Premier contact avec… Space Brothers de Chûya Koyama

Space Brothers

Après 9 tomes lus, je pense qu’on peut dire que je suis allé un peu plus loin qu’un simple « premier contact » avec la série, même si on en est quand même à déjà 30 tomes parus. De ce fait, je serai tenté de penser que mon avis sur la série ne va pas changer, et que mon affect pour elle va au contraire aller en grandissant au fil des volumes. Quoi qu’il en soit, j’estime en avoir déjà lu assez pour pouvoir vous recommander chaudement le titre et vous inviter à vous pencher dessus. Encore une fois, ça fait beaucoup de tomes à rattraper, mais ça vaut clairement le coup, comme je vais essayer de vous en convaincre.

Resituons un peu la série. Space Brothers est un seinen prépublié depuis 2008 dans le magazine Morning de Kodansha au Japon, et en est à 37 tomes parus à ce jour. En France, le tome 30 vient de sortir chez Pika. Le manga semble ne pas avoir trouvé écho auprès d’un grand public chez nous, ce qui est bien dommage compte tenu de sa grande qualité. Mais au Japon, il fonctionne suffisamment bien pour avoir eu droit à une adaptation en anime, mais aussi en film live.

Sous un ciel étoilé, alors qu’ils étaient enfants, Mutta et son petit frère Hibito se sont fait une promesse. En 2025, Hibito a réalisé son rêve, il est devenu un astronaute prêt à décoller pour une mission sur la lune. Mutta, quant à lui, est un peu perdu. Au chômage après avoir gratifié d’un coup de boule son supérieur hiérarchique, le voilà rentré dans la maison familiale, coincé entre ses deux parents. Heureusement, un mail de son frère produit un déclic et réveille ses ambitions d’exploration spatiale…

Mutta et HibitoLe manga se déroule donc dans un futur très proche, et n’est clairement pas ancré dans la science fiction. Au contraire, on est dans la science pure et le réalisme est le maître mot. Nous suivons donc les deux frère Namba et en particulier l’aîné, Mutta, qui après avoir perdu son travail au détour d’un coup de boule en mode Zidane (c’est lui qui le dit), décide de se reprendre en main et de passer les tests afin de devenir astronaute, comme son petit frère Hibito. Car c’est un rêve qu’ils avaient en commun, mais que l’aîné semblait avoir délaissé. Ainsi, ces deux éléments centraux donnent à la série son titre, entre rêve de l’espace et fraternité.

Rêve de l'espaceCar d’emblée, le point d’ancrage dans la thématique pour nous, lecteurs et lectrices, est la relation entre Mutta et Hibito, et leur passion pour l’espace. J’insiste sur ce point car on est clairement dans la catégories des mangas dont le thème est très spécifique, et peut soit passionner, soit au contraire indifférer. Mais j’ai coutume à dire que quel que soit le sujet, un bon manga arrive à nous y intéresser, et c’est clairement le cas ici pour moi. Car pour être parfaitement honnête, je n’éprouve vraiment aucune fascination pour l’espace et la conquête spatiale, mais lorsque je lis Space Brothers, j’arrive à m’intéresser à tout ça.

Il y a plusieurs raisons à cela. Pour commencer, bien que Chûya Koyama présente de façon précise les éléments techniques, que ce soit dans l’entraînement des astronautes ou la mission lunaire que va entreprendre Hibito, il arrive à ne pas être jargonneux et reste vraiment très clair dans sa description du cadre dans lequel se déroule l’histoire. Ainsi, on en apprend très naturellement sur la JAXA (l’Agence d’Exploration Aérospatiale Japonaise, qui a été créée en 2003) et sur la NASA tout en ne perdant pas de vue l’intrigue du manga. Et je suppose que les informations techniques dispensées par l’auteur ont un vrai degré d’authenticité puisque le CNES (Centre National d’Études Spatiales) est partenaire de Pika pour la sortie du titre en France.

Le second point qui permet de s’intéresser à la thématique vient de l’écriture globale du titre. Tout d’abord, le choix de se centrer sur deux frères n’est pas anodin. Tout d’abord, le lien entre Mutta et Hibito est tellement fort qu’il donne une tonalité émotionnelle particulière au titre. Mais surtout, il n’est pas anodin que la série commence alors que Mutta passe les tests de sélection pour devenir astronaute alors qu’Hibito est sur le point d’aller sur la Lune. Cela permet au lecteur de découvrir ce monde particulier par le biais du frère aîné, tout en décollant quand même rapidement avec Hibito (si je ne dis pas de bêtise, c’est dans le tome 7 qu’il part pour la lune). Et si dans les premiers tomes la narration se focalise sur Mutta, elle va s’équilibrer davantage par la suite en travaillant en parallèle les deux frères, tout en mettant toujours en avant leur lien si particulier et si touchant.

Et si je n’arrête pas de parler des deux frères, c’est clairement parce qu’à mes yeux, la grande réussite de ce début de série vient du travail sur les personnages. Comme je l’ai dit, si on arrive à s’intéresser à la thématique spatiale alors que l’on n’a aucun réel intérêt pour à l’origine (comme c’est moi cas), c’est parce que l’auteur développe avec talent ses personnages et arrive à vraiment nous faire ressentir l’intensité de leur passion et de leur rêve. C’est valable pour Mutta et Hibito, mais également pour les autres personnages gravitant autour, qui arrivent tous à avoir énormément de densité.

À titre d’exemple, Mutta va se rapprocher d’un certain nombre de personnages durant les épreuves de sélection, et on a beau savoir que la grande majorité ne seront pas sélectionnés, l’auteur prend quand même soin de donner une caractérisation vraiment réussie à un beau nombre d’entre eux. Je pense évidemment à Serika, camarade et amie de Mutta (et un peu plus aux yeux de notre héros), ou encore Kenji avec qui le personnage principal va rapidement sympathiser. On prend le temps de décrire les motivations de chacun, ce qui les a amenés à vouloir devenir astronautes, et cela permet de donner vraiment du corps à chacun. En bref, Koyama n’oublie jamais de se focaliser sur l’humain dans toute cette histoire hors normes.

Steven SeagalEt le tout est enrobé d’un humour qui non seulement fait mouche, mais vient bien souvent nourrir la caractérisation des personnages. Je pense notamment au gag sur le coup de boule de Zidane, qui était au départ cité comme un marqueur temporel pour resituer un événement auxquels les frères Namba ont assisté dans leur jeunesse. Par la suite, on apprend que Mutta a perdu son travail après avoir mis un coup de boule à la Zidane à son patron, et ce geste va avoir une importance par la suite dans les premiers tomes. Pour finalement y revenir au détour d’un geste héroïque imprévu (je n’en dirai pas plus). Dit comme ça, c’est sûrement un peu flou, mais si vous lisez les premiers tomes du manga, vous comprendrez à quel point le gag filé du coup de boule est une idée bien vue en plus d’être vraiment très drôle.

Enfin, comment ne pas évoquer l’esthétique particulière du titre ? Je ne suis pas le plus doué pour trouver les mots pour qualifier le style visuel d’un manga, mais je trouve très clairement que Space Brothers a quelque chose. Le trait de l’auteur n’est pas le plus assuré qui soit, de ce fait on ne peut pas dire que les dessins sont magnifiques. Mais ils dégagent beaucoup de choses je trouve, avec un travail encore une fois soigné sur les personnages qui transmet beaucoup de choses, notamment dans les moments plus émotionnels. Et il y a bien évidemment un travail sur le regard porté vers les étoiles qui parle forcément, quand bien même on ne s’intéresse pas au domaine.

En résumé, après 9 tomes je suis clairement conquis par Space Brothers, et je pense vraiment que la série gagnerait à être davantage connue. Si de prime abord le thème ne m’intéresse pas outre mesure, le fait que Koyama mette toujours l’humain au cœur du récit me permet de vraiment m’investir émotionnellement dans l’histoire. De plus, la maîtrise globale dans l’écriture, que ce soit dans les aspects techniques, le développement des personnages et l’humour au service de tous ces éléments permettent de ressortir totalement conquis de la lecture, et ce dès le premier tome !

Yes

9 commentaires

  1. Et un lecteur convaincu de plus, un !
    Je partage parfaitement tes sentiments sur la justesse de l’écriture des personnages, l’épisode du test dans la capsule était un modèle du genre !
    J’aime aussi beaucoup comme toi qu’il n’en fasse pas trop dans les explications techniques et que tout reste simple pour servir une histoire juste humaine.
    C’est un très bel hommage au travail de ces hommes et femmes qui vont dans l’espace.

    Aimé par 2 personnes

    • Oui, je n’ai pas osé évoquer ce passage mais c’est à celui-là en particulier que je pensais sur l’écriture des personnages.
      On se focalise sur des persos secondaires qui ne seront pas centraux par la suite, mais on prend quand même le temps de les développer densément (j’ai oublié les noms, mais je pense surtout au petit et au vieux 😅)

      Aimé par 1 personne

      • Idem c’est souvent de l’humour con comme avec la poisse du héros et sa famille mais c’est bon enfant et chaleureux, ça touche.
        Apo est un très bon perso canin, mais surtout pour ce que sous-tend sa présence à chaque fois.
        Je crois qu’on pourrait parler encore longtemps de tous ces détails tant la série est excellente !

        Aimé par 1 personne

  2. Je le vois souvent passé sur Twitter récemment. J’en avais déjà entendu parler avant en bien mais sans me donner envie de m’y intéresser une seule seconde.
    Tu m’as donc vendu la série d’une main de maître en me parlant plus précisément de ce qui marche avec.
    Et là, je me dis que je veux voir de mes propres yeux l’aventure des deux frères.

    Aimé par 2 personnes

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