Mon avis sur…The Voices of a Distant Star de Mizu Sahara d’après Makoto Shinkai

The Voices of a Distant Star est un titre que je guettais tout particulièrement. Nous avions la promesse d’un one shot de science-fiction plutôt poétique, adapté d’un court métrage de Makoto Shikai (Your Name, entre autres), par Mizu Sahara, une mangaka plutôt renommée mais finalement assez rare chez nous, dont la jaquette transmet déjà une ambiance particulière selon moi. De ce fait, j’avais de très grosses attentes pour ce titre. Des attentes qui ont été largement comblées lors de ma lecture !

Je remercie Pika pour l’envoi de ce très beau titre, et vous invite à jeter un œil sur la page dédiée au titre sur leur site, qui vous permettra d’en savoir plus et de lire son premier chapitre.


Resituons le manga

Ce one shot étant un projet un peu particulier, il ne me semble pas inutile de le resituer rapidement, avant d’en venir à mon avis à proprement parler, d’autant plus que la genèse du projet éclaire un peu sur ce qu’il raconte, et la façon dont je l’ai reçu.

The Voices of a Distant Star est d’abord un court métrage d’animation de Makoto Shinkai, réalisé en 2002, soit deux ans avant son premier long métrage La Tour au-delà des nuages. On retrouve dans ce court métrage et dans son adaptation papier l’idée narrative très forte des deux personnages vivant dans des endroits très différents, mais liés l’un à l’autre par quelque chose de particulier.

Ce parti pris narratif fort se lie à un travail thématique autour de l’humain, des sentiments, et du rapport à l’autre, qui me parlent tout particulièrement. Et comme ce sera le cas par la suite dans Your Name, on nous invite implicitement à nous rappeler qu’on est un tout petit élément dans un monde immense, où les modes de vies et les us et coutumes sont totalement différents. Ceci mettant en exergue un rapport finalement intime au monde, et au fait qu’il avance sans cesse malgré nous.

Et c’est finalement en 2004-2005 que Mizu Sahara, la mangaka à qui l’on doit Le Chant des Souliers Rouges et My Girl, propose dans le magazine Afternoon de Kodansha une version papier de cette histoire, publiée au Japon au format one shot, ce même format qui débarque enfin aujourd’hui chez nous. Il s’agissait par ailleurs d’une des premières publications de la jeune mangaka, tout du moins sous ce pseudonyme. Car après recherche, j’ai constaté qu’elle œuvrait sous plusieurs pseudos en fonction du type de publications (shojo, boy’s love ou comme ici, seinen).

J’ai également découvert pendant mes recherches que la collaboration avec Shinkai a dû être appréciée, puisqu’elle a enchaîné l’année suivante avec l’adaptation en manga du premier long métrage du cinéaste, La Tour au-delà des nuages, dans le même magazine (espérons que le titre arrive également chez nous).

Elle et son chatEnfin, précisons que cette parution s’inscrit dans une continuité chez Pika, puisqu’il y a déjà à leur catalogue les adaptations en manga et en roman de Your Name ainsi que son spin-off, 5cm per Second et Les Enfants du temps, trois des longs métrages de Makoto Shinkai. Enfin, nous aurons droit en septembre à une nouvelle adaptation d’un court métrage du cinéaste avec Elle et son chat, par Tsubasa Yamaguchi (Blue Period). Inutile de préciser que je serai au rendez-vous !

okashiratsukiJ’ai tenu à préciser tout ceci car les deux personnalités à l’origine de ce manga sont assez incontournables dans leur domaine, et contribuent à donner une coloration et une profondeur encore plus forte au titre, comme nous allons le voir dans le reste de l’article. Je ne peux d’ailleurs pas me retenir de rappeler que la dernière série en date de Mizu Sahara, Okashiratsuki, va avoir droit à une sortie française chez Noeve Grafx cette année, ce qui me réjouit également !

Tout ceci étant resitué, nous pouvons enfin entrer dans le vif du sujet et voir pourquoi ce one shot vaut le détour !

Mon avis sur The Voices of a Distant Star

2047. Mikako, une lycéenne, est enrôlée dans la Flotte Spatiale des Nations Unies pour partir sur les traces des Tharsiens, des extraterrestres dont la technologie promet des avancées sans précédent pour le genre humain. À bord de son “Traceur”, elle part, seule, explorer les confins de l’univers. Mais sur Terre, le jeune Noboru l’attend. Les deux adolescents s’efforcent de communiquer et de se réconforter à distance, dans l’espoir que leur amour puisse se jouer des années-lumière qui les séparent…

Comme je l’ai dit en introduction, ce manga impose d’emblée une idée narrative très forte, qui non seulement implique une façon de raconter l’histoire spécifique, mais est en plus le cœur thématique du récit. En effet, les deux personnages principaux sont séparés par un espace immense, si bien qu’ils ne peuvent communiquer que par message. Or, les messages en question mettent un très long délai à arriver, délai qui va en augmentant en même temps que Mikako s’éloigne de la Terre.

Mecha

Une idée toute bête, mais diablement intéressante. D’une part car cela permet d’un point de vue narratif de structurer le récit autour de moments de vie alternés de chaque personnage, raccordés par la lecture des messages qui crée deux couches narratives qui se superposent. Mais en plus, cela vient développer une thématique qui semble chère à Makoto Shinkai autour du rapport à l’autre, et de comment deux vies totalement différentes d’un point de vue géographique, mais aussi en terme d’expériences vécues entrent en résonance.

Et cet élément est central, si bien que tout le reste semble périphérique, ce qui n’est absolument pas un problème. En effet, one shot oblige, la mangaka n’a pas le temps d’étoffer son univers SF plus que le strict nécessaire. Or, cela fonctionne fort bien puisqu’en épousant le point de vue des deux adolescents, chacun obsédé par l’idée de recevoir un nouveau message, le monde extérieur semble finalement secondaire.

Il y a malgré tout quelques personnages secondaires, et des éléments de développement d’univers, mais juste ce qu’il faut pour faire avancer le cœur du récit, qui est donc la relation entre Noboru et Mikako. Et c’est là que l’oeuvre devient vraiment passionnante et émotionnellement très forte. Ainsi, malgré l’importance finalement très faible des méchas, et le manque d’action qu’on pourrait attendre avec un tel pitch, aucun de ces éléments n’est problématique tant on comprend facilement qu’ils sont là pour donner du corps à l’univers, mais sont surtout au service du développement de la relation entre les deux personnages.

Mecha (2)

Comme je l’ai dit, plus on avance, plus Mikako s’éloigne de la Terre, et plus les messages mettent de temps à arriver. Au fil du récit, ils vont mettre des mois, voire des années à arriver, et chacun envoie un message en sachant que la personne qui le recevra ne sera plus vraiment la même. Ce faisant, la question du passage du temps, et de comment les individus changent et évoluent se pose et devient centrale. De la même façon, le rapport à l’autre, et la difficulté de conserver un lien est mise en exergue, donnant tout son sens au titre The Voices of a Distant Star.

Comme quoi, il suffit parfois d’une seule idée directrice, simple mais en même temps porteuse d’énormément de sens, pour donner une oeuvre marquante. Et quand en plus elle est mise en images avec beaucoup de talent (avec quelques pages couleur en prime), tout est là pour nous offrir un moment de lecture à côté duquel il serait dommage de passer.

Vous l’aurez donc compris, The Voices of a Distant Star est selon moi un one shot qui vaut largement le détour. L’histoire est parfaitement adaptée au format, exploitant habilement son concept très fort pour offrir un moment de lecture marquant à bien des niveaux. Un titre qui nous prouve une fois de plus que ce n’est pas la durée qui fait la richesse d’une histoire, et que les titres courts peuvent aussi être marquants. Une pépite !

Première page

13 commentaires

  1. Comme tu t’en doutes peut-être, je note la future parution Elle et son chat !
    Quant à ce one-shot, je le note autant pour l’idée centrale plutôt originale que toutes thématiques qu’elle soulève, comme cette question du passage au temps qui m’intéresse beaucoup. Et j’aime beaucoup la poésie qui semble se dégager de l’œuvre que ce soit à travers la couverture ou tes propos.

    Aimé par 2 personnes

    • Oui, c’est vraiment un très très gros coup de cœur pour moi. J’ai vu que le court métrage était visible sur dailymotion ou youtube, je le regarderai à l’occasion.

      En plus Pika a fait le choix d’un format classique, du coup pour 8€20 on a toute l’histoire, c’est aussi un bon point.

      J’ai tellement hâte pour Elle et son chat ! Le fait que ce soit aussi un court de Shinkai à l’origine, que ce soit dessiné par ma mangaka de Blue Period, et évidemment une histoire centrée sur un chat me laissent à penser que je vais adorer.

      Aimé par 1 personne

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