Mashima Hero’s : Mise en abyme ludique du Mashima-verse

Mashima's Hero

L’arrivée du crossover Mashima Hero’s est un des petits événements éditoriaux de la rentrée. L’auteur étant une des superstars du monde du manga, ce one shot au concept étonnant et assez original mettant en avant les trois séries phares du mangaka ne pouvait qu’attirer l’attention. Et s’il ne fait aucun doute qu’il saura séduire les fans de Mashima, il est surtout un objet très intéressant de par la mise en abyme qu’il propose du style Mashima. L’occasion de revenir sur un artiste qui aura su imposer sa patte sur le monde du manga contemporain.


Avant de commencer, j’en profites pour remercier Pika qui m’a envoyé ce volume, et vous invite à faire un tour sur la page dédiée sur le site de l’éditeur, qui vous permettra notamment de lire les premières pages du tome, afin de vous en faire une idée plus précise, d’autant plus que Mashima annonce la couleur d’emblée, comme nous allons le voir. Sachez également qu’il existe une édition collector numérique uniquement du titre, comprenant deux chapitres bonus. Ne les ayant pas lu, je ne peux cependant pas donner d’avis dessus.


Les bandes de Haru ( Rave ), Natsu ( Fairy Tail ) et Shiki ( Edens Zero ) se retrouvent à True Island, l’île de la vérité ! Tous ces héros unissent leurs forces pour affronter un ennemi commun qui tente de s’emparer d’Oasis, un « dark bring » qui permet de matérialiser tout ce qu’on imagine.

Soyons clairs, le pitch de l’histoire n’est qu’un prétexte à réunir les univers des trois séries phares de Mashima. De ce fait on peut d’emblée se questionner sur l’intérêt du titre pour des personnes qui ne connaîtraient pas bien les univers respectifs. L’auteur précise dans la post-face du titre qu’il a souhaité s’adresser à tout le monde, fans ou non de ces titres, et en effet je pense qu’on peut y trouver son compte sans connaitre sur le bout des doigts le Mashima-verse. Pour ma part, je n’ai lu qu’un tome de Rave, 6 d’Edens Zero et 22 de Fairy Tail, et ça ne m’a pas empêché de passer un excellent moment de lecture. Cependant, je pense que si on est allergique au style de Mashima, ce sera une lecture compliquée puisqu’ici, Mashima met en abyme le style Mashima en mettant tous les aspects qui le définissent en avant (ce n’est pas pour rien qu’en 3 paragraphes j’ai déjà écrit 10 fois « Mashima »…).

Ainsi, dès qu’on ouvre le tome, on se retrouve face à Lucy, toujours aussi magnifiquement dessinée, en train de cacher sa poitrine alors que les héros de Fairy Tail se font dorer la pilule sur la plage. Et dès la page suivante, l’idée directrice de ce tome est donnée, alors qu’elle court après Happy qui lui a volé son haut dit « On offre un petit plaisir », ce à quoi quelqu’un répond « À qui ? ». Toute l’idée de ce one shot est résumée ici : Mashima veut faire plaisir et SE faire plaisir avec cette histoire haute en couleurs.

On comprend donc d’emblée que le fan service cher à Mashima sera de la partie, mais pas que. L’auteur nous propose surtout un récit riche en action dont il a le secret, avec les personnages incontournables de ses trois séries phares. Ainsi, Natsu, Shiki et Haru vont vite se rencontrer et faire front commun contre un ennemi qui utilise… le pouvoir de l’imagination !

Cette idée permet à Mashima de donner une forme de cohérence à son crossover, puisque l’Oasis, le lieu où se déroule l’action, est en réalité un endroit fictionnel où sont transportés les héros des différentes séries. Comme une sorte de fiction dans la fiction, une Mashimaception ! Ce lieu est créé par un certain « grand méditant », qui explique que l’imagination c’est la joie, mais que c’est le sourire du peuple qui est la source de l’imagination. Il ne faut donc pas chercher bien loin pour comprendre que ce personnage est en réalité l’alter-ego de l’auteur, qui met en avant l’idée de co-construction de ses œuvres : Mashima imagine des univers et en fait des séries, et c’est l’affect des fans qui les rendent vivantes. Cette idée est loin d’être neuve mais reste bienvenue, d’autant plus dans le cadre d’un titre pensé pour les fans.

Grand méditant

Mais si je parle de la cohérence du crossover, il ne faut pas pour autant chercher un gros travail de construction d’univers ou même d’intrigue très travaillée, la nature du projet et la faible longueur du titre font que Mashima va droit au but, c’est à dire beaucoup de bagarre, beaucoup de fan service, et un grand nombre de personnages qui vont et viennent dans une forme de cacophonie générale, pour ne pas dire, une certaine confusion.

Est-ce à dire que le titre est compliqué à lire ? Pas du tout selon moi, car on met finalement assez vite de côté l’intrigue bateau au profit d’un condensé de Mashima Style. À ce titre, comme je l’ai dit en début d’article, si on peut prendre plaisir à la lecture sans être un incollable de l’auteur, je pense qu’il faut malgré tout apprécier son style pour passer un bon moment.

Et en l’occurrence, c’est mon cas. J’admets avoir eu du mal au début de ma découverte de ses travaux avec son fan service quasi-constant, mais à force je m’y suis habitué au point où je ne pourrai pas imaginer un manga de Mashima sans grosses poitrines et sous vêtements apparents à tous les étages. Je conçoit tout à fait que ça ne soit pas du goût de tout le monde, et si c’est votre cas vous risquez de ne pas vous y retrouver dans ce titre. Mais pour peu qu’on adhère aux délires de l’auteur, on se retrouve face à un titre qui joue à fond la carte de la connivence avec son public, s’amusant de ses tics d’écriture et de mise en scène, ainsi que de ses petits travers vis-à-vis de la représentation des personnages féminins.

Et je me suis surpris à ce titre à réfléchir en lisant ce volume aux éléments qui font que j’aime Mashima (sans être un expert pour autant). Car qu’on apprécie ou non son travail, on est forcé de reconnaître qu’il se dégage quelque chose de particulier de ses mangas. Et pour ma part, je pense que mon affect vient en grande partie de son travail sur les personnages. Le character design à la Mashima me parle tout particulièrement, et je trouve ses personnages tout simplement beaux, aussi bien les hommes que les femmes (ou les chats), et je crois que ce côté « mannequins » qu’ils ont tous (y compris les méchants) et le côté très haut en couleurs des looks contribuent beaucoup à mon plaisir de lecture. C’en est à un point tel où même avec des intrigues parfois moyennes, je me prends à apprécier la lecture, comme c’est le cas ici.

De plus, je trouve qu’il y a toujours une ambiance décontractée et un côté « vacances » à ses titres, qui tranche avec le trop grand sérieux de certains nekketsu. Par exemple, j’aime les moments de pause qu’il met entre deux arcs de Fairy Tail, qui donnent de la vie à ce groupe en dehors des intrigues principales. Et j’ai pensé à tout ça en lisant Mashima’s Hero, et ça m’a donné le sourire en me rappelant ce que j’aime chez l’auteur, tout simplement !

En résulte donc un titre qui ne va pas plus loin que sa nature de récréation pour les fans de l’auteur, mais qui remplit très bien son rôle. Mashima a soigné les aspects primordiaux de son titre, et met en exergue de façon finalement assez touchante son rapport à son métier. Tout ceci permet de prolonger le plaisir que l’on prend à la lecture des mangas de Mashima, et donne même envie de se replonger dedans. En ça, c’est une réussite à mes yeux, même si le titre manque d’ambitions. Mais qui sait, le mangaka ne fermant pas la porte à un nouveau crossover par la suite, il n’est pas interdit d’imaginer quelque chose d’une plus grande ampleur dans le futur. J’en serai en tout cas ravi !

 

16 commentaires

  1. Je t’avouerai que je ne retiens ce tome que pour mon envie de découvrir correctement les personnages de rave et pour la mise en abyme de Mashima et son travail.
    Parceque les interactions des personnages…
    J’ai du mal avec la plume de Mashima depuis quelques temps .

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    • Le truc dans ce One shot en particulier c’est qu’il y a trop peu de temps pour tous ces personnages. Personnellement j’ai vite mis de côté le scénario pour me focaliser sur l’esthétique, la mise en abyme et une ambiance foutraque qui m’a plu…

      (Et sur les meufs en sous-vêtements mais il faut que ça reste entre nous, je me plais à penser qu’on me prend encore pour quelqu’un de classe)

      Evidemment le gros point noir c’est qu’on ne voit pas assez Erza.

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  2. Ah, tu as réussi à ressortir plus d’éléments que moi.
    Parce que le fait de voir autant de personnages être là et dire « tu me fais penser à quelqu’un » en boucle m’a perturbé. D’autant plus après que Mashima ait dit que la plaisir découle plus des interactions entre personnages que du scénario.

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    • Je pense que le côté « tu me fais penser à quelqu’un c’est une façon de s’amuser de la ressemblance entre ses personnages.

      Après oui,les interactions sont bateau. Moi je pense que c’est vraiment juste l’ambiance globale fun et la connivence avec les fans qui rend la lecture cool et fraîche (à mes yeux).

      Mais s’il renouvelle l’expérience je souhaiterai une histoire en mode 100% vacances et sans combat, ce serait mieux à mes yeux.

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  3. C’était divertissant 🙂
    Bon, ça m’a légèrement spoilé un truc dans Rave que j’ai pas fini de lire, mais je m’en sortirai bien.

    Je pense que ça doit être déroutant à lire pour qui n’a lu que Fairy Tail quand même, car il y a beaucoup de persos en pagaille. Mais pour qui a lu Rave et Fairy Tail (comme moi) c’est plaisant et on retrouve bien nos persos appréciés.

    Par contre, je n’ai pas commencé Eden Zéro, et ce n’est pas ce tome qui m’en a donné envie. Le héro n’est pas vraiment des plus charismatique, surtout comparé à Natsu et Haru.

    Mais Rave, je le conseille vraiment.

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  4. Faudrait que je me le procure. J’aime beaucoup ce que fait Mashima, pour moi ce qui caractérise son style c’est la force de vie de ses personnages, ils croquent la vie à pleines dents malgré leurs passés. J’ai encore quelques tomes pour finir Rave faudrait que je m’y remette. J’ai pas accroché à Eden zéro par contre, le côté fanservice va trop loin je trouve, et puis j’ai pas senti qu’un univers original se dégageait.

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