Premier contact avec… Fûka de Kouji Seo

Fuka

Parmi mes belles découvertes de 2020, il y a clairement l’oeuvre de Kouji Seo. J’ai eu la chance de recevoir de la part de Pika les deux tomes de Half & Half que j’ai adoré, ainsi que le premier de Hitman, série très prometteuse, à leur sortie. Ces très bonnes surprises m’ont donné envie de découvrir davantage l’oeuvre de cet auteur, et par chance, l’éditeur a bien voulu m’envoyer six tomes de Fûka (les trois premiers et les trois derniers). Je l’en remercie comme il se doit, car c’est grâce à ça que j’ai pu avoir encore un beau coup de cœur.


Mes avis sur les autres titres de Kouji Seo :
Half & Half
Hitman T.1


Fûka c’est quoi ?

Fûka est une série terminée en 20 tomes de Kouji Seo, éditée en France par Pika comme je l’ai déjà précisé. Il s’agit d’un shonen musical à tendance comédie romantique, prépublié de février 2014 à avril 2018 dans le Weekly Shonen Magazine de Kodansha, ce même magazine dont Seo nous fait découvrir les coulisses dans sa série actuelle Hitman (qui compte déjà 11 tomes au Japon, le second étant arrivé chez nous cette semaine). Le titre a connu une adaptation animée en 2017, de 12 épisodes (il semble donc évident qu’il n’adapte qu’une petite partie du manga).

Après avoir découvert plusieurs titres de l’auteur, on peut clairement dire qu’il a un style qui lui est propre, aussi bien dans l’écriture que dans le dessin, qui est directement identifiable. De ce fait, on n’est clairement pas dépaysé en terme d’ambiance si on connait un peu Seo. De plus, il faut savoir que ses mangas se déroulent dans un même « univers ». Je mets des guillemets puisqu’ils se passent dans notre monde, tout simplement. Mais il y a des liens entre les différentes séries, par exemple ici, le personnage de Fûka Akitsuki est la fille des deux personnages principaux de Suzuka, la précédente série de l’auteur. Cependant, il est inutile d’avoir lu ses autres titres pour comprendre l’histoire de celui-ci, mais je pense que si on suit assidûment toutes les séries de Kouji Seo, cela renforce l’attachement qu’on peut avoir pour ses personnages, dont la vie dépasse le cadre de leur série d’origine. C’est un point que je trouve personnellement très intéressant.

Et donc, qu’est-ce que cette série raconte ? On suit le jeune Yû Haruna, adolescent mal dans sa peau qui s’épanouit bien plus sur twitter que dans la vraie vie, qui va rencontrer un jour une certaine Fûka Akitsuki. La jeune fille est son parfait opposé, dynamique, ouverte, enjouée… et fan de musique. Et il s’avère que les deux sont de nouveaux camarades d’école, et vont rapidement se rapprocher, notamment par le biais de la musique. C’est ainsi qu’ils vont avoir le rêve commun de monter un groupe de musique et de jouer ensemble sur la scène du Budokan, la plus grande salle de concert de Tokyo. C’est ainsi qu’on suivra les deux jeunes, mais aussi leurs amis et membres du groupe, dans leur vie de tous les jours, accompagnée d’une grosse dose de musique et de romance.

La musique en toile de fond

Vous l’aurez surement compris à la lecture de mon résumé, la musique est un élément central du récit. Si au départ c’est la passion pour certains groupes ou interprètes qui rapprochent les personnages, ils vont rapidement avoir envie de mettre la main à la pâte. Une dynamique se créera ainsi entre les différents personnages, le groupe de Yû et Fûka en comptant cinq. Et comme dans la vraie vie, le groupe étant mixte (trois garçons et deux filles), une petite tension amoureuse va rapidement naître.

Nous suivrons donc les adolescents dans leur quête vers la célébrité et la gloire, commençant à jouer dans des petites salles, parfois avec de gros impairs dans leurs prestations, pour ensuite participer à un tremplin, signer un contrat pas forcément avantageux, et évoluer dans le monde de la musique tout en grandissant. J’ai lu huit tome sur les 20 que compte la série, et on peut dire que les choses avancent plutôt vite, même s’ils restent de relatifs inconnus pour le moment. Et en huit tomes, j’ai déjà pu avoir un très bon aperçu de la tonalité générale de la série et du traitement du monde de la musique… qui me semble un peu idéalisé, voire simpliste.

Mais attention, je ne vois pas ça comme un défaut. Je pense que Seo avait envie de traiter du monde de la musique, étant lui-même passionné par cet art, mais tenait à rester dans le cadre d’une comédie romantique relativement légère. Ainsi, on a des passages attendus, comme la confrontation avec un groupe rival qui ne cherche que l’argent et la gloire, alors que nos personnages principaux veulent surtout transmettre leur passion et un message à travers leurs chansons. De même, les diverses embûches qu’ils rencontrent sur leur route pour le moment semblent surtout là pour les faire grandir, et pour étoffer le storytelling. Enfin, j’ai le sentiment que la vision du monde de la musique et de ses enjeux reste relativement gentillette, mais encore une fois, ça sert l’ambiance générale du récit, qui n’a pas pour vocation à tirer à boulets rouges sur ce monde particulier.

De ce fait, la musique est surtout là pour proposer un cadre général et une vision d’artiste sur ce domaine, permettant à Seo de poser de belles ambiances par le biais de son dessin et de son découpage dynamiques (car jusqu’à preuve du contraire, les mangas ne sont pas sonores). Et sur ce point ça fonctionne parfaitement. Mais c’est surtout le développement des personnages et l’évolution de leurs relations qui est le vrai cœur du récit.

Un récit centré sur ses personnages

YûComédie romantique oblige, le cœur de l’histoire est les personnages et l’évolution de leurs rapports. Et évidemment, tout passe par le point de vue de Yû, le personnage principal. Seo explique qu’il est le personnage qui lui ressemble le plus parmi ceux qu’il a écrit, et c’est peut-être pour cette raison que son portrait est assez flatteur dans un certain sens. Car bien que ce soit de prime abord un jeune nerd renfermé sur lui-même, qui n’aime pas trop le contact humain, il s’ouvrira finalement assez vite, et bien qu’on insiste sur son manque de charisme, on va rapidement constater que la plupart des personnages féminins ne sont pas insensibles à son charme. Cela crée une dynamique de récit très réussie, mais est très légèrement tiré par les cheveux, ce qui n’empêche pas le personnage d’être très réussi, comme tous les autres d’ailleurs.

Fuka 2Après Yû, impossible de ne pas évoquer Fûka. La jeune fille est clairement l’élément qui apporte un vent de fraîcheur au titre. Elle ne se pose pas de questions, et à partir du moment où elle a décidé de monter un groupe, elle est allé chercher des membres parmi ses amis, qui n’ont même pas eu le choix, mais s’investissent quand même dedans. Elle est clairement une meneuse dans le récit.

Et le groupe est complété par Makoto Mikasa, Kazuya Nachi et Sara Iwami. Si ces trois personnages sont moins mis en avant dans un premier temps, ils n’en restent pas moins efficacement caractérisés. Et autour d’eux vont se greffer plusieurs autres personnages, enrichissant le récit. Que ce soit des amis anciennement membres d’un groupe très populaire ou Koyuki Hinashi, la meilleure amie d’enfance de Yû devenue une star de la chanson… et amoureuse depuis toujours du jeune homme. Tous ces personnages vont contribuer à insuffler des dynamiques toujours très agréables au récit, avec une forte dose de romance qui sonne particulièrement juste à mes yeux. Juste, mais d’un point de vue éminemment masculin…

Le « male gaze » de Kouji Seo

C’est un élément qui frappe à la lecture de n’importe quel titre de l’auteur, mais qui n’est pas propre à Seo. On ressent totalement le point de vue masculin de l’auteur ici. Si vous n’êtes pas familier(e) avec la notion de « male gaze », qu’on pourrait traduire par regard masculin, il s’agit d’une notion qui souligne le fait que la culture visuelle est dominée par des perspectives masculines et hétérosexuelles. C’est à dire que les choses sont représentées selon un point de vue d’homme, visant un public également masculin (et hétérosexuel donc). Dans le cadre du shonen en général, c’est un constat qui est plutôt évident. La surreprésentation de grosses poitrines, de plans sur les décolletés, les fesses ou encore les culottes est plus que parlante.

Ce constat n’est pas là pour critiquer cet état de fait, de toute façon c’est quelque chose qui est présent depuis si longtemps qu’il est intégré et banal, au point où même les mangakas femmes, lorsqu’elles font du shonen, adoptent aussi (consciemment ou non) une forme de male gaze. Un exemple parmi tant d’autres : Ranma 1/2 pourtant écrit par une femme (Rumiko Takahashi), avec son concept du garçon qui se transforme en fille, trouve une excuse des plus commodes pour montrer régulièrement la poitrine de Ranma fille à l’air.

Ainsi, dans la grande tradition du shonen, Kouji Seo est clairement un bon candidat pour une analyse du male gaze et de son impact sur la mise en scène d’un récit, à plus forte raison avec une forte dose de romance. Que ce soit la façon dont il introduit Fûka en dévoilant sa culotte, ou encore les nombreux plans insistants sur des poitrines ou des fesses, le mangaka met beaucoup en avant les formes de ses personnages féminins en épousant le point de vue de Yû. Cela contribue à instaurer une tonalité particulière à l’esthétique du titre ainsi qu’à l’ambiance.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’apporter un jugement de valeur, mais de décrire fidèlement un élément important qui peut plaire ou déplaire, et sur ce point, c’est à la sensibilité de chacun et chacune. Cependant, il reste relativement soft par rapport à ce qu’on peut parfois voir en shonen, en particulier dans ceux publiés dans le Weekly Shonen Magazine. Et même pour du Kouji Seo, il est plus explicite dans Half & Half ou dans le tome 2 de Hitman.

Et sur ce point, en tant qu’homme hétérosexuel, je dois bien admettre que le point de vue masculin de Kouji Seo et l’aspect gentiment coquinou de certaines planches me parle. Que ce soit lors d’un petit passage à la plage où les bikinis sont de rigueur, ou quelques plans par-ci par-là mettant en valeur les personnages féminins, ce serait malhonnête de ma part de dire que ça ne fait pas son petit effet. Et ça doit fonctionner à plus forte raison pour des adolescents. Et encore une fois, je trouve qu’il reste soft et garde un sens de la mesure, si ce n’est une des sœurs de Yû qui a une fâcheuse tendance à se trimbaler en culotte avec juste un morceau de serviette qui cache sa poitrine.

Tout ça pour dire que ce côté masculin fait partie intégrante du style de Seo, et peut être une gêne, quand bien même Fûka reste assez sage sur ce point. Mais la question du male gaze me semble suffisamment importante et intéressante pour l’évoquer ici. Quoi qu’il en soit, ce serait dommage de s’arrêter à ce point seulement, car le manga propose bien d’autres choses, et ce serait donc dommage de passer à côté à cause de cet aspect seul.

En conclusion : une comédie romantique qui oscille entre classicisme et inattendu

Car comme je l’ai dit, Kouji Seo maîtrise vraiment l’art de la comédie romantique, et le point de vue masculin de l’auteur contribue à l’identité de ses titres par rapport par exemple à des shojo de romance qui ont des tonalités bien différentes. De plus, la série sait rapidement prendre les lecteurs et lectrices à contre-pied, proposant des développements inattendus et pertinents. Car si j’ai souhaité attendre d’avoir lu huit tomes pour proposer cet article, c’est aussi parce qu’il propose un moment de bascule important assez rapidement dans le récit, qui ouvre vers de nouvelles perspectives. Après réflexion, j’ai décidé de ne pas aborder ce point, mais sachez quand même que dès le tome 5, le récit propose une nouvelle orientation, enrichit d’une nouvelle thématique et proposant des développements de personnages inattendus.

Pour dire les choses simplement, on a une énorme surprise, qu’on ne voit pas venir, qui va bouleverser la dynamique entre les personnages et faire passer le récit à un autre niveau. J’ai trouvé cet aspect bien vu, relativement osé mais finalement parfaitement géré par Seo, du fait qu’il ouvre de nouvelles perspectives tout en enrichissant son intrigue et sa tonalité émotionnelle.

Ainsi, en huit tomes, je n’ai pas senti de baisse de régime dans le manga, bien au contraire, Seo arrive à relancer en permanence l’intérêt, ne perdant jamais de vue son fil conducteur, tout en réussissant à enrichir son récit et ses thématiques. De plus, l’aspect comédie romantique est parfaitement maîtrisé, et pour peu qu’on ne soit pas contre le fait de voir des passages attendus classiques du genre, on passe vraiment un super moment. Car outre ces éléments classiques, il arrive à rehausser son récit avec des idées bienvenues qui lui donnent un ton qui lui est propre, et qui est des plus plaisants. Au final, c’est beau, touchant, agréable et fluide. Une très, très belle série !

32 commentaires

  1. Alors, je vais être très cash : je me sens insultée par le fait qu’il y ait du male gaze. C’est quelque chose que je peux passer outre si ce sont des séries que j’ai commencé depuis un moment, mais pas pour des nouvelles. En tant que femme, je ne suis clairement pas la cible et pire que ça, cette réification n’est juste pas supportable. Perso, je vais passer volontiers à côté des oeuvres de cet auteur.

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    • Je comprends tout à fait ton point de vue, et à vrai dire je me doutais que ça ne passerait pas avec toi. Et je pense que tu sera loin d’être la seule dans ce cas. D’ailleurs je vais parler vendredi du tome 2 de Hitman, et j’ai déjà prévu de montrer une image en particulier qui je pense va te faire bondir. Déjà quand je l’ai vue moi, je me suis dit que l’auteur aurait franchement pu s’en passer.

      De mon côté comme je le dis, ça ne me perturbe pas outre mesure même si j’ai bien conscience de toutes les problématiques que ça peut avoir à côté. Notamment le fait que ce soit totalement intégré et validé dans le domaine du shonen en général.

      D’ailleurs je suis un peu étonné de voir au travail que Fairy Tail est un manga qui nous est énormément demandé, mais uniquement par des filles qui apprécient justement tous ces personnages féminins à gros seins à moitié à poil tout le temps parce que, je cites « elles sont jolies ». Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ce point de vue totalement masculin soit tellement intégré que les préadolescentes et adolescentes ne voient même pas le soucis.

      Enfin bref, c’est une question très complexe, et personnellement je tenais à l’aborder parce que je sais justement que c’est quelque chose qui peut être rédhibitoire pour pas mal de gens, ce que je comprends, et je trouve que ça n’aurait pas été honnête de ne pas l’aborder.

      Et en effet, c’est quelque chose que je retrouve dans tous les titres de cet auteur, et Fûka est même plutôt soft sur ce point par rapport aux autres.

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      • Attends, si tu me dis qu’il y a quelque chose qui va me faire bondir x)… Bon, je lirai ton article par curiosité, alors que j’évite d’habitude les articles qui parlent de suite.

        Pour les adolescentes, je ne suis pas particulièrement étonnée. A cet âge-là, on est hyper influencé par la vision de la beauté féminine… à travers le regard du male gaze. Et on ne s’en rend pas toujours compte quand on est ados. Triste pour elles mais je comprends tout à fait. J’espère qu’elles pourront évoluer par la suite.

        Ce qui me gêne dans ce male gaze si tu veux, c’est que je vois que ça influence ENORMEMENT la vision de certains gars sur ce que doit être une fille, comment elle doit se comporter, etc. Je trouve ça très problématique. Heureusement que tu as le recul pour ne pas te laisser avoir par cette vision rétrograde mais tous sont loin de l’avoir, bien au contraire. Après, ça influe forcément sur les relations hétérosexuelles.

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      • Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire, et je pense d’ailleurs que tu as raison.

        Personnellement, j’ai eu la chance d’être sensibilisé à la question au fil des ans (j’ai eu un prof à la fac en cinéma qui est très au fait de la question, très intéressé aussi par les gender studies), et ma femme aussi s’intéresse beaucoup à ça.

        Du coup forcément, mon regard a évolué au fil du temps et je me questionne et prend de la distance par rapport à tout ça. Quand je vois des représentations, et que ce soit sur la question du male gaze ou d’autres sujets qui m’intéressent, j’arrive spontanément à faire la distinction entre ce que j’en pense personnellement et l’effet que ça peut avoir de façon plus globale. Je ne suis pas sur d’être très clair, mais typiquement dans le cas des shonen, j’arrive à prendre de la distance par rapport à ça et que ça ne parasite pas mon plaisir de lecture, tout en voyant les éléments problématiques.

        Et j’en parlais justement avec ma femme, j’ai le sentiment qu’il y a une forme de rejet par les fans dès qu’on évoque les aspects problématiques de ces représentations. Qu’ils cherchent des excuses et autres comme s’ils étaient eux-mêmes mis en cause. Moi je préfère me dire que c’est OK d’apprécier des œuvres qui véhiculent des choses potentiellement problématiques, tant qu’on ne ferme pas les yeux sur ces éléments.

        C’est pour ça que j’ai tenu à évoquer cet aspect qui moi ne me dérange pas, mais dont j’ai conscience qu’il est problématique, et qu’il peut être rédhibitoire pour d’autres.

        Pour ce qui est de l’article sur Hitman de demain, franchement, tu peux même simplement regarder les images que j’ai mis, c’est suffisamment parlant. Là pour le coup je me suis dit que l’auteur avait totalement craqué. Ce qui encore une fois ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture, parce que en dehors de ça il y a plein de trucs qui me plaisent, mais quand même.

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      • Super d’avoir eu un prof qui s’intéressait à ça ! Assez rare pour être souligné. Et big-up à ta femme 😀

        Oui, tout à fait, c’est bien de prendre du recul et comme tu l’as dit, des fans ne supportent absolument pas les critiques, surtout quand elles sont liées aux discriminations, j’ai remarqué… En général, les gens prennent ce genre de remarques personnellement, alors pour une oeuvre qu’ils aiment, c’est encore pire.

        Non mais attends, je vais pas me contenter de regarder les images, je vais lire ton article quand même xD »

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      • C’est exactement ça, le fait de prendre personnellement des remarques qui remettent en cause certains aspects des œuvres qu’on aime.

        Il y avait eu une petite polémique au sujet de représentations sexistes dans le manga l’année dernière suite à une vidéo, et il fallait voir les réponses pleines de mauvaise foi parfois. Du genre « non mais les mecs sont beau gosse aussi dans les shonen, notamment dans Fairy Tail ». Or la sexytude des mecs répond aussi à un fantasme masculin de « je me projette dans des personnages masculins cools, forts et sexy », ou encore l’argument selon lequel c’est pas sexiste les meufs à gros seins à moitié à poil tout le temps, parce qu’elles pètent des gueules…

        Personnellement, j’aime Fairy Tail mais ça ne m’empêchera pas de reconnaître que Mashima abuse quelque peu étant donné qu’en dehors des gosses, je n’ai trouvé en presque 30 tomes qu’un seul personnage féminin qui n’a pas de gros seins. Et elles passent quand même presque autant de temps en sous-vêtements ou avec des tenues déchirées qu’habillées. Meme Erza, que je considère comme le meilleur personnage, est quand même une femme qui a comme pouvoir de changer d’armure à la volée, avec un peu de plans sexy au passage.

        Alors certes, j’aime beaucoup ce manga, mais ça ne m’empêchera pas de reconnaître que Mashima abuse dans sa façon de représenter ses personnages féminins. Il y a une part des choses à faire je pense, et on ne se déshonore pas en admettant que nos lectures peuvent avoir des côtés problématiques.

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      • Oui, tu as bien compris la mécanique derrière les mecs bien gaulés, c’est pas du tout pour nous les femmes qu’ils sont dessinés !

        Erza ❤ (oui, malgré qu'on peut la voir souvent dénudée, je l'aime beaucoup – j'ai arrêté ce manga au tome 16 pour info)

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      • D’ailleurs (oui, j’en rajoute une couche), quand tu parle de ces représentations qui influencent la façon dont doit être une femme dans l’esprit de certains mecs, je m’interroge aussi sur les stéréotypes féminins dans les mangas, dont certains ne sont clairement pas piqués des vers… Ça mériterait un article d’ailleurs ce genre de question.

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  2. Pour ma part, j’ai eu comme un flash-back en tombant sur le nom de famille « Akitsuki ». Car il m’a rappelé « Fuyutsuki » de « GTO ».

    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des personnages de manga portent des noms en rapport avec les quatre saisons. En voici d’autres exemples :
    • Fûka Akitsuki (« Fûka ») <「秋」(aki "automne")
    • Azusa Fuyutsuki ("GTO") <「冬」 (fuyu "hiver")
    • Haru ("Beastars") <「春」(haru "printemps")
    • Natsu Dragnir ("Fairy Tail") <「夏」(natsu "été")

    Cela n'a l'air de rien quand on n'a aucune notion de japonais. Mais ce genre détail montre bien que les mangakas ne choisissent jamais les noms de leurs personnages au hasard.

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    • En effet, pour le coup je ne peux pas m’en rendre compte sauf si c’est explicité dans le manga ce qui est le cas pour Fuka.

      Et en effet, moi aussi ça m’a rappelé Fuyutsuki de GTO.

      Rien que de penser à elle, j’ai les souvenirs du prof de maths ultra creepy qui remontent 🤣

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  3. Très intéressant cet article, je n’avais jamais entendu l’expression male gaze même si je connais bien la problématique soulevée. Je suis sensible à une belle esthétique mais si ça n’a aucun intérêt pour l’histoire, je m’en passe volontiers. C’est assez réducteur comme représentation mais c’est aussi révélateur d’une culture encore très patriarcale au Japon je pense et tournée sur l’objectisation des femmes.
    Je pense que cette saga ne me plaira pas mais je suis contente d’en avoir lu davantage à son sujet !

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    • En fait, je pense que c’est en effet des représentations ancrées chez les japonais, comme tu dis notamment à cause du patriarcats encore très fort là bas. Mais on peut faire ce constat se male gaze un peu partout. Les super héroïnes de comics sont quand même toujours des meufs minces à gros seins, meme She Hulk est toujours dessinée en mode sexy.

      Et j’ai souvenir de bd françaises du même acabit, genre Lanfeust.

      Je pense qu’il y a globalement cet aspect dans tous les trucs très connotés public ado adulte mâle. J’ai vu dailleurs assez souvent des éditeurs de shonen dire que les petites culottes et gros nichons sont là avant tout pour émoustiller les ados, je me dis que ça doit pas être totalement faux.

      Moi je ne suis pas contre un peu de coquinerie, mais mon cheval de bataille restera de dire qu’il faut mettre des poitrines de toutes tailles et formes !

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      • Je ne pense pas que ce soit propre au manga comme tu le soulignes on trouve ces représentations partout, même dans les romans. D’où l’importance de se battre pour davantage de représentation et de diversité, de mettre en avant des ouvrages qui en parlent, qui font ça bien et pas juste pour les poitrines 😁 même si c’est un cheval de bataille comme un autre. C’est quelque chose dont j’ai pris conscience il y a seulement trois ou quatre ans pourtant et si je vois les choses évoluer, ça ne va pas assez vite à mon goût 😅 mais en parler c’est déjà un premier pas dans la bonne direction.

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      • Oui, il n’y a pas que les poitrines, c’est sur 🤣

        Effectivement, il y a pas mal de chemin à faire. Mais j’avoue que sur ces points je me questionne encore beaucoup. En fait je pense que comme moi je prends de la distance vis à vis de tout ça en me disant que ça n’impacte pas ma vision de la femme, mais en même temps je me dis qu’il y a sûrement des gens qui forgent leur vision en partie avec ces oeuvres. Du coup là ça devient problématique.

        Et du coup je me sens pervers à trouver quand même ça sympa des fois des petits plans un peu coquinous sur les bords 😅

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      • Alors, non t’es pas un pervers 🙂 ça me semble le plus important ici à souligner ici. Il ne faut pas tomber dans l’extrême inverse en devenant prude, on a le droit de montrer des corps et on a le droit d’apprécier les voir. Il faut juste que ça se fasse correctement, dans le respect de ce qu’est une femme et ne pas la réduire à « waw ses belles formes ». Tu ne m’as jamais donné le sentiment d’être quelqu’un comme ça jusqu’ici donc ne te déprécie pas ! Mais clairement c’est important de se dire que beaucoup de gens forgent leur vision avec ces œuvres un peu comme ceux qui apprennent le sexe avec le porno quoi. Forcément ça pose un souci par après.. C’est une question d’éducation.

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      • Certes. Une question d’éducation, et une question complexe. Parce que même si on dit qu’il ne faut pas faire de corrélation entre ça et les soucis de harcèlement sexuel au Japon, c’est compliqué quand même de ne pas se dire qu’il peut y avoir un lien…

        Encore un sujet que je serai ravi de creuser ! Je me demande s’il y a eu des études universitaires sur cet aspect du manga, comment c’est perçu, etc…

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      • Je pense qu’il peut y avoir un lien également mais je ne possède aucune information fiable pour vraiment m’avancer. Des études doivent exister (enfin j’espère !) mais j’ignore comment les trouver ‘-‘ Et sont-elles seulement en français…

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      • Oui, parce que des études en japonais je n’ai aucun doute là-dessus, mais en Francais… plus compliqué à mon avis.

        J’ai déjà un peu regardé par curiosité l’état de la recherche sur le manga zen France, il semblerait que ce soit pas ouf. Et sur Twitter un chercheur spécialisée dans le domaine a déploré justement la faiblesse universitaire sur la question chez nous.

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  4. Tout au long de ta chronique, j’ai pensé que ça pourrait clairement me plaire puis tu as évoqué ce problème de male gaze (expression que je ne connaissais pas) qui réfrène clairement mon enthousiasme …
    C’est un problème qui m’énerve profondément, mais je garde en tête que ça reste une série japonaise qui s’insère dans un contexte culturel particulier (et problématique en ce qui concerne la représentation de la sexualité). Et le fait que ça reste sage me rassure quelque peu. Je n’achèterai donc pas la série, mais y jetterai un coup d’œil si je la trouve à la médiathèque.
    Dans tous les cas, j’apprécie que tu aies évoqué le sujet !

    Aimé par 2 personnes

    • Merci pour ton commentaire.

      Je ne pouvais pas ne pas évoquer cet aspect car justement je sais que ça peut être rédhibitoire pour certaines personnes.

      Comme tu dis, ça s’insère dans un contexte culturel particulier et je vois très souvent justement des gens confronter leur point de vue sur la question. J’en vois parfois dire qu’on a pas à émettre de jugement sur cet aspect car c’est dans leurs codes culturels, d’autres dénoncer ça… bref, c’est compliqué, du coup je préfère l’évoquer, dire comment je me positionne par rapport à ça mais laisser chacun et chacune libre de son avis sur la question.

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      • C’est sûr que la question est complexe, mais j’aurais tendance à considérer qu’on peut prendre en compte un contexte sans l’accepter sinon nos civilisations n’auraient jamais évolué…
        C’est assez facile, au nom de la culture, d’accepter l’indéfendable.
        Mais clairement, on est dans des questions qui dépassent le cadre de la lecture… Du coup, j’apprécie ta démarche, soulever le problème sans t’appesantir dessus.

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      • Oui, j’essaie d’aborder les points problématiques avec honnêteté, quand bien même ils ne me posent pas forcément problème.

        En fait mon idée c’est de donner mon avis personnel de la façon la plus honnête, mais si je vois des points qui me semblent potentiellement gênants pour les autres, je tiens à les aborder car je ne voudrai pas qu’on lise un titre sur mes recommandations mais que LE point que je n’aurai pas aborder soit rédhibitoire.

        Et quand en plus ce sont des notions qui m’intéressent comme c’est le cas ici, et pour lesquelles j’ai quelque chose qui me semble intéressant à dire, je le fais d’autant plus volontiers.

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  5. Le manga, c’est avant tout de la bande dessinée. Et la bande dessinée, à l’instar du théâtre et du cinéma, c’est un peu comme du spectacle.

    On va pas voir un spectacle pour se prendre la tête, mais pour passer un bon moment. On peut éventuellement l’analyser pour essayer de mieux comprendre le sous-texte et les messages qu’il veut nous transmettre, mais chercher volontairement ce qui ne va pas dans un spectacle c’est quelque part partir du principe qu’il y a quelque chose qui ne va pas dedans.

    Les gens qui se basent sur une analyse pour dénigrer ça ont déjà un avis pré-construit qu’ils cherchent à tout prix à justifier et à imposer.

    J'aime

    • Je pense que les raisons de voir un spectacle sont multiples, et diffèrent pour chaque personne, voire même pour une même personne en fonction de la nature du spectacle.

      Personnellement, j’aime me « prendre la tête » et réfléchir sur les œuvres que je consomme, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai un blog.

      Avoir un avis pré-construit me semble aussi normal et ce n’est pas grave en soi. Tout comme ce n’est pas grave de rejeter certaines œuvres sur la base de cet avis pré-construit, il y a de toute façon une infinité d’œuvres ce qui fait qu’on n’en verra jamais le bout, de ce fait, c’est une façon comme une autre de faire un tri en fonction de sa sensibilité personnelle, en tout cas c’est comme ça que je vois la chose.

      Du coup sur la question du male gaze (car je suppose que c’est l’objet du commentaire), je peux comprendre que cette seule raison suffise à rendre un titre rédhibitoire. Ce n’est pas forcément mon cas, mais le fait que ça le soit pour quelqu’un d’autre peut être légitime.
      En tout cas, c’est comme ça que je vois la chose, et je ne pense pas que ce soit forcément lié au fait de vouloir imposer un point de vue pour dénigrer les titres concernés.

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