Analyse de séquence : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban

Prisonnier d'AzkabanHarry Potter et le prisonnier d’Azkaban
Réalisé par Alfonso Cuaron
Sorti le 02 juin 2004 en France

Avec : Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Michael Gambon, Alan Rickman…
Compositeur : John Williams

Box-office mondial : 796 millions de dollars

Comme beaucoup, je suis un fan hardcore de Harry Potter. J’ai eu la chance d’avoir le bon âge au moment de la Pottermania, qui m’a permit d’évoluer en même temps que les films. Car oui, pendant longtemps je ne regardais que les films et c’est seulement vers 25 ans que j’ai finalement lu les livres, qui m’ont mis une claque bien plus forte. Je ne renie pas les films pour autant, que je continue de trouver globalement excellents, même si j’aurai beaucoup de reproches à leur faire. Ils n’en restent pas moins des adaptations impressionnantes, avec un travail artistique de premier plan en ce qui concerne la transcription de l’univers de J.K. Rowling.

Et dans la saga, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban est dans une position particulière pour moi. Il est clairement le film le plus virtuose en matière de mise en scène à mes yeux (d’ailleurs ceux qui suivront Cuaron vont singer beaucoup de ses idées), mais il est aussi celui dont l’histoire m’intéresse le moins (malgré la relation Harry/Lupin impeccablement gérée). De ce fait, je l’aime beaucoup pour sa forme, mais le fond a un peu moins de consistance que les autres films à mes yeux. 

Mais comme on est là pour analyser modestement de la mise en scène, c’est un objet intéressant. Et je vais en l’occurrence m’attarder sur la séquence de vol à dos d’Hyppogriffe de Harry, pour une raison toute simple : c’est ma scène préférée de toute la saga. Et cela s’explique simplement. Si j’adore les films, je dois admettre que trop souvent, je ne ressent pas avec l’intensité que cela devrait avoir la magie de l’univers. Tout est très beau, très bien fait, mais ça manque souvent d’impact. Or, la séquence de vol à dos d’Hyppogriffe est à mes yeux la séquence qui retranscrit le mieux toute la magie de cet univers, et ce dans l’ensemble des films. De ce fait, je trouve intéressant de voir comment Alfonso Cuaron a réussi à retranscrire ça par sa mise en scène.

Précisons avant de commencer que forcément, l’impact visuel et immersif de la séquence est optimal en salle de cinéma. J’ai d’ailleurs eu la chance de le voir à l’époque, et cette scène m’a réellement marqué dès le premier visionnage.

Analyse de la séquence

Resituons très rapidement la séquence. Hagrid donne son tout premier cours de soin aux créatures magiques, il est stressé mais peut heureusement compter sur son chouchou Harry pour s’investir dans le cours, quand bien même l’idée d’approcher un Hyppogriffe l’inquiète un peu. Mais comme le premier contact est positif, Hagrid le fait chevaucher Buck et les fait s’envoler (prof inconscient…). Et c’est là que la séquence commence vraiment. Elle est d’ailleurs assez courte (la vidéo fait 4 minutes mais la séquence en elle-même commence à 2 minutes), mais c’est la durée optimale selon moi.

Le décollage se fait dans un plan très large sur lequel je n’ai pas grand chose à dire, il permet surtout de cadrer à la fois Buck et Harry qui s’envolent et les élèves qui les regardent. C’est une composition ultra classique que l’on retrouve partout mais qui fonctionne très bien. Mais dès le plan suivant, Cuaron a une idée intéressante puisqu’il cadre Buck et Harry qui vont vers l’écran (avec un léger travelling arrière), au point de quasiment rentrer dans la caméra, l’occasion d’un point de montage pour faire le contrechamp. Cette idée permet de créer un petit choc visuel du fait de la proximité avec la caméra qui vient frapper le spectateur. On les récupère donc dans l’autre sens, où cette fois-ci ils s’éloignent de la caméra.

HP1

On enchaîne ensuite deux plans où on les voit voler au-dessus de Poudlard, un en plongée où on les surplombe, et l’autre où au contraire on est en contreplongée, plus proches du sol. Chacun des deux est en mouvement, évidemment, et le changement de cadre procure encore un effet un peu abrupt, mais qui passe bien, notamment grâce aux deux tours de Poudlard qui donnent un point de repère dans l’espace.

Mais c’est ensuite que la mise en scène devient vraiment intéressante et immersive. Après quelques plans où Cuaron réutilise la technique qui consiste à faire un cut au moment où les personnages sont sur le point de rentrer dans la caméra, Harry et Buck se retrouvent à voler au ras du lac de Poudlard. Le travelling est d’abord latéral, mais le fait que la caméra soit si proche de l’eau crée un effet immersif, en particulier sur grand écran. C’est une technique de mise en scène très connue et utilisée par de nombreux cinéastes (Laurent Jullier, dans l’excellent livre L’écran Postmoderne analyse cette figure de style).
Et Cuaron ne se contente pas que du travelling au raz de l’eau. Il enchaîne avec un plan qui effectue un léger travelling vers le visage de Harry afin de rapprocher notre point de vue du sien, car c’est à partir de là que l’immersion est totale. Le contrechamps est extrêmement malin en terme de cadrage (vous m’excuserez, la capture ne lui rend pas du tout justice) puisqu’on a une partie du corps de Buck en amorce, nous permettant de partager totalement le point de vue de Harry. Mais nous avons aussi le travelling au raz de l’eau qui fonctionne à plein régime en matière d’immersion, et enfin, le fait que ce soit justement de l’eau permet de voir un peu le héros dans le reflet. Ce plan est pour moi un véritable coup de génie ! On enchaîne ensuite avec un plan qui cadre la patte de Buck qui touche l’eau, permettant de renforcer le sentiment de vitesse tout en restant au plus près de l’eau.

HP2

Et tout ce travail d’immersion permet d’arriver au point culminant de la séquence avec le plan suivant, où la caméra part de plus loin pour faire un travelling circulaire qui se rapproche du visage de Harry afin de capter son émotion. Le travelling circulaire permet encore de renforcer le sentiment d’immersion, mais a aussi valeur symbolique, témoignant de la force de l’émotion vécue par le personnage sur l’instant, et nous permettant de la ressentir autant que lui. Par ailleurs, c’est certainement un des plus beaux moments d’acting de Daniel Radcliffe selon moi (bien que je le trouve parfaitement convaincant durant toute la saga).

HP3

Après ça, on a droit à encore deux plans immersifs pour finalement clôturer la séquence avec un gros plan sur le visage de Harry afin de constater une dernière fois la force du moment vécu, et nous accompagner tranquillement vers le retour au cours normal des événements, dans un léger moment de flottement.

HP4

Ainsi, j’espère avoir réussi à mettre en avant en quoi cette séquence est vraiment particulière dans toute la saga. Car je le redis, c’est vraiment pour moi le moment où l’on ressent le plus les émotions de Harry à évoluer dans ce monde magique. Il y a beaucoup d’autres beaux moments de mise en scène au cours de 8 films, mais je crois vraiment qu’aucune séquence ne m’a autant marqué que celle-ci, et à chaque fois que je regarde le film, je ressens toujours ce petit quelque chose de particulier lors de cette scène de vol à dos d’Hyppogriffe.

14 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.