Astra – Lost in Space : une pépite d’aventure SF en 5 tomes !

Astra

Il y a parfois des rencontres avec des séries que l’on a attendu, à la faveur de retours systématiquement élogieux de la part des lecteurs et lectrices, et qui, alors qu’on en attendait beaucoup, se révèlent encore meilleures que prévu. C’est mon cas avec Astra – Lost in Space, série de petite envergure mais qui semblait susciter une vraie unanimité de la part de toutes les personnes l’ayant lu. Et après l’avoir découvert de mon côté, je peux affirmer que ce n’est pas sans raison. Nous allons voir en détails, mais sans grosses révélations, ce qu’il en est. J’espère ainsi vous convaincre de vous pencher sur cette série très courte (seulement 5 tomes), mais pourtant très riche, et maîtrisée de bout en bout !


Avant de commencer mon développement, je dois préciser que j’ai reçu l’intégralité de la part de l’éditeur Nobi Nobi, que je remercie au passage. Je le précise également par soucis d’honnêteté vis-à-vis de vous, car je considère que le fait de ne pas avoir payé pour la série n’est pas anodin. Je vous mets au passage un lien vers la fiche du premier tome sur le site de l’éditeur, qui vous permettra de lire le premier chapitre afin de vous faire une idée.


Astra, c’est quoi ?

Astra – Lost in Space est la seconde série du mangaka Kenta Shinohara, après Sket Dance. Cette première série était prépubliée de 2007 à 2013, et s’est achevée au Japon en 32 tomes, alors qu’elle est toujours en cours chez nous (éditée par Kazé). Il s’agissait d’un shonen humoristique lycéen, que je n’ai pas lu pour ma part. Plus précisément, j’ai lu le premier tome avec grandes difficultés et je n’ai de ce fait pas poussé la découverte plus loin.

Après la fin de la publication de Sket Dance, le mangaka souhaitait explorer une direction totalement différente, en plus de changer de technique de dessin, en passant au numérique. Il a donc décidé, contre l’avis de ses éditeurs, de se lancer dans une série d’aventure SF. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans Astra – Lost in Space, prépublié de 2016 à 2018 en ligne dans le Shonen Jump +, décidément un vivier à séries de qualité ! En France, la série est éditée par Nobi Nobi en 5 tomes. Précisons que cette série, tout comme Sket Dance, a connu une adaptation en animé en 2019, en 12 épisodes.

Et je pense que comme moi, quand une série est si courte, vous vous posez aussi la question de savoir si la fin a été précipitée en raison d’un manque de succès, ou si la série était bel et bien prévue pour cette durée. Et il n’y a pas besoin de faire de recherche pour affirmer que la durée est celle qui était prévue par l’auteur, tant tout est parfaitement ciselé du début à la fin. D’ailleurs, la durée est vraiment idéale compte tenu de la nature du récit et de sa densité. En faire moins aurait donné une intrigue trop précipitée, et en faire plus aurait sans doute créer un sentiment de répétition. Ainsi, ces cinq tomes, relativement copieux quand même (la plupart font 220 à 230 pages, et le dernier en fait 280) sont parfaitement gérés en terme de rythme et de développement d’intrigue, d’univers et de personnages. Mais nous allons voir tout ça en détails.

Un manga d’aventure et de survie SF

Nous entrons enfin dans le vif du sujet ! En 2063, un groupe de huit lycéens accompagnés de la petite sœur d’une des personnages est envoyé sur une planète afin d’y passer une semaine en autarcie, dans le cadre de leur cursus scolaire. Mais à peine arrivés sur les lieux, ils se retrouvent aspirés par une sorte de boule lumineuse qui les téléportent dans le vide spatial. On ne sait pas ce qu’est cette boule ni pourquoi ils se retrouvent transportés dans l’espace, mais par chance, un vieux vaisseau traîne dans le coin, leur évitant une mort certaine.

Une fois à bord du vaisseau, ils vont se rendre compte qu’ils se trouvent bien loin de chez eux, et n’ont pas les ressources nécessaires pour faire le voyage. Ceci les contraint donc à tracer un itinéraire passant par plusieurs planètes inconnues, dans le but de récupérer à chaque fois des denrées qui leur permettront de continuer le voyage. Ainsi, les neuf membres de l’équipage se retrouvent à vivre la grande aventure, dans un cadre de survie qui laisse quand même la place à des moments de vie quotidienne et de détente. Le tout saupoudré d’une grosse louche de questions et de mystères : quelle est cette boule qui les a téléportés ? pourquoi ? Et il semblerait qu’un traître soit à bord… Et ça, ce n’est que des éléments mis en avant au début du premier tome, chaque nouveau volume réservant de nouvelles surprises à nos héros, que je ne vous révélerai en aucun cas, car la gestion du suspense et des révélations est un des gros atouts de la série !

De ce postulat découle une structure narrative simple, où nos héros vont d’une planète à l’autre, en y analysant à chaque fois les spécificités afin de tirer partie des ressources qu’elles proposent. Ceci les confrontant à de nouvelles menaces propres aux différentes planètes, qui contribuent à rythmer l’action en plus de proposer un dépaysement avec des décors, des faunes et flores variés. Ainsi, la structure narrative est simple, et même un peu répétitive, mais ce n’est en rien un soucis. D’une part parce que le mangaka a toujours des idées bienvenues pour dynamiser le récit, que ce soit via de nouveaux danger à contourner ou des révélations parfaitement amenées comme je l’ai dit, mais aussi et surtout, car chacun des neuf personnages est parfaitement développé.

Une galerie de personnages très réussie

Si nous sommes face à huit lycéens de 17 ans ainsi que la petite sœur d’une des membres de l’équipage, vous vous doutez bien que, dans la grande tradition de genre de récit, l’auteur a mis un point d’honneur a rendre chaque personnage directement identifiable. D’une part via un character design des plus efficaces, qui donne à chacun et chacune des traits spécifiques, mais aussi par rapport au fait que chaque personnage ait une personnalité très marquée, des aptitudes et compétences propres qui auront à un moment ou un autre leur utilité. De plus, le fait qu’ils doivent rester ensemble en permanence, notamment sur le vaisseau entre chaque planète, va les rapprocher considérablement et créer une dynamique particulièrement agréable entre eux, car très fertile et faisant toujours avancer l’intrigue.

PersonnagesAinsi, le plus simple est de tous les présenter, sans pour autant trop en dire car l’auteur va bien ménager ses révélations. Je peux quand même préciser que si le capitaine se démarque, tout comme la jeune fille qui est la narratrice du récit, il y a un réel équilibre dans le développement des différents protagonistes, qui débordent tous de vie et de crédibilité. C’est d’autant plus remarquable qu’en seulement cinq tomes, il fallait vraiment faire preuve d’une belle efficacité dans l’écriture pour donner à chacun de la profondeur tout en gardant le fil du récit en tête.

Le récit est introduit avec la narration d’Aries Spring, jeune fille nouvelle dans le lycée, qui est plutôt maladroite mais est dotée d’une mémoire photographique exceptionnelle. Elle se fait voler son sac alors qu’elle se rend au point de rendez-vous pour le voyage scolaire, et un jeune homme va arrêter le voleur. Le jeune homme en question n’est autre que Kanata Hoshijima, le futur capitaine de notre bande, doté de capacités physiques incroyables. Ils sont rejoints par Quitterie Raffaëlli, petite bourgeoise hautaine qui souhaite devenir médecin, ainsi que sa petite sœur Funicia. Quitterie a grandi avec Zack Walker, son seul ami qui est aussi de la partie, véritable génie en terme d’ingénierie. L’autre génie de la bande, Charce Lacroix, est plutôt spécialisé dans la biologie, la faune et la flore. Enfin, les trois derniers personnages, Luca Esposito, Ulgar Zweig et Yunhua Lu, sont de prime abord un peu plus mystérieux, mais auront tous les trois de vrais développements qui les densifieront, apporteront à la dynamique globale du groupe et du récit.

Ainsi, on se retrouve avec une histoire qui fonctionne presque comme un huis clos, alors qu’on visite plusieurs planètes, dans ce sens où tout est drivé par les relations entre les personnages et la dynamique que cela induit. Car évidemment, avec un groupe de garçons et de filles adolescents qui se côtoient de très près de façon constante, il y aura des frictions mais aussi des rapprochements dans le groupe qui seront fertiles.

Et sur ce point, que ce soit en terme d’ambiance ou d’évolution de l’intrigue, tout est parfaitement mené et permet d’éviter l’écueil de la répétitivité au sein du récit. Car chaque personnage a une vraie caractérisation, au-delà des aspects que j’ai évoqué rapidement, et ils seront tous développés suffisamment pour leur donner une vraie identité et une vraie authenticité. Certains ont une implication plus importante que d’autres dans les enjeux à long terme sur le récit, mais tous ont vraiment un petit quelque chose qui fait que le cast est au final un sans faute.

Et en plus de tous ces éléments très classiques, le titre a une vraie valeur ajoutée narrative.

Un manga court, mais profond

Ici, il va être compliqué de vraiment donner une idée de la profondeur du récit sans spoiler, mais je vais m’y atteler. Comme je l’ai dit, la structure du récit est plutôt simple, il s’agit d’aller de planète en planète pour y trouver des ressources pour continuer le voyage, avec une faune et flore spécifique à chaque fois, et des péripéties liées à ce qui se passe sur les différentes planètes. Mais cette structure simple, même sur cinq tomes, deviendrait vraiment monotone si l’auteur n’avait pas travaillé son récit et son univers comme il se doit.

CréatureConcernant le développement de l’univers, il faut être clair qu’en seulement cinq tomes, il n’est pas possible de faire des merveilles. Je ne veux pas dire par là que l’univers n’est pas de qualité, simplement que l’auteur ne nous donne que les éléments importants pour l’histoire, et pour l’enrichissement de ses thématiques. Pourtant, il y a un élément de récit majeur qui vient mettre très intelligemment en perspective l’univers du récit et ce qu’on en connait. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de développer ce monde davantage pour le rendre crédible, mais l’auteur intègre vraiment l’histoire de cet univers et l’évolution de l’humanité à son intrigue. De ce fait, il arrive à le rendre crédible, palpable, mais aussi riche de sens. Forcément, sans révéler de quoi il en retourne en terme d’intrigue, c’est un peu nébuleux, mais il est clair que le mangaka a bien réfléchi son univers pour intégrer ses spécificités à son récit et à sa réflexion (on y reviendra).

Au-delà de ça, les différents twists et autres surprises que l’auteur a ménagé donnent énormément de corps à ses personnages et son intrigue. J’ai presque le sentiment qu’il a tenu à mettre une grosse révélation dans chaque volume afin de dynamiser le storytelling et avoir toujours un petit « effet waouh » pour ne jamais perdre la concentration et l’investissement des lecteurs, et ça fonctionne déjà très bien d’un point de vue narratif, mais en plus chacune de ces révélations est lourde de sens aussi bien pour les personnages que pour l’univers en lui-même.

PlanèteCar beaucoup d’éléments sont remis en cause au fil du récit, et il serait vraiment impossible d’en parler sans spoiler, je vais donc me contenter de dire que l’auteur propose au fil du récit plusieurs réflexions très pertinentes qui fonctionnent en parallèle avec notre univers et l’histoire du Japon, dans la grande tradition de la science-fiction, qui a pour vocation de parler de notre monde en mettant en scène un univers pourtant différent. Et de ce point de vue, Astra – Lost in Space propose des réflexions passionnantes, en particulier sur la thématique de l’Histoire avec un grand H, mais je n’en dirai pas plus !

Quoi qu’il en soit, vous l’aurez compris, ce manga a beau ne faire que cinq tomes, l’auteur a réussi à la fois à proposer un récit fluide, aux personnages densément développés et des pistes de réflexion très pertinentes. Et en seulement cinq tomes, il arrive à clôturer tous les éléments de son histoire comme il se doit, sans laisser de côté un personnage ou un élément qui pourrait créer une forme de frustration. La preuve supplémentaire que son récit était pensé depuis le début pour un format court et a été développé de façon millimétrée par rapport à son format. Et en plus de toute cette richesse dans l’écriture, il y a également le plaisir de la découverte et de l’aventure qui est constant. Car si j’ai insisté sur l’intelligence du récit, il faut aussi ne pas oublier de souligner que c’est avant tout quelque chose d’extrêmement fun et agréable à lire, surtout si comme moi vous aimez la space-fantasy à base d’exploration de planètes à la faune et la flore haute en couleur. Je dirai même que cette série vient combler pour moi un réel manque dans le genre !

En conclusion : une série courte mais marquante

J’espère que vous l’aurez compris, mais Astra – Lost in Space a été une énorme surprise pour moi. Ce titre m’intéressait énormément, notamment car j’en lisait ou entendait énormément de bien, au point où j’avais l’impression que c’était comme je l’ai dit une « petite série » en terme de portée, mais qui suscitait une vraie unanimité auprès des gens qui l’avaient lu.

Ce qui me questionne concernant la durée des titres et leur impact. Car une série longue a évidemment plus de temps pour développer son univers et ses personnages, leur permettre de nous accompagner et forcément, nous marquer davantage. Mais une série courte a aussi des vertus qui lui sont propres. Car pouvoir lire en seulement quelques heures un titre, et être marqué par ses personnages, son univers et sa richesse thématique est aussi quelque chose de particulier.

Me concernant, je suis autant friand de mangas au long cours que de séries plus courtes, car j’aime beaucoup m’investir de façon profonde dans un univers, autant que passer un moment court avec un monde et des personnages. Et dans le cadre des mangas courts, il n’y en a pas beaucoup pour le moment à m’avoir marqué comme Astra – Lost in Space vient de le faire. C’est en ça que pour moi, ce titre est un chef d’oeuvre, petit par la taille, mais énorme par l’ampleur de son histoire et des émotions qu’il m’a fait traverser. En cinq tomes, la série arrive à nous faire vivre une grande aventure, vers laquelle on a envie de retourner. Un indispensable !

15 commentaires

    • Merci beaucoup à toi. Il faut dire que j’avais envie de le lire depuis longtemps, et Nobi Nobi m’en a donné l’occasion.
      Et au final il est allé au-delà de mes espérances !

      Du coup je comprends que tu aies envie de me relire. Je pense que c’est le genre de série que je prendrai plaisir à relire de temps en temps. En plus le fait que ce soit court aidera.

      Aimé par 1 personne

  1. Très belle chronique où tu fais bien ressentir ton enthousiasme.
    J’avoue que j’ai un peu snobé la série la pensant dispensable à cause à la fois de son positionnement jeunesse et de sa longueur. Il faut dire que j’adore la SF en général et que j’ai lu pas mal de romans dans ce domaine donc j’avais peur de trouver le titre trop léger.
    Mais ton enthousiasme est communicatif et j’hésite maintenant ^^

    Aimé par 2 personnes

    • Héhé ! Globalement, j’ai l’impression que toutes celles et ceux qui l’ont lu sont assez unanimes. Ly avait beaucoup aimé aussi.

      En fait, Nobi Nobi est connoté jeunesse mais ils ont quand même du shonen très grand public, orienté ados voire au-dessus genre Shine. Iruma est aussi un bon exemple car ça fait super orienté jeunesse mais pour moi, comme Harry Potter, ça peut vraiment séduire tout le monde !

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      • Pas tous quand même, un grand lecteur de manga que je suis depuis plus de 10 ans et petit éditeur à ses heures perdues a aimé au début mais complètement décroché ensuite pour finir par trouver ça médiocre de mémoire, ce qui m’avait pas mal marquée ^^!

        Et autant Iruma, j’ai bien aimé, ç’a été, mais Shine, j’ai pas du tout accroché… Ça reste dans l’ensemble très jeunesse pour moi, qui suis plus orientée seinen en dehors des shojos/josei ^^

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      • Shine je n’ai lu que le premier tome que j’avais vraiment beaucoup aimé, mais j’en lis surtout énormément de retours enthousiastes.

        Pour Iruma je pense que tu sais ce que j’en pense 😁

        J’avoue que je suis un peu étonné de ce retour négatif sur Astra, après le récit à plusieurs gros twists très bien senties et va dans une direction bien plus riche de sens que le simple récit d’aventure qu’on nous vend au début, ça peut décontenancer.
        Et en dehors de ça, comme toujours ça dépend aussi des goûts personnels de chacun. Mais moi j’ai été bluffé par la richesse et la tenue du récit.

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  2. Ça a l’air pas mal, je le note pour m’y pencher 🙂 à nouveau un beau retour où on sent tout ton enthousiasme même si tu en dis finalement peu sur l’intrigue autre le concept de base mais c’est normal.
    Personnellement je suis de plus en plus attirée par les séries courtes même du côté littéraire, one shot ou nouvelles mais je ne saurai pas expliquer pour quelle raison exactement 🤔

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    • Sans forcément y trouver d’explication, le format court est quand même un bel exercice d’écriture parce qu’il faut savoir être efficace dans sa narration et son développement d’univers. Ici je trouve que l’auteur a parfaitement réussi son pari car à aucun moment on a le sentiment qu’il va trop vite ou qu’il ne développe pas assez les choses.

      Aimé par 1 personne

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