Mon avis sur… Sidooh T.1&2 de Tsutomu Takahashi

Sidooh

Le plan de relance de Panini continue de se dérouler comme il se doit, et après Aozora Yell début janvier, c’est Sidooh qui a droit à un retour en fanfare, avant d’être suivi par pas mal d’autres titres. La série de Takahashi avait déjà connu une première parution avant de s’interrompre au tome 14. Mais on a cette fois la promesse de voir le titre arriver à son terme, à un rythme de parution plutôt rapide qui plus est. L’occasion est donc idéale pour se lancer et découvrir un seinen vraiment prometteur.

Avant de commencer, resituons un peu le titre. Sidooh est un manga de Tsutomu Takahashi, prépublié entre 2005 et 2010 dans le Young Jump de Shueisha, compilant un total de 25 tomes reliés. Le mangaka publiait cette série parallèlement à Bakuon Rettô, et après un départ raté en France, la série nous revient donc plusieurs années après sa conclusion, suscitant une certaine attente chez les lecteurs et lectrices (nous allons voir pourquoi).

Milieu du dix-neuvième siècle au Japon. Une femme meurt emportée par l’épidémie de choléra qui ravage le pays, elle laisse deux jeunes enfants livrés à eux-mêmes : Shotaro, 14 ans et Gentaro, 10 ans. Suivant les dernières recommandations de leur mère, ils savent que pour survivre, ils devront devenir forts car les faibles sont voués à mourir. Ils se mettent alors en quête d’un maître qui leur apprendra à manier le sabre pour devenir comme leur défunt père, un samouraï. Ces innocents orphelins sont loin de s’imaginer combien le monde qui les entoure peut-être sans pitié envers ceux qui ne savent se défendre…

Dès les premières pages, Takahashi nous met dans l’ambiance. Que ce soit par son trait nerveux et très expressif, qui rend parfaitement l’aspect sombre et cruel de ce monde, ou par le sentiment de mort qui rôde, on comprend d’emblée que le « Pour public averti » sur la jaquette n’est pas là pour rien. Les deux frères, Shotaro et Gentaro, assistent impuissants à la mort de leur mère, emportée par le choléra. Mais avant de mourir, cette dernière leur dit de devenir forts, afin de ne pas subir un sort tel que le sien.

ShotaroOn comprend rapidement que dans ce monde cruel, rongé par la violence et la maladie, il vaut mieux être du côté des forts que de celui des faibles afin de survivre, et les deux frères vont donc vouloir devenir des samouraï. Or, au tout début de leur voyage, ils tombent sur une femme nue, attachée par un homme à un rocher. Assistant au viol de cette dernière (public averti !), Shotaro décide d’utiliser le sabre de son père pour la défendre et tue son tortionnaire.

Seul problème, des chasseurs de prime ont assisté à ça, menés par un adolescent particulièrement doué au sabre. C’est alors qu’il va prendre les deux frères sous son aile… et les vendre à un groupe très étrange, à la limite de la secte.

Ici débute l’aventure des deux frères, qui vont faire face à la violence et la cruauté de ce monde. Dès ces deux premiers tomes, on a droit à un peu de tentative de viol sur enfant, un peu de torture, beaucoup de brutalité et de violence, contrebalancés par la volonté de vivre des deux frères.

Passé l’introduction de l’histoire, nous sommes ensuite dans un lieu unique, dont l’aspect angoissant, sale et dur est parfaitement retranscrit par le dessin de Takahashi, qui multiplie les plans larges sur des décors inquiétants, que ce soit les geôles des deux frères, les couloirs sombres ou certains extérieurs. De plus, son trait est particulièrement expressif et arrive à parfaitement retranscrire les émotions fortes des différents personnages, que ce soit les deux héros, ou ceux qu’on a déjà l’occasion de rencontrer.

RugiSur ce point d’ailleurs, si la caractérisation de chacun est encore faible, du fait que l’on soit au tout début de l’histoire, on prend vite fait et cause pour eux (ce sont quand même des enfants qu’on martyrise), et les personnages gravitant autour ont déjà une caractérisation intéressante, ou au minimum un quelque chose qui les rend remarquable. Je pense en particulier à Rugi, le maître des lieux, extrèmement angoissant de par son aspect physique et sa nature de gourou.

Tranche l'airEnfin, toujours sur la question de l’esthétique, manga de samouraï oblige, l’auteur accorde déjà une grande importance aux postures des personnages, quand bien même les deux frères sont encore des novices dans l’art du sabre. Cela donne des planches somptueuses, que ce soit concernant le travail sur les mouvements ou celui qui concerne les décors, contexte historique marqué oblige.

Ainsi, si on n’en est qu’aux balbutiements de la série, il est clair que Takahashi impose d’emblée son univers, ses personnages et son intrigue, proposant une ambiance pesante qui fonctionne parfaitement et rend ces deux premiers tomes vraiment addictifs. La lecture passe d’ailleurs à la vitesse de l’éclair et on enchaîne les deux volumes sans s’en rendre compte. De ce fait, l’éditeur a vraiment bien fait de proposer ces deux tomes conjointement, et on aura peu à attendre avant les deux suivants, annoncés pour le 24 février.

Vous l’aurez donc sûrement compris, c’est un très grand oui pour moi. Non seulement ces deux premiers tomes de Sidooh m’ont fait très forte impression, me donnant envie de découvrir la suite au plus vite, mais c’est également la rencontre avec le style d’un auteur qui me donne envie d’approfondir la découverte. Et Tsutomu Takahashi dispose d’une œuvre suffisamment riche pour donner de la lecture pour un moment. En l’état, on va continuer Sidooh en priorité.

31 commentaires

  1. Mon œuvre de référence pour les samouraïs à l’heure actuelle, c’est L’habitant de l’infini, mais celui-ci pourrait joliment le compléter. Rien que les dessins 😍
    Alors ton avis me conforte dans l’envie de le découvrir même si la noirceur me fait peur ^^!

    Aimé par 1 personne

  2. J’adore ta chronique mais je ne l’achèterai pas, pour la simple et bonne raison que j’ai déjà tous les tomes sortis en France. Je fais partie de ces personnes à avoir été très enthousiasmées par « Sidooh » et à avoir été très (très très très) déçues que Panini ne publie pas la suite. Et cela fait bien longtemps que je veux m’y remettre mais que je freine des quatre fers parce que, bon, je saurais jamais la fin. Mais alors là, cette nouvelle édition ? Je suis tellement heureuse ! En espérant que Panini aille jusqu’au bout de la série, cette fois, car elle mérite d’être lue. Du coup, vivement la sortie du tome 15, que je connaisse enfin la suite, et en attendant, je ne vais pas tarder à les relire 😉
    Grâce à toi, j’apprends cette super nouvelle, alors merci !

    Aimé par 1 personne

    • De rien ! Je pense que depuis leur relance fin 2019, Panini est vraiment dans une bonne lancée. Le gros succès de Demon Slayer aide beaucoup et rappele que le manga peut vendre. Ils relancent pas mal de séries, certaines sont sorties d’un coup en intégrale et d’autres reviennent à un rythme normal pour rattraper le moment où ça a stoppé.
      Pour le tome 15, il faudra attendre quand même un peu car à la fin du mois ils sortent deux tomes, et ensuite ce sera un tome par mois ou tous les deux mois je crois.

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  3. Je ne l’ai pas encore acheté compte tenu des nombreuses nouveautés qui débarquent. Mais il est effectivement sur ma liste et ta chronique le confirme ! Puis l’auteur est une valeur sure, Bakuon Retto étant à mes yeux un chef d’oeuvre !!!

    Aimé par 1 personne

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