je suis assez peu au fait de tout ça, même si j’ai fait quelques formations en lien avec l’accessibilité en médiathèque où la question de la langue des signes a été abordée.

      Pour A Sign of Affection, la question sera peut-être davantage développée par la suite, car dans ce premier tome il y a déjà quelques petites notions mises en avant, contrairement à A Silent Voice qui élude tout ça, surement car le propos est surtout centré sur Shoya et le fait de vouloir se racheter.

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  4. C’est effectivement un titre réconfortant avec un potentiel certain pour devenir une série doudou.
    J’ai beaucoup aimé l’importance des silences dans la narration et les dessins.
    En revanche, si je salue le côté bienveillant du titre, je le trouve un peu trop gentillet pour le moment et j’espère qu’on verra plus en profondeur les difficultés à être sourd dans nos sociétés.

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  5. Coucou ^^

    Contente de voir que tu as apprécié ce premier tome d’A sign of affection. Il y a un côté doux et bienveillant qui fait plaisir à lire. Et comme tu le dis, le visuel est de toute beauté !

    Je salue les autrices de réussir à nous transmettre diverses émotions, avec peu de dialogues certaines fois – tellement tout passe par le regard et la communication non-verbale. (C’était déjà le cas dans Hibi chouchou un manga assez peu bavard car les deux perso principaux étaient timides XD)

    Pour ma part, j’avais également beaucoup aimé ce début d’histoire ! J’espère pouvoir vite m’acheter le tome en version physique !

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    • Je te le souhaite pour l’achat en physique.
      Effectivement, non seulement les mangakas proposent des dessins somptueux, mais en plus leur mise en scène très intelligente épouse parfaitement le point de vue des personnages et propose quelque chose de fort plein de non dits.
      J’ai vraiment adoré et j’ai hâte de continuer !

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      • Merci ! ^^ Je pense le prendre en fin de mois avec d’autres titres qui me font de l’oeil depuis quelques temps mais que j’avais mis de côté pour favoriser les occasions.

        C’est tout à fait ça ! ^^ En plus, quelque part c’est ce qui permet de ressentir encore plus les émotions des personnages.

        J’espère que la suite te plaira tout autant 😀

        Aimé par 1 personne

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