Mon avis sur… Megumi & Tsugumi de Mitsuru Si

Megumi & Tsugumi

Après avoir récemment mis un pied dans le monde du yuri avec Octave (et depuis j’ai continué ma découverte du genre), il fallait bien que je m’intéresse à son pendant masculin, le yaoi. C’est désormais chose faite grâce à Megumi & Tsugumi, que m’a gentiment envoyé Taifu Comics, et je les en remercie.

Avant de commencer, sachez que le manga ne porte aucune mention de tomaison particulière, comme s’il s’agissait d’un one shot. Mais en réalité, la mangaka a déjà écrit deux volumes de cette histoire au Japon, à un an d’intervalle entre les deux. Pour ma part, j’ai respecté le fait que Taifu ne mentionnait pas de numéro de tome et le considère donc pour le moment comme un one shot, même si dans la postface, l’autrice ne cache pas sa volonté de poursuivre les aventures des deux personnages. Ceci étant dit, voyons de quoi parle ce titre.

Megumi, un jeune alpha, cherche à venger ses amis qui ont été passés à tabac par un délinquant avec un barre de fer. Prêt à lui infliger une correction digne de ce nom, il ne s’attendait pas à se retrouver face à Tsugumi, un oméga capable de tempérer ses chaleurs par la simple force de sa volonté et de déstabiliser ses adversaires avec ses phéromones. Celui-ci déteste les alphas qui ne voient en les omégas que de simples moyens de reproduction et s’est juré de leur en faire baver. Une philosophie de vie qui laisse Megumi confus, partagé entre rage et désir.

Lorsqu’on lit le résumé, on a un peu l’impression qu’on est face à un manga animalier, puisqu’on nous parle de chaleurs et de phéromones. Il va donc falloir resituer un peu tout ça, ce que l’autrice fait d’ailleurs très bien en début d’ouvrage. On se trouve ici dans ce qu’on appelle l’Omegaverse, qui est apparemment un sous-genre bien connu du yaoi, dans lequel les hommes peuvent tomber enceint. En effet, ces œuvres ont pour particularité d’être peuplées de personnes divisées en 3 catégories, les Beta, que je cites en premier car ils n’ont rien de particulier, les Omega, qui peuvent tomber enceinte qu’ils soient hommes ou femmes, et qui dégagent des phéromones donnant envie aux Alphas de coucher avec eux, puisque ces derniers sont particulièrement sensibles à ces phéromones.

Je ne connaissais pas du tout la notion d’Omegaverse, et je dois avouer que je croyais qu’il s’agissait d’une invention de la mangaka pour cette histoire spécifique, mais il n’en est rien. Je ne sais pas non plus si tous les yaois du genre fonctionnent sur les mêmes règles ou si Mitsuru Si a pris des libertés. Quoi qu’il en soit, ce titre me semble une bonne porte d’entrée vers le genre car les choses sont expliquées de façon claire et les spécificités de cet univers sont un ressort scénaristique intéressant et bien exploité.

Autre précision, n’ayant jamais lu de yaoi auparavant, je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais ici les scènes de sexe sont tout à fait explicites. J’entends par là qu’on voit très bien les pénis ainsi que les pénétrations, il vaut mieux le savoir avant de lire. De ce fait, c’est plutôt à réserver à un lectorat adulte. Toutes ces précisions étant faites, on va enfin pouvoir parler du manga en lui-même.

Tout d’abord, en environ 200 pages, il faut aller assez vite pour poser son cadre, ses personnages et ses enjeux, et de ce point de vue, la mangaka s’en sort très bien puisque les enjeux sont simples et les personnages assez faciles à cerner. Tsugumi est un omega qui ne supporte pas les alphas car il a le sentiment que ces derniers ne considèrent les siens que comme un moyen de se reproduire. Il a décidé de ne pas prendre d’inhibiteurs et de contrôler lui-même ses phéromones… ce qui ne fonctionne pas si bien que ça.

Megumi et TsugumiMegumi, de son côté, est un alpha particulièrement sensible aux phéromones que Tsugumi dégage. Et si une querelle éclate entre les deux suite à l’agression d’amis de Megumi, il cherchera quand même à aider Tsugumi, ne souhaitant pas abuser de lui à cause des phéromones qu’il dégage. Mais vous vous en doutez, de fil en aiguille, une situation particulière va déclencher certaines choses entre eux.

Sauf que comme les phéromones sont importantes dans l’histoire, chacun va se demander si leur partie de sexe est due à celles-ci, ou s’il y a vraiment des sentiments derrière tout ça. Encore une fois, je ne sais pas si c’est quelque chose de récurrent dans les yaoi omegaverse, mais ici j’ai trouvé l’idée plutôt fraiche et bien menée. Chacun des deux personnages semblant représenter une face d’une même pièce, l’un détestant les alphas qui n’arrivent pas à se contrôler, et l’autre étant lui-même un alpha désireux de ne pas céder à l’appel des phéromones. D’autant plus qu’aucun ne semble avoir de penchant pour les hommes de prime abord.

Ainsi, on suit durant ce volume l’évolution de la relation entre les deux, avec les questionnements que ça implique. J’ai l’impression de voir dans ce genre de récit une grosse portée métaphorique par rapport au mariage homosexuel et à la possibilité pour deux personnes du même sexe d’avoir des enfants (Tsugumi a deux pères, et une petite sœur). Ne connaissant pas du tout les lois en vigueur sur ces sujets au Japon, j’éviterai cependant d’aller plus loin dans l’analyse.

Quoi qu’il en soit, on est face à un volume qui fonctionne bien, avec deux personnages principaux intéressants et dont on prend plaisir à suivre l’évolution. Concernant les quelques scènes de sexe, je n’aurai pas grand chose à en dire. Il me semble que le genre est surtout lu par un public féminin ou d’hommes homosexuels, et je ne suis dans aucun des deux cas, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier de voir deux personnes faire l’amour, chose qui manque souvent dans mes lectures (quand je lis des histoires d’amour, j’aime bien qu’on me montre que les gens ont des relations sexuelles). Et je pense qu’on peut tout à fait apprécier ce genre de lecture en étant un homme hétérosexuel par ailleurs.

Ainsi, Megumi et Tsugumi s’est révélé une lecture plaisante d’un bout à l’autre. On sait à l’avance vers quoi on va, à plus forte raison je suppose si on est familier au genre, mais cela n’empêche pas le titre d’être à la hauteur et de réussir ce qu’il entreprend. De plus, cela me semble une bonne porte d’entrée vers le genre, ce fut en tout cas le cas pour moi.

10 commentaires

  1. Pour avoir lu pas mal de yaois à une époque (ça m’arrive encore remarque) le fait que le sexe soit explicite dépend du type de yaoi. C’est souvent le cas mais quand le mangaka veut surtout parler des relations par exemple, ça reste plutôt superficiel ou tourné vers les visages. Enfin je ne suis pas spécialiste non plus, c’est une réflexion personnelle. En tout cas je n’étais pas trop intéressée par ce titre mais ton avis change la donne, je lui donnerai peut être bien sa chance !

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      • Je n’ai pas l’impression que l’omegaverse soit très exploité dans ce qui est traduit, je connaissais le concept grâce à un roman que j’ai lu et qui en parlait mais je ne me rappelais même pas le nom que ça portait. À mon avis pour le public occidental c’est peut être un peu trop exotique 🤔 et donc peu traduit. Même si ce n’est pas mon avis, je trouve ça original justement !

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      • Je vois, comme je l’ai dit, je pensais même que c’était une invention pour ce titre en particulier, mais c’est en me renseignant que j’ai vu que c’était un sous genre à proprement parler.
        Et je dois dire que j’ai trouvé ça plutôt sympa, surtout que c’est vraiment le cœur du récit.

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  2. Certains yaois sont censurés (sexes gommés, cachés) pour ceux que j’ai pu lire mais ce n’était pas le cas de tous.
    Je ne parlerai pas de l’omégaverse parce que j’ai lu trop peu d’ouvrages sur le sujet pour comparer mais de toutes façons, c’est déjà un point pour tout ramener au sexe et aux hormones (je pense notamment à DSP Roméo ou encore Remnant/Pendulum) et probablement aussi pour permettre le questionnement sur le fait que des couples de même sexe puissent avoir des enfants. Certaines histoires sont mieux construites que d’autres. Même si j’ai pas mal de one shot dans mes étagères, ils sont souvent frustrants, se termine trop vite ou avec un scénario pas assez exploité.
    J’essaierai peut-être cette série. 😉

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    • Je pense que l’absence de tomaison doit venir de l’écart conséquent dans la publication (un an entre les deux), et sûrement du fait qu’il n’était pas prévu d’en faire plusieurs au départ. Enfin, c’est mon interprétation en tout cas, et c’est vrai que ce tome peut se lire comme un one shot sans soucis.

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