Le manga est-il vraiment mainstream ? [Réflexion]

Je me questionne souvent sur l’importance culturelle globale de mes pratiques et passions. J’entends par là que j’aime être à l’écoute de ce qui se dit concernant ce que j’aime, et ayant grandi avec une très grande passion pour le cinéma par exemple, j’ai souvent beaucoup apprécié voir une forme d’effervescence autour des films qui sortent, comme si un nombre suffisamment important de gens s’intéressaient à telle ou telle oeuvre au même moment, au point où elle devenait un sujet de conversation quasiment incontournable.

Ce n’est pas le seul élément qui permet de mesure l’impact culturel et l’ampleur qu’une oeuvre peut avoir, mais c’est certainement le plus évident et un des plus agréables à mes yeux. Or, tous les médias et toutes les œuvres n’ont pas le même impact, et j’en suis venu au fil du temps à m’interroger là-dessus.

C’est ainsi que j’en arrive au cas du manga, car j’ai souvent entendu ou lu que le manga était devenu une forme de loisir parfaitement intégrée et totalement mainstream aujourd’hui, et que le public du manga ne représentait plus une niche. Mais est-ce vraiment le cas ? Je n’en suis pas certain. Ainsi, j’ai eu envie de vous proposer cet article sous forme de réflexion sur la question, en n’oubliant pas que je ne détiens aucunement la vérité absolue, mais qu’il s’agit bel et bien d’un point de vue personnel qui peut et doit être discuté (c’est quand même l’intérêt d’un blog). Nous allons donc voir si, selon moi, le manga est un loisir si répandu que ça.

Je précise que je vais donner des arguments qui me semblent pertinents selon mon point de vue. Le but de ces articles de réflexion est, plus encore qu’avec les articles que j’écris habituellement, de discuter de tout ça. L’idée étant que le sujet me semble suffisamment intéressant et fertile pour qu’on puisse avoir des conversations et débats intéressants dessus. De ce fait, si selon vous il y a des biais dans ma façon d’appréhender les choses, il ne faudra pas hésiter à m’en faire part et à venir me contredire, je n’en prendrai pas ombrage (sauf bien sur si vous venez me dire que je suis un énorme tocard qui n’a rien compris, là j’apprécierai moyennement).

Dernière précision importante, dans tout mon développement, je vais parler de la situation du manga EN FRANCE (et francophonie on va dire). Je serai bien en peine de parler de comment ça se passe au Japon, mais il est clair que chez eux, l’impact du manga n’a absolument rien à voir avec ce qu’on connait chez nous. Je me bornerai à un environnement que je connais de ce fait, même si je balancerai des chiffres de ventes mondiales (dont on sait que l’essentiel se fait au Japon) pour donner des ordres de grandeur, tout simplement car les chiffres français précis sont plus flous en général.

Manga, anime, scans, fansub… Difficile d’avoir des chiffres précis

Pour commencer, il convient de tracer un petit contours de la problématique. Si je parle en particulier du manga, et que les chiffres de vente sont l’indicateur principal, on ne peut pas nier qu’il y a énormément d’éléments qui contribuent au rayonnement de celui-ci qui ne sont pas quantifiables, ou en tout cas pas aussi facilement. Le mouvement #WeLoveManga qu’on a connu cette année a sorti certains chiffres en se basant sur la fréquentation des sites de lecture de scan, et il semblerait que chez nous, environ la moitié des mangas sont lus sous cette forme.

Moins important, mais à ne pas négliger non plus, il y a aussi les médiathèques qui représentent un moyen important d’accès au manga, et dont les lecteurs sont difficiles à quantifier. Mais ils peuvent être nombreux. Travaillant dans une médiathèque d’une petite ville de 6500 habitants, je peux dire par exemple que dans notre structure, on a plus de 20 lecteurs réguliers du manga Super Mario (la star du secteur chez nous), mais plus d’une dizaine pour My Hero Academia, One Punch Man, Pokémon et autres. Et ces chiffres peuvent être bien plus importants dans des structures plus grandes et ouvertes depuis plus longtemps (notre médiathèque va avoir 5 ans), si on multiplie ceci par le nombre de structures, cela peut faire une quantité très importante de lecteurs et lectrices qui n’entrent pas dans les chiffres de ventes.

De la même façon, impossible de savoir par combien de personnes sont lus chaque manga acheté. Impossible de savoir combien de membres d’un foyer lisent un titre acheté par l’un d’entre eux, ni entre combien de mains chacun passera via le prêt ou la revente d’occasion.

Tout ça pour dire que les chiffres de vente sont un indicateur, mais ne représentent pas la globalité du public du manga.

De la même façon, il n’y a pas que le manga. Il y a aussi les animes qui contribuent au rayonnement d’un titre, au point parfois de booster de façon phénoménale le succès du support papier d’origine (coucou Demon Slayer). Et si l’anime n’amène pas forcément jusqu’au manga, il faut en tenir compte dans l’impact culturel de l’otakisme en règle général. Et sur ce point, outre les chiffres de vente de DVD et les tickets de cinéma vendus, il est compliqué d’avoir une idée fiable de l’importance de la chose si on ne connait pas les nombres de visionnages sur les centaines de sites de fansub, ou même sur les plateformes légales (Netflix ne communique pas là-dessus il me semble, et j’imagine qu’il en va de même pour les plateformes spécialisées comme ADN ou Crunchyroll).

Tout ça pour dire, vous l’aurez compris, que l’impact du manga et de l’anime sont compliqués à quantifier… Mais « heureusement », le cinéma est finalement dans le même cas de figure et la comparaison entre les deux n’est de ce fait pas totalement déconnante. Et ça tombe bien, c’est le prochain point de mon développement !

Le manga en comparaison des autres médias

Les comparaisons me semblent pertinentes, même si parfois elles ont besoin d’être contextualisées. Mais certaines se passent de commentaires. Déjà, si on resitue le manga chez nous par rapport au monde du livre en général, on aime à dire que depuis plusieurs années, le manga est une des locomotives du secteur, en croissance alors que tout le reste diminue. On retrouve des discours similaires dans le monde du jeu vidéo (tiens, tiens, un autre loisir de niche qu’on aime considéré comme mainstream…), où on s’esbaudit souvent devant une croissance constante dont les contours sont parfois flous. Pour le manga, c’est plus clair heureusement, mais ce n’est pas forcément le signe d’une ouverture à tous les publics.

Si l’on se réfère aux chiffres de GFK sur les ventes de BD en 2019, le constat est sans appel… Asterix atomise avec une violence démesurée toute la concurrence, concurrence qui par ailleurs est très bien représentée en terme de BD européenne. Il faut attendre les tomes sortis dans l’année de Dragon Ball Super et One Piece pour avoir du manga dans le top, accompagnés de Ki & Hi (manga français vendu sur le nom d’un youtuber) et My Hero Academia. On pourrait aussi parler du fait que les mangas qui se disputent les premières places soient tous des nekketsu, mais c’est une autre affaire.

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Ce qui est par contre évident, c’est que dans les personnages icôniques, Asterix est largement plus important que Sangoku ou Luffy chez nous (et Mortèle Adèle dégomme Izuku en 1V1). Ce n’est pas pour dénigrer les (très beaux) chiffres du manga en France, il s’agit surtout de faire un constat qui est simple. Même les séries les plus vendues n’excèdent pas les 100 000 exemplaires par tome chez nous.

Autre chiffre qui m’a frappé, Delcourt a annoncé avec fierté avoir écoulé 1 000 000 d’exemplaires de Jojo’s Bizarre Adventure, un manga dont on entend parler de façon constante sur les réseaux, avec une fanbase énorme. Un million pour une série de plus de 100 tomes déjà, ça fait une moyenne inférieure à 10 000 exemplaires par tome. Ce qui n’est pas mal en soi, mais finalement assez peu pour une oeuvre si majeure… dans le microcosme des lecteurs de manga.

Pour rester dans les comparaisons chiffrées, mais en s’éloignant du monde de la BD, une autre comparaison parlante. One Piece est le manga le plus vendu de tous les temps avec plus de 450 millions de volumes vendus, pour plus de 90 tomes. Une moyenne approchant donc des 5 millions par tome. Asterix c’est plus de 350 millions de ventes mondiales… En 38 tomes ! On approche des 10 millions par tome en moyenne. Plus violent encore, même si ce n’est pas de la BD, Harry Potter a dépassé il y a deux ans les 500 millions d’exemplaires vendus. Même en considérant que la version papier de la pièce de théâtre est incluse, ça fait 500 millions en seulement 8 volumes, soit une moyenne de 62 millions de ventes par tome. Plus de dix fois plus que ce qu’a fait One Piece donc.

Et j’aime pousser la comparaison en allant vers d’autres médias, au hasard le cinéma, surement le média le plus universel avec la musique. On a donc dit que One Piece c’était en moyenne 5 millions de vente par tome. Saviez vous qu’Avatar a vendu environ 300 millions de tickets de cinéma pour faire ses près de 3 milliards de recette ? Et d’autres films ont fait plus que lui. On a chaque année (sauf en 2020) plusieurs films qui dépassent le milliard de dollars, ce qui veut dire qu’ils ont été vus par plus de 100 millions de personnes uniquement en salles. Sachant qu’actuellement, avec les différents canaux, les films sont largement plus vus en dehors des salles que dedans (télé, DVD, streaming, etc…), leur rayonnement est absolument incomparable avec celui du manga (le pognon investi dedans également, et c’est clairement un point qui joue beaucoup). Pour dire ça de façon plus simple et plus parlante : il n’est pas aberrant de penser que les films au plus grand succès sont vus par 100 fois plus de personnes que ne sont lus les mangas les plus populaires (ouh la vilaine phrase mal construite…).

Et on parle surtout de chiffres, mais j’ai le sentiment que le « rayonnement culturel global » du manga est extrêmement faible par rapport aux autres médias. Je m’explique.

Le manga dépasse-t-il le cadre des fans de mangas ?

Comme je l’ai dit en début d’article, j’aime bien voir la ferveur qui accompagne l’arrivée de certaines œuvres. Le fait qu’elles soient sur toutes les bouches, qu’on en entende parler un peu partout et que ça déchaîne les passions. Je sais que ça peut soûler certaines personnes qu’on parle justement autant de certaines œuvres, mais moi j’y vois là le signe d’œuvres qui ont réussi à créer une connexion forte avec le public… Qu’on aime ou non ces œuvres. Parce qu’il faut être honnête, si c’est le cas avec (par exemple), des films que je trouve formidables comme Le Seigneur des Anneaux, Avatar, Titanic, Harry Potter et autres, on ne peut nier que les Bienvenue chez les Ch’tis et autres Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? ont aussi réussi ça. Personnellement, lorsque le dernier mentionné est sorti, j’en entendait tout le temps parler dans les transports, à la télé, etc… C’est quand même le signe d’une oeuvre qui a touché d’une certaine façon le très grand public. Que je considère les deux films mentionnés comme des purges n’y changera rien.

Et même s’il est compliqué de mesurer l’impact culturel des œuvres, il y a selon moi des éléments qui ne trompent pas. Un tout simple est le fait que des personnages des œuvres en question soient immédiatement reconnaissables par la majorité des gens. On peut multiplier les exemples au cinéma, que ce soit E.T, le Terminator, Gollum, Harry Potter, le Xenomorphe (les gens l’appellent plutôt Alien mais ils le reconnaissent), Yoda, Simba, Elsa, Jack Sparrow, etc… Il y a une infinité de personnages qui ont largement dépassé le cadre de leurs œuvres pour devenir des figures de la culture populaire globale. Et on peut l’étendre à d’autres domaines : tout le monde ou presque reconnait Spider-Man, Batman ou Superman au premier coup d’œil. Tout comme Michael Jackson, les Beatles ou Prince.

Et dans le monde du manga, je ne vois personnellement qu’un seul personnage que la majorité des gens sont capables de nommer en le voyant : Sangoku (ou Goku mais moi j’ai grandi avec Sangoku et Tortue Géniale, désolé). Même Naruto, je ne suis pas certain qu’il soit si reconnu chez nous, et Luffy encore moins (Naruto a l’avantage de porter le même nom que sa série). On peut dire que ça n’a pas d’importance, mais pour moi c’est un des marqueurs qui joue. Et je pense que si Sangoku est identifiable pour la plupart des gens, c’est parce que Dragon Ball a explosé en anime à une époque où la télévision publique comptait peu de chaines, et pour avoir vécu cette époque, je peux vous affirmer que TOUS LES GOSSES regardaient Dragon Ball. C’était impossible de passer à côté, si bien que Sangoku était relativement omniprésent qu’on le veuille ou non.

Et c’est un peu ce côté qu’on le veuille ou non qui joue selon moi. Un des éléments qui permet au cinéma d’avoir un tel impact est clairement sa force de frappe financière et marketing. Quand les films coûtent plusieurs centaines de millions de dollars et que les majors dépensent des sommes équivalentes en communication, on se retrouve littéralement noyés sous tout ça. Que ce soit des affiches partout (sur les bus, dans les gares, dans les rues, etc), des bandes annonces à la télé, sur Internet, même sur les panneaux publicitaires qui désormais proposent la vidéo. Et c’est sans compter tous les partenariats (on n’oublie par lors de la sortie de Star Wars VII où les magasins Leclerc semblaient être des magasins Star Wars, avec des stickers dans tous les rayons). Évidemment dans ces conditions, même la personne qui n’en a rien à faire du cinéma est obligée de voir des images des films et de savoir un minimum de quoi il est question (encore que, j’ai une connaissance qui avait découvert Le Hobbit – La désolation de Smaug à la télé, et il ignorait de ce fait qu’il y avait un film avant et un autre après, comme quoi il y a parfois des gens qui arrivent à éviter les balles tel Neo, un autre personnage identifiable bien plus facilement que les héros de manga).

À côté, le manga est un loisir plus modeste, avec malgré tout plein de thunes à tous les étages, mais quand même infiniment moins que dans l’industrie du cinéma. De ce fait, la communication ne peut pas se faire de façon aussi massive, ce qui fait que l’information est ciblée et va vers les canaux déjà fréquentés par les lecteurs et lectrices de manga. De ce fait, on brasse logiquement un public moins large et surtout, on ne donne pas trop l’occasion à des non lecteurs de voir ce qui existe. Je pense que ça vient d’ailleurs en partie de là l’idée répandue selon laquelle le manga (et la BD en général) est pour les enfants. Si en France les exemples de BD que tout le monde a en tête sont les indéboulonnables Asterix, Schtroumpfs, Lucky Luke ou Titeuf, cela donne une vision biaisée des choses et on peut comprendre que l’on puisse s’imaginer que ça ne s’adresse qu’aux enfants. Je pense sur ce point qu’à voir uniquement sous notre prisme de passionnés les choses, on en oublie que ce qui est évident pour nous ne l’est pas forcément pour le reste des gens.

Et j’ai parlé de l’impact culturel des personnages, mais il en va de même pour les acteurs du milieu. Quand on parle de Spielberg, Tarantino, Tom Cruise, etc… Ce sont des noms connus de la plupart des gens. Encore une fois, cela vient d’une construction méthodique liée à un star system omniprésent qui fait que les gens retiennent ces noms, même s’ils n’en ont rien à faire du cinéma ou de qui a fait les films qu’ils regardent. Mais allez parler de Toriyama à un non lecteur, il n’aura aucune idée de qui on parle. Et cela peut se vérifier avec l’intégralité des noms de mangaka je pense.

Sur ce point, il est évidemment compliqué de vraiment avoir des données quantifiables, je dirai presque que c’est un sentiment personnel. Mais je pense quand même être plutôt dans le vrai. En ce qui me concerne, je n’ai pas de gros lecteurs de manga dans mon entourage. Tout au mieux, j’ai des amis fan d’un titre en particulier (je pense à Dragon Ball, Naruto et Detective Conan surtout), mais dans mon entourage, il n’y a vraiment pas de gros consommateur de manga. Et c’est presque la même chose côté jeu vidéo d’ailleurs, j’ai quelques amis assez gamer, mais dans l’ensemble, je ne connais que peu de joueurs. Je pense que c’est tout simplement parce que les gros gamers, ou les gros fans de manga représentent un public qui reste largement minoritaire. Je dirai même que les fans de manga sont un public de « niche », alors il y a des grosses et des petites niches. Le monde du manga en serait une de taille moyenne chez nous (encore une fois je ne parle pas du Japon où les choses n’ont sans doute rien à voir).

Et je le répète, ces considérations n’ont rien à voir avec le mérite et la qualité des œuvres, mais il s’agit simplement d’un constat. Moi-même, je déplore le fait que l’on soit finalement assez peu de lecteurs de mangas en terme de proportions,  tout comme je déplore le fait que dans un lectorat déjà pas énorme, une bonne partie se focalise sur le shonen nekketsu, mais ça c’est une autre question qui mériterait aussi un article dédié. Mais je fais simplement état d’une réflexion personnelle, peut-être à côté de la plaque d’ailleurs, à vous de me dire ce que vous en pensez.

En conclusion

Vous l’aurez donc compris, je reste convaincu (à tort ou à raison ?) que le manga est toujours une passion de niche chez nous. Une niche qui a peut-être gagné en importance, notamment grâce à la variété de canaux de diffusion d’animes qui sont des portes d’entrée vers le manga, mais qui reste malgré tout un loisir « d’initiés », qui semble rebuter un plus large public.

Ce constat est peut-être un peu triste, mais je me dis que c’est aussi en partie pour ça que j’ai fait un blog. Pour partager avec des gens virtuellement, puisque je n’en trouve pas dans la vraie vie. Et sans vouloir me donner plus d’importance que j’en ai, je me dis aussi que ça peut peut-être donner envie à certaines personnes de découvrir cet univers. Je le dis depuis le début et je pense continuer à le dire, mais je suis un petit blogueur, ma voix ne porte pas des masses, mais c’est en cumulant nos voix qu’on peut contribuer à faire découvrir le manga à d’autres personnes.

C’est d’ailleurs pour ça que j’apprécie les initiatives pour mettre en avant le manga sur des médias « mainstream ». Je pense par exemple à l’émission Dans la Légende de Clique TV, présentée par Sébastien Abdelhamid, qui revient sur des œuvres marquantes tous supports confondus, ce qui permet à des gens qui regardent l’émission pour autre chose que du manga de découvrir aussi ce domaine. J’ai pensé à cet exemple en particulier car j’ai déjà vu sur twitter des critiques sur les sujets choisis qui seraient trop « connus », notamment au sujet de l’émission sur Inoue. Sauf que si l’on parle d’Inoue (mangaka exceptionnel s’il en est), Slam Dunk, Real ou Vagabond à des non lecteurs, ils n’auront de base aucune idée de ce dont il est question. De ce fait, il ne faut pas dénigrer ces efforts de vulgarisation auprès d’un public non spécialiste.

Je pense d’ailleurs que j’ai peut-être fait une erreur en voulant créer un blog centré sur le manga et que j’aurai peut-être dû faire quelque chose qui englobe mes différentes passions, pour que des gens qui ne connaissent pas forcément un ou autre domaine abordé, mais fréquentant quand même le blog, aient envie de s’y intéresser. Mais bon, ce qui est fait est fait, et c’est trop tard pour faire volte face même si j’essaie d’ouvrir un peu le blog à d’autres domaines en gardant le côté manga au centre de celui-ci.

Mais j’essaie surtout désormais de m’ouvrir à la diversité de ce domaine, d’en connaitre aussi davantage l’histoire, l’organisation et les tenants et aboutissants. J’essaie d’avoir une vision plus globale de ce milieu que les quelques titres susceptibles de finir dans les Happy Meal (quand bien même ces titres peuvent être excellents). Car à l’heure où on se gargarise de tous les records que Demon Slayer fait tomber, je déplore surtout de mon côté que ce manga qui est en train de marquer l’économie du secteur soit totalement inconnu d’un public plus large.

Mon dernier mot serait donc : Est-ce que le manga est vraiment mainstream ? Je pense que non. Est-ce qu’il pourrait le devenir ? Je pense que non également. Mais est-ce qu’il pourrait toucher davantage de gens qui de prime abord ne s’y intéressent pas ? C’est évident !

37 commentaires

  1. Ton article est très bien, construit, en personnage connu je rajouterais juste Sacha et peut-être Yugi qui sont également bien présent à la télé ^^ après il y a aussi Heidi (qui me semble être une animation japonaise) ^^. Après c’est sûr que nous français on est plus centré sur les BD, et peut-être que le manga n’est pas attirant du fait qu’il est souvent en noir et blanc, et que les séries comme Astérix n’ont pas besoin que l’on achète tous les tomes pour suivre l’histoire… Mais pour ma part, je le trouve bien mieux, car il est plus abordables.

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    • C’est vrai qu’en BD labsence de continuité pour les séries qui marchent le mieux doit être un argument important. Ca et le côté « historique » et intergénérationnel de certains titres que les mangas n’arrivent pas à avoir chez nous.

      Je n’avais pas pensé à Sacha mais à Pikachu en personnage que tout le monde reconnait, mais comme ça vient du jeu vidéo à l’origine et que Pokemon est un cas vraiment à part, je n’ai pas voulu le citer. Car Pokemon c’est comme Star Wars ou Disney, c’est quasiment une industrie en soi.
      Yugi, je me dis que de nos jours il doit être beaucoup moins connu quand même qu’à la grosse époque. J’ai le sentiment que la licence n’a pas réussi à passer l’épreuve du temps.

      Merci en tout cas d’être passée me lire et d’avoir partagé ton point de vue, c’est toujours enrichissant d’en discuter !

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  2. Je dirai que oui et non, tout dépend ce que tu regardes et ce que tu lis. On peut parler des Big 3 qui sont connu de tous car diffusés sur les chaînes gratuites en France et les produits dérivés sont légion dans les magasins. Néanmoins, il y a beaucoup de titres qui sont pour un public de niche. Cependant, quand j’étais au collège, je regardais des anime à la TV sans vraiment avoir conscience que c’était tiré d’un manga. Pour moi, c’était simplement un dessin animé avec des histoires que je n’avais jamais vu avant (magie, super pouvoirs etc).

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    • Oh même les titres du Big 3 et autres gros cartons, je n’ai pas le sentiment justement que tout le monde les connaisse. Je ne vois que Dragon Ball comme cas vraiment à part notamment parce qu’il était diffusé à époque où il y avait peu de chaînes et où c’était du coup LE programme incontournable.

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  3. Article très sympa. C’est clair que le manga a quand même gagné beaucoup en visibilité cette dernière décennie. Le plus dur doit rester l’achat en lui-même pour un néophyte, avec le choix de l’oeuvre aussi. Comme tu le dis le marketing est moins présent, et à part quelques oeuvres majeures, on peut vite être perdu. Et le manga doit encore trainer sa mauvaise réputation je pense, chez certaines tranches d’âges ou milieux.
    La comparaison avec Axtérix me fait me demander s’il n’y a pas d’autres facteurs pour expliquer la différence de chiffres. Surtout la différence d’époque avec moins de diversités de médias et d’accès à ces médias, facilitant peut-être la vente des BD.

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    • Oh je pense que les facteurs sont extrêmement nombreux pour expliquer de telles différences de chiffres en effet.

      Pour Asterix rien que le fait que ce soit français joue car plus ancré dans notre culture. L’âge de la série aussi, qui en fait un vrai objet transgenerationnel qui est susceptible de toucher vraiment tous les âges (je pense qu’on est dans le cas d’un titre qui est la seule BD achetée par certaines personnes parce que c’est Asterix justement), mais sûrement aussi plein d’autres facteurs.

      Merci à toi pour ton commentaire qui me fait très plaisir !

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  4. Je rejoins complètement ton analyse, le manga est clairement un loisir de niche. Je lis des mangas depuis 2002 et même si j’ai vu de larges améliorations dans l’offre de mangas plus diversifiée, des festivals spécialisés, des plateformes de streaming d’animés japonais, etc, le manga reste cantonné à un public assez restreint.

    De plus, son image négative n’a pas tellement évolué, ou si peu. A 30 ans, je ne devrais plus en lire, plus les défendre, allez, c’est maxi un truc que tu lis quand t’es jeune adulte, pas au-delà. Ça suffit les gamineries, hop hop hop. Ça rejoint ce que tu dis sur la BD qui a une image de média destiné aux enfants. Tout ça, dans le fond, ça n’est quand même pas très sérieux. La focalisation sur les nekketsu, comme tu dis, doit y être pour quelque chose.

    Comme tu dis, l’aspect financier joue aussi. Mais parmi toutes les raisons que tu as citées, il y en a une que je rajouterai (je vais pas me faire que des amis sur celle-là) : les fans eux-mêmes ! Je m’explique : souvent, il y a un entre-soi qui joue (il me semble en avoir parlé vite fait dans mon article sur le mépris des lecteurs – cet article date de 2017 et je n’en retire pas un mot) et qui fait que si tu ne fais pas partie du cercle, baaah… On a ce genre de réactions : « Quoi ? Tu ne connais pas tel manga ? » d’un air mi-désolé, mi-moqueur. Ça donne envie de s’intéresser au domaine, ça ? Un connard élitiste de geek ? Restons en-dehors de tout ça, on souffrira moins. Et puis cette course, cette compétition à celle et celui qui en connaît le plus… Il y a souvent cet aspect dans les conversations que j’ai eu avec des lecteurs de mangas, ça ne donne pas envie. On retrouve ça dans d’autres domaines (le cinéma, la littérature classique…), les lecteurs de mangas ont eux-mêmes été ostracisés par les élitistes habituels… et font la même chose ? Allez, tchao.

    En tout cas, très bon article, finement analysé.

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    • Sur le dernier point que tu évoques, je vois tout à fait ce que tu veux dire et je le déplore. On le retrouve dans tous les domaines où il y a ce côté un peu spécifique, mais à plus forte raison justement avec les loisirs de niche. Par exemple dans le jeu vidéo, les plus jeunes devraient limite s’excuser de ne pas être nés à l’époque de l’arcade. Il y a d’ailleurs ce côté dans le manga et l’anime avec la fameuse histoire de génération Netflix.

      Mais si je déplore cet aspect, je le comprends d’un certain côté car… j’ai été comme ça fût un temps vis à vis du cinéma, avec une forme de snobisme du mec qui sait alors que les autres savent pas. Fort heureusement avec les années j’en suis revenu, et j’ai même un peu honte en y repensant mais au moins je me dis que j’ai révolue positivement (en tout cas je crois).

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      • Je crois qu’on a tous été « élitiste » (je mets les guillemets car je pense qu’on avait tous nos secrets honteux, aha) car c’est une ambiance qui imprègne tous les milieux culturels, j’ai l’impression. Donc bon, culpabilise si tu veux, mais t’en es revenu au moins. D’autres resteront butés sur leur connerie élitiste. Je pense que tu as compris qu’une personne comme toi est plus estimable que la dernière. Une personne ouverte d’esprit peut faire progresser la culture et la mentalité sur le sujet de la société (oui, rien que ça).

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      • Ca fait une sacré responsabilité dis donc 😆
        Mais en effet, je pense qu’on n’y gagne rien à être snob ou élitiste, à part se faire mal voir par les autres. Et je préfère être plus ouvert et ne pas juger les goûts et les connaissances des autres. De toute façon je ne me place pas en spécialiste, loin de là.

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  5. Belle analyse.
    En effet le manga est et reste un marché de niche dans le fond mais…

    Car il y a un mais.
    Selon moi néanmoins, les éditeurs manga n’agissent pas vraiment comme si c’était le cas. En effet si tu regardes le nombres de nouveautés et de sorties (même en cette période trouble), on est plus proche du fonctionnement d’un marché solide et stable, que d’un marché de niche avec ses hauts et ses bas. Les éditeurs continuent de se multiplier, les nouveautés pareils et lancer une série manga c’est souvent être parti avec pour des années vu le nombre de tomes que ça peut faire (surtout quand ça vient de commencer au Japon).
    Là ou (pour reprendre ton analogie) un film se suffit a lui même, même dans le cas de franchises…

    Donc dur de capitaliser sur la totalité ou une grande partie du catalogue.Ce qui pour moi n’est clairement pas le fonctionnement d’un marché stable. En réalité la plupart des éditeurs se reposent sur 1-2 licences phares qui financent quasiment à elles seules le reste du catalogue. Et si marketing il y a, ce sera généralement pour les hits (Qui a dit TPN?).

    Pourtant en tant que lecteurs de manga depuis 1996, je peux t’affirmer que ça a bien évolué a ce niveau. La plupart des librairies ont un rayon manga bien fourni, t’en trouves dans les grandes surfaces et à la Fnac. Et dans le bibliothèque/médiathèques. Avant, c’était un pauvre tourniquet avec 4-5 titres dans un coin de la boutique/magasin et pas que parce que il n’y avait peu de titres disponibles… La bibliotheque de mon quartier ne savait meme pas ce que c’était, j’me souviens lorsque j’ai demandé après City Hunter 😀

    Le manga c’était considerés comme de la sous-bd, des « japoniaiseries « , des trucs cheap, mal imprimés et jetables selon certains. Pire, on entendait régulièrement que c’était un effet de mode et que dans 10 ans max, on en entendrait plus parler. L’avenir leur a donné tord mais malgré tout on reste dans un marché de niche, un marché de consommation directe et qui capitalise pas ses licences dans la durée . Sauf certaines évidemment… Car combien de titres qui étaient des Hits ou des best-sellers à l’époque de leurs sorties sont tombés dans l’oubli et ne parlent plus qu’a quelques rares passionnés…

    Là ou des films de 30-40-50 ans bénéficient de rééditions et/ou rediffusions régulières…

    Le cas DB est particulier. Comme tu le dis, il a bercé un nombre incalculable de gosses via la TV qui ont eux même partagé par la suite.. Et la série a été multi-reddifusé, y’a 1000 suites et spin-off’s encore actuellement, sans oublier des jeux-vidéos, des figurines etc, ce qui fait que la série a quasiment toujours bénéficié d’une actualité quelconque qui la remettait en avant et lui a permis de rester dans l’actu et lui permettre de conquérir sans cesse une nouvelle audience. En plus d’être une série très basique dans son fond et son déroulement, en plus d’être intemporelle, ce qui aide aussi a fédérer une large communauté…

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    • C’est très intéressant ce que tu dis sur l’état du marché (le reste aussi mais ce point a le plus retenu mon attention). J’aimerai beaucoup me renseigner sur la question de l’édition de manga en France, de la santé de ce secteur, du nombre de personnes touchées et aussi des seuils de rentabilité et autres. Plein de points qui me semblent très importants d’autant plus que comme tu le soulignes, il semble y avoir un écart entre la gestion des éditeurs et le fait qu’on soit sur une niche relative.
      Et en effet, le fait que quelques séries locomotives portent le reste du secteur, ce qui est d’ailleurs le cas aussi dans pas mal d’industries culturelles comme le cinéma ou le jeu vidéo.

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      • Merci !

        Concernant l’état du marché j’avais écrit ça y’a +- 2ans : https://chroniquesdunvagabond.wordpress.com/2019/03/23/manga-vers-une-nouvelle-saturation-du-marche
        Ca résumait pas mal mon ressenti à l’époque.

        En effet des licences porteuse c’est courant quelle que soit le média mais dans le cas du manga c’est encore plus probant. Quelqu’un qui bosse chez Kana m’avait expliqué que dans leur cas, tout ou presque reposait en grande partie sur Naruto qui était amorti et rentabilisé depuis des années mais qui malgré que la série soit finie continuait d’être leur locomotive financière et leur meilleure vente. Et que s’ils n’avaient pas/plus Naruto, y’a plein de série qu’il ne pourraient pas proposer (les trucs patrimoniaux notamment) car dans le fond ils les vendent limite a perte. Et de ce que je sais c’est pas les seuls dans le cas…

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      • Ah oui, j’avais déjà lu ton article mais je vais retourner y jeter un œil car ma mémoire est défaillante.

        Sur le sujet des locomotives, en effet Naruto est un bon exemple puisqu’il reste haut dans les ventes (j’ai limpression que cette série a plus d’impact que One Piece en France d’ailleurs).
        Ahmed Agne a dit plein de fois que chez Ki-oon c’est My Hero Academia qui leur permet de lancer d’autres projets en parallèle. Et je suppose que c’est pareil chez tous les gros qui ont au moins une locomotive. Pour en avoir parlé avec Pika, L’Attaque des Titans, Seven Deadly Sins et tout Mashima à une importance énorme aussi, avec quelques autres titres moins forts comme L’Atelier des sorciers actuellement.

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      • En fait tous les éditeurs rêvent d’une ou plusieurs locomotives et sont dans le fond perpetuellemnt en recherche de ces locomotives. Glénat en a 2 énormes P.EX même si niveau reconnaissance et connaissance je pense comme toi que Naruto est plus connu que OP. Le fait que Naruto ait été diffusé à la TV (france 3 il me semble) aide aussi.

        Et une adaptation anime est toujours un boost de fou pour un titre.
        Pour les animes je te conseille la lecture de ce topic qui explique super bien le fonctionnement et les enjeux d’une adaptation anime :

        http://volonte-d.com/forum/viewtopic.php?f=30&t=10585

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  6. C’est une question plutôt complexe que tu soulèves car que signifie mainstream au fond ? En fonction de la tranche d’âge, du pays, de la société, ce n’est pas pareil partout. Je pense que ma / notre génération est beaucoup plus influencée par le manga que celle d’avant et que celle qui vient le sera encore davantage. J’ai la chance de fréquenter beaucoup de personnes qui aiment et lisent des mangas mais j’ai conscience que ce n’est pas en soi une « norme ». Après je n’ai aucun argument intéressant à apporter parce qu’il n’y a pas suffisamment de chiffres, juste des impressions qui varient d’une personne à l’autre !

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    • C’est déjà très bien de venir donner un point de vue, c’est aussi ce qui m’intéresse avec ces articles car je donne des impressions personnelles qui ne sont pas nécessairement des vérités générales. Donc avoir d’autres avis permet de développer ma réflexion et c’est ça le principal.

      Mais en effet, question complexe et je n’ai pas la prétention d’apporter un éclairage complet sur le sujet, juste un point de vue qui je l’espère est pertinent pour certains.

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  7. Voilà un article très intéressant ^^
    Je suis assez d’accord avec toi pour dire que le manga n’est pas un média « mainstream », rien qu’en le comparant avec les romans par exemple : je connais beaucoup de personnes qui lisent des romans, mais très peu finalement (dans mon entourage) qui lisent des manga.

    Pire : dès que je parle de manga, ils sont en tête Dragon Ball (comme tu le dis, c’est une série qui a été très diffusée chez nous via son anime et que beaucoup de personnes connaissent de près ou de loin) et ils pensent que cette série définit le manga en général. En gros, les manga, c’est que de la baston.

    J’essaie de briser ces idées reçues en expliquant que les manga sont aussi diversifiés que les romans, même si c’est vrai que les plus connus sont les nekketsu…

    Je me souviens que, à la question « Pourquoi ne lisez-vous pas de manga ? », certains répondaient « Parce que c’est écrit à l’envers, j’aime pas/je comprends pas »… Donc il y a aussi la barrière culturelle que certains ne parviennent pas (ou ne veulent pas) passer, c’est un peu comme pour les langues étrangères xD

    Bref, merci pour cet article et désolée pour ce roman (haha) 😆

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    • Pas de soucis au contraire, ta réponse est très intéressante et c’est le genre d’échange que je recherche quand je fais des articles du genre.

      Le coup du sens de lecture, ça me fait penser qu’un jour, mes parents étaient venus nous voir, et mon père a vu Vinland Saga dans ma bibliothèque. Et comme tous les darons il est passionné d’histoire. Il a pris le premier tome, l’a feuilleté et était intéressé, mais il m’a dit « c’est dommage que ce soit écrit à lenvers » 😭

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      • Oui, il faut vraiment vouloir dépasser cette différence pour accéder au contenu, mais certaines personnes ne parviennent pas à franchir ce cap 😔 Je trouve dommage de s’arrêter à ça, mais bon, c’est leur choix…

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      • Je pense qu’à un certain âge, quand tu es habitué à une certaine façon de faire c’est encore plus compliqué. Par exemple mes parents ne regardent jamais de films en VO car ils ont vécu pendant près de 40 ans avec uniquement la VF. C’est dommage mais c’est comme ça.

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  8. Bravo pour cet article, c’est une question très intéressante que tu abordes ici, celle de la place du manga dans les pratiques culturelles des français.

    Par contre je ne partage pas vraiment ton point de vue.

    Le manga est en plein boom : c’est le secteur le plus dynamique de la BD FR et ses ventes sont en croissance continue. Ce n’est clairement plus un marché de niche comme c’était le cas il y a 20 ans. Il y a des niches mais à l’intérieur du marché du manga (secteurs « shojo », « yaoi », « seinen-dark » par exemple), comme dans tous les marchés, mais le marché du manga en lui-même ne peut plus être considéré comme un marché de niche (grosse concurrence + volume de ventes élevé et en croissance rapide). Et c’est un marché relativement jeune donc il est très probable qu’il continue sa progression rapide.

    A mon avis, ce qu’il faut avoir à l’esprit quand on analyse l’impact du manga en France c’est qu’il s’agit d’un média profondément marqué par des effets de génération. Ce sont très majoritairement les 7-40 ans qui consomment du manga (et en particulier la tranche 10-25 ans) => c’est un loisir vraiment jeune. Donc aujourd’hui chez les jeunes le manga est une pratique culturelle importante et assez répandue et donc pas vraiment un loisir de niche mais plutôt un loisir populaire. Et avec le temps qui passe, le manga va se répandre au reste de la population car les générations qui consomment du manga aujourd’hui en consommeront aussi probablement demain pour elles et leurs enfants.

    En bref, je trouve que tu as un peu pris la question à l’envers (si je peux me permettre ^^). Tu fais un constat assez pessimiste alors que le manga ne s’est jamais aussi bien porté en France qu’en ce moment. Et à mon avis ce n’est encore que le début… Le marché du manga est en pleine croissance et les pratiques culturelles liées aux univers du manga, en plus d’être déjà importantes chez les jeunes, continuent de se répandre à grande vitesse. Après des débuts timides dans les années 1980-1990, le manga a connu un vrai boom dans les années 2000 qui s’est poursuivi dans les années 2010 au cours desquelles le manga est devenu un loisir important dans les pratiques culturelles des enfants, des adolescents et des jeunes adultes jusqu’à 40 ans. La tendance est donc clairement à la hausse.

    En ce sens on peut considérer que le manga est déjà « mainstream » (au sens phénomène très populaire) en France, ou en tout cas est en très bon chemin pour le devenir.

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    • Merci pour ton commentaire et pas de soucis pour ce qui est de prendre le phénomène à l’envers.

      Je trouve d’ailleurs ton point de vue très intéressant et c’est vrai que je ne me suis pas trop penché sur l’effet générationnel. Mais sur ce point je me questionne et je me demande s’il ne se trouve pas dans une situation similaire au jeu vidéo, où l’âge du public varie peu au fil du temps laissant à penser qu’on stoppe ou tout du moins diminué sa pratique avec le temps (je sais qu’on nous dit que l’âge moyen des gamers est en hausse mais je n’y crois pas du tout et les méthodes de recueillement de données sont constamment critiquées et me semblent surtout être faites pour arranger le milieu et flatter les joueurs). A voir sur la durée car comme tu l’as dit, c’est un secteur encore assez jeune chez nous.

      Mais malgré sa croissante et sa très bonne santé dans le monde de la BD, j’ai toujours le sentiment que ça reste une niche. D’ailleurs je dois dire que je vois aussi le secteur de la BD dans sa globalité comme une niche. Je fais ce constat au travail (je suis bibliothécaire) où le nombre d’adultes qui empruntent des BD chez nous se compte malheureusement sur les doigts d’une main. Certes, je ne peux pas en déduire une tendance générale, mais même en observant autour de moi, j’ai le sentiment que ce n’est pas ultra partagé.

      Il y a aussi un point auquel je viens de penser, mais chaque médium est lié à ses supports de diffusion et la bd en général à ce soucis d’être fortement attaché à un format physique qui demande de se déplacer (voire de payer) là où la musique et le cinéma sont accessibles en quelques clics, voire seulement en mettant en route sa télé. Je pense aussi que ça joue sur l’accessibilité du médium, et donc sur sa diffusion massive.

      En fait quand je parle de niche c’est aussi proportionnellement aux autres pratiques et en terme d’impact culturel global (bien plus compliqué à mesurer pour un quidam comme moi).

      Mais je trouve malgré tout que tu as raison dans les éléments que tu apportes, en particulier sur les perspectives d’évolution du secteur.

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  9. Je t’avais déjà un peu donné mon point de vue via twitter. Je pense vraiment qu’il y a eu un bond en France et que le manga se porte très bien voire mieux que la BD (en tout cas en ce moment)… Si on compare les chiffres entre 2000 et 20 plus tard, c’est carrément le jour et la nuit et pour avoir bossé plus de 13 ans dans un boutique spécialisée, je peux te dire que j’ai vu la différence et la clientèle évoluer au fil des années. Il est loin le temps des Japanim’ fans qui se réunissaient tous les samedis après-midi dans les boutiques d’animations. Là on était carrément à part avec nos petites conventions et nos fanzines… avec des rêves pleins la tête de ce jour où on pourrait voir un gamin lire son manga en français dans le métro.

    C’est fait, on y est, et je ne pense pas que c’est près de s’arrêter.

    Tu sais, j’ai vécu quelques années au Japon et même là-bas il y a des japonais qui n’y connaissent rien en manga, c’est pas leur tasse de thé. Ils sont d’ailleurs étonnés de voir cet engouement pour ça en dehors de leur pays.

    Le manga en France, c’est comme la littérature de genre, ça a son public (tu sais hormis la littérature blanche, la litt’ de genre (fantasy, romance, jeunesse , SF etc.) est mal perçue en France. Enfin bref…), mais pas tout le monde en lit. Tout pareil pour la BD pourtant, je pense vraiment que ça c’est bien démocratisé. il n’y a qu’à voir les rayons des librairies, même les collèges en ont en CDI.

    Pour ce qui est des chiffres de ce que j’en sais, le marché du manga ne se porte pas si mal que ça 😉

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    • Oui, le marché semble bien voire très bien se porter, avec une croissance chaque année depuis plusieurs années.

      Et en effet, les bibliothèques et les CDI sont de mieux en mieux achalandés, et c’est super.

      Mais je garde le sentiment que ça ne touche encore qu’un public relativement restreint par rapport à d’autres médias. Et même si il se porte bien par rapport à la BD, je ne crois pas qu’on verra de sitôt un manga se vendre autant que les grosses locomotives de la BD. Ce qui est normal aussi, la BD franco belge est inscrite dans notre culture, et certains personnages ont vraiment ce côté transgenerationnel.

      Du coup je suis d’accord sur le fait que le manga est de plus en plus démocratisé, mais je garde le sentiment d’un loisir encore de niche, notamment par méconnaissance de sa richesse. Quelqu’un me l’a signalé en commentaire, mais la surreprésentation du nekketsu donne le sentiment si on ne connait pas que le manga c’est juste de la bagarre, alors que c’est bien plus riche que ça.
      Comme pour le cinéma où les blockbuster ont leur lot d’action de la même façon, mais tout le monde sait qu’il n’y a pas que ça.
      Du coup il y a encore du chemin à faire je pense…

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  10. Je vois et comprends ce que tu veux dire, mais je te dirais qu’il faut être patient. Parce que tu compares le manga à la BD qui est installée en France depuis bien plus longtemps.

    Je fais partie de cette génération qui a vu le manga arriver en France et évoluer. Il continuera, et sans doute que je ne serais pas là pour voir ce que cela deviendra, mais quand même en 30 ans… quel bond !

    Et tu sais, le manga est certes de niche, mais je te dirais que c’est valable également pour la littérature hors blanche. C’est encore valable pour la BD ou même pour tout autre loisir culturel.

    Pour ma part, je suis ravie et satisfaite pour ce qui est d’aujourd’hui. J’aurais tout le loisir de voir demain ce qui l’en sera alors 😉

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    • Ce que tu dis sur les autres loisirs qui sont de niche est totalement vrai. J’ajouterai aussi le jeu vidéo dans la liste. Hormis le cinéma et la musique, dont les modes de consommations sont propices à une diffusion super large, les autres médias ont en effet des contraintes qui en font des niches, plus ou moins grandes.

      Et tu sais, je ne suis plus si jeune non plus, j’ai aussi connu l’arrivée du manga en France meme si j’étais très jeune. Je ne lisais que Dragon Ball mais je me souviens que le nom Akira était tellement omniprésent que je pensais que le mot « Akira » désignait justement les mangas dans leur ensemble 😅

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  11. Le manga était, est et restera un marché de niche en France.
    Moi qui est vécu dans ce milieu depuis trèèèèès longtemps, je peux en attester. Certes dans les années 2000, le public s’est élargi et est quelque peu sorti de sa zone « otaku » mais en France le grand public y reste hermétique.
    D’une, il y a depuis la fin des années 70 et l’arrivée de Goldorak un dénigrement. « C’est violent » est un leitmotiv que j’ai tellement entendu qu’aujourd’hui il me sort par les trous de nez ! Bein oui, en France, le dessin animé ou statique est fait uniquement pour les enfants donc quand des sujets plus « adultes » sont traités, les adultes français ne comprennent pas et trouvent cela honteux… Rappelons-nous la croisade anti-manga de Ségolène Royale.
    De deux, il y a tout simplement un fossé culturel. Depuis le début les japonais ne comprennent pas cette fascination qu’ont les occidentaux pour leurs histoires. Ces histoires sont uniquement réalisées pour un public japonais donc avec des références souvent très pointues. Et même si on aime le pays ou si on connaît la culture, plein de choses passent à la trappe de notre compréhension. Mais c’est aussi l’exotisme qui s’en dégage qui attire autant. Et puis c’est une autre façon de voir le monde, bien différente de cette vision le bien contre le mal. Les mangas c’est une bouffée d’oxygène culturelle.
    Mais il faut bien comprendre que cela ne plaît pas à tout le monde.
    On mélange tout ça et on comprend un peu mieux que malgré une effective percée dans le populaire (et je peux l’attester !), le manga reste un plaisir pour des passionnés. Et après tout moi j’aime ce côté « initié ». J’aime le fait que beaucoup ne comprennent pas forcément de quoi je parle et comme ça je peux les amener à ouvrir leur horizon des possibles 🙂 .
    Article très intéressant !

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    • Merci à toi pour ton commentaire et ton témoignage, j’espérais que tu passe par ici !

      Je pense aussi qu’il y aura toujours une méfiance d’une partie des gens et une barrière culturelle infranchissable pour beaucoup de monde qui font que cela restera une niche. Une grosse niche peut-être, mais une niche quand même.
      Et comme j’ai essayé de le dire, comme tout média il est lié à son support de consommation et de ce point de vue, acheter un bouquin est plus compliqué que d’allumer la télé ou la radio, et c’est aussi je pense une donnée à prendre en compte.

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      • Oui c’est vrai, l’achat d’un livre est un acte particulier qui malheureusement est refusé par beaucoup trop de gens. Cela ne s’arrange pas avec la numérisation des supports.
        Moi on m’a souvent aussi dit : « c’est en noir et blanc », « cela ne fait pas qualitatif par rapport à une BD ». Du coup il y a un ressenti de quelque chose de bas de gamme.
        Il y a aussi cette image d’otaku qui est loin d’être fausse. Perso je me rappelle, entrer dans des magasins spécialisés étaient une expérience en soi ! De plus en tant que fille, j’étais srcutée, ce n’était pas forcément agréable. Aujourd’hui cela a quelque peu changé parce qu’il existe de très beaux endroits… même si avant il y en avait aussi. Je me rappelle le plaisir d’aller dans les deux boutiques Tonkam à la toute fin des années 90. J’adorais ces endroits parce qu’ils reflétaient ce que je pensais du manga : quelque chose de beaucoup plus que Dragon Ball. Malheureusement, cette image colle toujours au milieu du manga malgré la qualité de très nombreuses oeuvres qui ont été traduites. Mais celles-ci sont restées dans un univers confidentiel.
        Il y a tout de même eu des tentatives comme la diffusion de Sakura sur M6 au début des années 2000. Mais la télé française était passée à autre chose qui se traduisait ainsi : « plus de manga à la télé ! ». Ce fut une très belle opportunité ratée…

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      • Oui, c’est vrai que j’ai le sentiment aussi que l’anime a fait son temps sur les grosses chaînes et que c’est désormais cantonné aux chaînes plus confidentielles. Mais Netflix apporte quelque chose désormais sur ce point. Au travail je vois beaucoup d’enfants et ados me parler d’animes et je vérifie systématiquement, et ce sont vraiment toujours des animes diffusés sur Netflix.

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      • Et bien c’est une bonne chose ! Après est-ce que l’offre est large ? Moi étant petite je pouvais voir Goldorak ou Albator comme regarder Candy, Tom Sawyer ou Maison Ikkoku… L’offre était vraiment large, un vrai paradis !

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      • Franchement sur Netflix il y a pas mal de choix. Quelques gros blockbuster comme Naruto, Fairy Tail, Tokyo Ghoul. Mais aussi des titres grand publics plus « pointues » ou différents genre Beastars, Carole and Tuesday, L’Attaque des Titans, Hunter x Hunter. Et du plus adulte comme Psycho Pass ou encore Ajin. Et plein de pépites mois connues. Et des abjections infâmes aussi dans le lot 😅
        Par contre les gosses ne me parlent vraiment que des plus connus, genre les 3 premiers cités et aussi Assassination Classroom.

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  12. Bon article.

    En France, les mangas et l’animation japonaise sont partis de loin, très critiqués dans les années 1970-2000 par des grands médias. Finalement le public est resté, mais le manga n’est pas devenu mainstream pour autant, il est devenu un produit culturel populaire. Mais des codes du manga sont devenus mainstream : les fameux grands yeux, le saignement de nez, le visage qui se défait avec certaines émotions…
    Et au sein des mangas, il y a des divisions : Dragon Ball, Captain Tsubasa sont devenus mainstream car reconnus par le public, par la profession, ils ont donné et donnent encore naissance à des produits dérivés. Mais Taniguchi restera un produit de niche.

    Au cinéma, les films « pour enfants » ont parfois des grosses ventes de billets, mais il faut voir qu’il faut au moins un adulte pour rester avec le ou les enfants dans la salle. Ce même adulte ne serait peut-être pas allé voir ce film si ses enfants ne voulaient pas y aller.

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    • D’ailleurs sur la question du cinéma d’animation japonais, il me semble que seul le premier film Pokémon et un film de Miyazaki (peut-être Chihiro) ont dépassé le million de tickets vendus en France. Signe qu’en même d’un intérêt qui ne vient que d’un public « initié » je pense.

      Et tu n’es pas le premier (ou la première ?) à évoquer la question des produits dérivés, c’est vrai que je n’ai pas pensé à l’aborder mais ça joue énormément pour la visibilité aussi !

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