Aozora Yell T.1&2 de Kazune Kawahara – La force de la bienveillance

Aozora Yell

Le genre de la romance lycéenne en shojo a globalement du mal à me parler. J’ai déjà tenté plusieurs séries, et j’en ressors plus souvent déçu que conquis, au point où j’ai fini par me dire que le genre en lui-même n’était pas fait pour moi, que ses codes ne me parlaient pas. Pourtant, Aozora Yell a su me conquérir dès son premier tome, alors même qu’il ne cherche pas à réinventer la romance lycéenne. Mais le titre a su proposer un ton spécifique et un petit quelque chose qui me touche. Nous allons donc voir en quoi le titre pourrait devenir mon shojo de romance lycéenne de cœur !


Avant de commencer, je tiens à remercier Panini Manga qui m’a proposé ce premier tome. Sans cela, je serai peut-être passé à côté !


Kazune Kawahara est loin d’en être à son coup d’essai lorsqu’elle débute Aozora Yell en 2008. Elle a déjà 15 ans de carrière derrière elle, et se lance donc dans cette nouvelle série prépubliée dans le célèbre Bessatsu Margaret (magazine de shojo), qui l’occupera jusqu’en 2015, où la série s’achève avec son 19e volume.
En France, c’est plus compliqué, puisque Panini stoppe la série en 2013 après avoir publié seulement 5 volumes. Mais parmi les bonnes résolutions de l’éditeur pour 2021, il y avait le fait de faire revenir un certain nombre de séries, avec la promesse de les mener jusqu’à leur terme, dans une logique de relance de l’éditeur appliquée depuis fin 2019 avec sérieux.

Ainsi, les deux premiers tomes sont ressortis conjointement en ce début d’année, avec une nouvelle jaquette que je trouve personnellement somptueuse, créant une unité esthétique avec ce ciel bleu et ces visages souriants. De quoi faire passer l’idée que le manga sera des plus positifs dans son ambiance. Voyons donc de quoi il en retourne !

Complexée et timide, Tsubasa Ono rêve d’entrer dans la célèbre fanfare de son nouveau lycée pour y jouer de la trompette. Mais elle n’a jamais joué d’un instrument, et celui qu’elle a choisi n’est pas le plus facile à maîtriser. En plus, l’orchestre de son école est très réputé, seuls les meilleurs musiciens peuvent y accéder. Sa rencontre avec Daisuke Yamada, un sportif accompli et membre du club de base-ball du lycée, va être pour elle une révélation. Elle qui jusque-là avait toujours marché les yeux baissés, relève enfin la tête. Entourée d’une bande d’amis, elle est prête à relever tous les défis.

Je dois préciser qu’avant de lire le premier tome, j’avais déjà eu l’occasion de lire plusieurs retours sur le titre. Certains étaient très positifs, mais j’ai surtout vu quelqu’un dire que Tsubasa était trop niaise et rendait la lecture pénible, ce qui était une de mes craintes, surtout compte tenu de mes difficultés récurrentes avec le shojo lycéen. Or, j’ai très vite eu la bonne surprise de voir que non seulement je n’avais aucun soucis avec la façon d’être de Tsubasa, mais bien au contraire, j’ai vite trouvé que c’était un des gros atouts du titre.

Certes, nous sommes face à une jeune fille timide, un peu renfermée, qui a des rêves mais n’ose pas se lancer, de peur du regard des autres et de l’échec. Quelque chose de sommes toutes relativement banal dans le manga… mais aussi dans la vie ! Car une des grosses qualités dans l’écriture de Tsubasa vient de sa grande authenticité qui permet de très facilement s’attacher à elle et se projeter dans les problématiques que sont les siennes. Je pense qu’à l’adolescence plus encore qu’à n’importe quelle autre période de la vie, on est perturbé par le regard des autres, au point de ne pas réussir à s’imposer et assumer ses envies.

C’est le cas pour Tsubasa, mais heureusement pour elle, elle va rapidement rencontrer Daisuke, un camarade de classe également membre de l’équipe de base-ball. Le fait de faire rencontrer ses deux personnages est une bonne idée puisque leurs passions respectives sont liées, Tsubasa voulant jouer de la trompette au sein de la fanfare du lycée, durant les matchs de base-ball. Ainsi, une relation d’amitié pleine de bienveillance et d’encouragements mutuels va rapidement naître entre les deux, et de là découle l’élément qui m’a totalement fait adhérer au titre.

Loin de se contenter de jouer la carte de la romance classique à base de « boy meets girl », le propos me semble surtout de mettre en avant l’importance de la bienveillance et de la positivité pour avancer. Tsubasa a clairement besoin que quelqu’un l’aide à prendre confiance en elle et la pousse pour qu’elle ose aller vers ce dont elle a envie, et Daisuke est celui qui remplit ce rôle. Et dans l’autre sens, le jeune homme est aussi encouragé dans ses efforts par Tsubasa. Et en plus de ces deux personnages principaux, d’autres camarades de classe gravitent autour d’eux et sont tout aussi bienveillants les uns envers les autres.

Cela crée une ambiance vraiment agréable où, bien que les difficultés soient présentes, on sent que chacun peut compter sur l’autre, et ils arrivent à avancer ensemble. On peut trouver l’ensemble un peu idéalisé, ce qui est certainement le cas, mais j’avoue que cela me parle davantage que les histoires où il y a systématiquement des embûches liées notamment à la mesquinerie de chacun. Au contraire ici, les différents personnages sont doux, et ont un sourire communicatif (que ce soit sur les jaquettes ou très régulièrement au fil des pages où on les voit sourire), et voir au cours de la lecture toute cette gentillesse et cette bienveillance contribue à nous faire nous sentir bien, tout simplement. Je serai de ce fait tenté de qualifier cette série de « feel good », même si l’expression est souvent péjorative. Ce n’est clairement pas le cas ici, vous l’aurez compris.

Enfin, je l’ai à peine évoqué, mais il convient quand même d’avoir un petit mot concernant l’esthétique du titre. Si on reste dans quelque chose d’assez classique pour le genre, sans travail vraiment remarquable en terme de trait, on peut tout de même noter que la mangaka arrive à rendre son découpage clair, ce que je précise toujours avec le shojo lycéen tant le genre peut parfois être surchargé à mes yeux. Ici, il n’y a rien de tout ça, c’est même parfois assez épuré. Mais surtout, il y a un travail d’ambiance qui vient totalement sublimer l’écriture, dans le sens où le côté bienveillant et lumineux du titre ressort encore plus grâce au dessin.

Vous l’aurez donc compris, Aozora Yell est vraiment une découverte que je ne regrette pas. Après avoir terminé le premier tome, je suis tout de suite allé acheter le second en priorité. Si je ne suis pas le plus grand adepte de shojo lycéen, ayant souvent du mal avec les structures de récit très codifiées du genre, j’ai été ravi de voir que ce titre avait trouvé l’élément qui m’a fait totalement adhérer. La mangaka a su éviter tous les écueils que je vois trop souvent dans le genre, en suivant une idée directrice payante, centrée sur la bienveillance dans le rapport à l’autre. C’est le genre de lecture qui fait énormément de bien, et c’est pour cela qu’Aozora Yell est un coup de cœur surprise me concernant !

16 commentaires

  1. J’avoue avoir un peu de mal avec les couvertures, notamment au niveau des sourires que je trouve trop factices et grossiers, mais je peux comprendre que l’esthétique globale plaise.
    En revanche, ce que tu dis sur l’histoire en elle-même et les personnages me tente beaucoup, les histoires, qu’elles se déroulent au lycée ou ailleurs, avec des relations pleines de bienveillance étant rarissimes ! Or, c’est une valeur que je trouve extrêmement importante et que j’aimerais voir bien plus souvent représentée…

    Aimé par 1 personne

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