Mon avis sur… Sayuri de Rensuke Oshikiri

Sayuri

On a tous des auteurs pour lesquels on a eu un coup de cœur, faisant qu’on a un affect particulier pour eux ainsi que pour leurs œuvres. C’est clairement mon cas avec Rensuke Oshikiri, découvert l’année dernière lors de la parution de son manga Bip-Bip Boy, déjà chez Omake Manga. Depuis, j’ai eu l’occasion de découvrir la version animée de Hi Score Girl, que je considère comme un pur chef d’oeuvre, et ce faisant, je suis devenu accro au style de l’auteur. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais Sayuri, one shot horrifique encore édité par Omake Manga. Et c’est encore une fois une très belle découverte, qui me fait dire qu’il faut que j’achète également Le Perce Neige au plus vite !


Mes articles sur les autres oeuvres de Rensuke Oshikiri :
Bip-Bip Boy : Tome 1Tome 2Tome 3
Hi Score Girl (anime)


Quand on apprécie le travail d’un auteur, je pense qu’un réflexe normal est de chercher des récurrences dans son oeuvre, que ce soit dans le style (ici très marqué, on y reviendra) ou dans les thématiques développées. Et sur les quelques mangas de Rensuke Oshikiri qui nous sont proposés en France, il y a déjà un élément qui saute aux yeux : le travail sur les difficultés et les blessures de l’enfance. Que ce soit dans Bip-Bip Boy, son récit autobiographique sur la difficile construction de son identité lorsque l’on est enfant, Hi Score Girl, récit nostalgique plus doux sur le rapport aux autres, aux loisirs… et le fait de grandir, ou Le Perce Neige, que je n’ai même pas besoin d’avoir lu pour pouvoir deviner qu’il parle de façon brutale de l’enfance, du harcèlement et d’un cycle de violence d’autant plus insoutenable qu’il concerne justement des enfants… Tous ces titres dépeignent les difficultés de cette période de la vie. Et Sayuri ne fait pas exception, puisque cette histoire de maison hantée est surtout un prétexte pour parler de l’enfance, du rapport à la famille et des blessures involontaires qu’elle peut causer.

La famille Kamiki avait désormais tout pour être heureuse. Après des années et des années d’économies et de sacrifices, elle peut enfin être propriétaire ! Certes, la maison est ancienne mais la vue depuis le haut de la colline est tellement belle ! Trois générations de Kamiki s’installent alors sous le même toit…
Les accidents inexpliqués s’enchaînent les uns après les autres, avant que la grand-mère ne découvre la terrible vérité. Mais la vieille femme et son petit-fils n’ont clairement pas envie de se laisser abattre par les esprits malins qui hantent la demeure.
La riposte se prépare et elle sera très violente…

Nous partageons donc le point de vue de Norio, deuxième enfant de la fratrie et adolescent bien dans sa peau, alors que toute la famille emménage dans une grande maison au point de vue des plus agréables. La taille de la bâtisse devrait permettre à chacun de s’épanouir comme il se doit, que ce soit les parents, les grands parents qui vivent également là, ou les trois enfants.

Mais évidemment, histoire de maison hantée oblige, un esprit va rapidement s’inviter à la fête, et briser cet équilibre familial. Oshikiri l’explique dans sa très belle postface, il a pensé son récit en deux temps (il a d’ailleurs été publié en deux volumes au Japon, alors qu’on a droit à un très beau volume double de 380 pages). Tout d’abord, la première partie fait monter progressivement l’horreur et l’angoisse, avant d’enchaîner les séquences choc et plus visuelles dans la deuxième moitié. Cela fonctionne parfaitement bien, d’autant plus qu’il n’attend pas longtemps avant d’instaurer une vraie tension dans le récit. Ainsi, la mort et la folie vont très rapidement s’emparer de cette famille, sous les yeux de Norio qui ne pourra rien faire pour arrêter ce cycle de malheur.

Et on comprend rapidement, dans la grande tradition des récits horrifiques, que l’aspect fantastique et l’horreur sont là pour développer une thématique plus profonde, qui est ici le rapport à la famille. Il est compliqué de développer ce point sans trop en dire, sachez simplement que si l’histoire raconte la destruction d’un cocon familial pourtant douillet, ce n’est pas pour rien. Ainsi, Norio voit sa famille voler en éclats de la façon la plus dramatique qui soit, en même temps qu’il découvre l’esprit de Sayuri, responsable de tous ses malheurs. Pourquoi la jeune fille fait-elle subir tous ces tourments à la famille ? On l’apprendra au fil du récit, ce qui viendra encore enrichir la portée symbolique et thématique de l’histoire.

Au-delà de l’intelligence dans l’écriture, le récit sait se faire angoissant, voire choquant par moments, sans que cela ne sombre dans la gratuité et la violence malsaine pour autant. On retrouve l’esthétique propre au mangaka, souvent qualifiée de « moche », qui pour ma part me parle beaucoup. Certes, son trait n’est pas le plus détaillé ni le plus complexe qui soit, mais Oshikiri a le mérite d’avoir un style immédiatement identifiable (au point où ses personnages se ressemblent parfois un peu trop cependant). Et surtout, son character design, avec ces personnages à la tête toute ronde et ultra expressive fait vraiment des merveilles autant dans un registre plus léger voire comique, que dans le domaine horrifique. C’est pour moi la marque d’un mangaka qui a pensé son style afin d’être en mesure de l’adapter en fonction des genres investis. Et ça fonctionne encore une fois parfaitement ici.

Vous l’aurez donc compris, j’ai vraiment été emballé par ce titre, et il m’en coûte de passer sous silence un certain nombre d’éléments pourtant passionnants du récit, mais il vaut mieux que vous les découvriez vous-mêmes. Que ce soit la grand-mère, surement le personnage qui m’a le plus marqué, où tout ce qui entoure Sayuri, le titre, bien que court (et il se lit d’une traite d’ailleurs !) est vraiment riche et propose des développements de personnages et de thématiques on ne peut plus pertinents.

En résumé, cette nouvelle incursion dans l’oeuvre de Rensuke Oshikiri m’a une fois de plus comblé. Sayuri est encore un titre étonnant, très différent de ses autres mangas, mais tout aussi maîtrisé et marquant. Une fois la lecture achevée, je n’avais qu’une envie, lire un autre titre de l’auteur. Et ça, c’est selon moi le signe d’un grand talent ! On peut remercier une fois de plus Omake Manga pour nous avoir amené cet auteur en France.

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