Burn the Witch T.1 – Que vaut le Tite Kubo nouveau ?

Burn the Witch

La sortie chez nous du premier tome de Burn the Witch est un petit événement en soit. Il faut dire que la série à succès Bleach (74 tomes, qui auront occupé l’auteur 15 ans) est terminée depuis 5 ans, et que l’on n’avait pas eu droit à un nouveau manga de Tite Kubo depuis. Il a sans doute profité d’un peu de repos bien mérité, mais a aussi œuvré sur le character design du jeu vidéo Sakura Wars, en plus de réfléchir à la suite des événements. Après une histoire courte en 2018, Burn the Witch devient donc la nouvelle série de l’auteur, et suscite forcément une certaine attente. Voyons donc de quoi il en retourne, en commençant par resituer ce projet qui a un petit quelque chose d’atypique en terme de publication.

Petit historique de la série

Car si on est face à un premier tome ici, la série a déjà un petit vécu derrière elle, sur lequel il convient de revenir afin de saisir les spécificités éditoriales du titre. Je ne sais pas si cela aura un impact sur la structure de récit, mais ce qui est certain, c’est que pour nous, lecteurs et lectrices, cela influera sur le rythme de publication.

Tout a commencé avec une histoire courte de 64 pages au format one shot, publiée dans le Weekly Shonen Jump du 14 juillet 2018. Il faut savoir que la grande majorité des séries publiées dans le magazines commencent avec un one shot en guise de test. On peut supposer qu’un auteur comme Kubo n’a pas besoin de cela, mais il semblerait que ce soit surtout une volonté de la part de l’auteur, comme nous allons le voir.

Suite à ce one shot, une « première saison » est annoncée, publiée dans le magazine en 4 chapitres supplémentaires en août et septembre 2020. Suite à cette prépublication, un film d’animation adaptant cette première saison sort au Japon en octobre, en même temps que le tome au format relié en librairie, renforçant l’événement qu’est cette sortie. Ainsi, cela permet de créer de vraies synergies entre les deux médias, et surtout, cela permet à Kubo d’être vraiment libre d’un point de vue éditorial, écrivant à son rythme, comme il l’indique dans son mot d’auteur sur ce premier tome. Précisons d’ailleurs que Glénat nous a fait la bonne surprise de ne pas gonfler le tarif de l’ouvrage, alors qu’il fait plus de 250 pages, contre les 192 habituelles pour les shonen du Jump.

Et en fin de volume, une seconde saison est d’ores et déjà annoncée, même si on n’a aucune date pour le moment. Compte tenu du fait que Kubo n’ait pas ressorti de chapitre, on peut supposer qu’on a un peu de temps devant nous. Cette façon de travailler permet d’ailleurs à l’auteur d’être libéré des contraintes d’une sortie hebdomadaire demandant un rendement énorme, un luxe qu’il a bien mérité après avoir travaillé pendant 15 ans sur une même série. Pour nous, lecteurs et lectrices, cela veut aussi dire un rythme de sortie bien plus faible que pour les mangas habituels du magazine. L’avantage étant que ça ne viendra pas trop grignoter le budget !

Et on peut supposer qu’avec un rythme de publication si particulier, Kubo pense son récit avec une structure par tome, c’est en tout cas ce que le qualificatif de « saison » laisse à penser. Mais avec seulement un volume paru, il est un peu compliqué de s’avancer sur cet aspect. Quoi qu’il en soit, tout ceci étant précisé, il est temps de voir de quoi il en retourne pour ce premier tome, qui a la lourde tâche d’introduire un nouvel univers.

Mon avis sur ce premier tome

Je préfère préciser d’emblée que je ne connais pas du tout Bleach de Tite Kubo, et que Burn the Witch est vraiment mon premier contact avec cet auteur. Plus précisément, j’ai quand même vu les deux premiers épisodes de l’anime, mais vous conviendrez que pour une série de cette longueur, ça ne compte pas vraiment.

Ce qui signifie que j’attaque cette nouvelle série avec un œil relativement vierge, même si j’ai conscience de l’aura de son auteur. Ce premier tome a la lourde charge de nous présenter un univers tout neuf, ainsi que ses personnages principaux, avec en plus la certitude qu’on n’aura pas la suite tout de suite. De ce fait, plus encore que d’habitude, il faut réussir à nous accrocher pour nous donner envie de patienter jusqu’au suivant. Je ne vais pas faire de suspense, pour moi la mission est clairement remplie, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

Historiquement, 72 % de tous les décès à Londres sont liés aux dragons, des êtres fantastiques invisibles pour la majorité des gens. Bien qu’ils soient inconnus de la plupart des gens, certains ont tenu tête à ces dragons. Seuls les habitants de la partie cachée de Londres peuvent voir les dragons. Mais parmi ces gens, à peine quelques rares élus deviennent des sorciers ou des sorcières, seuls êtres habilités à entrer en contact avec eux. Les protagonistes de l’histoire sont le duo de sorcières Noel Niihashi et Ninny Spangcole. Elles sont des agentes de protection pour Wing Bind (WB), une organisation pour la conservation et la gestion des dragons. Leur mission est de protéger et de gérer les dragons de Londres au nom de la population.

Commençons par le premier point, l’esthétique. Venant d’un mangaka qui a plus de 15 ans d’expérience, on est clairement au niveau. Même sans avoir lu Bleach, j’arrive à reconnaitre le style du mangaka via le peu d’images que j’avais vu de sa série précédente, et le cadre urbain avec des éléments fantastiques dont le commun des mortels ignore l’existence semble rappeler cette série. Le character design est particulièrement réussi, notamment sur les deux héroïnes, Noël et Ninny. Ici, l’essentiel des éléments fantastiques de l’univers vient des dragons, qui sont plus originaux que dans les représentations traditionnelles puisqu’ils peuvent avoir vraiment toutes sortes d’aspects et d’utilité (il y a des dragons transports en commun, des dragons antenne relais, ou encore des dragons… pot de fleurs !).

Nos deux héroïnes sont des sorcières, et portent des uniformes avec cape du plus bel effet qui les rend directement identifiables. Chacune a un élément distinctif, Ninny est blonde et est coiffée de sorte qu’elle semble avoir des oreilles de chat, alors que Noël est brune et a un air blasé constant. Ce duo fonctionne particulièrement bien, et est accompagné d’un personnage masculin qui a plutôt le rôle du comic relief, sans pour autant être lourd.

Ainsi, on a droit à un groupe vraiment agréable, même s’il n’a pas encore une caractérisation des plus denses (en même temps, on est dans un premier tome). Mais je trouve que Noël se démarque déjà beaucoup, notamment par cet air blasé dont j’ai parlé, et je trouve que sur ce point, la façon de caractériser le personnage grâce au visuel est plutôt ingénieux.

Mais ce qui est vraiment au centre de ce premier tome, c’est la mise en place de l’univers spécifique du titre, qui se déroule à Londres, et dans lequel on trouve une version « normale » de la ville et une version « reverse », où les éléments fantastiques se déchainent. Kubo fait un très bon travail de description, développant ce monde à la fois par le biais du texte mais également des visuels, et le cadre de la ville de Londres a une certaine originalité par rapport aux cadres plus souvent japonais du genre. C’est même à se demander s’il ne souhaitait pas donner un côté Harry Potter à son récit de sorcières.

Cependant, l’œuvre à laquelle le titre me fait le plus penser est clairement Men in Black, avec cet aspect fantastique prépondérant dans un monde que le commun des mortels voit comme normal. D’autant plus qu’il y a dans les deux cas une organisation qui fait le nécessaire pour que le peuple reste dans l’ignorance de tout cela. C’est bien simple, il suffit de remplacer les extra-terrestres par des dragons, et on a vraiment un univers des plus similaires. Ce qui n’est pas un soucis en soi, et je pense d’ailleurs que Men in Black n’est pas le premier récit à utiliser un concept du genre. Ce qui compte, c’est surtout que l’univers arrive à trouver ses propres spécificités, et que l’histoire soit agréable à suivre.

Et sur ce point, c’est tout à fait réussi. Je trouve que tout fonctionne très bien, et que les enjeux à court terme accrochent suffisamment. Ils sont surtout là pour commencer à développer ce monde, qui semble bien plus riche que ce qu’on a pu voir pour le moment. C’est ainsi que Kubo trouve un très bon équilibre entre le développement d’univers, un début d’intrigue auto-conclusif, mais qui ouvre vers quelque chose de plus dense, et la caractérisation de ses personnages… Sans oublier une très grosse dose d’action !

Et sur ce point, on a déjà de quoi être rassasié. Une fois de plus, on sent l’auteur d’expérience, qui propose un découpage nerveux et des planches généreuses en détails et en effets. On a souvent des pleines pages et des doubles pages qui accentuent l’impact des affrontements, et tout cela donne clairement envie de voir le film d’animation (disponible sur ADN).

Ainsi, on ressort de cette mise en bouche plutôt conquis par l’univers plein de promesses du titre. J’ai pris soin de passer sous silence la quasi-totalité des péripéties de ce tome, qui donnent déjà un peu de profondeur au récit, et mettent en place des éléments qui seront à n’en pas douter, exploités par la suite. Sur ce point, Kubo a d’ailleurs déjà mis en place en fin de tome ce qui sera certainement l’élément central de l’intrigue. Il faudra simplement voir à quel rythme l’auteur va travailler, étant libéré des contraintes classiques de publication. On peut supposer qu’il a déjà une idée de la durée qu’aura la série, et on peut supposer qu’elle ne devrait pas trop s’étendre en longueur compte tenu du fait qu’il y aura des délais relativement longs entre chaque tome.

Quoi qu’il en soit, ce premier volume est plein de promesses. Que ce soit son univers très intéressant bien mis en valeur par l’esthétique de l’auteur, ses personnages principaux féminins qui apportent un peu de fraicheur dans le monde masculin du nekketsu, ou encore la mise en images de qualité, on peut déjà dire que Burn the Witch démarre très bien et fait partie des titres pour lesquels j’ai désormais de belles attentes.

21 commentaires

  1. Je suis une grosse fan de Bleach mais franchement ce titre ne me fait pas du tout envie 😅 le résumé éditorial que tu cites est hyper bancal avec plein de répétitions et le concept me semble un peu bateau. En plus s’il faut attendre super longtemps pour la suite, je préfère voir ce que ça donnera d’abord sur le long terme.
    Merci du coup de m’avoir évité cet achat dans l’immédiat 😁

    Aimé par 1 personne

  2. Je me le suis acheté justement ! Comme toi, je ne connais pas Bleach, mon chéri m’a vite fait voir les premiers épisodes de l’animé, mais je n’avais pas plus accroché que ça. Ton avis me donne hâte de lire ce titre 🙂

    Aimé par 1 personne

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