Speed Racer des Wachowski – Un chef d’oeuvre à (re)découvrir

Speed Racer

Il y a parfois de vraies injustices dans le monde du cinéma. Des films qui ne trouvent pas leur public en dépit de leurs qualités pourtant évidentes (quoique pas pour tout le monde). Et dans le genre, les Wachowski sont devenues des spécialistes. Leur carrière est à mon humble avis assez inattaquable, et pourtant, une fois passé le succès phénoménal de Matrix et l’impact culturel évident de l’oeuvre, tout ce que les sœurs ont fait s’est ramassé. Pourtant, au-delà de la radicalité constante de leurs propositions de cinéma, il y a toujours un amour et un savoir faire tel que leurs œuvres auraient clairement des arguments pour toucher un large public. Mais rien n’y fait, à partir de Matrix Reloaded, il y a eu un divorce avec le public, et la réconciliation n’a toujours pas lieu (j’espère qu’elle arrivera avec Matrix 4). Mon blog étant axé sur la culture otaku, il est compliqué de parler de ces cinéastes sans dévier du sujet, mais fort heureusement, il y a dans leur filmographie une oeuvre qui cadre parfaitement avec les thématiques que j’aborde, à savoir l’adaptation Hollywoodienne de Speed Racer !

Si vous n’avez pas entendu parler de ce film, c’est normal, il s’est ramassé furieusement lors de sa sortie en 2008. Pour un budget de 120 millions (un blockbuster déjà sérieux donc), il n’en a rapporté que 90, sachant que le seul de rentabilité de ce genre de film est aux alentours des 2,5 fois leur coût, on peut dire que Warner a du mal vivre la chose. Comme je l’ai dit, les Wachowski sont coutumières du fait, Matrix Revolutions avait démarré leur descentes aux enfers du Box office en rapportant quasiment moitié moins que le précédent (à ma connaissance, la dernière trilogie Star Wars est la seule saga de blockbuster à avoir connu pire chute de fréquentation) et Cloud Atlas et Jupiter Ascending ont également perdu de l’argent. Un insuccès globale que je mets sur le compte de deux choses : des œuvres originales toujours très mal marquetées et malmenées par leur communication qui n’arrive jamais à les valoriser comme il se doit, et leur originalité en elle-même, qui provoque souvent de la méfiance alors qu’il s’agit toujours d’œuvres passionnantes selon moi (oui, même Jupiter Ascending qui est leur film le plus heurté, offre un univers séduisant et des moments de bravoure dingues). Ceci étant dit, voyons en quoi Speed Racer vaut vraiment le coup d’œil à mes yeux et mérite d’être réhabilité (car il a déjà une petite communauté de fans, mais il faudrait qu’elle grandisse).

Speed Racer nous raconte l’histoire de… Speed Racer, jeune homme issue d’une famille qui a la course automobile dans le sang, et qui souhaite plus que tout s’illustrer afin de rendre hommage à son grand frère mort dans des circonstances troubles. Il sera pour cela aidé de toute sa famille : ses parents, sa compagne et son petit frère (ainsi que son singe de compagnie). Mais également par un certain Racer X, afin de pouvoir confondre Royalton, à la tête du monde de l’automobile qui sombre de plus en plus dans la corruption.

Un point de vue enfantin mais pertinent

Un élément que j’aime beaucoup dans l’oeuvre des Wachowski en général, c’est qu’elles ont réussi mieux que personne selon moi à mêler une grande profondeur thématique et intellectuelle dans leurs œuvres à une approche presque enfantine des choses. Matrix est un bon exemple, avec la complexité des thématiques et des références abordées, couplées à une morale compréhensible même pour des enfants à base de pouvoir de l’amour. Et toute leur oeuvre est dans cet esprit, avec une emphase toujours très importante sur la notion d’amour, avec une sincérité indéniable dans la démarche. Dans le cas de Speed Racer, on est dans cette même idée, avec la question de l’amour au coeur du récit. Que ce soit l’amour familial (avec les figures des parents interprétés par John Goodman et Susan Sarrandon, et le grand frère disparu) ou l’amour pour la course automobile que la famille Racer refuse de voir perverti, tout est question dans ce film d’amour, de sincérité dans la démarche et de faire les choses justes.

Spritle
Spritle et Chim-Chim, les meilleurs personnages du film selon moi

Car comme je l’ai dit dans mon résumé, le cœur du récit est on ne peut plus simple : lutter contre la corruption et le système en place dans le monde de la course automobile, dans lequel le profit est roi et mène à toutes sortes d’injustices. Difficile de ne pas voir là-dedans une allégorie du système hollywoodien qui doit bien faire grincer des dents les Wachowski, dont la démarche est on ne peut plus sincère. J’aime souvent rappeler en effet que le cinéma, hollywoodien en particulier, nous vend du rêve mais est en réalité un monde fermé dans lequel les rapports de force sont horribles, avec des gens sur-payés, des affaires de harcèlement à tous les étages et autres histoires encore plus glauques. Et si j’aime les films d’amour, le monde du cinéma me dégoutte quant à lui…

Ainsi, j’ai le sentiment que le duo se projette totalement dans les différents membres de la famille Racer, en particulier Speed mais également Spritle et Chim-Chim (le petit dernier et son chimpanzée, qui devraient faire rire tous les enfants). En effet, ce duo haut en couleurs est omniprésent durant tout le film et apporte vraiment un point de vue d’enfant sur les événements qui fait vraiment plaisir à voir.

De la même façon, la séquence d’ouverture du film (en tout cas il me semble, je parle de mémoire) où l’on voit Speed enfant se projeter dans la course est un délice de mise en scène qui nous montre totalement quel est le projet du film : retranscrire l’esthétique du manga et de l’anime tout en épousant un point de vue enfantin et naif sur les choses, et ça fonctionne parfaitement !

Un projet esthétique original et ambitieux

Dire que Speed Racer ne ressemble à aucun autre blockbuster est un doux euphémisme. Les Wachowski ont saisi l’opportunité de cette adaptation pour mener à bien un projet esthétique très particulier, à savoir retranscrire l’esthétique « superflat » en film. SuperflatLe Superflat est un courant esthétique postmoderne qu’on doit à l’artiste Takashi Murakami, influencé par le style visuel des mangas et de l’animation japonaise. Il s’agit d’une esthétique basée comme son nom l’indique sur le plat et la superposition de couches de plat. Ainsi, la séquence où Speed s’imagine au volant d’un bolide dessiné à l’écran traduit cette esthétique particulière. De la même façon, une séquence du film montre Spritle et Chim-Chim imiter les personnages d’un anime qu’ils regardent, et se trouvent projetés dans l’image.

Spritle et Chim Chim

Dans les deux cas, on comprend que l’imaginaire enfantin fonctionne à plein régime pour retranscrire une façon de voir le monde par l’entremise de la fiction, et ici de l’animation en particulier. C’est également une des raisons pour lesquelles je dis que le film épouse un point de vue enfantin.

Mais le Superflat est loin d’être l’unique innovation esthétique du film, qui reprend à son compte de nombreuses figures issues de l’animation japonaise et du jeu vidéo. Grâce à des effets visuels harmonieusement intégrés, les Wachowski adoptent un montage très audacieux où les différentes séquences s’enchaînent par le biais de transitions en volet intégrant les personnages ou les véhicules pour passer d’une image à l’autre notamment. De même, l’utilisation massive d’images de synthèses pour les décors, avec un travail surréaliste sur la netteté et le flou notamment, contribue à l’esthétique totalement en phase avec l’origine de l’oeuvre. C’est bien simple, on a presque davantage l’impression d’être devant Mario Kart que devant un film « traditionnel » ce qui explique sans doute en partie pourquoi le faible public que le film a eu en salle a été décontenancé. Cependant, je suis prêt à parier qu’une telle esthétique couplée au point de vue enfantin du film doit fonctionner du tonnerre sur les plus jeunes !

Une histoire de transmission et de passion

Enfin, impossible de ne pas toucher un petit mot sur l’histoire, dont j’ai déjà un peu parlé. Comme je l’ai dit, l’intrigue en elle-même est assez simple mais c’est tout le côté symbolique autour du cinéma que j’ai déjà évoqué qui lui donne de la force. De même, toute la sincérité et l’amour qui débordent dans cette histoire contribuent grandement à l’impact émotionnelle du film.

Racer XSpeed court en hommage à son frère et souhaite que le monde de la course reste un monde de passion. Sa mère le soutient tout particulièrement et l’invite à se dépasser car elle trouve que quand il conduit, cela devient une forme d’art. Tous ces éléments s’imbriquent dans une intrigue aux multiples personnages, dans laquelle la course reste centrale, mais avec de nombreux à côtés. Il y a notamment beaucoup d’humour et d’action dans le film (avec deux petites séquences de kung fu très sympa d’ailleurs, car on est quand même chez les Wachowki). En ça, je considère qu’il y a suffisamment de richesse pour pouvoir plaire à un très grand public, et comme on est ici entre fans de culture otaku, je pense qu’il y a clairement de quoi vous parler aussi.

Pour ma part, j’ai découvert le film il y a plus de 10 ans et il m’a clairement marqué, au point où pas mal de séquences et d’images me sont restées en tête alors que je ne l’ai pas revu depuis des années. Et il a clairement ce mérite d’être unique en son genre pour un blockbuster Hollywoodien. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il n’est pas trop tard pour découvrir ou redécouvrir ce film !

30 commentaires

  1. Un article qui met à l’honneur un film que j’ai découvert il y a plus de 10 ans comme toi et dont je garde un excellent souvenir. Tu m’as donné envie de me le regarder de nouveau!
    Sinon Private Joke : Il y a encore un drôle de hasard du calendrier avec la sortie de cet article, tu verras avec le message d’hier soir 😉

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  2. Zut, du coup tu remets ce film en « visionnable » alrs que j’avais fait une croiw dessus au vu des critiques apocalyptiques. Marrant, hier on bavait avec mes enfants sur le site de Georges Hull, le chef designer de jupiter ascending, le film totalement fou qui aurait renvoyé définitivement star wars a l’age de pierre s’ils avaient pu conclure leur projet. Il faut que je vois cloud atlas qui jouit quand meme d’un succes d’estime. Les wachowski sont definitivement des inadaptes au public americain…. comme tant de cineastes us…

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    • Inadaptés au public tout court. Leurs films font quand même des fours dans le monde entier, pas qu’à domicile.

      Pour le coup, Speed Racer est surtout un film très peu vu, car dans les cercles à tendance nerd il a quand même ses gros fans qui tentent de le réhabiliter depuis des années.

      Je ne sais pas quel âge ont tes enfants, mais pour le coup j’aurai tendance à penser que dès assez jeune on peut vraiment prendre son pied devant ce film tant le point de vue épouse bien celui de gosses. Et je crois qu’un enfant se poserait pas autant de questions d’ordre esthétique et se contenterait de kiffer, à raison !

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      • Il sont peut-être déjà grands (12 et 14). Mon fils a vu les matrix et il s’est régalé. Ils ont vu tous les deux Jupiter et se sont régalé. Moi je rêve qu’après le carton que sera Matrix 4 ils seront à nouveau bankables et lanceront Jupiter 2 et 3 et devenir les nouveaux rois du monde 🙂

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      • Je pense que Jupiter est une licence morte et enterrée.
        Et j’ai de sérieux doutes sur le potentiel commercial de Matrix 4. J’ai envie de croire que Lana Wachowski (parce que visiblement Lily s’est rangée, au moins pour le moment) reviendra en force grâce à ce film, mais rien n’est moins sur.

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  3. Jamais vu celui-là. J’avais beaucoup aimé Jupiter mais comme souvent chez elles, je trouve leurs films fouillis. Matrix je m’en souviens quand je suis sortie le la salle, j’avais été quelque peu déçue. Il faut dire que sur une thématique un peu semblable j’avais vu au même moment Dark City que je vénère.
    Moi mon film préféré reste leur premier : Bound. Le seul et unique, pour moi, qui a un scénario en béton.
    Par contre visuellement, elles sont incroyables. Elles proposent du vrai cinéma avec de l’audace, du rêve.

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    • Je t’avoue que moi c’est vraiment la trilogie Matrix dont je suis fan absolu, même si globalement toute leur filmographie me parle énormément.
      Bound j’ai beaucoup aimé mais on sent que c’est des cinéastes qui ont besoin de moyens pour exprimer tour leur potentiel.

      Quoi qu’il en soit, Speed Racer vaut clairement le coup d’oeil pour son originalité visuelle, mais aussi pour ce que le film raconte !

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      • Oui ces cinéastes ont besoin de moyens, je suis tout à fait d’accord. Mais avec Bound j’avais l’impression que la maîtrise de l’histoire était complète, ce qui me manque terriblement dès Matrix. Mais on sent qu’il y a un potentiel immense non exploité chez ces artistes 🙂 .

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      • Je sais que Bound était aussi un projet écrit de façon à ce que ce soit le moins cher possible et de la contrainte à du naître une écriture parfaitement ciselée, avec en plus de belles idées de mise en scène déjà. D’où le côté parfaitement maîtrisé je pense.
        Le but était de faire leurs preuves avec peu de budget pour pouvoir continuer. Je me souviens qu’on leur avait dit de faire ce film pour 4 millions, pour ensuite faire le suivant pour 15 millions, ensuite 30 et ensuite faire Matrix pour 60.
        Sauf qu’elles ont décidé de faire Matrix directement après et que Joel Silver les a suivies.
        Et dire que Reloaded et Révolutions montrent été fait ensuite pour 200 millions chacun. Je pense que c’est rares des cinéastes qui se retrouvent si vite aux commandes de productions de cette ampleur.

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