Death Note Short Stories – Comment étendre son univers

Death Note Short Stories

Death Note est un manga qui a su s’imposer et marquer le petit monde du manga en seulement 12 tomes. Plus que son histoire de jeu de chat et de la souris entre un meurtrier de masse de génie et un enquêteur tout aussi brillant, c’est selon moi son concept ultra fort et riche en pistes d’interprétations qui ont contribué à imposer la série. L’idée même d’un monde de Dieux de la mort et d’un cahier permettant de tuer qui on veut (avec tout de même quelques règles à suivre) est tellement ingénieuse et simple à appréhender à la fois qu’elle permet des réflexions passionnantes.

Je pense d’ailleurs que la richesse interprétative de Death Note vient plus de la façon dont les fans se sont approprié la série que de quelque chose de totalement pensé par les auteurs. J’y vois davantage une enquête policière avec ce qu’on peut y trouver de ludique dans ce duel à qui sera le plus intelligent entre Light et L, qu’un récit qui avait été d’emblée pensé pour questionner le rapport à la mort, la question de la justice, de la peine de morts, et autres thématiques qui sont venues étoffer le discours autour du titre.

Mais que toutes ces thématiques soient pensées et travaillées de façon conscientes ou non, le fait est que Death Note a su créer un lien avec son lectorat et l’amener à effectuer cet exercice de pensée passionnant, ce qui est en soi une énorme réussite. Et par chance, le succès fut au rendez-vous, aussi bien au format papier qu’en anime, et la série a clairement déjà passé avec succès l’épreuve du temps, faisant partie des incontournables du manga. Pour ma part, je n’ai encore vu que l’anime pour le moment, mais il n’empêche que cette expérience me suffit pour faire partie des gens qui ont pris une belle claque.

Light Chips

Et, le succès aidant, le duo Ohba/Obata a eu l’occasion au fil des ans de revenir sur leur univers phare, afin de l’enrichir, comme en témoigne le recueil d’histoires courtes qui nous arrive aujourd’hui chez Kana, intitulé sobrement Death Note – Short Stories. En s’écartant de l’histoire de Light Yagami, le duo nous montre toute la force de son concept, qui semble pouvoir être exploité à l’infini, mettant en scène de nouveaux porteurs du cahier de la mort en contact avec Ryuk, afin de développer toujours plus cet univers singulier, tout en explorant de nouvelles thématiques pertinentes.

En ça, on ressent toute la puissance du concept créé par le duo, qui semble n’avoir comme seule limite que la créativité en terme de construction narrative, permettant toutes sortes de discours sur le monde et l’humain. J’insiste bien sur cet aspect car c’est de là que vient selon moi le tour de force de Death Note. Le concept même de l’œuvre a déjà une forme de simplicité mais en même temps de pertinence qui fascine, et une profondeur qui ne fait que s’enrichir au fil des intrigues que nous propose Tsugumi Ohba (toujours magnifiquement mises en images par un Takeshi Obata dont le style très affirmé ne cesse de s’améliorer).

Light RyukDe ce fait, je ne pense pas qu’il soit franchement utile de revenir sur ce qu’est Death Note. Résumons simplement très rapidement la série : On suit le jeune Light Yagami, élève incroyablement intelligent et doté d’un ego au moins aussi important, qui hérite d’un cahier de la mort de la part du Dieu de la mort Ryuk. Il va tout de suite l’utiliser pour tuer des criminels, se considérant lui-même comme un Dieu ayant droit de vie et de mort sur les gens, et se retrouvera rapidement traqué par la police, bien aidée d’un certain L, enquêteur de génie. Je ne vous indiquerai pas la conclusion de ce jeu du chat et de la souris, quand bien même la première des histoires du recueil resitue tout cela.

Car les trois histoires racontées se déroulent sur 50 à 80 pages chacune, entrecoupées de plusieurs gags en quatre cases bien sentis, et de deux petites histoires centrées sur L de moins de dix pages chacune. Soit un beau volume de plus de 210 pages, prolongeant grandement le plaisir de Death Note et étoffant l’univers et les thématiques de l’histoire. Deux se déroulent après les événements de la série, alors que la dernière a été écrite avant la publication et semble se dérouler avant l’histoire également.

L_childEt si le titre est bien évidemment indispensable à tout fan de la série d’origine (et ce faisant, me semble taillée pour le succès), je trouve qu’elle a aussi un intérêt certain pour un lectorat ne connaissant pas encore Death Note, ou même qui n’a pas spécialement accroché à la série.

En effet, une fois le concept resitué, les différentes intrigues proposées ont une totale autonomie par rapport à la série d’origine, quand bien même les auteurs ont tenu compte des événements dans l’évolution de la société au fil des ans. Ainsi, la vision de Kira (le nom que Light utilisait en tant que tueur) dans la société a pas mal évolué, tout comme certains points propres au Japon. On parle notamment de l’espérance de vie dans le pays qui a diminué suite à l’affaire Kira, mais aussi la criminalité qui est tombée très bas, sans doute de peur de représailles d’un Dieu capable de tuer qui il le désire.

Une façon simple et efficace de questionner les conséquences des actes de Light sur la société et de prendre un peu de hauteur. Mais surtout, chacune des trois histoires exploite différemment le concept du Death Note, afin de questionner à nouveau certains éléments de la société et de la nature humaine. Si la première histoire évoque explicitement les questions du suicide et de l’euthanasie, la seconde et plus longue, qui avait fait grand bruit à sa sortie en 2020 (gratuitement et légalement disponible sur Mangaplus), a une ampleur impressionnante pour une histoire d’environ 80 pages.

On y trouve en filigrane des questionnements géopolitiques, qui posent des questions et ouvrent des pistes de réflexion, sans nous mâcher le travail, ce qui est un choix pertinent compte tenu du faible nombre de pages. Mais aussi une questionnement sur l’économie d’un pays. Enfin, le récit se structure comme une forme de fable morale selon moi, où Ryuk serait celui qui dispense la morale finale. Ainsi, cette histoire est étonnamment riche, particulièrement pertinente et trouve un ton parfait pour dérouler son récit. Et elle justifie à elle-seule la lecture du recueil, quand bien même le reste est selon moi au diapason.

TaroEnfin, la dernière histoire se déroule donc avant l’intrigue de Light, comme je l’ai précisé précédemment. Et pour cause, il s’agit en réalité du one shot publié par les auteurs avant de lancer la sérialisation de Death Note. On y suit Taro, un collégien qui tombe sur un Death Note, mais ne sachant pas ce que le premier mot veut dire, se contente de l’utiliser comme journal intime… Jusqu’à ce qu’il comprenne que le cahier lui a permit de tuer des camarades. Cette histoire courte est également excellente, quand bien même elle semble un peu simple dans sa conclusion quand on connait désormais l’histoire des Dieux de la mort. Je suppose que ce point est lié au fait qu’il s’agisse d’une histoire précédent la sérialisation. Mais cela lui donne aussi une certaine valeur. Et au-delà du plaisir pur de la lecture, je l’ai trouvé particulièrement intéressante dans son discours, notamment sur un point de la conclusion très bien vu si on passe outre une résolution un peu abrupte liée au format court.

Ainsi, vous l’aurez compris, ce recueil d’histoires courtes est selon moi un indispensable si on aime Death Note, mais mérite aussi le coup d’œil si on n’a pas accroché à la série d’origine. Le ton global est assez différent, mais chacune des histoires exploite avec brio le concept si fort que le duo Ohba/Obata a créé. Ce faisant, on se rend compte que l’univers Death Note a un potentiel narratif et réflexif infini, et après lecture, j’espère vraiment que l’on aura droit à d’autres histoires courtes, car le format est clairement idéal pour étoffer cet univers et proposer de nouvelles réflexions.

26 commentaires

  1. Je pensais au début pouvoir m’en passer, je n’en suis plus si sûre après la lecture de ton article ><
    Les réflexions ont l'air intéressantes et pertinentes surtout si elles sont bien menées, le format permet probablement un bon resserra autour, évitant le dispersement. J'hésite, j'hésite ^^

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  2. bonjour, comment vas tu? en fan de la série, le volume est commandé. je n’ai pas su résister au fait de lire l’histoire gratuite sur le net. tant pis, je découvrirai les autres avec plaisir, j’en suis sure. passe un bon vendredi et à bientôt!

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  3. Je l’avais noté dans ma wish list dès ‘annonce de sa parution, mais je pensais le lire une fois avoir relu tous les mangas et lus les deux romans, mais le fait que les histoires soient indépendantes de la série d’origine me fait revoir mes plans. Merci pour l’information et ton avis, comme toujours, étayé et très passionné !

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    • Merci beaucoup à toi pour ton retour !
      En effet, les histoires sont tout à fait indépendantes. Une d’entre elles est d’ailleurs l’histoire courte écrite et publiée avant la série. C’est sympa d’avoir ce genre de proposition, on voit ce que ça donne à l’état embryonnaire. En plus c’est aussi une bonne histoire malgré sa conclusion un peu facile.

      En tout cas, si tu aimes Death Note, tu peux y aller les yeux fermés, c’est vraiment top je trouve !

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    • Tu as bien raison. En plus c’est juste une dépense en une fois, pourquoi se priver !

      Je pense de toute façon que c’est un ouvrage taillé pour le succès, étant donné qu’il s’ancre dans une saga importante, et surtout qu’il est très réussi !

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  4. Il faut surtout reconnaître que même en reprenant quelques éléments de « Wingman » (1983) *, « Death Note » a su comment les utiliser à sa façon.

    * Un jeune homme trouve un cahier magique et décide de s’en servir pour réaliser un projet auquel il tient, puis une mystérieuse entité lui explique tout.

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  5. Et bien je ne pensais pas me prendre celui ci, ayant souvent un peu peur qu’on tente juste de surfer sur l’aura du titre. Mais à la lecture de ton article il va falloir que je me rajoute ça dans ma liste! D’ailleurs il faudrait que j’envisage une relecture de Death Note au passage! Très bon article comme d’hab!

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    • Mais de rien. Moi l’anime je l’ai vu sur Netflix il y a quelque chose comme 3 ans. J’ai beaucoup aimé malgré certaines limites en terme de réflexion. Globalement je trouve que c’est plus un truc fantastique assez ludique dans le duel entre les personnages qu’une réflexion spécialement profonde.

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      • J’avoue que moi ça remonte encore plus loin, quand ça passait à la télé et que j’avais peut être 14 ans ou 15 ans 😅 j’avais même été lire la fin en ligne parce qu’on n’avait jamais eu les derniers épisodes mais j’ai oublié beaucoup de choses.. Du coup je ne peux pas vraiment te donner mon impression, juste que de mémoire j’aimais bien suivre, parce que ça me semblait très sombre et que ça me fascinait du coup XD

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      • Oui, c’est plutôt sombre pour du shonen, et ça reste une bonne histoire bien menée avec un très bon concept.

        Mais c’est surtout quand je vois comment on s’enflamme parfois sur la densité incroyable des personnages, je me dis qu’il faut raison garder. Mais ça n’empêche que c’est une très bonne série qui a eu un très gros impact.

        Et pour le coup, le concept est vraiment taillé sur mesure pour le format court je trouve.

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  6. Hello,

    Bien après coup, mais ayant lu ce hors série ces derniers jours, ma conclusion… Déception!
    Je crois que tu as assez bien résumé les points positifs, des pistes de réflexion sur des thèmes assez génériques.
    Par contre et malheureusement à mon sens, ça s’arrête là tant les histoires sont trop courtes et peu développées?
    Du coup, tout dépend comment l’on voit les choses, lecture agréable en soit mais au prix d’un manga j’avoue que j’attends un peu plus que ce que j’ai plus pris pour des pistes de potentiels mangas! 🙂

    Allez pour compenser je me refais la série initiale! 🙂

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